Formes rouges à pois blancs

Des formes rouges à pois blancs sont posées un peu partout dans les recoins de Tokyo Mid Town: sur les allées des jardins, accrochées comme des ballons dans les hauteurs de la galerie commerciale, dans les couloirs, presque cachées. On reconnaît tout de suite ce motif marque-de-fabrique de l’artiste atypique Kusama Yayoi. Ces formes et la couleur rouge me rappelle plus particulièrement l’exposition Kusamatrix que nous avions vu à Roppongi Hills il y a 4 ans.

Machines étranges greffées sur les immeubles

Dans les rues de Kichijoji, on peut apercevoir accrochés aux murs des immeubles, des étranges machines en forme de tuyauteries greffées sur les murs, des conduits comme des appendices démesurées sur les toits de restaurants enfumés, de petites machines parasites dont la fonction et l’existence semblent inexpliquées, des bouches d’aération compliquées couvertes de pointes blanches. On trouve de nombreux exemples à Tokyo de mécaniques similaires, on croirait des machines ayant grossis avec le temps de manière autonome. Dans un esprit similaire et bien que prise à Seoul, j’adore cette photo par turezure de tuyauterie d’air conditionné comme des veines faisant vivre une vieille maison.

urbano-végétal (23) and an escape to the sea

Et pourquoi pas un appartement dans les airs avec vue imprenable sur le pacifique. C’est ce que m’inspire cette composition urbano-végétale. Les baies vitrées géantes donnent une vue panoramique sur l’horizon bleu. On ouvre les voiles et on part en mer pour l’après midi sous un ciel ensoleillé.

Je l’ai laissé reposer pendant plus d’une année et me suis enfin décidé à lire Sputnik Sweetheart de Haruki Murakami. Bien entendu, c’est très beau, pleins de mystères irrésolus et de thèmes récurrents chez Murakami: la solitude des personnages et leur impossibilité à aimer, des disparitions inexpliquées et des tendances schizophréniques comme on pourrait en voir chez Lynch. Ensuite, je vais peut être lire Hard-Boiled Wonderland and the End of the World

Un mikoshi passe> à toute vitesse dans un éclat de lumière, dans des petites rues de banlieue avant que la pluie ne vienne perturber le spectacle. C’était il y a quelques semaines pour le matsuri d’automne.

Je me pose encore ce dilemme épineux de l’utilisation ou non de flickr. Bien qu’y ayant créé un compte il y a de cela un petit bout de temps, j’en étais toujours resté à l’écart. Flickr m’apparaissait comme une masse inégale faite du pire et du meilleur et je n’en retenais que cet effet général de confusion et la difficulté d’y trouver les choses intéressantes. En peu de temps, on peu facilement trouver de belles photos sur flickr, mais celles qui dégagent une émotion sont plus difficiles à trouver. Je pense que c’est dû notamment à la mise en page neutre et identique pour chaque utilisateur. J’ai tendance à considérer l’environnement autour de la photographie comme participatif à l’émotion que ça soit le titrage, les textes ou l’environnement graphique personnel d’une page web. Sous Flickr, chaque photo est noyée dans la masse et on passe les photos d’une manière presque automatique sans s’attarder assez parce qu’il y a un trop plein à voir.

Mais voila que je rencontre, il y a de cela quelques semaines, cette troupe de photobloggers talentueux qui utilisent tous sans exception flickr, et je recommence à me poser des questions, d’autant que des photobloggers amis fredox et MP se sont également lancés sur flickr (sans que je m’en rende compte) en plus de leurs sites personnels. Et là le doute commence à pointer son nez une nouvelle fois: to be or not to be on flickr? Plus qu’une envie, je le ressens comme une nécessité. J’ai toujours mené Made in Tokyo d’une manière indépendante, en m’efforçant à ne pas subir d’influences externes pour garder ma liberté individuelle et ma ligne directrice. Le désavantage de cela est une certaine isolation. Flickr fonctionne par le réseau, par la présence de groupes qui permettent de faire des traits d’union entre des photobloggers de style similaire ou d’approche convergente. La rencontre avec les photobloggers du groupe Tokyo-Ga/Inside m’a permis de rencontrer des styles très intéressants et personnels, et ça m’a fait beaucoup de bien de rencontrer des gens avec cette même envie de représenter ce que nous inspire cette ville par la photographie. Pour garder la liaison avec le groupe, il me faudrait utiliser intensément Flickr.

Plusieurs problèmes se posent cependant. Je tiens à conserver et faire vivre Made in Tokyo. Après 5 ans de vie, je ne peux m’en détacher. Maintenir deux sites, Made in Tokyo et une page Flickr, et les faire vivre à plein me prendrait un temps important que je ne peux m’allouer. Egalement, je ne sens pas vraiment photographe. Mon envie, ma spécificité, sont les compositions, assez loin de la photographie pure que l’on trouve dans le groupe pré-cité. La photographie seule ne me suffit pas et ma ligne directrice s’appuit sur un mélange d’images et de textes. J’aime agencer les choses et le photobook, d’ailleurs, a été un très bon exercice dans ce sens. Pour ces deux raisons, je ne suis pas sûr que Flickr soit adéquat pour moi.

L’envie de renouveler Made in Tokyo est tout de même présente et achever mon photobook m’a donné l’impression d’avoir tourné une page, d’avoir terminé un grand travail. Je me sens l’envie d’explorer de nouveaux terrains et peut être pousser plus vers la photographie argentique chère à de nombreux membres du groupe Tokyo-Ga. C’est vrai qu’en prenant dans les mains le Leica M3 de yo-scherzo, ça fait très envie de s’y essayer et d’oublier toutes les contraintes de l’argentique. Mes envies photographiques font un peu la girouette en ce moment. J’aimerais changer d’appareil photo, mon EOS10D a fait la guerre (fait 3 à 4 fois le tour du compteur, usé 3 batteries, … il est increvable et c’est un peu là le problème). Changer pour un reflex numérique est le choix raisonnable, mais la noblesse d’un bel appareil argentique m’attire énormément. C’est le deuxième dilemme de ce billet, des questions dont je n’ai pas encore la réponse et auxquelles je réfléchis en tâche de fond car après tout ce sont des préoccupations bien mineures parmi les soucis de la vie quotidienne.

Self portrait with the tigers

Des têtes de tigres et de loups imaginaires croisées avec des pattes de grenouilles ou d’ours polaire, ça fait peur pour rire et on peut voir ce spectacle inhabituel dans une devanture de magasin de l’immeuble Marunouchi. La devanture, c’est celle de HP France et les créations (à vendre pour certaines) sont de Kayo Sato. Kayo Sato doit d’ailleurs être très fortement inspirée par l’art d’Annette Messager, dont on a été justement voir l’exposition « The Messengers » le jour d’avant, samedi dernier, au Mori Art Museum. Très belle exposition pleine de surprises sur ce thème du mélange de figures liées à l’imaginaire de l’enfance mais triturées, mélangées pour créer des créatures mutantes extraordinaires. Tous ces objets bizarres sont accrochés au plafond, aux murs et sont parfois en mouvement grâce à des mécanismes aléatoires et maladroits. Zoa était fou de joie en voyant ça, c’était sa première exposition d’art. C’est quand même dommage que l’on ne puisse pas prendre de photos dans les salles de musée au Japon, car les installations d’Annette Messager sont toujours très surprenantes d’imagination mise en valeur par des jeux de lumières tamisées.