fenêtres sur la ville

En passant, à Shibuya. J’aime assez ce format d’image emprunté à l’application iPhone Snapseed, qui donne l’effet de fenêtres ouvertes sur l’activité de la ville, comme si on observait à travers ce cadre les rues en mouvement. La première photo de cette série fait écho à la dernière par sa représentation de deux formes distinctes d’écrit venant inonder la ville, que ça soit les graffiti écrits de manière désordonnée sur les murs d’une des rues cachées de Udagawacho ou que ça soit les écritures ordonnées d’une façade de magasins à Shibuya. Au final, on a la même impression d’un trop plein d’écrit qui vient remplir jusqu’au débordement notre champ visuel.

JR新宿駅の東口を出たら

Une promenade photographique à Shinjuku avec Eddie un jeudi soir, ce n’est pas fréquent car il habite depuis quelques années à Hong Kong mais revient par ici de temps en temps. Le prétexte de cette sortie photo était pour lui de tester son nouveau bijou Leica, et pour moi d’essayer de voir ce que je peux faire avec mon modeste EOS50D en pleine nuit sous les néons de Shinjuku. Je ne prends pas souvent de photographies de nuit à vrai dire. Je sers donc de guide bien que je ne connaisse pas très bien le quartier de Kabukichō 歌舞伎町 où nous entrons d’abord. On laisse de côté le quartier de Golden Gai pour s’enfoncer plutôt dans le dédale des rues du centre de Kabukichō. Plus on rentre à l’intérieur de Kabukichō, plus les rabatteurs se font présents et pressant en essayant de nous attirer dans des établissements de petite vertu. Nous sommes de toute façon ici pour la photographie, donc les discussions forcées avec ces rabatteurs tournent court. J’aurais voulu retrouver au hasard des rues de Kabukichō, les deux immeubles Ichiban-Kan et du Niban-Kan de l’architecte Minoru Takeyama, pris en photos de jour au tout début 2010, mais je ne les ai pas retrouvé.

Depuis la sortie Est de la gare JR de Shinjuku (JR新宿駅の東口を出たら), en descendant la rue piétonne après le Studio ALTA, on arrive assez rapidement à l’entrée de Kabukichō, délimité par l’avenue Yasukuni. Kabukichō tient son nom d’un projet passé d’y construire un théâtre Kabuki. Ce projet n’aura jamais lieu mais le quartier garde ce nom. Je ne pense pas avoir traversé en entier ce quartier qui a mauvaise réputation, bien que certaines actions ont été prises ces dix dernières années pour l’assainir de la présence de yakusa et des établissements affiliés. On pouvait deviner leur présence dans les rues, il y a une quinzaine d’années. J’allais de temps en temps à Kabukichō avec Pierre pour aller voir et écouter des concerts rock dans la salle exiguë et en sous-sol du Loft Shinjuku (à ne pas confondre avec la chaine de magasins). La salle existe toujours, mais je ne sais pas si la programmation générale a changé. Ca pouvait être assez underground à l’époque. Je me souviens d’un groupe dont le batteur jouait fort sur sa batterie avec un masque à gaz sur le visage (depuis le feu mouvement Visual Kei des années 90, le déguisement n’est pas surprenant pour les groupes de rock au Japon). Nous allions également dans un petit bar de 5 ou 6 places maximum appelé MOTHER en souterrain dans le noir. On pouvait y choisir la musique rock que l’on souhaitait écouter parmi une multitude de CDs classés derrière le bar et listés sur un catalogue. On commençait souvent par Scentless Apprentice de Nirvana, sur In Utero (le morceau que je préfère sur cet album). Parfois, nous essayions le karaoké du coin en revenant invariablement sur le morceau Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王 Queen of Kabukicho) de Sheena Ringo (en version catastrophique cependant).

Mais revenons sur ce jeudi soir. Après quelques photos dans Kabukichō, nous traversons la voie ferrée au niveau de l’avenue Yasukuni pour rejoindre l’allée étroite de Shinjuku Omoide Yokocho 思い出横丁, bordée de restaurants minuscules. Dans ces mini-restaurants ouverts sur l’allée centrale, il faut se serrer au comptoir. On y mange principalement des yakitori, grillés par le maitre des lieux sous le regard des clients. Nous remontons l’allée tranquillement en prenant quelques photos. En revenant vers la gare, nos chemins se séparent, car je retourne vers la sortie Est de la gare JR de Shinjuku (JR新宿駅の東口に入ったら).

L’album Heisei Fūzoku (平成風俗) de Sheena Ringo 椎名裕美子 en collaboration avec le meneur d’orchestre et violoniste Neko Saito 斎藤ネコ est un album studio particulier dans sa discographie. Sorti en 2007, il fait office de bande sonore pour le film Sakuran de Mika Ninagawa, connue pour son univers photographique aux couleurs ultra-saturées. Il y a beaucoup de reprises de morceaux déjà sortis sur les trois albums studio précédents ou sur les EPs des singles, mais également quelques morceaux inédits dont une collaboration avec son frère ainé Junpei Shiina 椎名純平. La particularité de l’album est que tous les morceaux reçoivent une nouvelle orchestration par Neko Saito. Certains morceaux voient leurs paroles traduites et chantées en anglais. Dès la première écoute, le premier morceau du disque, ギャンブル Gamble, que l’on connaissait déjà sur le premier disque de l’EP SR/ZCS (絶頂集 Zetchōshū), fonctionne extrêmement bien avec cette orchestration étendue et avec les accents de voix de Sheena Ringo qui s’étirent jusqu’à la cassure. L’orchestre est également accompagné des guitares. Le morceau suivant est Kuki (茎 Stem) que l’on connait déjà du troisième album de Sheena Ringo, Karuki Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花). Il était déjà très orchestré mais il est plus fourni sur cette version et traduit en anglais. Il faut une certaine période d’adaptation pour s’habituer à cette nouvelle orchestration et aux versions anglaises de certains morceaux, et beaucoup de morceaux semblent au premier abord plus efficaces dans leur version originale. Mais après plusieurs écoutes, cette impression évolue petit à petit et on apprécie cette ambiance différente. Hatsukoi Shōjo (ハツコイ娼女) est peut être le morceau que je préfère avec cette voix de Sheena Ringo qui s’évapore et semble flotter au dessus de la ville. Je ne connaissais pas ce morceau, tout comme le suivant sur l’album, Papaiya Mangō (パパイヤマンゴー) qui est une reprise mais que, par contre, je n’aime pas beaucoup. Sheena Ringo s’essaie à quelques phrases en français, ce qui est assez amusant à l’écoute, mais je persiste à penser qu’elle n’excelle pas dans les reprises. Dans la discographie de Sheena Ringo, le double album composé uniquement de reprises Utaite Myouri (唄ひ手冥利) me laisse insensible à part quelques exceptions de qualité comme Momen no Handkerchief (木綿のハンカチーフ). Mais au final, Heisei Fūzoku est un album que j’écoute souvent. J’aime y revenir pour son approche différente.

Changeons un peu de sujet pour terminer ce billet. Des blogs Japon que je suivais dès début 2003, il n’en reste pratiquement aucun. Soit leurs auteurs ont arrêté d’écrire ou de montrer leurs photographies, soit ils sont passés sur les plateformes des réseaux sociaux, soit ils ne sont plus au Japon. Malgré quelques interruptions, je continue à suivre assez régulièrement le site web de Karl Dubost et un de ses derniers billets sur une mise en parallèle entre les sollicitations de la rue et celle de réseaux sociaux m’interpèle. Les sollicitations trop grandes des réseaux sociaux, notamment Instagram, sans y trouver une forme d’épanouissement, m’en éloignent. J’en parlais dans un billet précédent.

de shinjuku au cosmos

Après avoir dépassé en voiture la sortie Sud de la gare de Shinjuku, on aperçoit à l’horizon les trois tours de Shinjuku Park Tower conçues par Kenzo Tange en 1994 à Nishi Shinjuku. Les étages 39 à 52 sont occupées par le fameux hôtel Park Hyatt Tokyo, dans lequel Bill Murray et Scarlett Johansson passent la plupart de leur temps dans le film de Sofia Coppola Lost in Translation. Bien qu’il y ait un certain nombre de clichés, inévitable peut être pour un film étranger sur Tokyo, j’aime le revoir de temps en temps car il retranscrit bien la solitude de la découverte d’un nouveau monde, d’une nouvelle ville. Je repense à mes premiers mois à Tokyo. Bien que ce sentiment de solitude ait disparu pour moi depuis longtemps, j’aime bien le ressentir de temps en temps à travers ce film et la bande sonore bien choisie qui l’accompagne (Sometimes de My Bloody Valentine ou Alone in Kyoto de Air, entre autres).

Devant la sortie Sud de la gare, on a gagné du terrain sur la voie ferrée, ou plus précisément, on a construit au dessus de la voie férrée. Le nouveau complexe NEWoMan ouvert depuis quelques mois recouvre une partie du chemin de fer devant l’immense immeuble du Department Store Takashimaya.

Les cartes brodées ci-dessus étaient exposées sur les murs du café SUNDAY à Ikejiri. Une amie de Mari, Kei Takemura, les a créé et exposé dans ce café pendant trois mois. Nous nous y sommes rendus le dernier jour de l’exposition mais l’artiste n’était malheureusement pas sur Tokyo. Nous avons quand même profité du café à l’environnement bien agréable pour un déjeuner.

Une fois n’est pas coutume, je vais voir une spectacle théâtral un soir de semaine. Il s’agit d’une adaptation de Bio Hazard, le jeu vidéo Résident Evil de Capcom sorti sur Playstation en 1996. Je me souviens y avoir joué longuement pendant la nuit tout en me faisant peur, car on y parle de poisons et on y montre des zombies à tous les recoins de l’immense demeure du terrain de jeu. Le spectacle reprend quelques lignes du jeu vidéo, et la trame avec quelques rebondissements nous amène à suivre la dizaine de personnages à la recherche d’une sortie tout en essayant de percer les mystères de cette demeure où ils sont tous prisoniers. On apprendra assez vite que tout ceci est une expérience (d’où le sous-titre). J’y suis allé car je connais un des acteurs, IZAM (du groupe maintenant disparu de visual kei rock SHAZNA), car nos enfants sont dans le même classe. A la fin du spectacle, je me suis fait inviter dans les coulisses et IZAM m’a présenté rapidement l’acteur principal Ryusei Yokohama 横浜 流星 (en photo sur l’affiche du spectacle) car il est dans la même agence que Zoa. J’ai beaucoup aimé l’ambiance faite de musique assez effrayante et de passages de zombies dans la salle quand les lumières s’éteignent. Les acteurs parcourent également assez souvent les couloirs de la salle pendant le spectacle. Dans les coulisses, je n’ai par contre pas aperçu l’actrice principale, ex-AKB48, Mariko Shinoda 篠田 麻里子 qui partage l’affiche avec Ryusei Yokohama.

Le bâtiment ci-dessus a l’air inquiétant mais il n’en est rien. C’est un restaurant où l’on sert de l’anguille grillée. Autant ça ne me viendrait pas à l’idée de manger de l’anguille en France, autant j’adore l’anguille うなぎ au Japon. Nous y sommes allés en compagnie du couple Takagi, qui tenait auparavant une galerie à Azabu-juuban et que l’on n’a pas vu depuis au moins 5 ans. Le restaurant NODAIWA est en fait très réputé. On y sert de l’anguille grillée depuis 200 ans, dans un décor traditionnel donc. En fait, pour corriger un peu une de mes affirmations ci-dessus sur l’anguille en France, NODAIWA possède également une branche à Paris, rue Saint-Honoré. Comme quoi tout à-priori est discutable.

Entre le Salon du Chocolat à Tokyo et la Saint Valentin, les stands de chocolatiers se multiplient dans tous les Department Store de Tokyo. En photo ci-dessus, nous sommes à Ginza et ce chocolatier japonais nous amène dans le cosmos. Les grosses planètes sont en fait du chocolat et ils découpent des petits morceaux pour les proposer à la vente. C’est du plus bel effet.

Une fois n’est pas coutume (その二), je montre ci-dessus des photos prises avec un iPhone car je refais quelques essais de l’application Snapseed. Ce sont également les premières photos que je fais avec un iPhone 7ème génération. Je pense en poster de temps en temps, histoire de s’amuser avec les effets de cadrages de Snapseed.

竜conversation

Des dragons naissent de mes formes organiques futuristes, comme une sorte d’évolution naturelle. Je donne suite à ma série d’illustrations que je regroupe dans sa totalité et avec sous-titres mystérieux sur la page dédiée FuturOrga. Je suis assez fier de cette série qui évolue lentement et surement depuis le précédent billet en Juillet 2016. J’essaie de mettre des formes reconnaissables sur ce qui me passe à travers le cerveau et ces formes se concrétisent en des créatures à mi-chemin entre serpent et dragon. J’ai certainement une attirance inconsciente pour les formes du dragon car il s’agit de mon signe zodiacal chinois. Je pense continuer à mélanger formes de créatures et formes plus abstraites dans mes dessins. Je suis assez confortable avec le format A3 qui me convient bien. J’ai quand même envie de créer plus grand (A2 par exemple) mais se pose la question de conserver le tout quelque part dans l’appartement.

Cet interlude est fait de deux photographies sans liens directs avec les illustrations ci-dessus mais qui est destiné à faire une coupure avec le sujet suivant. Cet interlude est une courte zone d’attente (à Shibuya ou à Marunouchi). L’interlude permet également à l’auteur de ce blog d’y placer des photographies qu’il ne savait pas vraiment où montrer. Elles semblent être le prémisse d’une série sur l’attente, mais on a eu beau attendre, les mots bien choisis qui auraient dû accompagner ces images ne se sont jamais présentés. On se contentera donc de rattacher ces photographies à un interlude, orphelines de toute idée de série ambitieuse.

Sa-Yuu 左右 est un groupe japonais venant de Yokohama et composé de Hiroki Hanaike 花池洋輝 (Voix, Basse, Batterie) et Miho Kuwabara 桑原美穂 (Voix, Guitare). A deux, ils font une musique très atypique et obsessionnelle, en se partageant les voix et les accroches de guitares. Le disque était en écoute au Disk Union de Shin-Ochanomizu et je suis resté accroché à cette expérimentation alternative. Le chant est souvent répétitif (le côté obsessionnel) et percutant, comme le son de la guitare (par Miho Kuwabara) et de la batterie au pieds seulement car Hiroki Hanaike joue également de la basse en même temps. Les morceaux sont dans l’ensemble très minimalistes, dû au fait qu’ils ne sont que deux pour tout faire en live dans le morceau. J’aime beaucoup cette rythmique percutante et le parlé froid du dialogue des deux artistes. Le mini-album ci-dessus à la couverture jaune intitulé CONVERSATION est sorti le 25 Janvier 2017. Il est composé de 8 titres dont le morceau du même nom que l’album カンバセイション (conversation). J’aime beaucoup ce morceau mais mon préféré est certainement 神経摩耗節 (friction) avec ses accents punks. Sur Youtube, on peut écouter d’autres morceaux de l’album précédent comme イエローヘイト (Yellow Hate), やめてくれ (No) ou encore なくならない (Taste). J’aime faire ces découvertes impromptues.

à la tombée de la nuit

Je ne prends pas souvent de photographies à la tombée de la nuit, mais l’occasion s’est présentée un dimanche soir pour une promenade improvisée entre Shibuya et Shinjuku, en empruntant la ligne de métro Fukutoshin entre les deux quartiers. Pour rejoindre Shibuya, j’emprunte une rue parallèle à l’avenue Meiji, une rue que je connais très bien mais que je n’ai pas emprunté depuis plusieurs mois. Je scrute les façades des buildings dans l’espoir d’y percevoir un changement. Tokyo étant en éternelle destruction et reconstruction, il n’est pas rare de découvrir des nouveaux visages dans le paysage urbain lorsqu’on n’a pas emprunté une rue depuis quelques temps. Et c’est d’autant mieux si ce nouveau visage possède des lignes architecturales remarquables.

Mais en cette fin de journée de dimanche à la tombé de la nuit, mon regard photographique se tourne plutôt vers un sanctuaire, celui de Konnō Hachiman-gū 金王八幡宮. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant mais ce sanctuaire fut autrefois le château de Shibuya (château est un bien grand mot cependant) et une des pierres de l’édifice reste visible dans le sanctuaire qui le remplace maintenant. Le site internet du sanctuaire nous apprend qu’ici est né le quartier de Shibuya, reprenant le nom du clan Shibuya. Par le hasard des recherches internet, je trouve un blog en anglais « Japan This! » d’un certain Marky Star qui tente d’expliquer avec une dose d’humour le sens et l’origine de certains quartiers de Tokyo, notamment celui de Shibuya. Sur la photographie ci-dessus du sanctuaire Konnō Hachiman-gū, j’aime beaucoup les couleurs des dernières lumières du jour qui se reflètent sur le toit humide, après la pluie. Tokyo est très photogénique après la pluie, quand l’eau de pluie accentue les marques et l’âge des murs de béton. Me reviennent en tête quelques photographies prises pendant la saison des pluies en 2009 pour ma série Made in Tokyo Series.

Les lumières de la ville se reflètent également au grand carrefour routier de Shibuya. La voie suspendue de l’autoroute intra-muros surplombant la route 246 est aussi très photogénique d’une certaine façon, par ses dimensions imposantes qui découpent le tissu urbain. Tout autour, on construit. La gare de Shibuya continue sa mutation lente et progressive, sans affecter les nombreuses lignes de train et de métro qui traversent la station. C’est déjà en soi une prouesse. Des nouvelles tours vont voir le jour d’ici 2020 avant les Jeux Olympiques de Tokyo, et vont répondre à la tour Hikarie située de l’autre côté de l’avenue Meiji. Depuis un restaurant au 8ème étage de la tour Hikarie (le restaurant d47食堂 que je recommande chaudement), on peut apprécier une vue d’ensemble des travaux de la gare à travers les grandes baies vitrées.

Depuis les sous-sols de la tour Hikarie, on rejoint la ligne de métro Fukutoshin, une des plus récentes de Tokyo. Etonnament, c’est peut être la première fois que je l’emprunte, bien que j’y sois venu plusieurs fois pour prendre en photo l’oeuvre architecturale de Tadao Ando pour cette station. Lorsque j’arrive à Shinjuku Sanchōme, la nuit est déjà tombée. En remontant à la surface au niveau de l’avenue Meiji, j’aperçois trois punks iroquois colorés. Ils ont l’air plus étonné de mon regard, que moi de les voir ici à Shinjuku. Il y a apparemment une salle de concert en sous-sol dans le coin. Ma marche me fait passer devant l’immeuble IDC Otsuka, qui prend des couleurs vertes un peu extra-terrestres. Un peu plus loin près de la station de Shinjuku, on ne manquera pas un passage devant le Yasuyo Building de Nobumichi Akashi. Pour ceux et celles qui me suivent depuis longtemps, j’ai utilisé cet immeuble en image d’en-tête de Made in Tokyo pendant de nombreuses années. J’aime ses formes très accentuées et agressives. Mais sous les lumières de la nuit, ses formes s’adoucissent et l’immeuble revêt même une couleur dorée du plus bel effet. Et si ce petit immeuble noir au centre de Shinjuku serait le joyau du quartier révélant toute sa splendeur une fois la nuit venue?

Tout en continuant ma marche dans Shinjuku, j’ai en tête la musique de Sheena Ringo 椎名林檎. Pendant mon petit périple dans les rues sombres jusqu’aux panneaux ultra lumineux de Kabukichō, j’écoute Shōso Strip 勝訴ストリップ et Kalk Samen Kuri no Hana 加爾基 精液 栗ノ花. Je reviendrais certainement avec Eddie un soir de février pour prendre des photos vers Kabukichō (Golden Gai probablement). Près de sortie Sud de la station de Shinjuku, la rue pratiquement piétonne où l’on peut voir un magasin remplie de lanternes en façade (Beams) cache également plusieurs disquaires que je viens explorer régulièrement ces derniers temps.

Le double album Microcastle / Weird Era Cont. de Deerhunter n’est pas une nouveauté, mais je ne le découvre en entier que maintenant, après l’avoir trouvé en CD dans un Disk Union de Shinjuku. La couverture de l’album est à la fois étrange, inquiétante et superbe. Peut être s’agit il du visage du leader du groupe Bradford Cox, affublé d’une tête de mort à la place d’un oeil. Microcastle, accompagné du disque bonus Weird Era Cont., est le troisième album de Deerhunter, sorti en 2008. On y découvre une musique indie rock faite de guitares sur des paroles très souvent désespérées et d’une grande sensibilité. C’est également le cas pour les autres projets et groupes de Bradford Cox, comme Atlas Sound. Les voix y sont souvent frêles et répétitives et on ressent une certaine douleur qui demande à être expulsée par des flots de guitares terminant assez régulièrement les morceaux. On est proche de morceaux instrumentaux dans certains cas. Le très beau morceau « Nothing ever happened » en est un bon exemple.