concrete in the sun

Les deux bâtiments ci-dessus sont très différents mais ont en commun une certaine brutalité dans le traitement architectural. Ils sont tous les deux situés dans la même rue à Mita, à quelques mètres l’un de l’autre. Les trois premières photographies montrent l’Ambassade du Koweit par Kenzō Tange. Cet immeuble complexe date de 1970. Sa construction est assez difficile à appréhender au premier abord. Ca fait un moment que je voulais voir ce bâtiment si particulier de Tange, et on le découvre un peu par hasard alors que l’on passe dans cette rue en voiture à la recherche d’un restaurant singapourien. Le deuxième bâtiment est plus petit et toujours en construction. Il s’appelle Arimaston Building. Keisuke Oka a entrepris seul de construire sa propre maison de béton depuis 2005. Je crois qu’il fait une pause depuis quelques temps et on a du mal à imaginer quelle pourrait être la forme de cette résidence familiale une fois terminée.

après le mankai des cerisiers

Les fleurs de cerisiers ont terminé leur démonstration de splendeur pour cette année et se feront encore désirer l’année prochaine à la même époque. Elles se feront peut être attendre ou arriveront peut être en avance, histoire de brouiller les pistes. La floraison à son pic est difficile à prévoir, comme tout événement naturel au Japon.

Je continue ma redécouverte des rues de Tokyo à travers mon nouvel objectif Canon grand angle. A Daikanyama d’abord, sur la première photographie de ce billet. Ces deux visages dessinés sur un mur en contre-bas au niveau du parc Saigoyama sont vraiment superbes et arrêtent les passants. J’aimerais voir plus de ce genre de grande démonstration d’art de rue, car elles sont assez rare à Tokyo. Je suis sensible à cette forme d’art urbain et ses graffitis ou fresques géantes sont toujours très photogéniques.

Un des week-ends passés, Zoa et moi nous sommes promenés à Nishi Shinjuku, tous les deux seulement car Mari avait une petite forme. Le but de notre sortie était la mairie de Tokyo, le Tokyo Metropolitan Government Building, pour l’observatoire situé tout en haut d’une des deux tours de ce bâtiment « cathédrale » de Kenzō Tange. Depuis la gare de Shinjuku, il faut d’abord emprunter un passage souterrain dont l’entrée est marquée par l’oeil de Shinjuku. J’en avais déjà parlé il y a de cela quelques années. Un peu plus loin, à travers une ouverture du passage souterrain, on ne manquera évidemment pas la vue en contre-plongée de la tour bombée Mode Gakuen Cocoon Tower, du fils Tange (Paul Noritaka Tange). On arrive ensuite assez vite à la mairie de Tokyo, au bout du passage souterrain. Je n’étais jamais monté tout en haut de cette tour, donc l’observatoire donne un point de vue sur Tokyo que je ne connaissais pas. La ville s’étend à perte de vue comme un océan fait de blocs de toutes les formes et aux couleurs multiples.

Près de la gare, Shinagawa nous montre d’autres tours. Cette zone de bureaux nommée Shinagawa Inter-city est pratiquement vide le week-end. Elle constitue une barrière d’immeubles, un peu comme ce que l’on peut voir à Shiodome un peu plus loin. Ces constructions étaient assez critiquées par certains architectes, notamment Tadao Ando, car elles constituent une barrière naturelle aux vents provenant de l’océan depuis la baie et empêchent le refroidissement du centre de la ville créant ainsi des phénomènes de « heat island » (des zones où la chaleur est prisonnière du décor urbain).

Sur une des photographies au dessus, nous sommes au 12ème étage d’une tour de bureaux Fujitsu. Zoa y commence des cours pour enfants de programmation de robots. Depuis la salle d’attente pour les parents, nous avons une belle vue sur le complexe Inter-city de Shinagawa. Il y a une couleur et une clarté dans cette vue qui me plait. J’aime aussi la composition de cet espace, fait de strates, qui n’est pas sans certains aspects futuristes, comme pourrait être composée une ville à plusieurs niveaux. Depuis la gare de Shinagawa, on accède à pieds à ce complexe d’immeubles depuis le deuxième niveau. Le rez de chaussée au centre est un parc urbain avec quelques arbres, et notamment des cerisiers qui donnent leurs dernières fleurs.

Au bout du complexe d’immeubles de bureaux, il y a également un immeuble d’habitation, la V-Tower, en bas de laquelle d’étranges cônes d’acier sont disposés. Il me font penser à l’architecte Kisho Kurokawa, car il utilisait assez souvent cette forme de cônes, mais il n’a pas l’air impliqué dans le développement de cette tour d’habitation.

Les quatre dernières photographies de ce billet sont prises près de Ebisu Garden Place. Cette fois encore, nous nous promenons entre hommes, pendant que Mari fait des courses. On se raconte des histoires en chemin, que j’hésite à interrompre de temps en temps pour prendre une ou deux photographies. La boule rouge géante du bâtiment de l’auto-école Hinomaru est impressionnante par sa taille. J’essaie en photo de l’associer au décor urbain alentour, aux maisons individuelles standards qui ne s’accordent pas beaucoup avec cette sphère rouge. Notre promenade sous amène dans des lieux que j’avais oublié, près de Mita.

pendant le mankai des cerisiers

Pendant quelques jours seulement, les cerisiers étaient en fleur et les foules étaient de sortie à tous les coins et recoins de Tokyo. Cette année, le pic de floraison, le mankai, tombait en partie pendant le week-end, ce qui nous a donné l’occasion d’aller les admirer à plusieurs endroits. Nous préférons toujours faire hanami en marchant, plutôt que de rester assis dans le froid sur une tâche bleue. Nous sommes revenu à Naka-Meguro, pour constater que la rivière Meguro était prise d’assaut par la foule des marcheurs. Il n’a pas de place le long de la rivière pour s’arrêter, et on avance donc pas à pas porté par le flot. Le tunnel de fleurs sakura s’est bien formé au dessus de la rivière et cela donne vraiment un bel effet. Depuis la station de Naka-Meguro, nous marchons jusqu’au petit pont rouge piéton. La foule se fait plus diffuse à ce niveau là, sauf sur ce pont rouge où il faut faire très attention de ne pas se prendre une perche à selfie en pleine figure. Juste à côté, on construit un grand bâtiment de béton. Je ne sais pas s’il s’agit d’une résidence privée, d’une salle d’exposition ou d’un bâtiment public, mais ce bloc de béton est très bien placé en plus d’être très joliment fini.

La première photographie de ce billet a été prise sur la rue Meiji depuis la passerelle piétonne de Shibuyabashi lorsque l’on regarde en direction de Hiroo. Marcher de Shibuyabashi vers Tengengibashi est également une jolie promenade pour admirer les sakura. Je n’ai pas pris de photos, mais nous aimons beaucoup aller voir du côté de Ark Hills sur la petite route recouverte de cerisiers entourant le complexe. Nous y passons à chaque fois au ralenti en voiture, tout comme au cimetière de Aoyama, ou sur la rue traversant Tokyo Mid-Town ou encore celle derrière Roppongi Hills. Au fur et à mesure des années, nous nous sommes défini un parcours que nous ne manquons pas de suivre. Le problème est qu’il est bien entendu difficile de prendre des photos en conduisant, et je me contente dons de l’impression du moment. Je ne suis pas mécontent des photographies de ce billet, mais en général, c’est assez difficile de rendre en photo la beauté des cerisiers, car cette beauté vient de l’accumulation et de la densité des fleurs que l’on a du mal a capturer dans toutes leurs splendeurs.

Les deux dernières photographies sont prises à Ebisu, tout près d’un restaurant de Udon que l’on apprécie tout particulièrement. Le passage de la pluie commençait déjà à faire tomber les fleurs de cerisiers sur le sol. Le spectacle des cerisiers en fleur se termine souvent brusquement par pluie et bourrasque de vent, histoire de garder le phénomène le plus éphémère possible.

avant le mankai des cerisiers

Je passe assez souvent par Naka Meguro 中目黒 ces derniers temps, depuis Daikanyama, en empruntant une route en courbes jusqu’à la rivière Meguro. Cette route en courbes et en pente démarre entre les deux bâtiments en béton Annex A et B de Hillside Terrace par l’architecte japonais Fumihiko Maki 槇文彦. J’aime les prendre en photographie et je pense les avoir montrées plusieurs fois dans des billets précédents. En descendant donc cette route abrupte en courbes, on arrive assez vite sur la rivière Meguro. Les photographies de ce billet sont prises à la fin mars et les cerisiers commençaient tout juste leur floraison. Les préparations sont pourtant déjà terminées le long de la rivière Meguro. On peut voir accrochées les lampes sponsorisées d’une couleur rose d’assez mauvais goût. Les passants s’arrêtent au niveau des ponts pour prendre en photo les branches qui surplombent la rivière. Il faudra attendre encore quelques jours pour le mankai, la pleine floraison, pour que le tunnel de sakura se forme clairement au dessus de la rivière. Au fur et à mesure des années, cet endroit est devenu de plus en plus populaire pour le hanami et il faut s’armer de patience pour faire un tour complet des lieux.

Suivons maintenant une autre rivière, celle de Shibuya. La photo ci-dessus nous montre cette petite rivière au niveau de Azabu-Jūban 麻布十番. En fait, je n’avais pas réalisé que la rivière Shibuya qui passe près de la station de Shibuya, longe la rue Meiji en passant près de la station de Ebisu, continuait son chemin en passant par Azabu-Jūban. Elle fait un virage à 90 degrés au niveau de la station de Azabu-Jūban, pour ensuite filer tout droit vers la baie de Tokyo. C’est une des nombreuses rivières « maltraitées » à Tokyo. Elle souffre de bétonnage excessif au niveau de Shibuya, tout le long de la rue Meiji, et se voit ensuite recouverte à moitié ou complètement par l’autoroute intérieure à partir de Tengenjibashi. Ces autoroutes intérieures à Tokyo datent des Jeux Olympiques de 1964. Il fallait à l’époque créer rapidement des grands axes routiers et les espaces vides au dessus des rivières et canaux ont été réquisitionnés.

Au niveau de Akabanebashi, le long de cette rivière, un nouvel immeuble aux formes futuristes est en phase de finalisation. C’est un immeuble de bureaux du promoteur Sumitomo Fujisan appelé Azabu Jūban Project et conçu par Nikken Sekkei 日建設計. La construction du bâtiment semble en fait assez classique mais chaque étage se voit doté de plaques en angles aigus venant pointés dans plusieurs directions, et donnant cette impression futuriste. L’immeuble est massif avec plus de 4000m² pour chacun des dix étages le composant. Même avec mon objectif grand angle, il est difficile à prendre en photo dans son intégralité.

Les quelques photographies ci-dessus sont prises au coeur de Shibuya, près d’un poste de police de proximité kōban 交番 aux formes, là encore, futuristes. Ce poste de police de Udagawa-cho a été conçu par l’architecte Edward Suzuki, et pourrait nous faire penser à une tête d’animal, peut être à une chouette qui observent les rues mouvementées de Shibuya. Une autre photographie est prise à l’entrée de la petite rue piétonne en pente Spain-zaka スペイン坂 qui monte jusqu’au cinéma Rise. Rien de très nouveau sur ces photographies à part l’envie de reprendre des lieux connus et maintes fois photographiés avec mon nouvel objectif 17-40.

Les deux dernières photographies prennent pour décor le parc de Inokashira à Kichijoji. Ici aussi, les cerisiers commençaient doucement à fleurir en ce week-end de fin mars. Nous allons tous les ans voir les sakura au parc Inokashira, et la foule est toujours très présente. C’est une population jeune qui se réunit sur des bâches bleues au dessous des cerisiers en fleurs. Les visages sont rougis par l’alcool et personne ne semble porter attention aux fleurs au dessus des têtes. Dans ce parc, plus que les fleurs, j’aime les formes biscornues des branchages qui se dévoilent en hiver. Dans un coin du parc, un jeune homme nous montrait une chouette. Elle était étonnamment docile et on pouvait la caresser doucement. Elle n’avait pas peur de la foule des curieux qui venait la voir et tendait les mains craintivement pour l’approcher. La chouette observe ce qui se passe tranquillement sans broncher, mais il faut faire attention, les chouettes ne sont pas ce qu’elles semblent être.

une semaine en mars (10ème)

La semaine de congé de mars se termine finalement avec deux journées passées sur la toute petite île de Hatsushima, au large de Atami dans la préfecture de Shizuoka. Il faut prendre un bateau depuis Atami pour une traversée d’une demi heure environ. Les mouettes connaissent très bien la trajectoire du navire car elles nous ont accompagnées tout le long de la traversée aller et retour. Si on leur tend un morceau de biscuit à bout de bras, elles peuvent s’approcher de très près en planant au dessus de nos têtes. C’est un cortège assez joli à voir. L’île de Hatsushima est paisible et très peu peuplée vu sa taille. Il y a en fait un hôtel Resort où nous sommes allés, invités par la tante de Mari. C’est une chaîne d’hôtels privés pour membres donc je ne suis pas sûr qu’on aurait pu y aller sans cette invitation. L’île est extrêmement petite, on peut en faire le tour en un peu moins d’une heure. Il n’y a pas de plages, mais un petit port avec quelques restaurants. L’île est agréable mais elle est idéale pour des très courts séjours.

Les photographies ci-dessus en noir et blanc indiquent la fin de la série sur ces vacances du mois de mars. C’étaient des vacances courtes mais bien occupées et découpées pour s’adapter aux activités de Zoa, sachant que le tout était décidé un peu au dernier moment comme souvent chez nous. J’exagère un peu ceci-dit. Ces vacances ont été une bonne occasion de tester mon nouvel objectif Canon grand angle 17-40 dans différents environnements et situations, et j’en suis satisfait. Le poids de l’engin va me jouer des tours par contre, et il faudra que je choisisse judicieusement quel objectif amené pour mes déplacements. Toutes les photographies de cette série en 10 épisodes sont prises avec le 17-40, sauf au NACT dû aux contraintes du musée et pour les photographies ci-dessus à Hatsushima prises avec mon petit fixe pancake de 40mm. Je pense d’ailleurs continuer à amener seulement le 40mm pour les courts déplacements en ville sans garantie de photos.

une semaine en mars (9ème)

Le vendredi de cette semaine de mars, nous sommes allés au National Art Center Tokyo (NACT) à Nogizaka pour voir l’exposition consacrée à l’artiste japonaise Kusama Yayoi 草間彌生, intitulée My Eternal Soul わが永遠の魂. La dernière fois que nous avons pu voir une retrospective de Kusama Yayoi, c’était en février 2004 dans un Roppongi Hills qui venait d’ouvrir à l’époque. L’exposition s’appelait Kusamatrix. Depuis, nous avons aperçu des oeuvres de Kusama Yayoi par-ci par là dans Tokyo, comme à Tokyo Mid-Town en 2008 mais en dehors des salles d’exposition. Kusama Yayoi est connue et reconnue notamment pour ses formes rondes en poix de différentes couleurs (des polka dots rouges ou jaunes notamment) dessinées sur des objets, comme par exemple sur des grandes citrouilles. Ces citrouilles géantes sont semées à différents endroits au Japon, comme à Hakata près de Fukuoka ou sur l’île de Naoshima. Pour l’exposition au NACT, on pouvait voir quelques unes des oeuvres emblématiques de Kusama Yayoi.

L’exposition est composée de deux parties intitulées « Kusama au 21ème siècle » et « Kusama au 20ème siècle ». La première et principale partie de l’exposition « Kusama au 21ème siècle » nous montre la série My Eternal Soul composée de peintures d’un très grand format carré. L’exposition a sélectionné environ 130 peintures, sur les 500 qu’elle a créé de 2009 jusqu’à maintenant, et les a disposé dans une grande pièce centrale sur tous les murs et sur deux rangées. Cet agencement, par son impact visuel pour le visiteur qui entre dans la pièce, me rappelle un peu ce que le Mori Art Museum a pu nous montrer avec les fresques géantes de Takahashi Murakami fin 2015.

Sur ces grandes peintures, on retrouve quelques uns des motifs dessinés en répétition et vus dans des oeuvres précédentes. Au milieu de la grande pièce centrale, sont disposés de grands objets très colorés en forme de fleurs à poix. Elles semblent inoffensives sauf si on s’en approche un peu trop près. Les photographies au smartphone étaient autorisées dans cette salle seulement. Ca a l’air de devenir une norme dans les musées au Japon d’autoriser les photos au smartphone, mais pas les appareils réflex en raison de leur taille certainement. C’est la deuxième fois que je rencontre ce cas. En général, les photographies sont tout simplement interdites.

Le reste de l’exposition nous montre Kusama au 20ème siècle, depuis ses débuts à Matsumoto avec les peintures représentant ses visions, son départ et ses années passées à New York, jusqu’à son retour à Tokyo. Parmi les oeuvres montrées, j’en reconnais quelques unes pour les avoir déjà vus dans d’autres lieux. Les oeuvres de Kusama Yayoi laisse un fort impact sur les visiteurs.

Dans un billet précédent publié il y a quelques mois après avoir vu le film d’animation Kimi no na ha (Your name), je parlais d’une forme de lien qu’on appelle musubi 結び. J’aime aller à la recherche de ces formes de liens entre les différentes choses que j’aime, notamment en musique. Parfois ces liens sont très faibles ou subtils, mais j’ai souvent utilisé ces formes de liens dans mes recherches et découvertes musicales. Quand j’étais plus jeune, au début des années 90, j’aimais lire les crédits à la fin des livrets accompagnant un CD de musique pour essayer d’y trouver des signes de collaboration avec d’autres artistes, que je pourrais ensuite découvrir. Ces liens sont un fil conducteur qui relie les choses pour leur donner une certaine logique.

En exemple, j’essaie d’illustrer avec le diagramme ci-dessus fait maison des liens que j’ai recherché et trouvé récemment entre différents artistes que j’aime, qui m’ont amené de fils en aiguille de l’oeuvre d’un(e) artiste vers un(e) autre. Le point de départ étant Kusama Yayoi, justement, dont on vient de voir l’exposition.

Il y a de cela quelques mois alors que je continuais sans répit à explorer la discographie complète de Sheena Ringo 椎名林檎 (je dois maintenant avoir à peu près tous les disques), je découvre la compilation Ukina 浮名 sortie en 2013 qui comprend exclusivement des collaborations entre Sheena Ringo et des artistes invités de différents horizons musicaux. Parmi eux, un groupe appellé Zazen Boys. Sous ce nom un peu douteux se cache le nouveau groupe de l’ancien leader de Number Girl, Shutoku Mukai 向井秀徳 qui interprète deux morceaux sur Ukina. Number Girl suivait l’influence du rock indépendant américain des Pixies et de Sonic Youth, deux groupes clés que je chéris dans ma discothèque personnelle depuis le début des années 90, où mon intérêt pour les musiques alternatives rocks a pris naissance. C’est intéressant comme les liens entre Number Girl et Sheena Ringo sont multiples, car avant cette collaboration avec le groupe de Shutoku Mukai, Sheena Ringo avait déjà fait équipe avec Hisako Tabuchi 田渕ひさ子, guitariste de Number Girl, pour le groupe éphémère Hatsuiku Status 発育ステータス pour une série de concerts appelée Gokiritsu Japon 御起立ジャポン en Juin 2000 et immortalisée sur un DVD du même nom.

Une autre collaboration sur Ukina, peut être plus inattendue, est celle du morceau Apple avec l’artiste électronique japano-américain Towa Tei テイ・トウワ. Au sujet de Towa Rei, j’avais un à priori sur sa musique comme étant plutôt légère et orientée « dance floor ». Il y a en effet ce côté là, mais ce morceau Apple a poussé un peu plus en avant ma curiosité et mon intérêt pour ce musicien. En recherchant un peu sur Youtube, je me prends de passion pour quelques morceaux de son nouvel album EMO, notamment le très particulier REM avec la jeune chanteuse idole alternative Ano. Ce morceau a quelque chose de très en phase avec l’idée que je me fais de l’électro japonaise. J’écoute également le mouvementé morceau Brand Nu Emo avec les soeurs Kiko et Yuka Mizuhara et deux membres du groupe METAFIVE Leo Imai au chant et Keigo Oyamada (alias Cornelius) à la guitare. Il y a quelques liens entre Towa Tei et le mouvement Shibuya Kei des années 90 (ex: Pizzicato Five) par la présence de certains invités sur cet album (comme Keigo Oyamada du feu groupe Flipper’s guitar, pionnier de ce mouvement). A vrai dire, je n’ai que très peu d’intérêt musicalement parlant pour le mouvement Shibuya Kei mais j’ai beaucoup apprécié la lecture d’une série d’articles sur le blog Neojaponisme (qui est désormais assez peu actif malheureusement comme la plupart des blogs que je suis depuis très longtemps). Des anciens membres du YMO (Yellow Magic Orchestra) comme Yukihiro Takahashi participent également à cet album. Yukihiro Takahashi est en fait assez présent dans la discographie de Towa Tei, au chant notamment, car il participe également au morceau Radio de l’album Lucky de Towa Tei, sorti en 2013. Lucky contient le morceau Apple interprèté avec Sheena Ringo. Lucky prend pour couverture l’art de Kusama Yayoi, des poix blancs de formes inégales sur un fond rouge, si caractéristiques de l’artiste. La voix de Kusama Yayoi intervient également sur le dernier morceau de l’album intitulé « Love Forever » qui n’est autre que le nom d’une exposition passée de Kusama. L’air de rien, des passerelles semblent se créer et je me pose maintenant la question si une collaboration entre Sheena Ringo et l’art de Kusama Yayoi pourrait voir le jour. On en est peut être pas très loin quand l’on voit que le tout nouveau Department Store Ginza 6 prend pour thème un morceau de Sheena Ringo et prend pour décor des lampes à poix rouges de Kusama Yayoi. Ces liaisons infimes n’ont peut être pas beaucoup de sens, mais j’aime les débusquer.

Pour pousser encore un peu plus les liaisons, un des derniers morceaux de Sheena Ringo, pas encore sorti sur un album, s’intitule en français dans le texte « 13 jours au Japon » et apparait sur la compilation « Les 50 ans de Saravah » en hommage à Pierre Barouh. Je me suis demandé quels pouvaient bien être les liens entre Sheena Ringo et Pierre Barouh. Je reconnais chez Sheena Ringo une certaine attirance pour la langue française car de nombreux morceaux de ses derniers albums sont sous-titrés en français. Pierre Barouh a aussi des liens avec le Japon. Ceci dit, je ne connais pas quels liens ont amené cette participation à l’album hommage du label Saravah. Sans essayer de trouver une explication très précise, je reste intrigué par la découverte de liens indirects comme le fait que Yukihiro Takahashi, dont je parlais un peu plus haut pour sa participation aux albums de Towa Tei, a lui même intitulé son premier album solo « Saravah! » (après le YMO), en référence au label de Pierre Barouh. Ces liens ne veulent pas forcément dire grand chose à part indiquer des influences et des connexions artistiques présentes ou éventuelles dans le futur, mais les déceler me fascine.