une semaine en mars (2ème)

Une nouvelle importante. J’ai enfin trouvé un digne remplaçant à mon objectif photographique grand angle Sigma 20mm qui m’avait accompagné pendant de très nombreuses années et qui avait rendu l’âme il y a tout juste un an. Vous aviez peut être remarqué que toutes les dernières photographies étaient prises avec un objectif Canon 40mm. J’avais fini par prendre mes habitudes avec cet objectif 40mm, très bon au demeurant, mais avec tout de même une certaine frustration en raison du manque de recul, qui se montre surtout pénalisant pour les photographies d’architecture que j’affectionnent tout particulièrement. A de nombreuses reprises, je n’ai pas pu prendre une photographie correcte en raison de ce manque de recul.

J’ai donc investi dans un objectif Canon EF 17-40mm f/4L USM. C’est un objectif zoom, une fois n’est pas coutume, grand angle et surtout une lentille « L ». La dénomination « L » identifie les objectifs premium chez Canon et c’est le premier que je possède. J’ai toujours eu l’habitude des objectifs à focale fixe, donc la focale variable apportée par le zoom, c’est relativement « nouveau » pour moi. Je pense cependant l’utiliser principalement en grand angle (à 17mm). On dit beaucoup de bien de cet objectif polyvalent sur les sites spécialisés et il reste le moins cher des objectifs « L » chez Canon, à ma connaissance. J’ai eu de bonnes occasions de tester l’objectif à Kamakura et à Kanazawa où nous avons décidé de passer quelques jours (ça sera le sujet des prochains épisodes). Les photographies du billet précédent ainsi que celles de ce billet sont prises avec le 17-40mm. Un des inconvénients est le poids de l’objectif, et je pense continuer à utiliser le très léger objectif fixe Canon 40mm pour mes déplacements non-photographiques en ville (j’ai toujours mon Canon 50D sur moi pendant le week end).

A Kamakura, une marche dans les collines boisées nous appelle. Nous partons de la station de Kita Kamakura, en face du temple Engakuji. Il faut d’abord suivre la route passant devant la gare, direction Kamakura, pour trouver l’entrée de la route piétonne en pente qui nous amènera jusqu’au sanctuaire Zeniarai Benzaiten 銭洗弁財天宇賀福神社 (aussi appelé Zeniarai Benten). Comme la dernière fois, il y a quelques années, on se trompe de chemin, ce qui nous fait passer par un chemin de montagne (ou de colline plutôt). Le chemin est relativement bien indiqué, sauf à quelques endroits, ce qui donne l’impression que c’est fait exprès pour prendre le promeneur. On accède finalement au sanctuaire par un passage creusé dans la roche, comme si ce sanctuaire était caché derrière les montagnes. Ce sanctuaire est populaire pour sa source d’eau à laquelle on attribue la vertu de démultiplier l’argent lorsqu’on vient y laver pièces et billets de monnaie. Nous sommes déjà venus ici quelques fois dans le passé, mais le pouvoir de ces eaux se fait encore et toujours attendre. Le pouvoir légendaire de ces eaux est ancien et remonte à l’année 1257, mais plutôt que de démultiplier les billets de banque, il est censé assurer prospérité à ceux et celles qui suivent le rituel de purification. Un point intéressant de Zeniarai Benten est qu’il fusionne le Shintō au bouddhisme. Alors que l’on peut y voir de nombreux torii (des portes shintō), on trouve également dans ce sanctuaire des statues boudhistes que le sanctuaire a réussi à maintenir à l’ère Meiji contrairement à la majorité des autres sanctuaires.

Zeniarai Benten ferme ses portes vers 16h30 et il est temps de redescendre vers le centre de Kamakura. Nous décidons de revenir à pieds vers Kita Kamakura. Sur le chemin du retour, nous croisons un chien très fatigué, une piscine de galerie d’art installée devant un Starbucks et des multitudes de sanctuaires et temples le long des rues. Il fait déjà nuit lorsque nous gagnions la station de Kita Kamakura.

une semaine en mars (1ère)

Je n’ai pas pris de congés depuis plusieurs mois donc ceux de cette fin mars sont les bienvenus. Zoa commence aussi ses vacances du printemps avant la rentrée des classes au tout début du mois d’avril. Ces petites vacances commencent par un long week-end car le lundi 21 mars est férié au Japon. Nous partons pour Ofuna chez la mère de Mari. Ofuna se trouve juste à côté de Kamakura. Depuis Tokyo, la ville s’étend sans interruptions notables jusqu’à Yokohama, puis Totsuka, Ofuna, Fujisawa… jusqu’au bord de l’océan pacifique. Nous nous y rendons en voiture comme d’habitude en empruntant l’autoroute Daisan Keihin depuis la route Kanpachi puis l’autoroute Yokohama Shindō. Week-end de trois jours oblige, il y a pas mal de traffic sur ces autoroutes.

Nous écoutons Suiyōbi no Campanella 水曜日のカンパネラ (anglicisé en Wednesday Campanella) pour prendre notre mal en patience. Depuis leur concert au Nippon Budokan, on voit assez régulièrement ces derniers jours la chanteuse KOM_I コムアイ sur les plateaux de télévision japonaise. J’étais d’abord assez intrigué par la musique de ce groupe par les bribes de morceaux entendus à la télévision, et je me suis soudainement décidé à explorer cette musique à travers les vidéos Youtube du groupe (et elles sont nombreuses). Le groupe se compose de KOM_I au chant et à la performance artistique, de Hidefumi Kenmochi pour la composition musicale, et de Dir.F pour la production, la video, etc. En réalité, KOM_I est la seule membre visible du groupe. Le style musical de Suiyōbi no Campanella (abréviation en Suikan スイカン) est électronique avec beaucoup de rythmes, mais l’intérêt et la nouveauté, ce sont les paroles rappées, souvent pleine de non-sens et d’humour. Il s’agit souvent d’une accumulation de phrases sans liens directs entre elles mais en rapport avec un thème décrit dans le titre du morceau. Par exemple, le morceau intitulé Jeanne D’Arc ジャンヌダルク reprend des messages d’information que pourrait donné un accompagnateur de bus lors d’un voyage organisé. Mais dans le cas de cette chanson, la compagnie de bus s’appelle D’Arc Inc, le guide s’appelle Jeanne et le voyage semble avoir Orléans pour destination (bien qu’il parte du terminal de bus de Shinjuku). Il y a certaines allusions à l’histoire de Jeanne d’Arc dans le morceau mais tout ça est mélangé avec des références à Tokyo, ce qui donne un ensemble irréel, qui est vraiment intéressant à écouter (en plus d’apprécier la musique). Cela peut paraître bizarre, expliqué comme ça, mais la mise en musique et le rythme donné par KOM_I à ces phrases chantées donnent quelque chose de très frais et nouveau, avec l’approche décalée d’ artistes expérimentaux. Beaucoup de morceaux prennent comme thèmes et titres des noms de personnages illustres comme Marie Antoinette マリー・アントワネット, avec une accumulation de mots et expressions françaises prononcées à la japonaise, dans un environnement très japonais, celui de Asakusa dans la vidéo du morceau. Pour donner d’autres exemples, citons Rah ラー dans un décor doré de pyramides, Ikkyū San 一休さん pour une évocation du moine bouddhiste mais dans un décor de boîte de nuit, Aladin アラジン sur une piste de bowling… Le morceau le plus amusant que j’ai pu écouter est certainement l’histoire de Momotaro 桃太郎, inspiré d’un ancien conte populaire. Il vit chez ses grands parents et passe son temps à jouer à la PC Engine en ignorant ses devoirs. Momotaro (le garçon pêche) finit par se faire renvoyer de la maison avec seulement un kibi dango en poche, en se demandant s’il va pouvoir exterminer les démons de l’île aux démons 鬼ヶ島. La mise en chanson très contemporaine d’une vieille légende du folklore japonais est vraiment excellente. Certains morceaux du groupe peuvent être plus expériemtaux dans la musique et la vidéo, comme le très beau Baku バク, dont la vidéo avec ces formes organiques colorées en continuelles mutations est un chef d’oeuvre d’art visuel.

Je pioche différents morceaux par ci par là, dans la discographie déjà assez étendue de Suiyōbi no Campanella (malgré la jeunesse de la formation), entre les mini-albums et le dernier opus intitulé Superman, pour former une compilation que l’on écoute dans la voiture, en route pour Ofuna.