why can’t we look the other way

C’est un sentiment assez étrange de passer autant de temps sur Made in Tokyo, sans que ça soit visible puisque je nettoie, corrige mes anciens billets, le format, les fautes d’orthographe parfois ou des liens erronés. Je fais des sauvegardes du contenu du blog en cas d’incidents, des actions élémentaires qu’il faut penser à effectuer régulièrement. Les espaces Gallery et une ancienne Gallery privée sont également supprimés du site web, ce qui allège grandement la configuration de mon espace internet. Allégé est un bien grand mot car 14 années d’activités internet m’amènent à presque 5 Giga de contenu, en très grande partie les photographies montrées sur le blog.

Le fait de se consacrer au blog plutôt qu’aux réseaux sociaux que j’ai pratiquement abandonné semble à contre courant. Mais pourquoi ne pourrait on pas regarder dans l’autre direction, à contre courant. Cet article lu récemment sur le journal en ligne Huffington Post français intitulé « Les réseaux sociaux sont en train de mourir » me rassure un peu. On y décrit ces réseaux sociaux comme « une fenêtre sur le bruit du monde » où l’on y recherche « au milieu d’une montagne d’ordures le petit caillou qui brille ». Il y a une certaine exagération dans ces mots, mais cette image est cependant très véridique. On nous dit ensuite « ce manège creuse peu à peu notre mésestime de nous. Nous savons que nous perdons du temps [sur les réseaux sociaux] mais au fond, nous n’avons peut être rien de mieux à faire ». C’est cette prise de conscience personnelle qui m’a fait m’écarter d’Instragram par exemple. Je me suis dit que j’avais certainement mieux à faire que de feuilleter les pages Instagram de manière passive et machinales, sans que cela m’apporte grand chose en terme d’inspiration personnelle.

Et je ne sais pas pourquoi, mais l’envie me prend en écrivant ce billet d’écouter L7, l’album Bricks Are Heavy sorti en 1992.

fin de matsuri

En fin de journée, dans une petite rue de Hiroo, devant l’école primaire Rinsen, le matsuri d’automne du quartier touche à sa fin. Des tables basses sont dressées sur des toiles bleues temporaires pour les porteurs de mikoshi qui ont parcouru les rues du quartier pendant les deux jours du week end. On les a croisé plusieurs fois à divers moments de la journée, au hasard de nos déplacements du week end. On les entendait également au loin depuis le balcon de notre appartement. Il y a d’abord le premier cortège le matin avec un mini mikoshi porté par les enfants, et ensuite celui porté par les adultes jusqu’à la fin de journée. Je n’ai pas pu l’observer cette fois-ci, mais je me souviens il y a quelques années avoir assisté à un rassemblement de plusieurs cortèges sur la grande avenue Meiji, près du centre de Shibuya. Les mikoshi de plusieurs quartiers limitrophes se regroupaient sur l’avenue en fin de journée pour former une espèce de danse. Les cortèges se tournaient autour en chantant au croisement de Namikibashi. Il y a deux ans, j’avais sorti l’appareil photo argentique pour prendre en photo le cortège du quartier de Daikanyama. Ces matsuri d’automne ayant lieu à la mi-septembre sonnent la fin de l’été.

Je viens enfin de terminer une opération de longue haleine dans les coulisses du blog. Il s’agissait de supprimer l’utilisation du software de galerie de photos nommé Gallery, qui était devenu obsolète. J’utilisais Gallery depuis les débuts du blog en 2003 jusqu’à l’année 2008. A cette époque là, je partageais mes photographies principalement sur Gallery et je les montrais en lien sur le blog sous WordPress (ou Movabletype avant) sans les uploader directement sur WordPress. Elles étaient en version grand format de 900 px ou 1000px sur Gallery tandis que je montrais des versions réduites de 600px sur le blog WordPress pour des raisons de bande passante. Depuis 2009, j’ai commencé à montrer directement les photographies en grand format sur le blog et l’utilisation de Gallery était devenu par conséquent redondant et j’ai stoppé son utilisation. Il me restait à migrer toutes les photographies de 2003 à 2008 de Gallery vers WordPress. C’est un travail qui m’a pris des années (en discontinue bien entendu) car il fallait mettre à jour chaque billet un à un dans WordPress en uploadant les photos correspondantes au billet. J’ai enfin terminé cette opération le week end dernier et mettant à jour les derniers billets des années 2007 et 2008. Du coup, toutes les photos du blog sont centralisées dans WordPress qui devient l’unique software utilisé sur ce site web, et j’ai supprimé les pages de Gallery. Tout comme la suppression de mes comptes Tumblr ou Instagram, la suppression du software Gallery vient simplifier un peu plus ma présence Internet et la représentation de mes photographies.

Dans la série des excellents albums que je ne découvre que 15 ans après, il y Turn On the Bright Lights des new yorkais d’Interpol. J’aurais certainement adoré découvrir cet album en 2002 au moment de sa sortie, mais je ne le fais que maintenant. J’aime la force qui se dégage des guitares et ce ton de voix désespéré du chanteur Paul Banks. Sur le morceau « The New », il y a une sonorité de guitares tout en puissance et en distorsions passagères qui me rappelle avec bonheur le son de Pixies. Mais Interpol garde un style bien personnel et on ne peut pas dire que le disque respire la joie de vivre. Pour ceux qui pourrait se demander quel est mon état d’esprit à l’écoute de ce type de musique sombre et désespéré ces derniers temps (après Vulnicura de Björk dans un tout autre style), disons que ça a, en fait et heureusement, l’effet totalement inverse sur moi. Et je vais même enchainer avec Closer de Joy Division. Mais avant cela, il faut que je creuse un peu plus la musique de Interpol avec l’album sorti juste après Antics. Je n’arrive malheureusement pas à le trouver au Disc Union du coin.

Pour terminer le billet, les quelques photographies ci-dessus montrent des vues du Mont Fuji et de la côte du Shonan depuis Enoshima, mais encombrées par des obstacles (en référence indirectes à deux titres Obstacle 1 et 2 de cet album d’Interpol).

en terminer avec les dragons organiques futuristes

Avec le présent billet et les trois dessins montrés ci-dessus, je pense terminer cette série de formes organiques futuristes, commencée il y a tout juste 3 ans en septembre 2014. J’ai toujours cette envie de dessiner, il s’agit même d’un besoin que j’ai depuis mon enfance. Je vais bien sûr continuer à dessiner mais d’autres formes ou d’autres styles, très certainement. J’aime dessiner lorsque je traverse des périodes stressantes. Le dessin en quelques sortes permet de faire abstraction de ce stress et je suis assez convaincu que ces formes compliquées et entremêlées que je dessine sont des représentations, des émanations de cela. Je regroupe tous ces dessins au format A3 scannés sur la page dédiée FuturOrga, que l’on trouve en lien ci-dessus.

un appel de la marche et des roches d’Islande

Une activité régulière de mes week-ends, surtout le samedi en fin d’après-midi, est de marcher pendant une ou deux heures dans les quartiers de Tokyo, pendant que Zoa suit son activité éducative du week-end. Je marche souvent dans le quartier de Meguro, comme je le mentionnais dans quelques billets précédents, et cet appel de la marche est irrésistible, toujours avec l’appareil photo à la main. L’inspiration n’est malheureusement pas toujours au rendez-vous et les photographies sont d’autant plus difficiles que la nuit tombe beaucoup plus tôt alors que l’été se termine. Ma marche, ce samedi m’amène vers des zones de barres d’immeubles blancs quelconques que je ne prendrais pas en photo et que je traverse en général au pas de course pour rejoindre des rues plus riches en détails et à l’architecture plus diverse.


Le numéro 73 du magazine +81 intitulé « Music Créatives Issue » nous présente le travail de plusieurs artistes d’arts graphiques au service d’une ou de plusieurs oeuvres musicales, notamment celles de quelques artistes que j’apprécie comme Radiohead, Sigur Rós ou encore Björk. J’avais un peu oublié la musique de Björk, alors que je la suivais avec beaucoup d’attention il y a plusieurs années aux débuts de sa carrière solo, de l’album Debut jusqu’à Homogenic. J’avais un peu décroché à partir de Vespertine, mais j’ai toujours eu une grande admiration pour l’originalité de cette artiste à la recherche de nouvelles musiques inexplorées ou de nouvelles associations de musiques.

J’avais pourtant pioché dans quelques albums plus récents de sa discographie comme Medúlla, mais cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté un nouvel album de Björk. En ce qui concerne Björk, cet article du magazine +81 est centré sur l’art graphique de l’album Vulnicura, dernier album sorti de l’artiste avant le prochain intitulé Utopia qui sortira en novembre de cette année.

L’article nous parle aussi des vidéos réalisées par Andrew Thomas Huang et Warren du Preez & Nick Thornton Jones accompagnant l’album. Ecouter et voir quelques morceaux sur youtube comme le mystérieux et assez inquiétant Notget ou le panoramique Stonemilker sur les roches d’Islande me replonge dans l’ambiance musicale de Björk et me donne envie de partir à l’écoute de cet album Vulnicura sorti en 2015. L’album est très beau et ne dépareille pas vraiment de l’univers si unique de Björk. Il y a beaucoup d’incursions électroniques, que l’on doit je pense à Arca, mélangées aux sonorités plus symphoniques. L’album dans son ensemble est riche en émotions et sombre, prenant pour thème la rupture avec son compagnon, l’artiste Matthew Barney. Ceci étant dit, je n’ai pas le souvenir d’un album particulièrement joyeux de Björk, mais peut être le prochain.

藝祭2017

L’année dernière, nous allions pour la première fois au Matsuri appelé Geisai 藝祭 de l’école des Beaux Arts de Tokyo (Geidai), où Mari avait fait ses études d’Art. Nous y retournons cette année encore. Nous gagnons l’école en traversant le parc de Ueno. Il ne me semble pas que nous avions emprunté ce chemin l’année dernière et nous sommes surpris par la multitude de petits stands installés dans le parc et dans les allées menant à l’école. Parmi les stands, nous recherchons d’abord une connaissance, la mère d’un copain d’école de Zoa dont la fille poursuit des études d’Art à Geidai. On y vend des T-shirts, fait mains, avec un design simple et géométrique qui me rappelle les premières heures de la représentation d’images en trois dimensions. Bien qu’il n’y ait pas de rapprochement direct, ces designs sur T-shirt me remettent en oreille la musique de Autechre. J’imagine aussi que ça serait une idée que de faire mes propres T-shirts avec certains de mes dessins de formes futuristes et organiques FuturOrga. L’idée me tente plutôt. En attendant, j’achète un T-shirt ou plutôt deux.

Une des attractions de ce matsuri, ce sont les mikoshi. Ici, ce sont des chars conçus et construits par les différents départements de l’école, qui défileront dans les rues de Ueno. Je les prends tous en photos un à un. Il me semble que ceux de l’année dernière étaient plus inspirés et mieux exécutés. Nous avons peu de temps mais nous allons quand même faire un tour dans le Département Peinture. A l’entrée d’un des ateliers du Département, Mari reconnait les noms d’un grand nombre de professeurs, écrits sur des petites plaquettes de bois devant la porte de l’atelier du rez-de-chaussée. Le nom de Mr Sakaguchi n’est lui plus inscrit car il a pris sa retraite au tout début de cette année. Nous étions d’ailleurs allés voir une de ses expositions à l’occasion de son passage en retraite.

Dans les salles du Département Peinture, les élèves exposent leurs oeuvres. Il s’agit bien entendu d’oeuvres jeunes, qui se cherchent souvent. Il n’y a pas que du bon ou du beau, mais on peut y voir des belles choses comme ces visages ci-dessus, très réalistes en noir et blanc.

En redescendant du bâtiment de l’école, j’entends les premières notes de guitare de Airbag de Radiohead. Dans le petit parc intérieur à l’école, un concert d’étudiants semble commencer brillamment et reprend ce morceau de OK Computer. Nous partons de l’école dans cette ambiance sonore, pour ensuite retrouver l’ambiance d’un autre matsuri dans la nuit d’une fin d’été au sanctuaire de Hikawa près de Shibuya.

we are walking in the air

Nous marchons dans les airs. La nuit venue, c’est permis. On nous croit rendu loin mais nous flottons tout près en frôlant les êtres. Les musiques de fin d’été nous attirent autour de la foule qui vient se réunir le soir. On ne soupçonne pas notre présence si ce n’est des signes, un courant frais dans le cou, un vertige soudain. Nous remplissons pourtant les pensées de temps en temps le soir venu, quand le rythme de la vie se calme et que l’esprit se laisse aller aux divagations. Quand les attaches terrestres font une pause brève, une réunion s’opère. Nous reviendrons peut être demain, mais ça ne dépend pas de nous. Rien ne se commande ni ne se prévoit.


J’écoute l’album éponyme de Slowdive depuis quelques semaines, et je ne me lasse pas de le ré-écouter sans cesse, notamment pendant mes promenades photographiques en ville dans les rues de Tokyo. Ce groupe de shoegaze était actif dans les années 90 et s’est reformé récemment pour quelques concerts et pour cet album éponyme. Plus de 20 ans après les trois premiers albums du groupe, on retrouve cette même atmosphère et c’est très enthousiasmant. J’aime tout particulièrement les morceaux où les voix de Neil Halstead et de Rachel Goswell se complètent. L’esprit shoegazing est toujours présent sans prendre trop de rides. Les moments dans le morceau « Don’t know why » où la voix de Rachel se noie progressivement et disparait sous le flot musical des guitares me donnent toujours des frissons de satisfaction musicale. Si l’album Souvlaki, sorti en 1993, reste très certainement le meilleur album de Slowdive (la beauté pénétrante d’un morceau comme Dagger), ce nouvel album s’en approche par sa qualité.

Les quelques photographies ci-dessus où corps et décors se mélangent sont en quelque sorte mon équivalent photographique aux morceaux de Slowdive quand les voix se fondent et se mélangent aux sons des guitares.

Dans un autre style, électronique cette fois, j’écoute aussi beaucoup Aphex Twin ces derniers temps et cette musique électronique très rythmée, parfois joueuse et parfois sombre, m’accompagne aussi souvent dans mes parcours urbains. Il y a plus de 15 ans, je découvrais Aphex Twin à travers l’album Richard D. James, sorti en 1997. Cet album m’avait laissé à l’époque un avis assez mitigé. Certains morceaux comme « Cornish Acid » sont sublimes et mystérieux, mais d’autres morceaux sont beaucoup plus légers à mon goût, voire pop sur les bords, et un peu anecdotiques. Je n’avais pas cherché à creuser plus en avant la musique de Aphex Twin à l’époque. Les hasards d’un article sur Pitchfork sur les meilleurs albums de IDM (Intelligent Dance Music), me ramène vers cette musique. IDM est une dénomination très décriée regroupant une catégorie de musique électronique compliquée faite pour l’écoute au casque plutôt que sur les dance floor. Le label Warp en est spécialiste. Ce style me plait intrinsèquement. Comme pour la musique d’Autechre, les morceaux de Aphex Twin que j’ai pu découvrir récemment sur trois albums: le plus ancien Selected Ambient Works 85-92 et les plus récents Syro et Cheetah EP, semblent se faufiler dans les méandres les plus profondes du cerveau, comme si cette musique pointue venait réveiller des sens encore inconnues. On n’est pas loin d’un effet d’addiction, comme à l’époque de mon écoute exclusive et probablement excessive de la musique d’Autechre. Mais alors qu’Autechre devient de plus en plus obscure et inaccessible, Aphex Twin reste très abordable car les mélodies sont bien présentes de manière beaucoup plus immédiate et souvent entêtantes. Mais l’esprit joueur qui brouille les pistes n’a pas disparu des derniers albums de Aphex Twin. Parmi la multitude des sonorités électroniques de Syro, se cache par exemple un morceau totalement au piano dans le calme d’un jardin le soir. Ce piano me rappelle d’ailleurs celui de Grouper sur le superbe album Ruins. Ces trois albums de Aphex Twin sont ancrés dans une même continuité de son et ces sons minutieux sont un véritable plaisir à l’écoute.

Ces derniers jours, je suis troublé par ce morceau « Rest » de Charlotte Gainsbourg sur son futur album du même nom qui sortira en novembre 2017. Ces mots, cette voix sur la musique électronique en répétion et en suspension de Guy-Manuel de Homen-Christo (une moitié de Daft Punk) sont d’une beauté imparable. J’attends de pouvoir écouter le reste de l’album Rest, en espérant qu’il conservera cette ambiance.

Pour terminer avec la musique que j’écoute en ce moment et pour changer encore de style, j’apprécie beaucoup le nouveau morceau de Utada Hikaru Forevermore. Le prochain album après Fantôme qui était très bon, n’est pas encore prévu à ma connaissance. J’ai toujours gardé une oreille attentive aux morceaux de Utada Hikaru. Je trouve qu’elle est très inspirée ces dernières années et construit des morceaux avec beaucoup de variations dans la composition et dans la voix. On est très loin de ce que l’on peut entendre en général dans la pop japonaise, souvent peu inspirée et répétant les mêmes recettes sans beaucoup d’originalité avec pour but unique le succès commercial immédiat. Il y a beaucoup de succès commercial pour Utada Hikaru, mais elle semble tracer son chemin loin de cela (peut être la distance géographique car elle réside à Londres). Ma lucidité me dit que ça ne durera peut être pas.