écarts d’été

La période du Obon démarre au milieu du mois d’août alors que le rythme de la ville se calme pendant l’été. Nous allons à Ofuna comme pratiquement tous les ans à cette période pour y passer le week-end prolongé, incluant le jour de la Montagne le vendredi. Malgré la pluie, les cigales ne faiblissent pas et semblent même redoubler de puissance. Je me concentre sur cette musique intense pour oublier mon mal à l’épaule qui me prend depuis ce matin. Ce mal me prend de temps en temps mais assez régulièrement et de manière assez inexpliquée. Dans ces cas là, il faut prendre son mal en patience car ça peut durer plusieurs jours. Je m’allonge donc sur la tatami quelques instants, la porte-fenêtre entrouverte sur le jardin, en écoutant les cigales et leur musique entêtante.

Cela ne m’empêchera pas de prendre quelques photographies pendant deux sorties lors de ce long week-end du Obon: à Yokohama d’abord, puis du côté de Kamakurayama 鎌倉山 et Shichirigahama 七里ヶ浜, des endroits avec vue sur l’océan que j’aime beaucoup. Mais je montrerais certainement quelques photographies plus tard dans des prochains billets.

Ces derniers jours, je suis plutôt attaché à continuer un travail de longue haleine commencé il y a plusieurs mois déjà, qui est d’intégrer les photographies que je publiais il y a plusieurs années dans le software Gallery directement dans WordPress. Le but de tout cela est de simplifier un peu la plate-forme mais ça demande beaucoup de temps et de patience car il faut mettre à jour tous les billets un à un sur plusieurs années, concrètement depuis les débuts du blog en 2003 jusqu’à Mars 2009 environ lorsque j’ai arrêté de mettre des nouvelles photographies sur ce software Gallery. J’ai bien avancé pendant le long week-end, il ne me reste plus que les photographies des années 2006, 2007 et 2008 à intégrer dans WordPress. Par la même occasion, je ré-explore mes anciens billets avec un certain plaisir. Un sentiment de nostalgie me prend soudain car c’était une époque, qui semble déjà lointaine, où le format du blog était en vogue et pendant laquelle j’avais aussi plus de temps à y consacrer. Des blogs que je suivais à cette époque, il n’y a plus beaucoup de survivants. C’est bien dommage, on se sent un peu seul.

Après avoir lu les trois tomes du mystérieux et fabuleux 1Q84 de Haruki Murakami, l’envie me prend de découvrir d’autres romans de l’auteur. A vrai dire, j’en ai déjà lu beaucoup, tout spécialement durant ces années 2006, 2007 et 2008 justement, et j’ai un peu de mal à me décider chez le libraire Maruzen de Marunouchi. Je choisis cette fois-ci de lire La Ballade de l’impossible. Je me rends compte en rentrant à la maison que je l’ai déjà lu il y a 11 ans. C’était en version anglaise et le titre Norwegian Wood, proche du titre japonais (ノルウェイの森 Noruwei no Mori), est bien différent de l’adaptation française. Peu importe, lire les premières lignes de celui-ci me donne l’envie irrésistible de me replonger dans cette histoire et dans l’univers de Haruki Murakami.

L’unique photographie en entête de ce billet date du début de l’été, mais le flou volontaire transmet quelque chose de la lourdeur du climat et de la chaleur ambiante en ce moment. Tellement lourd qu’il pleut tous les jours (une première depuis 40 ans apparemment). Je n’en profite pas assez certainement, les ciels encombrés et nuageux sont pourtant très photogéniques.

Lors de chaque séjour estival en France, j’en profite pour me procurer un numéro des Inrockuptibles, surtout quand il y a un CD offert en accompagnement. Je suis ce magazine depuis mes années lycéennes et je me suis même abonné quelques années alors que je vivais déjà au Japon. Bien que je n’apprécie que moyennement la politisation du magazine ces dernières années, j’apprécie parcourir les pages Culture et notamment musicales. Le CD du numéro 1127 du mois de Juillet me fait découvrir de très bons morceaux, notamment de groupes que je n’avais pas écouté depuis quelques années et que je redécouvre avec des nouveaux titres. C’est le cas de Mogwai que j’écoutais beaucoup en 2008/2009 et qui m’inspirait même régulièrement des titres de billets comme Travel is dangerous ou The sky is reaching us. Le nouveau morceau de Mogwai s’intitule Coolverine sur le futur album Every Country’s Sun. Le clip vidéo est superbe et fantastique. Les voitures et les êtres s’envolent dans un monde où il semble même y avoir deux lunes comme dans les histoires de 1Q84 de Murakami. Sur le CD, on peut également y découvrir Chariot de Beach House sur l’album B-Sides and Rarities. Je ne connais que peu de morceaux de Beach House, mais celui-ci est très certainement le meilleur que je connaisse. Je verrais bien le groupe interpréter un morceau au BANG BANG Bar dans Twin Peaks Saison 3, l’ambiance conviendrait bien je pense. Les retrouvailles musicales continuent avec Mourning Sound des new yorkais de Grizzly Bear qu’on n’avait pas entendu depuis 2012. Leur nouvel album Painted Ruins sort très bientôt au mois d’août et me donne envie de me replonger dans cet univers musical que j’avais beaucoup apprécié sur l’album Veckatimest de 2009, époque à laquelle j’élargissais mon champ d’écoute musicale. Finalement, la reprise de Frank Sinatra It was a very good year par Yan Wagner me fait forte impression, notamment pour cette voix grave et intense. Et il y a beaucoup d’autres belles choses sur ce CD des Inrocks.

comme bloqué sur une boucle

Me revoilà assis dans ce café de Naka-Meguro après une longue marche de deux heures. Il est 7h du soir comme la dernière fois et la journée a été chaude. L’été est bel et bien commencé, mais se faisait plus supportable dans les rues de Meguro à partir de 5h du soir. Le but de mon parcours cette fois-ci était de suivre la rue Kyu-Yamate de loin, depuis les petites rues parallèles jusqu’à Ikejiri Ohashi. Je l’avais déjà montré il y a de cela quelques temps quand il était encore en construction, cet objet architectural massif ressemble à un bunker de béton aux formes arrondies et au centre creux. Il s’agit en fait d’une gigantesque boucle renfermant des voies d’autoroutes en spirale. La raison d’être de cette boucle est de réguler le traffic tout en joignant plusieurs autoroutes, rentrant dans Tokyo et périphérique au centre de Tokyo. Je le dis assez régulièrement mais les autoroutes suspendues intra-muros de Tokyo sont des véritables chefs d’oeuvres d’architecture et d’ingénierie. J’aime observer les courbes de ces morceaux d’autoroutes qui se rejoignent. Il y a une grande fluidité dans ces formes et une certaine légèreté du fait qu’elles volent dans les airs, au dessus d’autres rues. Je ne suis jamais rentré à l’intérieur de la boucle de Ikejiri Ohashi en voiture mais ça me tente d’essayer un de ces jours.

Je suis venu cette fois-ci jusqu’ici pour monter sur les toits de la boucle, qui sont aménagés en terrasse verte. Le terrain sur les toits est aménagé en jardin en pente avec des chemins pour se promener. Ce jardin dans les airs est très agréable, surtout à cette heure-ci alors qu’une brise commence à se faire légèrement sentir. Cet endroit est une fois de plus ce qui fait la beauté et l’intérêt de cette ville. On ne soupçonnerait pas qu’un tel jardin soit aménagé ici, au dessus d’un bloc de béton renfermant des lignes d’autoroutes. Je pense qu’il s’agit d’une norme urbaine, les toits des immeubles sont souvent recouverts de verdure. C’est aussi le cas de la résidence où nous habitons, où les toits sont recouverts de végétation bien qu’on ne puisse pas y accéder. A Ikejiri Ohashi, le jardin en hauteur est accessible jusqu’à 9h du soir. Il y a deux tours à proximité de la boucle qui sont reliées au jardin par des passerelles, mais malgré cela l’endroit était très calme. Je reviendrais certainement dans ce jardin secret.

Je passe le reste de ma promenade à zigzaguer dans les rues résidentielles entre le bunker de béton de Ikejiri Ohashi et la station de Naka-Meguro, en prenant des photographies quand un bâtiment me semble sortir du lot du commun résidentiel. On me dit parfois que mes photographies montrent un Tokyo vide, car il y a la plupart du temps personne sur les photographies que je prends. En fait, mes promenades photographiques m’amènent très régulièrement dans les rues résidentielles qui sont vides. C’est d’ailleurs assez étrange et ce n’est pas spécialement dû à la chaleur. Ces rues sont la plupart du temps vide de population.

Pour accompagner mon parcours, j’écoute Rashomon de Suiyōbi no Campanella 水曜日のカンパネラ. Ce n’est pas un album récent (2013), j’écoute petit à petit la discographie complète de ce groupe japonais mélangeant pop électronique et paroles à l’originalité débordante et d’un décalage certain. On trouve ce mélange sur tous les albums que je connais du groupe. Même si le chant de KOM I est parfois à la limite de la justesse, il y une alchimie qui fonctionne bien. La fantaisie dans l’enchainement des mots me fait revenir sans cesse vers cette musique unique. J’écoute ensuite AMOK de Atoms for Peace, sorti également en 2013. J’étais passé à côté de ce disque à l’époque de sa sortie, à part peut être un ou deux morceaux. Après avoir écouté le OKNOTOK de Radiohead, j’ai ressenti le besoin d’écouter des musiques similaires, d’où l’idée de se tourner vers ce projet de Thom Yorke. La musique y est assez sombre, et pas fondamentalement différente de ce que pourrait créer Radiohead à mon humble avis. Je trouve cet album d’une grande qualité bien que Pitchfork avait à l’époque un avis plus mitigé.

Alors que 7h approche bientôt, je gagne le café près de la gare en longeant la rivière Meguro. Le quartier change petit à petit et des boutiques ou autres salons de coiffure font leur apparition, remplaçant les vieux hangars. Les deux photographies ci-dessus montrent ces deux aspects du quartier: un vieil hangar qui résiste et la nouvelle librairie Tsutaya coincée sous la voie de chemin de fer.

une échappée belle

Comme j’ai désactivé mon compte Instagram depuis quelques jours maintenant, je transfère ici sur Made in Tokyo certaines des photographies qui étaient jusqu’à présent seulement sur Instagram. Elles sont prises avec un iPhone mais travaillées avec l’application SnapSeed, qui offre beaucoup de possibilités de filtres intéressants, qu’il faut régler habilement. Le tout est de ne pas en abuser. Les deux premières photographies montrent des propriétés privés à Azabu. On dit que la grande demeure aux formes métalliques compliquées, sur la deuxième photo, est la propriété d’une responsable d’une grande chaine d’hôtellerie japonaise. Sur les deux photographies suivantes, je reviens dans le quartier de Shibamata Taishakuten, tout près de ce temple fabuleux et sur une des allées extérieures donnant sur le jardin du temple. Je me souviens que nous nous étions assis quelques temps pour apprécier la tranquillité des lieux. La température y était douce et les jardins bien entretenus. En revoyant ces photographies, je me dis que j’aimerais y retourner quelques fois encore bientôt. Les deux photographies suivantes au ton bleuté nous ramènent à la froideur des tours de Shinagawa Intercity et de Marunouchi. L’ambiance est bien différente mais ce que les photographies ne montrent pas, c’est que la froideur des villes se transforme actuellement en fournaise entre les tours, entre deux salves de pluie. La saison des pluies n’est pas encore terminé mais on sent que les chaleurs estivales n’ont hâte que de s’imposer. Nous revenons vers Hiroo pour les deux dernières photographies. J’aime cette courbe d’escalier extérieur sur l’avant dernière photo, et la présence inattendue d’une DS à l’intérieur du monolithe Go-Sees Hiroo conçu par l’architecte Jun Aoki.

Je feuillette de temps en temps les numéros du magazine +81 Plus Eighty One en librairie, mais je n’avais jamais acheté un numéro jusqu’à ce volume 75 du printemps 2017 consacré au design graphique japonais, ses origines et son futur. A vrai dire, c’est un sujet que je ne connais pas très bien mais que j’ai apprécié découvrir, à travers des présentations de quelques précurseurs du design graphique depuis les années soixante, avec le déclencheur des Jeux Olympiques de 1964. Le magazine nous présente également la nouvelle génération et comprend de nombreux interviews de ces artistes.

J’ai pioché ci-dessous quelques extraits qui m’ont parlé, interpellé ou suscité multiples réflexions en rapport avec ce blog et les photographies, design et textes que j’y montre depuis si longtemps. Plusieurs des artistes reconnaissent un trop plein d’information, un trop plein d’images et nous parle de la manière de se démarquer en développant leur sensibilité personnelle.

Steve Nakamura: We live in an age where everyone has access to the same information, so human sense and perception will become even more crucial in order to succeed. Creativity comes from expressing our instinct, emotion, and intuition.

Cette remarque générale ci-dessous résonne pour moi dans le cas particulier de l’utilisation d’Instragram comme une manière standardisée de montrer des photographies sans y apporter la profondeur nécessaire.

Yuri Uenishi: As the world becomes increasingly standardized, it’s important to find those things only you can do and to think about things on a much deeper level.

Au détour d’une interview, on nous parle encore de la masse des images et du besoin de concret, à travers notamment l’impression physique sur papier. Je ressens également ce besoin concrétisé par mes photobooks, que j’estime être le produit final de tout ce qui se produit et se montre sur Made in Tokyo.

Theseus Chan: Designs now are consumed like fast food, which satisfies for a while, but it does not satiate. Viewing design on a monitor or screen is very different from touching the paper, smelling the ink and the more importantly, the discovery of something new because it was done by hand and there is always a good chance of “happy errors”.

On nous parle aussi de liens entre design graphique et musique, un sentiment que je partage et que j’essayais d’expliquer maladroitement peut être dans un billet précédent. Tout comme Daijiro Ohara, quand j’étais plus jeune, j’aimais créer des designs pour des jaquettes de compilations musicales enregistrées sur VHS ou pour des CDs musicaux.

Daijiro Ohara: I was into all aspects of music culture when I was in middle school and high school. I listened to music of every genre, mainly Techno, but the entrance to any music was always a record sleeve, so for me it was a feeling that music was brought with graphics. And even though I didn’t have my own PC, I was always making hand-drawn booklets and cassette tape jackets for my friend with all sort of trial and error.

En lisant l’extrait suivant, je me pose la question du domaine dans lequel se trouve mon travail de séries photographiques. Je n’ai pas l’impression d’opérer un attrait immédiat sur les visiteurs de ce site et ce n’est très certainement pas le but. Je me trouve plutôt dans la situation où mes photographies s’apprécient par un public déjà connaisseur et sur la longueur. Je ne tente à vrai dire pas grand chose pour rendre Made in Tokyo plus accessible, pas de titre accrocheur en forme de promesse comme « vous trouverez ici le Tokyo que vous n’avez jamais vu ! » (avec un point d’interrogation car c’est à la mode en ce moment).

Yuni Yoshida: I also try to incorporate a good balance of different types of appeal in each of my pieces, like instant appeal, easy accessible appeal, and the type of appeal that only people in the know will get.

Et pour terminer ces quelques extraits, une dernière remarque intéressante sur le rapport à l’image, et qui semble briser des limitations qu’on pourrait s’imposer inconsciemment.

Jonathan Barnbrook: (Regarding designer Tadanori Yokoo) He wasn’t afraid of expressing his own fantasy in his work, no matter how dark or bizarre. I think this is also something very Japanese. It is ok to express something visually, no matter how dark, because there is an acceptance that it is ‘fantasy’ not part of reality.

Du coup, vu l’intérêt que j’ai découvert à la lecture du début à la fin de ce magazine, je viens de commander un numéro plus ancien Vol.73 Music Creatives issue. Espérons que cette nouvelle lecture suscite de nouvelles réflexions.

courir entre les buildings

Ces dernières semaines, je me décide à partir courir un peu le samedi. Une bonne heure tout au plus suffit largement à me fatiguer. J’aime beaucoup marcher et je pourrais marcher très longtemps, mais moins courir. Même en courant, je ne peux m’empêcher de prendre des photographies en cours de route. Je n’emmène bien entendu pas le réflex avec moi dans mes courses effrénées mais seulement l’iPhone dans une petite pochette que j’accroche autour du bras.

Cette fois-ci, je pars faire ma course vers le quartier de Shirogane. Plus la fatigue me gagne, plus les photographies sont nombreuses car j’utilise le prétexte de la prise de photo pour faire un arrêt quelques instants. En fait, je décide mon parcours en fonction des bâtiments que j’ai envie de revoir sur mon chemin. Je fais d’ailleurs un tour vers Shirogane pour revoir le Nani Nani, la forme de montagne verte, de Philippe Starck. Je passe également devant l’ambassade de France, près de Hiroo, pour prendre en photo un petit bâtiment de béton aux formes asymétriques. Mais je découvre aux hasards des rues de nouveaux objets architecturaux que je ne connaissais pas, comme cette maison blanche aux formes particulières. Une partie de l’escalier est ouvert sur l’extérieur et des plantes commencent à envahir la petite terrasse à l’entrée.

J’aime partir au hasard des rues en me demandant à tout instant si elles ne cachent pas des choses intéressantes, une architecture remarquable. Courir a l’avantage de scruter un quartier rapidement. Je dirige mes pas vers un morceau de béton au loin qui dépasse et qui semble avoir une forme singulière. Je recherche également les endroits où la végétation se mélange à l’urbain comme sur cette résidence aux briques rouges. Mon réflexe d’association urbano-végétal me revient en tête certainement. Un arbuste semble pousser à l’étage et grimpe chez les voisins du dessus sans y être invité.

meg

On Sundays ring road supermarket

An empowered and informed member of society

Fitter, happier, more productive

No longer afraid of the dark or midday shadows

Hole in the wall

No paranoia

Nothing so ridiculously teenage and desperate

No chance of escape

Sleeping well No bad dreams

Nothing so childish

Less chance of illness

Keep in contact with old friends Enjoy a drink now and then

J’amène mon petit carnet noir Moleskine avec moi tous les jours le week-end. Il est dans mon sac mais je ne l’utilise pas à chaque sortie. Il faut un moment seul, un moment d’attente propice et une inspiration d’écriture pour le sortir du sac et commencer à coucher sur papier ligné quelques mots qui engageront des phrases et qui mettront en forme quelques idées du moment.

je suis à Naka Meguro et il est presque 7h du soir. J’attends Zoa qui est au cours du soir. J’avais deux heures de libre pour marcher dans les rues de Meguro. Je recherchais une maison aux murs d’argent, mais je ne l’ai pas trouvé malheureusement. Je sais qu’elle se trouve quelque part près de Meguro, une petite maison individuelle qu’on peut voir quelques fois dans les livres d’architecture. J’ai beaucoup marché et je fatigue maintenant. Je m’arrête dans un café pour ouvrir mon carnet noir.

Pendant ma marche au hasard des rues de Meguro qui ressemblent à un labyrinthe, j’écoutais Biolay, La Superbe, puis Gainsbourg. Je n’écoute pratiquement jamais de musique francophone, mais allez savoir pourquoi, j’ai toujours été tenté d’écouter Benjamin Biolay sans jamais me lancer dans l’écoute, jusqu’à maintenant. A vrai dire, cet album est une révélation pour moi (un peu en retard certainement). Je ne soupçonnais pas une telle qualité d’écriture et de composition musicale, où chaque morceau est superbe avec une très bonne consistance de l’ensemble, ce qui est très fort pour un album aussi long. Je continuerais très certainement à écouter d’autres albums de Benjamin Biolay, mais dans la foulée de ma promenade dans les rues tokyoïtes, je me mets à écouter un long album best-of de Gainsbourg. Je n’ai pas non plus l’habitude d’écouter Gainsbourg mais l’envie m’est venu suite à l’écoute de Biolay. Il y a une certaine lignée entre les deux artistes, très certainement.

En cette journée de samedi, je me suis levé très tôt à 4h30 du matin. La lourde fatigue de la semaine écoulée m’a fait tomber de sommeil dès 22h le soir d’avant. Une des activités du samedi matin est de regarder les nouveaux épisodes de la saison 3 de Twin Peaks. Après 7 épisodes visionnés, on ne sait pas encore exactement dans quelle direction s’oriente la série, mais j’aime énormément cette ambiance si particulière et l’inattendu de chaque instant. Parfois, j’ai un peu l’impression que David Lynch s’amuse à nous faire tourner en rond et nous perdre dans les méandres de la série. Il y a une multitude d’histoires possibles en parallèle et on ne sait pas exactement lesquelles vont se développer, ou si chacune des histoires contribue à l’intrigue générale. Toujours est il que la formule fonctionne extrêmement bien car les scènes et les situations sont brillantes à tous moments. On ne souhaite pas qu’il y ait une fin à ces histoires. Tout cela me donne envie de revoir les saisons 1 et 2, mais je les ai déjà revu l’année dernière, ce qui était d’ailleurs bienvenu car la saison 3 n’est pas du tout indépendante des saisons précédentes et les liens sont multiples et omniprésents.

Mais je me suis levé très tôt ce samedi matin pour une autre raison. Ce matin à 8h20, j’avais rendez-vous à l’école de Zoa avec d’autres pères pour aller tondre la pelouse de l’école. C’est sur la base du volontariat et ce n’est d’ailleurs pas rare de mettre les parents à contribution dans les écoles privées japonaises. J’y vais assez volontiers en fait car j’aime me lever tôt même le week-end. Il y a quelques années, j’étais plutôt du soir, mais je suis désormais matinal. Parfois levé dès 5h ou 6h du matin le samedi ou le dimanche. J’aime ces moments où je suis le seul levé à la maison, et quand Tokyo n’est pas encore réveillé. Je sors en général quelques instants sur le balcon, j’écoute les bruits de pas des promeneurs de chiens, je scrute les environs et les immeubles sur le haut de la colline en face, près de l’hôpital. Nous ne sommes qu’au troisième étage mais les régulations urbaines imposent des bâtiments de quelques étages seulement dans le quartier. Sur le balcon, je suis au dessus de la cime des arbres et des immeubles voisins, ce qui donne une vue relativement dégagée.

A Naka Meguro ce soir, je suis assis sur une chaise haute qui donne directement sur la vitre extérieure du café. Je regarde les passants et ils sont nombreux lorsque l’on s’approche de la gare de train. Tout le monde semble affairé, peut être pour aller avec des amis au restaurant ce samedi soir ou peut être pour rentrer chez soi au pas de course pour s’écrouler sous la table basse devant la télé après une longue journée à servir des cafés dans un Starbucks quelconque. Il fait bon et même chaud dehors ce soir. J’aurais bien tenté la terrasse du café, mais les deux tables étaient pleines. Un géant assis à une des tables devant la vitre où je suis assis me cache la vue sur l’extérieur. Il décide enfin à se lever, mais en laissant son ordinateur portable sur la table ronde à l’extérieur. Etrange. Il entre à l’intérieur pour commander une autre boisson certainement. L’ordinateur est seul sur la table à l’extérieur à la merci du premier passant peu scrupuleux venu. Souvenons nous que nous sommes au Japon et que même à Tokyo, on peut laisser un objet de valeur sur une table sans se le faire voler. Le cas de ce soir me paraissait quand même un peu juste.

En étant assis ici à Naka Meguro, je me dis que le quartier est agréable et vivant. A l’époque où nous cherchions un appartement, nous avions considéré habiter à Naka Meguro. Lors de ma longue promenade de deux heures en cette fin d’après midi, je suis tombé par hasard sur une maison étroite de 3 étages que nous avions visité il y a plusieurs années. Elle est située près d’un petit parc mais complètement perdue dans un labyrinthe de ruelles résidentielles. Le quartier est relativement aisé et on peut voir par ci par là quelques belles maisons de béton, complètement fermées sur la rue et l’extérieur. Il y a certainement un jardin minimaliste à l’intérieur, renfermé par des murs de béton.

Au hasard des rues, mais assez près de la gare de Naka Meguro, je découvre une petite librairie de livres anciens qui s’appelle Dessin. Elle est petite mais agréable, je pense y revenir de temps en temps. On y vend le photobook Ravens de Masahisa Fukase. Je suis tenté mais il est cher, donc je vais passer mon tour jusqu’à la prochaine fois. Un peu plus loin, des affiches de OK Computer de Radiohead sont placardées sur une vitre d’un petit immeuble et me rappellent que la ré-édition OKNOTOK pour les 20 ans de OK Computer vient de sortir le 23 Juin. Je ne tarde pas trop à me le procurer car en plus de l’album original que j’ai dans ma discothèque personnelle depuis 1997, il y a un deuxième CD composés de B-sides et d’inédits. J’avais eu une période à vide avec Radiohead après Hail to the Thief, mais le dernier album du groupe A moon shaped pool m’a définitivement réconcilié avec l’atmosphère de Radiohead.

Les textes en dessous des photographies ainsi que les icônes noires sont tout droit sortis de l’imagerie et des paroles de l’album OK Computer. On peut trouver les icônes quelque part dans le labyrinthe du site internet OKNOTOK.