そうだ京都、行こう (10 finale)

A la fin de la journée, après notre visite au Kennin-ji, nous nous dirigeons vers Higashiyama et le quartier du temple Kiyomizu-dera, un des plus célèbres temples de Kyôto. Pour ce voyage à Kyôto, Mari et moi-même avions décidé d’éviter les lieux très touristiques que nous avions déjà visité dans le passé, et de se concentrer sur les petits temples et sanctuaires à l’écart de la foule. Mais l’envie était trop forte de retourner voir le Kiyomizu-dera, l’atmosphère des petites rues en pente grimpant vers le batiment principal, installé à flanc de colline et soutenu par des centaines de pilliers. Le temps a malheureusment joué contre nous, il est 6h et le temple est sur le point de fermer. On pourra seulement admirer le coucher de soleil sur une des tourelles à l’entrée du temple.

Le lendemain, c’est déjà la dernière journée de notre voyage. On a bien profité des beautés de Kyôto dans les jardins et temples comme dans les petites rues ordinaires. Mais le temps était bien entendu trop court. J’aurais voulu voir les chefs d’oeuvre que sont la Villa impérial Katsura et son jardin, ou encore le pavillon Hiunkaku de style Sukiya dans l’enceinte du Nishi-Hongan-ji. Il faut connaître les jours d’ouverture à l’avance malheureusment (quelques jours dans le mois), ou faire une réservation longtemps avant de visiter. La prochaine fois, on s’y prendra 3 mois à l’avance. Après avoir lu le Pavillon d’or de Yukio Mishima, j’aurais également voulu le revoir.

La grande gare de Kyôto, par l’architecte Hioshi Hara, est la dernière étape du voyage. Elle est gigantesque, quadrillée de verre, faite de longs escaliers et de centres commerciaux. On en fait le tour à la recherche de quelques omiyage, jusqu’à la dernière minute avant de prendre le train rapide Shinkansen pour Tokyo.
C’était le dernier épisode sur Kyôto. Ecrire sur Kyôto en plusieurs épisodes était un exercice très stimulant, et je suis un peu triste de terminer l’histoire. Ou plutôt, je suis pressé de retourner à Kyôto pour reprendre l’histoire…
そうだ京都、行こう (9)


Après la visite du sanctuaire Shimogamo, nous partons à la recherche d’un endroit où manger. Mari avait bien sûr déjà étudié longuement la question, ca sera le restaurant japonais Mikoh. Pas toujours simple de se repérer correctement dans Kyôto avec un plan approximatif où seules les grandes artères routières à l’intérieur de la ville sont indiquées. La structure de la ville est simple, mais on réussit quand même à s’y perdre. Nous descendons d’abord la rivière Kamo et avec un peu de chance, après quelques détours, nous trouvons ce fameux Mikoh. Pour un prix modéré, on a le droit à très bon bento à la mode de Kyôto, dans un cadre traditionnel.
Nous redescendons ensuite Kyôto, pour gagner Gion. Les rues étroites sont quasiment désertes, l’activité viendra la nuit, et on aura peut être la chance d’apercevoir une geisha ou maiko à l’entrée d’un restaurant de la rue Miyako. En attendant, nous suivons cette rue Miyako jusqu’au temple Kennin-ji.

Kennin-ji est le plus vieux temple Zen de Kyôto, d’une branche du Zen nommée Rinzai. Le temple a été fondé en 1202 par le prêtre Eisai, reconnu pour avoir apporter le Zen au Japon ainsi que la pratique de la cérémonie du thé, plus tard perfectionnée par Senno Rikyu.
Une haute marque distinctive de ce temple est la peinture des dieux du vent et du tonnerre, Fūjin Raijin, aux apparences féroces. Cette oeuvre éminament connue est de Tawaraya Sôtatsu (souvenez -vous, on avait déjà vu quelqu’unes de ses oeuvres au Yogen-In). Malheureusement, on ne pourra pas voir l’original, mais seulement des copies imprimées. Ces copies sont d’ailleurs de qualité exceptionnelle, d’abord scannées à la verticale, ensuite imprimées sur des imprimantes grand format Canon imagePROGRAF IPF9000. On ne verrait pas la différence si ce n’était les feuilles d’or recouvrant une grande partie de ces oeuvres. L’or est en fait ajouté manuellement sur les impressions papier par des artisans spécialisées. J’avais pu voir un de ces artisans à l’oeuvre lors d’une exposition au Sogo Museum of Art de Yokohama. Cette initiative d’archivage d’oeuvres de Kyôto a été lancée par la Kyoto International culture foundation sous le nom de Kyoto Digital Archive Project dans le but de sauvegarder en digital la beauté de Kyôto pour les générations futures.

Un autre élément remarquable du temple Kennin-ji est cette immense peinture de dragons jumeaux sur le plafond d’un des batiments du temple. Il s’agit d’une oeuvre récente, elle date d’avril 2002, commanditée pour les 800 ans du temple. C’est une création de Koizumi Junsaku, originaire de Kamakura. Il a fallu 2 ans à cet artiste de 78 ans pour terminer ces 2 dragons. Il a d’abord exécuté cette peinture dans un gymnase d’une école à Hokkaido avant de la faire installer dans le temple. On trouve souvent des dragons de ce type sur les plafonds des temples Zen, comme par exemple au temple Kenjo-ji à Kamakura. La peinture étant récente, on avait le droit aux photos.

Le jardin intérieur du Hall principal est superbe et reposant, composé de grands rochers au milieu d’une mer de mousse. On ne peut s’empêcher de s’asseoir et d’admirer.
(la photo des dieux du vent et du tonnerre ci-dessus provient de la brochure du temple)
そうだ京都、行こう (8)

Notre troisième journée de visite à Kyôto commence par le Palais Impérial Kyôto Gosho, où résidait la famille impériale jusqu’en 1868, lorsque la capitale fut déplacée de Kyôto vers Tokyo. L’empereur Kanmu installa la capitale du Japon à Kyôto en 794 avec ce palais pour centre de l’empire. A cette époque, la capitale mesurait 5,3kms sur 4,5kms, et on pouvait comparer sa structure à celle d’un damier de jeu de Go.
Le palais fut brûlé plusieurs fois et a été reconstruit jusqu’à sa forme actuelle datant de 1854. Le batiment le plus important est le Shishinden. Il s’agit du hall principal utilisé pour les cérémonies officielles. La structure est imposante et l’architecture impeccable, tout spécialement le toit en bardeaux d’écorce de cyprés japonais (hiwadabuki).
Nous naviguons accompagnés d’un guide à travers les dépendances du palais, les allées et jardins jusqu’au Ogakumon-jo, un batiment du style Shoin, utilisé par l’empereur comme un lieu d’étude ou de lecture de poésie. Il fait face à un jardin magnifique et extrèmement travaillé autour d’un étang. On sent la disposition des éléments du jardin étudiée avec précaution, comme si le jardin racontait une histoire.
La visite de Kyôto Gosho demande une réservation préalable au site suivant.


Un peu plus au Nord du palais impérial se trouve le sanctuaire Shimogamo. On y fête le festival Aoi Matsuri tous les ans au mois de mai pour célébrer la nature. Le sanctuaire Shimogamo et sa forêt préservée ont été classés héritage mondial UNESCO en 1995.
そうだ京都、行こう (7)



Le sanctuaire suivant est beaucoup plus anecdotique mais on y a passé un très agreable moment. Situé à l’Ouest de Kyôto, Umenomiya est un sanctuaire entouré de verdure, un jardin très fleuri autour d’un petit étang. On y voit des couleurs, une allée sous les cérisiers en fleur et quelques fleurs rares comme le hanamizuki. Une fois de plus, c’est un endroit tranquille, un sanctuaire dans un quartier populaire. On aurait l’impression que les touristes n’y viennent pas, mais plutôt les gens du quartier. Un chat blanc mais bien sali par la poussière se tient posé à la billeterie à l’intérieur du sanctuaire. Il ne bouge pas d’un poil à notre arrivée, c’est le maître des lieux, ou peut être un dieu réincarné. Dans un coin du jardin, un peu apercevoir un arbre superbe tout en courbe, comme sorti d’une peinture sur fusuma. C’est peut être la photo que je préfère de tout le voyage à Kyôto.
Un peu plus loin, nous passons plus rapidement car la pluie reprend, au grand sanctuaire de Matsuo. Là encore, nous venons plutôt voir les jardins de Shigemori Mirei. Les ensembles de rochers sont moins agréables que les précédents, beaucoup plus arides. Nous accélérons la visite, pour ensuite retourner à Gion pour le diner, un petit restaurant avec une vue sur la rivière Kamo. On y accède par la rue étroite Kamogawa Odori.
そうだ京都、行こう (6)

En sortant du temple Tofukuji, on se laisse tenter par une petite succursale appelée Sesshu-ji, construite en 1321. Le jardin intérieur, plus simple que ceux du Tofukuji ou du Yogen-In, possède une grande étendue de sable blanc ratissé en lignes. Les rochers dans le fond représentent des formes d’animaux: une tortue et une grue. Il faut la encore s’asseoir quelques minutes sur le tatami et laisser jouer son imagination. Une maison de thé dans un coin du temple donne une jolie vue sur la jardin, à travers une ouverture arrondie.

Nous remontons ensuite la ville en direction de la grande gare de Kyôto, vers le site du temple Tôji. Ce site possède deux halls gigantesques de la période Momoyama: le Kondô et le Kôdô. Les halls renferment des statues boudhistes, des trésors nationaux. Le Kondô a été reconstruit en 1603 sous le reigne de Toyotomi Hideyori, fils et successeur de Toyotomi Hideyoshi.
Le monument le plus connu de Tôji est la pagode de 5 étages, la plus haute du Japon avec ses 55 mètres. Elle fut initialement construite en 826 par Kûkai, fondateur du Boudhisme Shingon. Détruite par le feu plusieurs fois, la pagode actuelle date de 1644 et on la doit au Shogun Tokugawa Ieyasu. Elle est considéré par les architectes d’aujoud’hui comme suivant les plus hauts standards.

Le batiment le plus ancien de Tôji est le Mieidô, la résidence de Kûkai reconstruite en 1380 pendant la période Muromachi.
そうだ京都、行こう (5)

Nous continuons notre marche dans l’enceinte du Tofukuji jusqu’au hall principal, le Hôjô (reconstruit en 1890). En chemin, on doit traverser un petit pont de bois recouvert, avec une vue sur la verdure fraiche printanière des arbres momiji (érables palmés dont les feuilles rougissent en automne).


Le hall Hôjô est entouré de 4 jardins de Shigemori Mirei dessinés en 1939. Ces jardins zens symbolisent différents aspects de la vie de Bouddha, à travers des éléments abstraits tels que des rochers posés sur une mer de sable. J’aime beaucoup le jardin arrière, au Nord, quadrillé de mousse humide et de dalles de pierre. Dans un coin du grand hall, on peut apercevoir la vallée de momiji verts de tout à l’heure, une vue plongeante au dessus de la tête des arbres. On dirait que l’on a la tête dans les nuages avec des éléments de temple qui surgissent à certains endroits, ou que l’on survole une masse verte et onduleuse en forme de collines. Tofukuji est un lieu remarquable à ne pas manquer.
そうだ京都、行こう (4)

A la fin de notre première journée à Kyôto, on ne peut pas échapper à une pause thé et wagashi dans une très bonne maison conseillée, Kansyundo, sur la grande rue Shichijo. Au menu, une patisserie wagashi accompagnée de thé vert macha, d’haricots rouges et mochi, et du kuzukiri, des nouilles froides et transparentes à base de kudzu.
Nous finissons la journée par une longue promenade le soir près de la rivière Kamo, puis en longeant la rue Kawaramachi jusqu’au centre actif et animé de Kyôto: le Kawaramachi-Shijo. Du croisement, on peut joindre le quartier de Gion et ses petites rues animées ou plus calmes à l’écart, beaucoup de petits restaurants et de lumières.

Notre deuxième journée commence par un peu de marche à pieds tôt le matin jusqu’au temple Tofukuji. Il s’agit d’un grand complexe de temples au Sud Est de Kyôto, possédant de nombreuses annexes et dépendances. Il pleut un peu, ce temps est idéal pour aller observer les mousses des jardins. En chemin, on s’arrête dans une de ces annexes: le Reiun-In. Un groupe d’une trentaine de personnes est déjà installé sur le tatami du temple à chanter des chants religieux.

Tout comme dans un des temples précédents, le Yogen-In, la vue sur le jardin est magique. Ce jardin et le temple datent de 1390, mais malheureusement, comme beaucoup de lieux historiques à Kyôto, il a subit des incendies et mis en ruine pendant une longue période. Le célèbre paysagiste Shigemori Mirei le reconstruit en 1970 en suivant le modèle initial: une représentation de l’univers avec en son centre, une pierre sacrée (Iai Seki) représentant le Mont Shumisen, la montagne sacrée où vivait Bouddha. Après que le groupe ait quitté le temple, on est saisi par la tranquilité des lieux, et l’atmosphère légèrement humide du jardin. On s’asseoit sur le tatami, enfin seuls, pour regarder cette représentation divine.
Après la visite sommaire de l’intérieur du temple, nous repartons vers le Tofukuji.
そうだ京都、行こう (3)

Nous continuons notre journée de visite à Kyôto par le gigantesque temple Sanjusangendo, établi en 1164 par Taira No Kiyomori, général de la période Heian. C’est un temple long de 120m, impressionant par son contenu, 1001 statues de la déesse Kannon, soigneusement placées. Les statues sont toutes légèrement différentes, par des sculpteurs différents. Une grande statue centrale est entourée de facon symétrique par 500 statues de chaque côté, toutes sculptées dans du cyprés japonais.

Cet alignement est impressionant par la force qui s’en dégage. J’avais en tête la représentation qu’en avait faite le photographe Hiroshi Sugimoto, une longue fresque de statues de bouddhas intitulée Sea of Buddhas (1995) que nous avions pu voir lors de l’exposition Hiroshi Sugimoto “End of Time” au Mori Museum of Art. Sugimoto souhaitait recréer en photographie la splendeur de ces statues à la lumière du matin, comme elle pouvait être apprécier par les puissants à la période Heian. Voir l’original, c’est encore toute une autre sensation.
(la deuxième photo provient du site du Hirshhorn Museum)