







Nous passons la dernière nuit de notre voyage à Ogoto, dans un hôtel onsen à proximité du lac Biwa. Nous ne logeons pas au bord du lac mais sur une petite colline qui nous permet de l’apercevoir en partie. Ogoto se trouve sur la partie la plus étroite du lac, ce qui ne donne pas l’impression de mer intérieure qu’on peut avoir du côté de Hikone ou Omihachiman. Ogoto se trouve dans la préfecture de Shiga mais nous repartons assez tôt le matin vers la préfecture voisine de Kyoto, en direction des montagnes au nord de la ville. Une route permet en fait de grimper la montagne sans repasser par le centre de Kyoto, que nous ne verrons pas du tout cette fois-ci. Notre destination est le sanctuaire de Kifune (貴船神社), également appelé Hifune, que Mari souhaitait visiter. J’avais également très envie de visiter Kifune, car c’est le lieu où se déroule le film River, Nagarenaide yo (リバー、流れないでよ) du réalisateur Junta Yamaguchi (山口淳太) dont j’avais déjà parlé et que j’ai beaucoup aimé. L’histoire du film se déroule en grande partie dans un ryokan nommé Fujiya, qui existe vraiment, mais également dans le sanctuaire de Kifune auquel on accède par un long escalier de pierres bordé de lanternes rouges. Cette entrée est particulièrement iconique. Nous avons pu stationner dans un petit parking à l’entrée du village, près de l’arrêt de bus. On remonte ensuite la route longeant la rivière entourée d’un paysage boisé. Les sons de la rivière nous accompagnent pendant tout notre parcours. Même quand on ne la voit pas, elle est toujours présente et apporte une tranquillité et une poésie certaine à ces lieux. Le grand escalier nous donne accès au sanctuaire principal Hongū, consacré au dieu de l’eau Takaokami no Kami, historiquement lié à la pluie, aux rivières et à la fertilité. Il était autrefois fréquenté par la cour impériale pour prier pour la pluie ou le beau temps-là. On peut y tirer un omikuji spécial dont on plonge le papier dans l’eau pour laisser apparaître son texte lentement à la surface. Notre niveau de chance apparaît doucement sur le papier. Nous apprécions cet endroit isolé dans la montagne, entouré de forêts et des sons de l’eau claire. Kifune nous pousse même à la contemplation, comme si le temps ralentissait.
Depuis l’entrée de Kifune, on peut emprunter un chemin de montagne qui monte le Mont Kurama jusqu’au complexe de temples bouddhistes Kurama-dera (鞍馬寺). Nous n’empruntons pas ce chemin dans la forêt car nous sommes en voiture, mais mon fils est tout à fait partant pour cette petite randonnée d’une quarantaine de minutes. Nous le rejoignons un peu plus tard au temple Kurama. Il est perché dans la montagne et on l’atteint en empruntant un petit funiculaire. Kurama-dera a été fondé en 770 et est dédié au dieu guerrier Bishamonten (毘沙門天). Initialement affilié à l’école Tendai, il appartient aujourd’hui à sa propre tradition indépendante, le Kurama-Kokyō qui met l’accent sur l’harmonie entre l’humain et la nature. Le temple est perdu dans les forêts de montagne et la vue depuis ses hauteurs est magnifique. Le sommet du mont Kurama est considéré comme un lieu spirituel puissant. Devant le hall principal, on peut voir au sol un symbole en forme d’étoile appelé Kongōshō. Les six pointes qui rayonnent vers l’extérieur symbolisent les six manières par lesquelles nous percevons et interagissons avec le monde: les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, le corps et le cœur. On dit que si l’on se tient sur la pierre triangulaire au centre de l’étoile et que l’on fait face au bâtiment principal, on peut ressentir une montée d’énergie, permettant de prendre conscience de la force intérieure que l’on porte en soi. Désormais pleinement rechargés en énergie, nous pouvons redescendre des montagnes en direction du lac Biwa pour la dernière étape de notre voyage. Le ciel est couvert mais il ne pleut pas encore.




























