une échappée belle

Comme j’ai désactivé mon compte Instagram depuis quelques jours maintenant, je transfère ici sur Made in Tokyo certaines des photographies qui étaient jusqu’à présent seulement sur Instagram. Elles sont prises avec un iPhone mais travaillées avec l’application SnapSeed, qui offre beaucoup de possibilités de filtres intéressants, qu’il faut régler habilement. Le tout est de ne pas en abuser. Les deux premières photographies montrent des propriétés privés à Azabu. On dit que la grande demeure aux formes métalliques compliquées, sur la deuxième photo, est la propriété d’une responsable d’une grande chaine d’hôtellerie japonaise. Sur les deux photographies suivantes, je reviens dans le quartier de Shibamata Taishakuten, tout près de ce temple fabuleux et sur une des allées extérieures donnant sur le jardin du temple. Je me souviens que nous nous étions assis quelques temps pour apprécier la tranquillité des lieux. La température y était douce et les jardins bien entretenus. En revoyant ces photographies, je me dis que j’aimerais y retourner quelques fois encore bientôt. Les deux photographies suivantes au ton bleuté nous ramènent à la froideur des tours de Shinagawa Intercity et de Marunouchi. L’ambiance est bien différente mais ce que les photographies ne montrent pas, c’est que la froideur des villes se transforme actuellement en fournaise entre les tours, entre deux salves de pluie. La saison des pluies n’est pas encore terminé mais on sent que les chaleurs estivales n’ont hâte que de s’imposer. Nous revenons vers Hiroo pour les deux dernières photographies. J’aime cette courbe d’escalier extérieur sur l’avant dernière photo, et la présence inattendue d’une DS à l’intérieur du monolithe Go-Sees Hiroo conçu par l’architecte Jun Aoki.

Je feuillette de temps en temps les numéros du magazine +81 Plus Eighty One en librairie, mais je n’avais jamais acheté un numéro jusqu’à ce volume 75 du printemps 2017 consacré au design graphique japonais, ses origines et son futur. A vrai dire, c’est un sujet que je ne connais pas très bien mais que j’ai apprécié découvrir, à travers des présentations de quelques précurseurs du design graphique depuis les années soixante, avec le déclencheur des Jeux Olympiques de 1964. Le magazine nous présente également la nouvelle génération et comprend de nombreux interviews de ces artistes.

J’ai pioché ci-dessous quelques extraits qui m’ont parlé, interpellé ou suscité multiples réflexions en rapport avec ce blog et les photographies, design et textes que j’y montre depuis si longtemps. Plusieurs des artistes reconnaissent un trop plein d’information, un trop plein d’images et nous parle de la manière de se démarquer en développant leur sensibilité personnelle.

Steve Nakamura: We live in an age where everyone has access to the same information, so human sense and perception will become even more crucial in order to succeed. Creativity comes from expressing our instinct, emotion, and intuition.

Cette remarque générale ci-dessous résonne pour moi dans le cas particulier de l’utilisation d’Instragram comme une manière standardisée de montrer des photographies sans y apporter la profondeur nécessaire.

Yuri Uenishi: As the world becomes increasingly standardized, it’s important to find those things only you can do and to think about things on a much deeper level.

Au détour d’une interview, on nous parle encore de la masse des images et du besoin de concret, à travers notamment l’impression physique sur papier. Je ressens également ce besoin concrétisé par mes photobooks, que j’estime être le produit final de tout ce qui se produit et se montre sur Made in Tokyo.

Theseus Chan: Designs now are consumed like fast food, which satisfies for a while, but it does not satiate. Viewing design on a monitor or screen is very different from touching the paper, smelling the ink and the more importantly, the discovery of something new because it was done by hand and there is always a good chance of “happy errors”.

On nous parle aussi de liens entre design graphique et musique, un sentiment que je partage et que j’essayais d’expliquer maladroitement peut être dans un billet précédent. Tout comme Daijiro Ohara, quand j’étais plus jeune, j’aimais créer des designs pour des jaquettes de compilations musicales enregistrées sur VHS ou pour des CDs musicaux.

Daijiro Ohara: I was into all aspects of music culture when I was in middle school and high school. I listened to music of every genre, mainly Techno, but the entrance to any music was always a record sleeve, so for me it was a feeling that music was brought with graphics. And even though I didn’t have my own PC, I was always making hand-drawn booklets and cassette tape jackets for my friend with all sort of trial and error.

En lisant l’extrait suivant, je me pose la question du domaine dans lequel se trouve mon travail de séries photographiques. Je n’ai pas l’impression d’opérer un attrait immédiat sur les visiteurs de ce site et ce n’est très certainement pas le but. Je me trouve plutôt dans la situation où mes photographies s’apprécient par un public déjà connaisseur et sur la longueur. Je ne tente à vrai dire pas grand chose pour rendre Made in Tokyo plus accessible, pas de titre accrocheur en forme de promesse comme « vous trouverez ici le Tokyo que vous n’avez jamais vu ! » (avec un point d’interrogation car c’est à la mode en ce moment).

Yuni Yoshida: I also try to incorporate a good balance of different types of appeal in each of my pieces, like instant appeal, easy accessible appeal, and the type of appeal that only people in the know will get.

Et pour terminer ces quelques extraits, une dernière remarque intéressante sur le rapport à l’image, et qui semble briser des limitations qu’on pourrait s’imposer inconsciemment.

Jonathan Barnbrook: (Regarding designer Tadanori Yokoo) He wasn’t afraid of expressing his own fantasy in his work, no matter how dark or bizarre. I think this is also something very Japanese. It is ok to express something visually, no matter how dark, because there is an acceptance that it is ‘fantasy’ not part of reality.

Du coup, vu l’intérêt que j’ai découvert à la lecture du début à la fin de ce magazine, je viens de commander un numéro plus ancien Vol.73 Music Creatives issue. Espérons que cette nouvelle lecture suscite de nouvelles réflexions.

Shibamata taishakuten

Nous sommes ici au temple Shibamata Taishakuten 柴又帝釈天 à Katsushika dans la banlieue de Tokyo. Une rue commerçante nous amène jusqu’à ce temple. Elle est très connue car c’est en ce lieu que le personnage Tora-san de la série de films populaires Otoko wa Tsurai yo 男はつらいよ vient retrouver, entre deux voyages dans le Japon, son oncle et tante qui y tiennent une pâtisserie traditionnelle de dango, ainsi que sa soeur Sakura et son mari. Dimanche soir, nous regardions tous ensemble le premier film de la série datant de 1969 et on y reconnait le temple et la rue qui ont en fait assez peu changé. J’ai vu de nombreux épisodes de Tora-san il y a une dizaine d’années chez les parents de Mari à Ofuna. Après le repas du soir le samedi, je m’asseyais dans le sofa du salon pour regarder un épisode avec le père de Mari. Je pense qu’il passait à la télévision un des 49 épisodes chaque semaine. Je prenais souvent l’épisode en cours de route mais l’histoire est de toute façon très similaire d’un épisode à l’autre. Il y a toujours une dispute familiale ou une déception amoureuse qui fait partir Tora-san sur les routes du Japon pour commencer d’autres histoires et faire une rencontre. Il y a une grande dose de comédie populaire. Je repense à ces moments avec nostalgie. J’aimais l’ambiance de ces films, d’un Japon qui parait bien lointain et je redécouvre le premier épisode de la série avec beaucoup de satisfaction. Je ne suis pas certain en fait de l’avoir déjà vu ce premier épisode. Peut être. Je suis assez surpris que Zoa se soit intéressé à un film qui date d’il y a 50 ans. Mais cette série a traversé les décennies et les générations jusqu’au dernier épisode en 1997. Les studios de la série Tora-san se trouvaient à Ofuna, mais ont été remplacés après la fin de la série par une université pour fille. Subsiste une mosaïque à l’effigie de l’acteur Kiyoshi Atsumi.

C’est avec ces images en tête que je parcoure la rue commerçante jusqu’au temple Shibamata Taishakuten. On y trouve un jardin agréable dont on peut faire le tour en marchant sur une allée de bois couverte. Les sculptures sur les murs extérieurs du bâtiment principal du temple sont vraiment impressionnantes de détails. Je n’avais jamais vu cela et cet art vaut vraiment le détour. Je pense revenir dans ce quartier et à ce temple pour revoir les sculptures sur bois. Dans la galerie ci-dessous, j’ai réunis les quelques photographies prises dans lors de cette journée.