月に勝ち猫

(もうすぐ雨) La pluie peut tomber à tout moment mais elle a la bonne idée de se retenir jusqu’à ce que je rentre à la maison. Ces photographies sont prises à la suite de celles de la traversée du Rainbow Bridge. Nous entrons tout doucement dans la saison des pluies. Cette période de l’année peut certes être contraignante pour sortir prendre des photos mais j’aime les contrastes forts qu’elle procure en général sur les photographies qu’on peut prendre. Les photos ci-dessus sont prises du quartier de Mita jusqu’à Hiroo au niveau de la rue Meiji. Je trouve qu’elles sont assez typiques de Made in Tokyo. Elles font partie d’un tout continuel, mais ne se démarquent pas vraiment par leur identité individuelle. Je ressens la nécessité de montrer ce type de photographies de rues sans particularités apparentes et immédiates parmi d’autres photographies montrant de l’architecture à l’identité forte et immédiatement reconnaissable. D’une certaine manière, j’essaie de cette façon de montrer la continuité de la ville qui ne se limite pas à une somme de landmarks remarquables. Mais est ce que je donne de cette manière une représentation de cette ville qui serait plus fidèle à la réalité ? Je ne pense pas et ce n’est pas réellement mon intention. Même si elles n’ont pas d’identités fortes en apparence, je vois tout de même des particularités distinctives dans les morceaux de ville pris en photo et montrés ci-dessus. En l’observant depuis un passage surélevé, j’ai été attiré par le graphisme des larges passages pour piétons à Mita ressemblant à une partition musicale sur laquelle des petites notes mouvantes viennent se placer. Sur la troisième photographie, le bâtiment de béton d’un restaurant d’anguilles a attiré mon regard pour la forme courbe placée à l’entrée qui vient adoucir l’aspect pourtant massif de l’ensemble. La large cheminée a également attiré mon attention car elle s’achemine jusqu’au toit sans prendre en considération l’esthétique de l’ensemble. A moins que l’on pense comme moi que ce genre de tuyauteries apparentes fait toute l’esthétique du bâtiment. L’interêt que je trouve dans les quatrième et cinquième photographies est l’association que l’on peut faire entre la forme des vitrages d’un garage vintage et ceux d’une maison individuelle récente se trouvant dans la même rue. La photographie suivante montrant une résidence appelée Imperial Hiroo m’accrochait l’oeil pour sa texture abîmée qui venait tout d’un coup entrer en résonance avec le portique rouillé de sortie d’autoroute placé à sa perpendiculaire. Et j’aime beaucoup saupoudrer ce genre de billets de matière végétale, celle de l’avenue Meiji sur la dernière photographie, celle derrière laquelle se cache un temple appelé Daisho-ji dans un quartier de Mita, où celle qui envahit les trottoirs quand l’humidité ambiante devient trop forte.

(Tell me the truth, do you crash?) L’idée m’est soudainement venue d’écouter la musique de Bonnie Pink (ボニー・ピンク). Elle s’apprête à sortir un nouvel album après 10 ans d’absence et c’est très certainement ce qui m’a donné envie d’écouter un de ses anciens albums. Le morceau le plus connu de Bonnie Pink s’intitule A Perfect Sky et il est sorti en 2006. Ce morceau pop est mémorable et accrocheur mais ne correspond pas vraiment au style musical que je cherche à découvrir en ce moment. J’ai en fait un très vague souvenir d’avoir voulu découvrir cette artiste au début des années 2000, sans pourtant avoir concrétisé cette envie. A cette époque là, je cherchais à écouter d’autres groupes et artistes qui auraient un style plus ou moins similaire à celui de Sheena Ringo et j’ai eu cette envie de me diriger vers Bonnie Pink. Le morceau A perfect sky m’avait peut-être un peu rebuté mais je me rends compte maintenant que j’avais eu tord de ne pas explorer ses albums. Bonnie Pink, de son vrai nom Kaori Asada (浅田香織), est compositrice et interprète de tous ces morceaux. Elle a démarré sa carrière musicale avec un premier album intitulé Blue Jam en 1995. Je démarre ma découverte tardive de Bonnie Pink avec son deuxième album intitulé Heaven’s Kitchen sorti en 1997. L’esprit rock presque indé mais se mélangeant avec des sonorités jazz me plaît tout de suite vraiment beaucoup. Je me dis maintenant en écoutant tous les titres de cet album, aussi bons les uns que les autres, que j’aurais certainement accroché si j’avais écouté l’album à l’époque (bien que je sois arrivé au Japon que deux années plus tard). Le morceau titre Heaven’s Kitchen attire tout de suite l’attention mais il y a de nombreux morceaux très accrocheurs comme par exemple Do You Crash? Elle a don certain pour la composition musicale et une voix remarquable. L’album a 25 ans mais il aurait pu sortir hier, sachant que certains morceaux comme celui intitulé Melody devait déjà avoir un côté rétro à l’époque. Elle joue de beaucoup de nuances dans sa voix, sur le morceau Silence, par exemple. Elle a une aisance certaine dans son chant, mélangeant la langue anglaise qu’elle maîtrise très bien et le japonais, qui ne se force pas et s’impose de lui-même. On y ressent souvent une sorte de mélancolie qui semble savamment dosée. Par moment, son chant me rappelle celui de Sheena Ringo sauf que Bonnie Pink reste raisonnable tandis que Sheena part volontiers dans les excentricités sonores.

Certains ont d’ailleurs vu des ressemblances entre les deux compositrices, interprètes et musiciennes. Elles savent par exemple toutes les deux jouer du piano et de la guitare, composent et écrivent leurs morceaux mélangeant japonais et anglais et se sont construites des univers musicaux personnels qui ne semblent influencés que par elles-mêmes. Bonnie est de 5 ans l’ainée de Sheena. Elle a démarré sa carrière musicale en 1995 tandis que celle de Sheena démarra quatre ans plus tard en 1998, mais elles ont dans l’ensemble connu leurs débuts de carrière à la même époque dans la deuxième partie des années 1990. Je lis même qu’il y avait une rumeur disant que Bonnie Pink et Sheena Ringo étaient sœurs, peut-être parce qu’elles ont toutes les deux un point de beauté sur le visage à peu près au même endroit et parce qu’elles ont une certaine ressemblance physique comme sur les deux photos ci-dessus. Il faut noter tout de même que la photo de Bonnie Pink à gauche utilisée en couverture de son album Even So date de 2004, tandis que la photo de droite de Sheena Ringo vue dans le magazine musical ROCKIN’ON JAPAN date de Mars 1999. Bonnie avait 30 ou 31 ans sur cette photo tandis que Sheena avait 20 ans sur la photo de droite. Elles ne sont pas originaire de la même ville non plus car Bonnie est de Kyoto tandis que Sheena est de Fukuoka. Bref, cette rumeur est bien sûr incorrecte mais je suis surpris de voir plusieurs pages Internet la mentionner.

En fait les deux artistes évoluaient à leurs débuts dans des milieux artistiques plutôt similaires. Bonnie Pink avec ses cheveux courts rouges avait une apparence unique qui se démarquait des autres interprètes féminines de l’époque. Elle avait ce côté rock un peu rebelle que l’on trouvait également chez Sheena Ringo. A ses débuts, Sheena aurait apparemment dit à propos de Bonnie Pink qu’elle avait fait en premier ce qu’elle voulait faire elle-même (私のやりたいことを先にやられてしまった), ce qui lui aurait fait perdre confiance en elle après l’écoute de son premier album Blue Jam. Ce sentiment s’est ensuite effacé quelques années plus tard car, dans son émission radio Etsuraku Patrol de Décembre 1998, Sheena Ringo diffuse le morceau Scarecrow de cet album Blue Jam de Bonnie Pink. En annonçant le morceau dans son émission, Sheena mentionne le fait qu’on disait au début que leurs styles musicaux se chevauchaient, mais qu’on s’était quand même rendu compte qu’ils étaient différents. Elle précise également qu’elle apprécie ce morceau (被ってると最初言われたんですけれども、いま、じゃ、そんなこともないよね。ちゃんと別なものとして知識してるだけです。ガッコイです!). Les styles musicaux de Bonnie Pink et de Sheena Ringo sont en effet différents, et il est clair que l’impact que peut donner la musique de Sheena sur un auditoire est beaucoup plus fort et immédiat.

Il y a d’autres détails intéressants au sujet de ces deux artistes. Toujours dans son émission Etsuraku Patrol, Sheena évoque cette ressemblance physique avec Bonnie. Elle mentionne que quand elle était en Angleterre, Bonnie a sorti un single avec une vidéo qui passait à la télévision sur laquelle elle avait ses cheveux rouges. La mère de Sheena Ringo aurait apparemment vu cette vidéo en pensant qu’il s’agissait de sa fille. Elle l’aurait ensuite appelé pour lui demander quand elle était rentrée en Japon et si elle avait teint ses cheveux en rouge (あなたいつ日本に帰って来て髪を赤にしたのよ). On peut trouver un autre point intéressant sur le deuxième album de Sheena Ringo, Shōso Strip (勝訴ストリップ) sorti le 31 Mars 2000. Certains voient le choix du titre du neuvième morceau de l’album, Tsuki ni Make Inu (月に負け犬), comme une référence à un morceau de Bonnie Pink intitulé Inu to Tsuki (犬と月) sorti quelques années avant, le 21 Octobre 1998. Ce morceau, que Sheena a écrit lorsqu’elle avait 18 ans, ne contient pas de référence à la lune (月) dans les paroles et on peut donc penser que ce mot a été ajouté plus tard comme une référence au titre du morceau de Bonnie Pink. D’une manière un peu similaire, Shōso Strip contient un morceau intitulé Sakana (サカナ), ou poisson en français, et le quatrième album de Bonnie Pink (Let Go sorti à peu près au même moment que Shōso Strip) contient un morceau intitulé Fish. Ces correspondances se sont peut-être que des coïncidences, mais il est certain que les deux artistes avaient conscience l’une de l’autre bien qu’elles ont évolué dans des styles différents. Ce genre de détails me passionne en tout cas, et me pousse à écouter d’autres albums de Bonnie Pink. Je trouve chez le disquaire Disk Union de Shin Ochanomizu les albums Blue Jam (le premier sorti en 1995) et Let Go (le quatrième sorti en 2000). J’aime beaucoup ce que j’écoute, qui correspond assez bien à ce que j’ai envie d’écouter en ce moment.

walkingxwatching

Marcher et observer les rues de Shibuya, Yoyogi, Azabu-Jūban, Sendagaya et ailleurs. Je ne les observe en général pas longtemps car je suis à chaque fois emporté par la marche qui me démange avant tout, et par le rythme de la musique que j’écoute en me déplaçant. Je prendrais très certainement des meilleures photographies si je m’attardais un peu plus à observer immobile depuis un endroit précis en attendant l’instant décisif, s’il a la bonne idée de se présenter devant moi. C’est en fait la même chose pour Made in Tokyo, j’avance sans m’arrêter, sans faire de pauses qui me permettraient pourtant de prendre le temps d’observer ce que devient ce blog. Je serais peut-être mieux inspiré d’y mettre une halte pendant quelques temps pour me forcer à réfléchir à la suite. Je réfléchis souvent à arrêter mais je ne m’arrête jamais. Il faut se faire une raison. Il m’arrive de temps de temps de partir à la recherche d’autres blogs francophones sur Tokyo et le Japon, mais ils sont presque tous arrêtés. Le fait qu’il n’y ait pratiquement plus de blogs actifs me pousse en quelque sorte à continuer. Je me demande comment toutes ces personnes qui écrivaient régulièrement sur des blogs se contentent maintenant de petites lignes sur Twitter, en essayant parfois de déjouer les limites de l’outil en écrivant des ‘threads’ qui au final ressemblent beaucoup à des billets de blog. Mais ne désespérons pas, les blogs reviendront peut être un jour à la mode.

Je ne découvre pas ici de nouveaux artistes ou groupes mais des nouveaux morceaux de compositrices, interprètes ou groupes que je connais déjà et que je suis avec attention depuis quelques années, voire depuis leurs débuts. C’est d’ailleurs intéressant de voir les évolutions et constater que certains artistes sont désormais entrés dans le mainstream ou sont en passe de l’être. AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) continue sa carrière solo à un rythme on ne peut plus soutenu. Je me souviens de cette interview croisée avec Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) où AiNA lui posait la question de comment elle arrivait à écrire autant de nouveaux morceaux pour Tricot en si peu de temps, mais AiNA ne chôme pas non plus, même si elle n’écrit pas tous ses morceaux. Elle a d’ailleurs le vent en poupe en ce moment car elle jouera le rôle principal, celui de Janis Joplin, dans la comédie musicale de Broadway A night with Janis Joplin au mois d’Août aux côtés d’autres chanteuses comme UA et Haruko Nagaya du groupe Ryokuōshoku Shakai. La fin de BiSH cette année va certainement la libérer un peu plus encore d’un poids, dirais-je, car BiSH tourne en rond depuis quelques temps et joue les prolongations. Le nouveau single d’AiNA The End s’intitule Watashi no Magokoro (私の真心). Il est sorti le 6 Juin 2022 et il est écrit et composé par Yasuyuki Okamura (岡村靖幸). C’est un morceau pop rock dont l’ambiance et la construction aux premiers abords plutôt classique n’étaient à priori pas destinées à me plaire, mais la voix pleine de passion d’AiNA m’a comme d’habitude rapidement accrochée. Le refrain à plusieurs voix est également très accrocheur et le final à rallonge me plait vraiment beaucoup. Le morceau fait 7 minutes et prend le temps de divaguer dans sa deuxième partie plus symphonique. C’est vraiment un beau morceau. J’écoute ensuite le nouveau single intitulé Jealousy (ジェラシー) de a子. Je suis cette compositrice et interprète depuis son premier EP et elle m’impressionne de plus en plus par sa capacité à créer à chaque fois des nouveaux morceaux qui surpassent les précédents. Elle évolue depuis quelques temps vers un terrain un peu plus pop mais garde tout de même cet esprit indies qui caractérise sa musique. J’aime beaucoup le rythme marqué du morceau et les éclats de lumières qui s’en dégagent. Le morceau Jealousy est même classé au top de la radio J-Wave, Tokio Hot 100, en 80ème position. Je pense que c’est la première que a子 est présente dans ce genre de classement, ce qui est une bonne chose car elle mérite vraiment d’être plus reconnue. Le morceau suivant de ma petite sélection est très différent car on part vers du hip-hop à base de pop électronique. J’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog de la rappeuse Valknee. Ce nouveau morceau intitulé Bet Me! est assez différent de ses précédents, car la composition musicale par un musicien appelé Piano Otoko (ピアノ男) est extrêmement rapide et hachée. Le morceau est assez court mais extrêmement addictif si on veut bien se laisser entraîner vers ces sons certes très accidentés. Valknee va peut être connaître une célébrité prochaine car ce morceau a été sélectionné sur la playlist de Pitchfork. Pour terminer, j’écoute aussi beaucoup le nouveau single du groupe rock Ms.Machine. Ceux qui suivent attentivement ce blog doivent connaître le nom de ce groupe car j’en parle souvent. Le single se compose en fait de deux morceaux intitulés Vinter et Cloud gap. L’ambiance sombre ne diffère pas du premier album du groupe, avec toujours la voix parlée de SAI mélangée aux guitares et aux sons électroniques froids, flirtant avec l’industriel. Les mélodies sont très belles et un brin inquiétantes. Quelle ambiance sur ces deux morceaux! Les trois filles de Ms.Machine tiennent leur ligne stylistique mais arrivent tout de même à faire évoluer progressivement leur son, ce qui est de bonne augure pour la suite. Ms.Machine avait participé au festival Fuji Rock l’année dernière et j’espère bien qu’elles pourront continuer à se développer sur cette lancée, car c’est à mon avis un son assez atypique sur la scène musicale actuelle. Et petit détail à noter, Ms.Machine a eu l’amabilité de me répondre en français sur Twitter suite à mon message d’appréciation. J’ai l’impression que, de manière générale, ce genre d’attentions se font plus rares en ce moment sur Twitter.

valiant girl

音楽を聴いているから邪魔しないで。La jeune fille en kimono rouge qu’il ne faut pas déranger car elle écoute de la musique s’appelle Valiant Girl. Il s’agit d’une illustration de l’artiste répondant au nom de code Backside works (バックサイドワークス), vu dans une vitrine d’immeuble à Azabu Jūban. Cette illustration est apparemment évaluée à 2.5M Yens (quand même). La plupart des autres photographies de ce billet ont été prises à Daikanyama et Ebisu, dans des lieux vus et revus de nombreuses fois. Les habitués de ce blog se rappelleront peut-être de ces deux visages féminins de couleur orangée sur une fresque murale, sur la dernière photographie.

un palmier au dessus des immeubles

Ici, Azabu Jūban. C’est le seul nom de lieu à Tokyo que je prononce exprès à la française pour énerver tout le monde à la maison. Je ne suis pas le seul à prononcer ce nom de lieu de cette manière, volontairement ou pas, mais je ne sais pas d’où vient cette image française, que je vois plutôt, en général, associée aux quartiers d’Ichigaya et Kagurazaka, où se trouve l’Institut Français (et anciennement le Lycée Français). C’est peut-être dû à la relative proximité de l’Ambassade de France. Au croisement Ichinohashi, un nouvel immeuble a fait son apparition depuis déjà plusieurs mois. Les plaquettes recouvrant la façade nous font tout de suite penser à Kengo Kuma, et il s’agit bien entendu de Kengo Kuma. J’aime beaucoup son architecture (et je vais encore en parler bientôt) mais je commence à me dire qu’il vient standardiser l’image de Tokyo vu la quantité de bâtiments qu’il conçoit. Je suis loin de critiquer car nombre de ses créations architecturales sont tout à fait originales. Le pilier, au milieu du grand croisement à quelques mètres de là, m’attire à chaque fois. Son aspect massif et son emplacement m’impressionnent toujours au point où j’ai à chaque fois envie de le prendre en photo, quitte à ennuyer les visiteurs. La troisième photographie montre l’étrange temple bouddhiste Reiyūkai Shakaden aux formes noires futuristes. Le sanctuaire Nishikubo Hachiman Jinja (西久保八幡神社) situé sur une petite colline juste à côté a été complètement refait. Il faut dire que le quartier limitrophe d’Azabudai est en plein redéveloppement par Mori Building. Un immense espace derrière Reiyūkai a été complètement rasé et de nouvelles tours ont fait leur apparition. Mori fait malheureusement beaucoup en terme de standardisation urbaine. Le petit moment de poésie sur ce billet intervient sur la quatrième photographie, en la présence d’un petit palmier posé tout en haut d’un immeuble. Il semble appeler l’été de ses voeux. Il faut lever les yeux vers le ciel pour le voir. Apprécier l’architecture oblige à regarder vers le ciel. Je continue encore un peu ma marche en direction de la Tour de Tokyo que je montrais précédemment.

Outre les albums de Tricot que je découvre petit à petit et qui m’accompagnent quasiment tous les jours depuis plusieurs semaines, j’alterne avec d’autres musiques qui ont attiré mon attention ces derniers temps. Ce sont souvent des artistes que je suis depuis plus ou moins longtemps et qui sortent de nouveaux morceaux. Ce n’est pas systématique mais j’aime en général beaucoup les nouvelles compositions de Vaundy, ici avec son nouveau morceau Koikaze ni Nosete (恋風邪にのせて) sorti le 7 Mars 2022. Il s’agit du morceau thème d’une émission de télé-réalité sur Abema TV intitulée Kare to ōkami-chan ni ha Damasarenai (彼とオオカミちゃんには騙されない). A vrai dire peu importe. Je pense que Vaundy a un véritable don pour la composition musicale car ses morceaux sont presque immédiatement accrocheurs tout en maintenant cette accroche après de multiples écoutes. Je ne suis en général pas attiré par la pop pure, mais la musique de Vaundy m’attire pratiquement à chaque fois. Sa voix joue pour beaucoup, car on y ressent une passion certaine. Après le très bon morceau intitulé Walpurgis qu’il a écrit pour Aimer, je me dis qu’il devrait par exemple aussi composer pour Milet. Elle a une voix très puissante et particulière mais je n’ai pour l’instant pas entendu de morceau intéressant.

Après avoir écouté quelques morceaux de son nouvel album, je continue maintenant en piochant des morceaux de l’album précédent de Mondo Grosso, aka Shinichi Osawa (大沢伸一), celui intitulé Reborn Again and Always Starting New (何度でも新しく生まれる). Je connais déjà le superbe morceau Labyrinth (ラビリンス) avec Hikari Mitsushima (満島ひかり) au chant, et je découvre maintenant Wakusei Tantra (惑星タントラ) avec Asuka Saito (齋藤飛鳥) de Nogizaka46. Asuka Saito chantait déjà sur le morceau d’inspiration shoegazing STRANGER, sur le dernier album de Mondo Grosso. Sur ce morceau Wakusei Tantra (ou Planet Tantra), elle a une manière similaire de chanter, plutôt neutre et sans fioritures. Cette manière de chanter dans un flot continu est vraiment intéressante. La musique de Shinichi Osawa est très délicate et accompagne bien cette voix, la contrebalance même. Asuka Saito devrait s’échapper de Nogizaka46 pour venir chanter dans ce genre de projets. Tout comme pour Hikari Mitsushima, Shinichi Osawa semble être fidèle aux chanteuses qu’il fait intervenir sur ces albums, donc on peut présager d’autres morceaux à l’avenir. Il faut que je tente maintenant d’écouter un peu plus ces deux albums de Mondo Grosso.

On change encore complètement de style avec Minakekke. Depuis son EP Oblivion de 2019, j’avais un peu perdu de vue ses compositions, mais elle n’a pas sorti de nouvel EP ou album depuis celui de 2019. Son nouveau morceau Memorabilia, sorti le 15 Mars 2022, ne dépareille pas vraiment du style du EP Oblivion. La voix de Minakekke est chargée d’émotion, presque tremblotante, et il en ressort quelque chose de très beau. Alors que le début du morceau est plutôt minimaliste avec une guitare acoustique et un son unique de percussion, mettant l’accent sur le chant de Minakekke, l’accompagnement musical s’étoffe petit à petit. La deuxième partie de Memorabilia fait intervenir le bruit assourdissant des guitares de style shoegazing, sans pour autant altérer sa voix. Je me demande si ce n’est qu’au Japon que l’influence shoegazing est encore si présente. Je ne vais pas me plaindre car j’adore ces sonorités bruitistes.

Le dernier morceau part encore dans une direction complètement différente. Il s’agit de Sakura Burst du groupe Cö Shu Nie. Ce groupe, son nom du moins, m’intrigue depuis longtemps mais je n’avais jamais vraiment essayé d’écouter attentivement leur musique. Il se trouve que la chanteuse de Cö Shu Nie, Miku Nakamura (中村未来), est une amie de longue date d’Ikkyu Nakajima et cette dernière l’avait invité sur l’émission de J-Wave Wow Music pour justement présenter ce nouveau single Sakura Burst. Il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour aller écouter ce morceau attentivement et l’apprécier. Sakura Burst est le thème final d’un anime télévisé intitulé Code Geass: Lelouch of the Rebellion (コードギアス 反逆のルルーシュ) dont je n’ai jamais entendu parlé. A vrai dire peu importe (2). Le style est upbeat, contrastant complètement avec le morceau que j’évoquais juste avant. Musicalement, c’est très fouillé, voire symphonique, et la voix de Miku Nakamura va chercher très haut dans les aigus. Je trouve que ce morceau correspond bien à l’archétype des morceaux utilisés pour des films d’animation, mais celui-ci me plaît beaucoup.

C’est assez inattendu de voir Sheena Ringo sortir un nouveau morceau en solo, et j’espère que ça n’annonce pas une nouvelle pause de Tokyo Jihen. Après le dernier single Futsū ha (ふつうとは) de Tokyo Jihen, il s’agit encore d’un thème musical pour une émission de la NHK adressée au jeune public. Le nouveau morceau intitulé Ito wo Kashi (いとをかし) sera le thème final de l’anime Ojarumaru (おじゃる丸) sur NHK E Tele (Eテレ). Ce thème sera diffusé à partir du 4 Avril donc j’imagine que le morceau entier sera disponible à ce moment là. Cet anime existe depuis très longtemps, apparemment depuis 1998 ce qui correspond au début de la carrière de Sheena Ringo. La photo promotionnelle ci-dessus semble avoir été prise en même temps que celle accompagnant le single précédent de Tokyo Jihen qui est également la photographie de nouvelle année du groupe. Je ne sais pas trop à quoi on peut s’attendre pour ce dernier morceau, mais j’ai un peu peur qu’il soit trop consensuel. Le fait que ça soit le thème final plutôt que le thème d’ouverture permettra peut-être un peu plus de liberté, mais j’avoue avoir assez peu d’attente.

every cloud is grey with dreams of yesterday

Ce building Joule A par l’architecte Edward Suzuki à Azabu Jūban ressemble à un nuage gris métallique. Il apporte un peu de poésie à l’environnement urbain hostile composé de jonctions d’autoroutes surélevées. Il faut certes exercer son imagination pour trouver du réconfort dans ce paysage métallique. La surface sur la photographie suivante provient d’un hôtel sans fenêtres à Higashi Azabu. Les pièces de ce building atypique sont éclairées par une ouverture partielle du plafond dans l’espace laissé entre les blocs posés les uns sur les autres avec un décalage. L’ambiance doit quand même y être sombre, mais j’espère quand même qu’on peut voir les nuages, même s’ils sont gris, à travers cette ouverture au plafond. La structure faite de formes simples est très intéressante et sans concession. La dernière photographie montre le motif répétitif d’une résidence près d’Azabu Jūban. Les formes sont triangulaires et me rappellent un peu un autre building plus futuriste, le Sumitomo Fudōsan Azabu Jūban Building, placé à quelques rues de là. Les photographies de ce billet mélange les formes mais restent dans des tons neutres au point où j’aurais pu les montrer en noir et blanc. J’aurais pu également les rendre plus floues ou enfumées pour leur donner une impression de rêve. Mais je n’ai pas beaucoup de temps pour rêver. Je suis venu dans ce quartier d’Azabu à vélo en roulant à toute vitesse et en m’arrêtant brutalement lorsque j’apercevais un building intéressant. Rouler à vélo me permet d’apprécier en accéléré et en distorsion les sons de la rue. J’aimerais retransmettre cette sensation en photographies.

Cette année encore, Ringohan conduit une enquête auprès des membres du fan club. L’enquête a un nom, elle s’appelle OTK no Honkai (OTKノ本懐), ce qu’on pourrait traduire par l’aspiration des Otaku. Dans le langage de Sheena Ringo et ce depuis ses débuts, OTK veut dire Otaku et fait référence aux fans. C’est une manière un peu directe d’appeler les fans, mais ça correspond bien à sa manière directe de parler à ses débuts (elle employait déjà ce terme dans une émission Etsuraku Patrol de 1999). Je pense que cette appellation est due au fait que les fans ont tendance à tout collectionner et à tout savoir sur tout d’un ou d’une artiste. Elle s’était d’ailleurs étonnée plusieurs fois, d’une manière un peu naïve d’ailleurs, de la manière par laquelle les OTK arrivaient à deviner les directions qu’elle allait prendre (le redémarrage de Tokyo Jihen par exemple). Ces enquêtes pour obtenir les avis des OTK ne sont pas conduites tous les ans mais il y avait eu une pour l’année 2020 avec des questions relativement similaires. Cette version 2021 contient par contre plus de questions que celle de l’année dernière, à mon souvenir du moins, et certaines de ces nouvelles questions demandent beaucoup plus d’imagination. Les membres de Ringohan peuvent voir les résultats de l’enquête en temps réel mais ces résultats ne sont pas définitifs et toujours en mouvement jusqu’à la fin de la période de réponse, le 2 Décembre 2021. J’ai moi-même répondu à l’enquête il y a quelques jours.

D’après les résultats que l’on peut voir actuellement, Gunjō Biyori (群青日和) est toujours en première place des morceaux préférés des membres du fan club pour Tokyo Jihen. Il faut dire que bien que ça soit un des premiers morceaux du groupe, ils le jouent très régulièrement, notamment cette année, dans les émissions télévisées auxquelles ils ont participé (et même avec la formation elopers). L’arrivée de Ryokushu (緑酒) en deuxième position n’est pas non plus une surprise. Ce morceau arrive en première place avec une très large avance pour ce qui est des vidéos préférées de Tokyo Jihen. C’était également mon choix car cette vidéo montrant une réunion du groupe a quelque chose de très attachant. Cette vidéo est en quelque sorte représentative de la réunion de Tokyo Jihen après 8 ans d’absence. L’album préféré de Tokyo Jihen reste Sports (スポーツ) suivi du nouveau entrant Music (音楽), et le concert préféré des fans est Bon Voyage. J’ai personnellement listé Ultra C en première position mais le choix est difficile car il y a beaucoup de très bons concerts.

Pour Sheena Ringo en solo, le concert préféré est Hyakkiyakō 2015 en compétition étroite avec Ringo Expo 18. Le morceau préféré est Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック) sans aucune surprise. Je suis toujours très embêté pour choisir un seul morceau donc j’ai à chaque fois sélectionné le morceau TOKYO de Sandokushi, qui se trouve d’ailleurs bien placé dans le classement actuel en cinquième position. L’album préféré est Hi Izuru Tokoro (日出処) suivi de Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). La vidéo préférée est Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭 ) mais le score est serré avec d’autres morceaux et peut donc évoluer jusqu’à la fin de l’enquête. Il nous est également demandé d’indiquer le morceau qui a déclenché notre amour pour la musique de Sheena Ringo ou de Tokyo Jihen. Les trois premiers morceaux listés sont tous tirés de Muzai Moratorium, à savoir dans l’ordre Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。), Honnō (本能) et Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王). En ce qui me concerne, j’ai d’abord découvert Koko de Kiss Shite. quand le morceau passait en extrait au générique de fin de l’émission de Downtown du Jeudi soir (je pense) mais c’est surtout Kabukichō no Joō qui a déclenché mon amour pour la musique de Sheena Ringo.

La population qui a répondu à l’enquête est aux 2/3 féminine et donc 1/3 masculine (ce qui ne change pas beaucoup depuis l’année dernière). J’ai l’impression qu’il y a quand même une légère augmentation de la proportion masculine. Pour ce qui est des tranches d’âge, les répondants sont, dans l’ordre d’importance, des personnes dans leur vingtaine, puis des trentenaires puis des personnes dans leur quarantaine. C’est intéressant de voir que le groupe et Sheena qui sont tous dans leur quarantaine (à part Kameda Seiji qui est un peu plus âgé) attirent une majorité de personnes d’une vingtaine d’années et que les morceaux les plus reconnus sont ceux que Sheena a sorti lorsqu’elle avait 20 ans. Je pense qu’elle doit être très satisfaite de voir que sa musique et celle du groupe soient toujours pertinentes pour les plus jeunes. Qui ne le serait pas d’ailleurs? Cette longévité doit faire des jaloux. Certainement que sa manière d’être plutôt décalée à l’époque de ses vingt ans est vue maintenant comme un modèle de liberté pour la jeunesse. Le mot Jiyū (自由, liberté) est d’ailleurs souvent utilisé dans les paroles de ses morceaux.

Viennent ensuite les questions sur les collaborations éventuelles. J’avais cité King Gnu et AiNA The End l’année dernière, et je cite toujours Daiki Tsuneta cette fois-ci. Daiki Tsuneta est un musicien avec plein d’idées de projets musicaux en tête (King Gnu d’abord, puis Millenium Parade et Perimetron) et je pense qu’il pourrait y avoir des idées intéressantes dans une collaboration entre Tsuneta et Sheena. Je cite également RöE comme jeune compositrice et interprète pour laquelle Sheena pourrait composer un morceau. Pour une interview croisée, j’avais mentionné le nom d’Ichiro Yamaguchi (de Sakanaction) la dernière fois mais en y réfléchissant bien, ça parait peu probable car je ne connais pas de liens, même lointains, entre les deux. Utada Hikaru avait été largement mentionné l’année dernière, ce qui parait complètement logique si on considère les quelques morceaux qu’elles ont interprété en duo dans le passé. J’ai cette fois-ci pensé à UA comme partenaire d’interview, parce qu’il y a un lien en la personne de Kenichi Asai, membre entre autres du groupe Ajico dont fait partie UA et qui a repris du service cette année. Comme elles sont de la même génération (UA est un peu plus âgée) et ont des connaissances en commun, les possibilités d’une interview croisée me paraissent plus probables.

On nous demande également quels produits dérivés on voudrait voir sur la boutique en ligne. Comme les lecteurs de vinyles et de cassettes sont déjà sortis ou sur le point de sortir, je pense qu’il serait temps de penser à un lecteur de CDs portable aux couleurs de Tokyo Jihen (pour rester vintage tout en étant utile). Vu le nombre de CDs qu’on a à la maison, j’aimerais ré-utiliser ce genre de lecteur portable, sans la compression des MP3. Il y a ensuite des questions plus étranges demandant un peu plus d’imagination, par exemple, quelle boutique serait au goût d’Ukigumo, quel onsen pourrait on recommander à Kameda, quel plat voudrions-nous cuisiner avec Hata, quel événement olympique conviendrait à Izawa et que dirait-on à Sheena Ringo si on travaillait dans un café et qu’elle arrivait soudainement. Une autre question qui m’intéressait était de donner le nom d’un artiste ou créatif qu’on recommanderait. J’avais mentionné l’illustrateur Shohei Otomo l’année dernière et je mentionne cette année Yasuto Sasada, un autre illustrateur et peintre, ayant notamment collaboré avec Yohji Yamamoto. Dans le portfolio de cet artiste que je suis depuis plusieurs années, il y a une illustration de paon (孔雀) et le mentionner est donc devenu une soudaine évidence. Tokyo Jihen reprend quelques épisodes de sa série Hanakin Night sur YouTube, suite aux épisodes sortis en Juin 2021, avec un premier épisode le Vendredi 26 Novembre 2021 (avec Hata). Une question nous demande ce qu’on voudrait voir dans ces vidéos YouTube. J’aimerais personnellement voir une vidéo du groupe pendant des répétitions ou en pleine exploration musicale pour composer un nouveau morceau. Ce genre de scènes qu’on pouvait voir accompagnant certains DVD/Blu-ray me manquent. Certaines de mes prédictions de l’année dernière étaient devenues réalité, mais je suis quand même un peu moins confiant pour l’enquête de cette année. Seul l’avenir nous le confirmera.

Je parlais dans un billet précédent du nouveau morceau de Tokyo Jihen, Hotoke dake Toho (仏だけ徒歩) qui est sorti le lundi 22 Novembre et dont la vidéo est diffusée sur YouTube depuis le 23 Novembre à 22h. J’ai bien sûr regardé la vidéo lors de la première, tout comme plusieurs milliers de personnes. Je ne l’avais pas remarqué au premier abord, mais le titre du morceau est un palindrome (回文). C’est à ma connaissance le seul titre de morceau composé d’un palindrome. Dans son émission radio sur Cross FM Etsuraku Patrol, Sheena Ringo incluait une rubrique intitulée Le sentier du palindrome (回文の小道) dans laquelle elle lisait des palindromes proposés par des auditeurs inspirés. C’est amusant d’en trouver un soudainement dans un titre de morceau. Un autre point à noter est la durée du morceau faisant 3:33 minutes, ce qui est forcément voulu et est soit un palindrome numérique ou une symétrie. Si on regarde bien, la durée de chacun des morceaux de l’album Kyōiku (教育) était également symétrique (ou faite d’un palindrome). Le premier single de Tokyo Jihen, Gunjō Biyori, fait d’ailleurs également 3:33 minutes. Ce nouveau morceau Hotoke dake Toho m’a d’abord déconcerté à la première écoute, notamment par la manière dissonante par moment de chanter de Sheena et Ukigumo. J’aime en général les dissonances volontaires, mais j’ai mis un peu de temps à m’y faire. D’abord déconcerté, je suis maintenant enthousiasmé par ce morceau dont les paroles et la musique sont écrites par Sheena. Il s’agit donc d’un duo avec Ukigumo et la mélodie, tout d’abord non-évidente, fait petit à petit son chemin dans notre cerveau pour finalement devenir particulièrement efficace au point d’avoir l’envie pressante d’y revenir. Le petit air oriental et l’abondance des guitares jouent également en faveur de cette lente addiction. Vient ensuite la vidéo que je trouve excellente. Le titre en anglais du morceau est To Nirvana. Est ce que ça signifie atteindre un état d’être proche du nirvâna bouddhiste ou est ce plutôt un hommage direct au groupe Nirvana ? Il doit y avoir un peu des deux. Les cinq membres du groupe portent les iconiques lunettes colorées au large bord que portait Kurt Cobain. Hata avec ses faux longs cheveux blonds ressemble d’ailleurs beaucoup à Kurt Cobain dans la vidéo. Ils sont tous les cinq dans un pavillon de banlieue américaine, à jouer le morceau dans des conditions plutôt dépravées et enfumées qui pourraient être grunge. Sheena fume et on la voit assise sur le sol de la cuisine entourée de bouteilles vides avec une bière Corona à la main (à noter qu’elle ne boit plus d’alcool, quoique la dernière vidéo Hanakin prouve le contraire). L’ambiance visuelle change complètement vers la fin du morceau lorsque Sheena traverse le mur de hauts parleurs qu’on voit sur la pochette du futur best album. Elle est allongée sur le sol comme pourrait être le Bouddha couché du temple Nanzoin à Fukuoka ou celui doré plus connu en Thaïlande. Une fleur de lotus complète ce tableau et nous fait à nouveau hésiter sur la signification du titre du morceau. Un autre point intéressant porte sur les guitares de Sheena sur cette vidéo. Elle porte d’abord la fameuse Duesenberg Starplayer II Surf Green que l’on pouvait voir sur la pochette de son premier single Kōfukuron. Dans la deuxième et dernière partie de la vidéo, on la voit jouer avec la guitare Rickenbacker 620 qu’elle avait déjà sur le morceau Gibs. Cette version a un autocollant Hi-lite qui est (ou était) sa marque de cigarettes depuis toujours (et dont le design du packaging est signé Makoto Wada). En continuant à chercher un peu plus sur internet, je vois que la vidéo du morceau a été tournée dans un studio appelé Palms 22 dans la ville de Futtsu à Chiba. Une maison californienne des années 1950 de style Butterfly Roof y est reconstituée avec des meubles et fournitures de l’époque, ceux qu’on voit dans la vidéo. Ce qui m’intrigue le plus dans cette vidéo, c’est Izawa plongé en apnée dans sa baignoire et le fait qu’il écrive « The End » sur sa machine à écrire. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un mauvais présage sur l’avenir du groupe. Certains ont d’ailleurs cette crainte depuis l’annonce de la sortie du All Time Best Album. Je n’en suis pas convaincu car ils viennent juste de redémarrer et ils n’ont pas encore tourné pour l’album Music.

Je n’avais pas écrit de billets sur les concerts en vidéo de Sheena Ringo (椎名林檎) et Tokyo Jihen depuis plusieurs mois. Le dernier billet sur la compilation Chin Play Kō Play (珍プレー好プレー) de Tokyo Jihen date de Mai 2021, tandis que le dernier billet couvrant un concert de Sheena Ringo date du mois de Février 2021. C’était pour le concert Ringo Expo 18 (林檎博’18). Je pense m’être moi-même un peu traumatisé par la longueur des billets que je finissais par écrire et notamment par la quantité de détails que j’y apportais demandant forcément beaucoup de recherches sur internet. Je vais donc essayer de faire plus concis sans passer en revue chaque morceau pour les quelques concerts officiels qu’il me reste à couvrir. Le prochain sur la liste est Hyakkiyakō 2015 dont j’ai le Blu-ray depuis plusieurs mois déjà. Cette tournée de concerts, dont le nom complet est Sheena Ringo to Kyatsura ga yuku Hyakkiyakō 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015), s’est déroulée en 18 dates dans tout le Japon du 14 Octobre au 20 Décembre 2015. Le DVD/Blu-ray est par contre sorti beaucoup plus tard, le 31 Mai 2017, en raison des préparatifs de la cérémonie de passage de drapeaux aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 sur laquelle Sheena était impliquée. La tournée Hyakkiyakō 2015 démarrait par Tokyo, passait par Osaka, Nagoya, Miyagi, Fukuoka, Hokkaido, Hiroshima, entre autres. La captation vidéo est celle du concert du 9 Décembre 2015 à Yokohama au Kanagawa Kenritsu Kenmin Hall (神奈川県立県民ホール) dans la grande salle contenant 2493 places. Ce concert n’étant pas de la série Expo, ce sont des salles de concert plus petites qui sont utilisées. Ça peut se comprendre car cette tournée ne correspond pas à la sortie d’un album. Elle faisait également suite à l’important concert Ringo Expo 14 se déroulant à Saitama Super Arena, une année auparavant, et couvrant la sorti de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処). Le DVD/Blu-ray de Hyakkiyakō 2015 contient en fait deux disques, le premier étant le concert en lui-même composé de 29 morceaux et le deuxième disque est un enregistrement d’une session live de 10 morceaux dans le même hall de Yokohama mais sans public.

Je savais déjà ou plutôt j’avais l’impression que Hyakkiyakō 2015 était un grand cru car il est régulièrement cité dans les meilleurs concerts dans les enquêtes sur Ringohan comme je le mentionnais ci-dessus. Je ne suis pas déçu, ne serait ce que pour l’esthétique générale, notamment les costumes de scène que porte Sheena pendant la représentation. L’ambiance du concert est inspirée par le morceau Kamisama, Hotokesama (神様、仏様) qui est inédit en concert à l’époque car il n’est pas encore sorti sur un album (il sortira plus tard sur Sandokushi). Hyakkiyakō fait référence à la parade des monstres dans le folklore japonais, qui est représentée de manière imaginée dans la vidéo de Kamisama, Hotokesama. Le design du packaging du DVD/Blu-ray reprend également cette imagerie.

Le morceau Bonsai Hada (凡才肌) de l’album Sanmon Gossip démarre le set. Autant j’aimais moyennement le morceau sur Sanmon Gossip, certainement à cause de l’accordéon que j’ai toujours un peu de mal à apprécier, autant la version ici est exceptionnelle et démarre avec beaucoup d’intensité le concert. Le morceau demande cette intensité émotionnelle que Sheena retransmet comme une plainte sur scène. On la devine sur scène en kimono recouverte d’un écran sombre montrant un champ de pierres cosmiques tournant autour d’elle. Le rideau tombe ensuite pour laisser place à la lumière alors que démarre le morceau Yasashii Tetsugaku (やさしい哲学) sorti sur de l’album Ukina (collaboration avec Tomita Lab). La lumière nous permet d’apprécier beaucoup mieux le kimono que porte Sheena. Elle est très belle habillée de ce kimono, marqué subtilement du logo Kuronekodō, aux couleurs rouges et aux manches longues dessinées d’oiseaux japonais. Elle a une coupe de cheveux au carré et un maquillage forçant le trait au niveau des yeux comme des ailes d’oiseau. Le large chapeau de papier blanc qu’elle porte est très particulier et contribue à donner une apparence unique et iconique. Je ne sais pas par contre de quelle tradition provient cette forme de chapeau de papier, mais il semble très fragile et délicat. Les lumières soudaines nous font également découvrir les visages du groupe, nommé Mangarama (マンガラマ) pour l’occasion, accompagnant Sheena sur cette tournée. Ce sont des visages connus, une fine équipe d’habitués dirais-je. Au piano, quel plaisir de retrouver une nouvelle fois Hiizumi Masayuki (ヒイズミマサユ機 ou H Zett M). Ukigumo (浮雲) est également présent à la guitare et au chant (en commençant sur ce morceau). On a l’impression de retrouver une partie de Tokyo Jihen sur scène mais il ne s’agit pas de Kameda à la basse, car Torigoe Keisuke (鳥越 啓介) prend ce rôle. Il est très souvent présent aux côtés de Sheena Ringo pour des sessions d’enregistrement ou des concerts. Il y a un deuxième guitariste sur le set, Nagoshi Yukio (名越 由貴夫). C’est aussi un habitué des sessions d’enregistrement et des concerts. Avec ses cheveux longs lui couvrant le visage et même une partie du buste, il donne l’image d’un musicien stoïque, inébranlable par ce qui se passe sur scène. Les autres membres de Mangarama sont également familiers: Tamada Tomu (玉田 豊夢) à la batterie, Murata Yoichi (村田陽一) au trombone, Nishimura Kōji (西村浩二) à la trompette et Yamamoto Takuo (山本 拓夫) au saxophone, à la flûte traversière et à la clarinette.

Le set continue ensuite avec Irohanihoheto (いろはにほへと) qui aura une interprétation sans failles, comme l’ensemble du set d’ailleurs, ce qui n’est pas vraiment étonnant vue la qualité des musiciens sur scène. Le contraste sur scène entre l’ambiance sombre et les jeux de lumières est très beau, notamment quand la caméra vient filmer en gros plan des morceaux de visages recouverts par les manches du kimono, ou des mains de Nagoshi effectuant une des nombreuses parties solo de guitares. Il n’y a pas d’invités sur cette tournée contrairement aux concerts de la série Expo, mais des interventions sur les quatre écrans verticaux derrière le groupe. Le rapper Mummy-D intervient sur la dernière partie du morceau qui suit Togatta Teguchi (尖った手口), comme il le faisait sur l’album Sanmon Gossip. Sheena laisse tomber la coiffe de papier blanc sur le morceau suivant Rōdōsha (労働者) laissant des cheveux un peu ébouriffés. H Zett M est le seul à porter un chapeau et on voit assez peu son visage car il a souvent la tête plongé dans ses claviers. Ce morceau le montre un peu plus dans toute sa dextérité. Comme souvent sur les concerts de Sheena Ringo, le morceau est re-orchestré avec l’intervention de Ukigumo dans les chœurs. Il est très présent dans ce concert au point où on pourrait croire que ce concert est un duo de Sheena Ringo avec Ukigumo. Mais c’est une bonne chose. En regardant Sheena sur scène, je me dis maintenant qu’il doit s’agir de sa plus belle tenue. Ce genre de kimono très coloré lui va beaucoup mieux que les kimonos très formels qu’elle porte de temps en temps, notamment parce qu’elle se situe à une limite subtile entre un esprit rock et un autre beaucoup plus traditionnel japonais. On remarque également sur ce morceau qu’elle porte des geta sur scène, lorsqu’elle se met à taper des pieds.

Hashire wa Number (走れゎナンバー) fait place à la flûte traversière de Yamamoto Takuo. Il s’agit d’un morceau de Hi Izuru Tokoro. Le set est assez partagé entre les différents albums avec quand même une majorité provenant des derniers albums sortis à l’époque, à savoir Hi Izuru Tokoro et Ukina, mais également beaucoup de morceaux un peu plus anciens de Sanmon Gossip. Le septième morceau du set Kamisama, Hotokesama (神様、仏様) fait suite et comme je le disais plus haut donne une cohérence à l’imagerie utilisée sur scène et dans le titrage du concert que l’on voit affiché sur les écrans à la fin du morceau. Sheena a des mouvements très expressifs et marqués pendant ce concert. J’aime beaucoup la manière dont elle pointe du doigt H Zett M sans le regarder pendant son solo de clavier ou quand elle vient l’embêter alors qu’il donne toute son énergie à jouer. « Je veux jouer » (遊びたいのよ) dit les paroles du morceau à ce moment là alors que Sheena tend la main vers H Zett M comme un chat tendrait la pâte pour jouer, mais il reste imperturbable. J’aime aussi beaucoup la chorégraphie, accompagnée par les quatre danseuses d’ELEVENPLAY sur les quatre écrans verticaux, notamment les mouvements de mains en l’air imitant des petits monstres ou des mouvements brusques de tête comme si elle était perturbée par un esprit à l’intérieur d’elle. A noter que MIKIKO signe les chorégraphies du concert. Le morceau se termine par des images du clip vidéo de Kamisama, Hotokesama et sert de présentation des membres de Mangarama, sous les cris du public (c’était permis à l’époque). Nagoshi en kimono sous ses longs cheveux noirs avec un katana entre les mains est je trouve très convaincant. C’est seulement dommage que Mukai Shutoku qui interprète le morceau avec Sheena en version studio ne soit pas présent sur scène. Seules ses paroles apparaissent sur les écrans géants. Il n’était d’ailleurs pas présent non plus sur Ringo Expo 18.

Genjitsu ni Oite (現実に於て) sert d’interlude car il est interprété seul par H Zett M dans le noir pendant que Sheena se change. Ce morceau écrit par H Zett M pour le premier album de Tokyo Jihen me donne à chaque fois la chair de poule. Une flûte traversière qui n’était pas présente sur la version studio du morceau intervient pour faire la transition vers Genjitsu o Warau (現実を嗤う). Sheena apparaît à ce moment là portant maintenant un manteau vert foncé qu’elle ne gardera pas très longtemps. Après le morceau SG ~Superficial Gossip~ plus calme dans la pénombre, on passe au morceau Netsuai Hakkakuchū (熱愛発覚中) de l’album Ukina. Sheena enlève son manteau vert et on la voit maintenant sur scène en costume d’infirmière nous rappelant forcément le morceau Honnō. La danse qu’elle effectue sur scène avec les quatre danseuses sur grands écrans prend des airs parodiques, mais elle garde tout son sérieux. Elle fait des gestes très rapides en pointant les doigts comme des piqûres. Ces mouvements vont bien avec le rythme rapide du morceau. C’est un passage particulier et iconique du concert. Le final tout en guitares est très diffèrent et bien meilleur que la version purement électronique de Yasutaka Nakata que l’on connaissait jusqu’à maintenant. A la fin du morceau, elle enlève cette tenue d’infirmière pour ne garder qu’une tenue très légère rouge assortie à ses chaussures à talons. Elle prend pour la première fois du concert une guitare sèche pour le morceau Torikoshi Kurō (とりこし苦労) de l’album KSK. Encore une fois, l’orchestration est très différente de l’originale sans qu’on ait pour autant l’impression d’écouter un nouveau morceau. Shijō no Jinsei (至上の人生) est par contre relativement fidèle à l’original, peut être parce que c’était à l’époque un des derniers singles sortis. Peut-être aussi parce que Tamada Tomu à la batterie et Nagoshi Yukio à la guitare jouaient déjà lors de l’enregistrement studio. En tous cas, les guitares détonnent tout de suite sur scène. J’aime beaucoup ce morceau et Sheena l’interprète superbement. Les couleurs sur scène sont très belles vers la fin du morceau lorsque des écritures anciennes en kanji viennent s’inscrire en superposition sur son visage et le reste du corps. Il y a quelque de très cinématographique et d’extrêmement sexy dans cette mise en scène.

Plusieurs morceaux de Tokyo Jihen sont joués pendant ce concert et le suivant est Blackout (ブラックアウト) écrit par Sheena Ringo. J’aime bien la manière par laquelle le morceau monte en intensité au fur et à mesure. C’est un morceau très dense musicalement et Sheena y met toute sa force vocale au final jusqu’à la cassure. A ces moments là pendant les parties instrumentales, on la voit sur scène immobile l’air dans le vide ou en tournant le dos au public. Je me dis toujours qu’elle doit s’imprégner de chaque note pour en absorber l’énergie nécessaire pour poursuivre, recharger ses batteries en quelque sorte. Le début en solo à la contrebasse de Torigoe sur Meisai (迷彩) est très différent de l’original et semble même improvisé. Même quand les cuivres démarrent, on a du mal à reconnaître le morceau, et il faut attendre que Sheena apparaisse soudainement sur scène et chante les premiers mots pour finalement le reconnaitre. Sheena chante Meisai à un rythme beaucoup plus rapide que sur l’album, ce qui pousse le groupe à suivre. Le coup d’accélérateur continue jusqu’au solo de trombone de Murata Yoichi. C’est un autre des grands morceaux de ce concert, tout comme Tsumi to Batsu (罪と罰) qui suit. Sheena n’a pas perdu de sa voix et l’intensité qu’elle met dans ce morceau est bluffante. On la voit sur scène marcher péniblement, jusqu’à tomber aux pieds de Nagoshi au moment du solo de guitare. La caméra est aussi tremblante sur ce morceau ce qui rajoute à l’effet de fébrilité émotionnelle. C’est un morceau très prenant émotionnellement et une coupure devient nécessaire. Nous sommes exactement à la moitié du concert et la grande surprise pour moi est d’entendre Ukigumo chanter seul le morceau Yume no Tochū (夢の途中) chanté à l’origine par Hiroko Yakushimaru pour le film Sailor fuku to Kikanjū (セーラー服と機関銃). J’ai parlé plusieurs fois de ce film et de cette chanson sur ce blog, et c’est étonnant comme il me poursuit jusque dans les concerts de Sheena Ringo. Je me pose souvent la question des coïncidences et des liens entre les choses, et ce genre de surprise me le rappelle. Le morceau est brillamment chanté par Ukigumo, ce qui n’est pas, par contre, une surprise car il a e toute façon une belle voix.

Le rythme très apaisé du morceau chanté par Ukigumo change complètement avec l’arrivée de Sheena sur scène pour le morceau Σ. Elle s’empare pour la première fois du mégaphone pour une version très différente de l’original, tout en restant résolument rock. Cette atmosphère continue pour le morceau suivant Keikoku (警告) sur lequel Sheena joue de la guitare électrique dans une ambiance rougeâtre pleine d’urgence. J’ai toujours aimé ce morceau de Muzai Moratorium. Elle l’interprète avec beaucoup de puissance même si on ne retrouve pas tout à fait la hargne de ses débuts. Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) ensuite est assez génial pour la partition en solo de H Zett M au piano. Il joue une nouvelle fois les prodiges ce qui fait sourire Sheena jusqu’à la fin du morceau. J’aime beaucoup ce genre de moments dans ces concerts. Un autre petit détail étonnant est de voir Ukigumo à la trompette au tout début du morceau. Le morceau est très rapide et enlevé, très dense mais sans superflu. Naute no Dorobōneko (名うての泥棒猫) qui suit est par contre plus calme et effacé mais le morceau Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔) reprend un rythme plus soutenu. Toutes les versions live que je connais de ce morceau sont meilleures que l’original. Celle-ci est très bonne notamment pour le solo de cuivre et la force vocale de Sheena, mais n’atteint pas tout à fait l’intensité de la version live sur Electric Mole. Kira Kira Bushi (きらきら武士) suit ensuite. C’est un morceau que Sheena chante normalement avec Rekishi qui a écrit le morceau, mais c’est Ukigumo qui prend le relais sur cette version sous l’appréciation du public. Cela donne le sourire à tout le monde sur scène, sauf H Zett M qui est continuellement concentré sur ses claviers.

Depuis son retour sur scène, Sheena était habillée d’un haut blanc avec des motifs identiques à ce que porte le reste du groupe, et une robe ample. Elle enlèvera vite le haut pour ne garder qu’un vêtement près du corps bleu. La transformation continue au début du morceau Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) quand Sheena enlève d’un mouvement rapide comme par magie cette longue robe pour quelque chose de beaucoup plus court. Ce genre de changement sur scène est très classique et fait partie des moments attendus (sans que ça soit vraiment nécessaire à mon avis). La particularité des morceaux dans cette partie du concert est de contenir des parties instrumentales solo. Ici, c’est la batterie puis le piano qui sont mis en valeur. Ukigumo est toujours au chant dans les chœurs dans une ambiance de matsuri représentée par une procession de monstres animées sur les écrans au fond, celle du thème de ce concert. On approche ensuite doucement vers la fin du concert avec Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭), toujours en duo avec Ukigumo, qui comme je le disais avant est vraiment très présent sur scène. L’interprétation est fidèle à la version originale si ce n’est ce petit supplément piano où H Zett M joue en même temps sur deux claviers de dos. Sheena est très mobile sur scène et son interprétation est impeccable tout comme l’ensemble des morceaux du concert. Il n’y a pas grand à redire non plus sur la sélection des morceaux. Le grand classique de Tokyo Jihen Gunjō Biyori (群青日和) chanté au mégaphone suit ensuite et s’enchaîne sans arrêt avec le morceau NIPPON. Sheena a repris la guitare électrique en cours de morceau et prend un air particulièrement sérieux en jouant. Les remerciements lancés au public nous font comprendre que le concert touche bientôt à sa fin et qu’on est dans les prolongations (langage sportif obligé pour le morceau NIPPON). Beaucoup n’apprécie pas ce morceau mais ce n’est pas mon cas, car je le trouve efficace et le solo de guitare est excellent. Il faut voir Sheena Ringo sur scène penchée en arrière en jouant de la guitare tout en tirant la langue un bref instant.

NIPPON est le dernier morceau du set mais il y a des rappels: Sakasa ni Kazoete (逆さに数えて) qui est une face B de NIPPON puis Kyogenshō (虚言症) de l’album Shōso Strip. Sheena Ringo n’a pas beaucoup parlé au public pendant ce concert mais ce n’était étonnamment pas gênant. Elle se montre presque timide pour adresser les quelques mots de remerciements avant de passer aux deux derniers morceaux. Je me rends compte que je ne connaissais pas le morceau Sakasa ni Kazoete, qui est très bon d’ailleurs, car le single de NIPPON doit être le dernier CD qui me manquait et je ne l’ai acheté que récemment après avoir vu ce concert. Écouter Kyogenshō à la toute fin du concert me redonne envie de regarder le concert de 2000, Gekokujō Xstasy (下剋上エクスタシー). J’adore ce morceau mais je trouve que sa voix est un peu tremblotante sur cette fin de concert. Il n’empêche que ce morceau conclut un des meilleurs concerts que j’ai vu de Sheena Ringo. A noter qu’il est dirigé par Yuichi Kodama et qu’il dure environ deux heures. Et comme si ce n’était pas suffisant, le boîtier DVD/Blu-ray contient un deuxième disque appelé Sheena Ringo to Aitsura ni yoru Ineiraisan 2016 (椎名林檎と彼奴等による 陰翳礼讃2016).

Ce deuxième disque de 40 minutes contient des enregistrements en salle de concert, mais sans public, de 10 autres morceaux. Cette session Live est enregistrée dans la même salle, au Yokohama au Kanagawa Kenritsu Kenmin Hall mais un peu plus tard le 26 Février 2016. La formation reste identique dans une ambiance générale plus sobre. Ce disque seul vaut le détour, ne serait ce que pour l’interprétation de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) en version un peu plus lente mais avec une guitare plus lourde que d’habitude. J’aime aussi énormément l’atmosphère de Mittei Monogatari (密偵物語) et Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), morceau que j’ai beaucoup écouté ces derniers mois. Comme dans une scène de film, elle démarre ce morceau en tirant sur la caméra avec un faux pistolet. Les morceaux s’enchainent rapidement avec une seule pause au milieu pour un changement de tenue. La deuxième partie de cette session Live ne me plaît pas autant car elle contient des morceaux que j’aime beaucoup moins comme Oishii Kisetsu (おいしい季節) ou Onna no Ko ha Daredemo (女の子は誰でも). Shun (旬) est par contre excellent. Le piano de Hiizumi donne des frissons. On ne se lasse pas de voir ses doigts danser sur le clavier. Ce deuxième disque se conclut finalement sur Ariamaru Tomi (ありあまる富) que Sheena chante avec un air grave. Le final nous emporte dans une dernière vague de guitares. Je m’étais dit en commençant l’écriture de ce billet que je n’allais pas évoqué tous les morceaux et que j’allais resté concis, mais force est de constater que je n’ais pas pu m’en empêcher. Il ne me reste maintenant que deux concerts à voir Air Pocket et Ringo Expo 14. Je les ai déjà en Blu-ray dans mes tiroirs mais je vais prendre mon temps.

Pour référence ultérieure, je note ici la playlist du concert Hyakkiyakō 2015:
Sheena Ringo to Kyatsura ga yuku Hyakkiyakō 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015)

1. Bonsai Hada (凡才肌) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
2. Yasashii Tetsugaku (やさしい哲学) de l’album Ukina (浮き名)
3. Irohanihoheto (いろはにほへと), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
4. Togatta Teguchi (尖った手口) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
5. Rōdōsha (労働者) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
6. Hashire wa Number (走れゎナンバー) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
7. Kamisama, Hotokesama (神様、仏様), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
8. Genjitsu ni Oite (現実に於て) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
9. Genjitsu o Warau (現実を嗤う) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
10. SG ~Superficial Gossip~, morceau en B-side du single Ariamaru Tomi (ありあまる富)
11. Netsuai Hakkakuchū (熱愛発覚中) de l’album Ukina (浮き名)
12. Torikoshi Kurō (とりこし苦労), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
13. Shijō no Jinsei (至上の人生), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
14. Blackout (ブラックアウト) du 2ème album Adult (大人) de Tokyo Jihen
15. Meisai (迷彩), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
16. Tsumi to Batsu (罪と罰), du 2ème album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
17. Yume no Tochū (夢の途中), écrit par Etsuko Kisugi, composé par Takao Kisugi et chanté par Hiroko Yakushimaru pour le film Sailor fuku to Kikanjū (セーラー服と機関銃)
18. Σ, présent en B-side sur le single Gips (ギブス)
19. Keikoku (警告), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
20. Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
21. Naute no Dorobōneko (名うての泥棒猫) de l’album Gyakuyunyuu ~Koukuukyoku~ (逆輸入 ~航空局~)
22. Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔), 6ème single présent sur aucun album
23. Kira Kira Bushi (きらきら武士), morceau écrit par Rekishi (レキシ) et présent sur l’album Ukina (浮き名)
24. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
25. Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
26. Gunjō Biyori (群青日和) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
27. NIPPON de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
28. Sakasa ni Kazoete (逆さに数えて), morceau en B-side du single NIPPON
29. Kyogenshō (虚言症), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)

Sheena Ringo to Aitsura ni yoru Ineiraisan 2016 (椎名林檎と彼奴等による 陰翳礼讃2016)

1. Seishun no Mabataki (青春の瞬き), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Chiaki Kuriyama et inclus dans Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
2. Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
3. Chichinpuipui (ちちんぷいぷい), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
4. Mittei Monogatari (密偵物語) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
5. Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪) de l’album Ukina (浮き名)
6. Karisome Otome (カリソメ乙女) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
7. Shun (旬), de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
8. Oishii Kisetsu (おいしい季節), reprise du morceau composé pour Chiaki Kuriyama et qui sortira en single en 2017
9. Onna no Ko ha Daredemo (女の子は誰でも) du 5ème album Daihakken (大発見) de Tokyo Jihen
10. Ariamaru Tomi (ありあまる富), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)