Structure and clouds

Une structure florale et un champ de nuages sur un visage. Il s’agit de deux images assez anciennes et modifiées. L’architecture florale a vécu chez nous pendant quelques semaines avant de partir vers d’autres horizons. Le visage dans les nuages fait écho à une composition du photobook in Shadows en page 137 (ou page 69 sur la version web).

Je n’avais pas beaucoup parlé de recueils photographiques ces derniers mois pourtant je me suis procuré quelques très beaux livres. Comme d’habitude je tourne autour d’un bouquin pendant des mois avant de l’acheter, je le découvre et re-découvre plusieurs fois en librairie. A commencer par un recueil de Hiroshi Sugimoto que j’avais pu découvrir il y a 5 ans en exposition à Roppongi Hills. J’avais aimé son interprétation de la photographie d’architecture, mais avais été à l’époque plus attiré par les photos d’intérieur de théâtres en longue exposition ou les horizons océaniques. J’avais vu par hasard il y a environ 4 ans un livre consacré à ses photos d’architecture à la librairie Libro de Shibuya. Ces images me sont depuis restées en tête jusqu’à ce que je retrouve un exemplaire au Kinokuniya de Shinjuku. Architecture est un très beau livre de 160 pages édité par le musée d’art contemporain de Chicago. Sugimoto nous montre 100 ans d’architecture à travers des photographies volontairement hors focus. Il s’agit pour beaucoup de bâtiments d’architecture moderne et d’architectes renommés. On y voit certaines oeuvres clés de Le Corbusier, Tadao Ando, Zumthor, Mies van der Rohe… Malgré le niveau très accentué de flou, ces bâtiments sont immédiatement reconnaissables. Cette représentation efface tous détails et touche à l’essentiel des formes architecturales. Sugimoto aime travailler sur la durée, la notion de temps qui s’écoule. Ces photos sont comme une empreinte dans la mémoire, une image qui nous reviendrait en mémoire après de nombreuses années. Notre mémoire ne se souvient peut être pas de tous les détails mais de l’essentiel des formes.

Plus récemment, je me suis procuré un livre magnifique de profondeur de Yoshihiko Ueda: Quinault. Là encore, je l’ai bien feuilleté des dizaines de fois en librairie avant de me le procurer. Quinault est un parc forestier aux Etats Unis près de Seattle. Les photos de ce recueil datent du début des années 1990. On est saisi par les couleurs et la profondeur de cette forêt, qui semble sombre et impénétrable. Je pensais initialement que ces photos avaient été prises à Yakushima car on y sent la même humidité et le côté à la limite du fantastique sur certaines images. L’impression grand format de superbe qualité joue beaucoup sur la force d’attraction qu’exerce ces photographies. J’aime l’ouvrir régulièrement pour regarder quelques photos et me perdre dans les fougères.

Dans un autre style mais également un livre que je connais depuis longtemps, Skin of the Nation est publié par le musée d’art moderne de San Francisco à l’occasion de l’exposition du même nom du photographe Shomei Tomatsu. J’avais en fait découvert cette exposition et photos de Tomatsu à travers un billet de Izo il y a 5 ans alors que l’exposition itinérante démarrait à Nagoya, la ville où Tomatsu est né en 1930. Il s’agit d’une rétrospective du travail de Shomei Tomatsu: l’après guerre et ses blessures, la présence américaine, les vies souterraines pour terminer vers les terres et mer du sud du Japon à Okinawa. Il y a beaucoup de photographies fortes et marquantes.

Pour terminer en s’éloignant de la photographie, je découvre Basara de Tenmyouya Hisashi, distribué par la Galerie d’art Mizuma qui propose beaucoup de belles choses. Ce livre fait un tour de revue de l’exposition du même nom qui était une sorte d’ode à la contre culture, celle du bandit, à l’opposé du Cool Japan et de la culture manga de masse. Les artistes de cette exposition sont à la recherche d’une certaine flamboyance jusqu’à l’excès qui tape à l’oeil. C’est une contre culture contemporaine que Tenmyouya Hisashi rapproche de celle de l’imagerie yakuza et en général de l’image du mauvais garçon, entre moto de bosozoku et tatouage de yakuza. Il nous montre également les sources de cette culture depuis l’ère Jomon et à travers les époques. Tenmyouya Hisashi mélange également des symboles de la culture ancienne traditionnelle et des sensibilités beaucoup plus contemporaines. En feuilletant ce livre, je retrouve beaucoup de choses que j’ai aimé ou qui m’ont tapé dans l’oeil par le passé ou plus récemment. Dans le désordre, j’avais été déjà très surpris par ces mélanges d’imageries traditionnelles et contemporaines de Tenmyouya Hisashi (l’avion de guerre ci-dessous mélangé à une calandre de moto de bosozoku sur panneau doré), tout comme ceux de Akira Yamaguchi. Le livre nous montre également des panneaux dorés de Tohaku Hasegawa vus à Kyoto, l’armure de samouraï avec le signe de l’amour vue à Uesugi jinja à Yonezawa, la statue gigantesque Magokoro zo de Gengen Sato ou la grande porte du temple Toshogu de Nikko. Le rapprochement qui est fait entre le Toshogu et les camions décorés Decotora est intéressante. Ces camions customisés semblent prendre leur inspiration dans les formes brillantes et grandiose des ornements du Toshogu. On y parle aussi de gens que nous connaissons comme Hisashi Narita ou le chanteur de Kishidan. Mari était d’ailleurs aux Beaux Arts de Tokyo pendant la même période que Manabu Ikeda, que je découvre moi plus récemment.

Je découvre Manabu Ikeda à travers un livret de quelques pages acheté également sur le site de la galerie Mizuma. Il décrit souvent d’une manière très minutieuse des villes désordonnées se mélangeant avec la nature pour donner des formes organiques fantastiques. C’est vraiment impressionnant sur le papier, mais ça doit donner un tout autre effet vu en grand dans une salle d’exposition.

Tokyo2 et Sugimoto et Yamaguchi

Etant donné que la série de photos dans la rubrique Tokyo Photos commence à être bien longue avec plus de 300 photos, j’ouvre un deuxième album intitulé Tokyo2 qui regroupera les photos de Tokyo et de la région du Shonan (Kamakura, Enoshima, …) que je prends à partir de maintenant, ainsi que les nouvelles compositions graphiques. Je finissais par ne plus y voir très clair moi même entre photo et composition, donc je vais regrouper le tout sous la même bannière pour l’instant.

La première composition est un immeuble récent derrière le magasin Cartier et à côté du Prada, au dessous d’un ciel fleuri. La 2ème photo est prise dans l’entrée du nouvel hotel de luxe Mandarin Oriental à Nihonbashi.

Pour mettre un peu de musique sur Made In Tokyo, ca sera en ce moment et en boucle depuis plusieurs jours, la dernière chanson Passion de Utada Hikaru. Cette chanteuse déjà reconnue mais pas surmédiatisée me rappelle mon arrivée au Japon, c’était la sortie de son premier disque. Elle a depuis beaucoup pris en maturité, et j’aime beaucoup cette dernière chanson émotionnellement chargée.

Hiroshi Sugimoto - Akira Yamaguchi

Comme mentionné auparavant, je me devais d’aller voir l’exposition de Hiroshi Sugimoto « End of Time » au Mori Museum of Art (MAM). Ca tombe bien, Eddie me propose d’y aller pour la dernière journée d’exposition. Il s’agit en très grande majorité de photos Noir et Blanc basées sur un concept: des prises de vue de salles de théatre ou de cinéma drive-in en longue exposition de sorte que le film ou spectacle disparaisse de la photo en un éclat de lumière, des photos qui rendent réelles des scènes figées du musée américain d’histoire naturel, des photos d’objets représentant des formes mathémathiques jouant avec la géométrie de la pièce et de supports, des photos de tableaux de figures historiques prises dans les conditions d’époque (lumière) leur redonnent une seconde vie, … On a beaucoup aimé cette exposition. J’aime cette photographie basée sur l’expérimentation, sur l’utilisation du temps (les longues expositions). C’était la première retrospective de l’oeuvre de cet artiste photographe. Je crois qu’il était présent à la sortie de l’exposition, mais il était déjà sorti avant que je le réalise.

Comme mentionné auparavant, j’aime beaucoup le mélange de la composition traditionnelle de style Yamato-e (originaire de Kyoto) avec des éléments du Japon actuel ou même futuriste que nous donne à voir Akira Yamaguchi. Cela donne des des vues de Tokyo ultra modernes et grouillantes utilisant des éléments anachroniques du passé (des personnages en tenue d’autrefois se mélangent au salary man, des immeubles futuristes avec des toitures de temples shinto, des cavaliers sur des chevaux androides, …). La boutique en bas du MAM vend finalement un recueil des oeuvres de Yamaguchi sous le titre The Art Of Akira Yamaguchi. Je me suis précipité sur un exemplaire, qui est en plus signé par l’artiste.

Après la visite du musée, on ne peut pas manquer le tour rapide de la vue sur Tokyo du haut du 52ème étage de Roppongi Hills. Le temps était clair, on a même eu droit au couché de soleil.