ENDEAVORS : TADAO ANDO

Une grande exposition a lieu en ce moment au National Art Center Tokyo (NACT) sur l’oeuvre de l’architecte japonais Tadao Ando. Cette exposition intitulé TADAO ANDO : ENDEAVORS a lieu jusqu’au 18 décembre de cette année et célèbre déjà les dix ans du musée NACT, conçu par un autre grand architecte japonais, Kisho Kurokawa. Venir voir une exposition au NACT est toujours l’occasion de prendre en photo le bâtiment, superbe par ses courbes de verre et d’acier, par ses gigantesques cônes inversés et par la lumière créant des motifs sur le sol intérieur.

L’exposition est composée principalement de photographies des oeuvres architecturales de Tadao Ando, accompagnées de nombreuses vidéos et maquettes installées par-ci par-là dans les espaces d’exposition. Il y avait foule en ce jour férié d’un long week-end. Comme ce lundi férié était le jour du Sport, j’ai pensé bêtement que la population tokyoïte se dirigerait plutôt vers les parcs que vers les musées. Ce n’était apparemment pas tout à fait le cas, et il fallait s’armer de patience. La règle implicite est qu’il faut attendre en ligne avant de voir une oeuvre, chacun son tour, mais dans ces situations, j’ai un peu de mal à garder cette discipline et je vais piocher ici et là les choses que je veux voir, quitte à manquer certains détails. D’une manière générale, il y a toujours foule dans les musées, mais je ne m’attendais pas à une telle « popularité » de Tadao Ando. Il semblait aussi y avoir beaucoup de visiteurs étrangers. En même temps, sa reconnaissance nationale et internationale n’est plus à démontrer.

On peut voir également à l’extérieur du musée, une reconstitution de l’église « Church of the Light » et on peut entrer à l’intérieur pour observer ce que donne le passage de la lumière dans l’église sombre, à travers les ouvertures fines prenant la forme d’une grande croix. Au fur et à mesure de la visite, on se rend compte de l’importance qu’accorde Tadao Ando a placer son architecture dans le milieu naturel. Il arrange les pièces et les volumes de ses maisons d’une manière à permettre à ses habitants d’apprécier l’environnement qui les entoure, parfois d’une manière assez austère d’ailleurs. Au sujet de sa résidence commandée à Tadao Ando en 1981, à Ashiya dans la préfecture de Hyogo, la créatrice de mode Hiroko Koshino nous parle de la froideur des pièces mais nous parle également d’un environnement qui aura été propice à la création. Tadao Ando l’admet volontiers et remercie même les habitants d’origine de ces maisons particulières de béton, de continuer à y habiter, au prix parfois de quelques ajustements. On nous montre une des premières maisons construites par Tadao Ando, la fameuse « Sumiyoshi Row House » (1976), où le propriétaire des lieux doit traverser un espace non couvert pour atteindre certaines pièces de la maison. Un parapluie est nécessaire pour traverser l’espace ouvert quand il pleut, mais pendant cette traversée, l’habitant se replace dans l’environnement qui l’entoure. C’est un concept très intéressant où la partie habitée de la maison renoue avec son environnement immédiat qui fait partie intégrante du bâti. Avant de construire un nouvel édifice, Tadao Ando « lit » d’abord le site, il étudie de manière approfondie le lieu où la construction aura lieu pour s’imprégner de son essence, de son caractère unique. Il s’agit là de la source d’inspiration première de sa future création architecturale. Une des parties de l’exposition est notamment consacrée à cet aspect de lecture du site.

Les deux premières parties des l’exposition nous montrent les maisons particulières de béton brut et les églises dans leur milieu naturel. Ce sont certainement les parties les plus fortes émotionnellement. Outre « Church of the Light », on nous montre également « Church on the water » à Hokkaido. Des souvenirs me reviennent d’Hokkaido, de Tomamu exactement, lorsque nous étions partis à la recherche de cette eglise sous une forte neige. On n’avait pas pu entrer à l’intérieur, mais nous avions observé l’extérieur et la croix qui surgissait de l’eau. Pour l’observer, il nous fallait emprunter un chemin incertain dans la neige. L’exposition me fait découvrir une autre église dans Tokyo, « Church in Hiroo », que je ne connaissais pas et que je suis allé découvrir juste après l’exposition car elle n’est pas située très loin. Il s’agit d’un bloc de béton biseauté, laissant passer la lumière par un mince interstice rectiligne placé derrière la croix. Comme pour « Church of the Light », la beauté du lieu vient de son association avec la lumière s’infiltrant dans l’édifice. De l’extérieur en photo ci-dessous en fin de billet, on apprécie la surface du béton, comme toujours j’allais dire chez Tadao Ando, et les formes biseautées des ouvertures extérieures.

Légende (de gauche à droite et de haut en bas): Row House in Sumiyoshi, Osaka (1976); Church of the Light, Osaka (1989); Church in Hiroo, Tokyo (2014); Church on the Water, Hokkaido (1988); Benesse House Museum et Oval, Naoshima (1992-1995), Koshino House, Hyogo (1981); Hill of the Buddha, Hokkaido (2015). Source: site de l’exposition.

L’exposition reproduit également l’espace de travail de l’architecte dans son atelier à Oyodo, Osaka. C’est un espace très ouvert, jusqu’au plafond vitré de l’immeuble, un grand volume vide lui donnant accès à tous les étages, mais un espace rempli à raz-bord de livres d’architecture. L’exposition consacre également un espace important aux projets de l’île de Naoshima. Pendant une trentaine d’années, Tadao Ando y construira sept bâtiments, notamment ceux de Benesse House et d’autres musées. L’île de Naoshima est reconstituée avec des modèles réduits des bâtiments, devant plusieurs écrans vidéos nous montrant les évolutions des projets successifs. Je n’y suis pas encore allé bien que j’en meurs d’envie.

Les dernières parties de l’exposition se concentrent sur deux autres thèmes développés par Tadao Ando, à savoir les projets de rénovation ou de transformation de l’ancien, et la réintroduction du « vert » dans la ville. Tadao Ando a développé ces dernières années des projets de développement autour de buildings anciens, parfois des extensions comme pour la bibliothèque « International Library of Children’s Literature » à Ueno, ou des aménagements intérieurs comme dans le musée Punta della Dogana à Venise. Sur ce dernier projet, Tadao Ando vient installer une boîte de béton à l’intérieur du bâtiment historique. L’idée est que l’ancien et le nouveau peuvent coexister lorsque l’on trouve le bon équilibre. C’est très osé et j’imagine les difficultés qui peuvent se présenter sur son chemin pour pousser en avant ce type d’idées. Tadao Ando nous parle d’ailleurs aussi beaucoup des projets qui ont échoué, mais qui au final se sont transformés en d’autres constructions. Par exemple, le design de La Collezione à Aoyama était en premier lieu destiné au renouvellement de la gare de Shibuya, en plein changement à l’heure actuelle. Pour revenir à l’introduction de murs de béton dans des bâtiments anciens et historiques, j’ai quand même quelques doutes quant au projet d’installation d’un cylindre de béton dans la Bourse du Commerce à Paris. Je ne connais pas les lieux, mais la maquette qui nous était montrée à l’exposition nous présente un projet assez radical. En même temps, le bâtiment original n’est pas altéré car la structure de béton vient se contenir pleinement à l’intérieur du bâtiment, ce qui peut laisser penser à des aménagements futurs possibles.

Un autre projet intéressant et même fascinant est le « Hill of the Buddha », un cimetière dans les montagnes de Hokkaido. Tadao Ando là encore modifie une structure existante, en installant autour d’une grande statue de Bouddha construite il y a 15 ans, un dôme de béton ouvert ne laissant passer que la tête du Bouddha. Ce dispositif peut paraître choquant aux premiers abords, car il vient cacher une statue imposante d’une vue depuis l’entrée du lieu sacré, mais au contraire, l’enveloppe architecturale crée de nouveaux points de vue, et une nouvelle manière d’apprécier cette statue. J’aimerais pouvoir faire l’expérience d’approcher ce grand Bouddha l’hiver, quand le dôme est couvert de neige et que l’on aperçoit cette tête de Bouddha émergeant du dôme blanc. Un autre point très intéressant de cette architecture du « Hill of the Buddha » est que le bâti est enfoui dans le sol, ou plutôt recouvert de terre et de verdure. Il y a un certain nombre de projets de Tadao Ando comprenant des bâtiments et des structures enfouis sous terre, ou à peine visible, comme par exemple l’église « Church in the Forest » en Corée du Sud.

Cet aspect fait le lien avec le dernier thème abordé dans cette exposition, le désir de Tadao Ando de réintroduire le « vert » dans les espaces urbains. Il ne conçoit pas de différences fondamentales entre créer un nouveau building et créer une forêt ou un espace vert, car il s’agit dans les deux cas de travailler sur un espace, sur un terrain, pour y apporter une nouvelle valeur. Je me souviens du projet qu’il a porté de planter des arbres sur une île de la baie de Tokyo « Umi no mori ». J’en avais déjà parlé dans un billet il y a de cela quelques années. A Tokyo, cela devient une norme de couvrir les toits des bâtiments de verdure, et même parfois de jardins accessibles ou de potagers dans certains cas, certes plus rares, comme au dessus du centre commercial Atre de la gare de Ebisu, ou sur nouveau building Newoman à Shinjuku. On n’est pas très étonné de cette direction prise par Tadao Ando, car après tout, depuis ses premières créations, il a cette intention constante de mettre en relation le bâti en béton avec la nature environnante. J’aime beaucoup cette idée de cohabitation du naturel avec l’architecture et, quelque part, c’est cette idée que j’essayais de représenter à ma manière, imagée et fantaisiste, à travers ma série de compositions urbano-végétal.

J’aime aussi le concept de conservation de la mémoire des bâtiments qu’il développe à travers son travail de restauration, avec des évolutions modernes qui dialoguent avec l’historique. Cette mémoire du bâti me rappelle un article récent du Japan Times sur une création architecturale du photographe Hiroshi Sugimoto à Enoura, dans la préfecture de Kanagawa. Dans cet article, il nous explique comment il imagine son oeuvre architecturale devenir une relique dans 1000 ans. Il réfléchit déjà aux parties du bâtiment, les pierres notamment, qui subsisteront l’épreuve du temps. Ce rapport au temps dans l’architecture est très intéressant: la dégradation programmée jusqu’à la beauté des ruines pour Hiroshi Sugimoto, ou l’éternelle revitalisation de l’architecture chez Tadao Ando. On sait le travail du temps très présent dans le travail photographique de Hiroshi Sugimoto, notamment dans son approche très personnelle de la photographie d’architecture.

Légende (de gauche à droite): L’affiche de l’exposition « 10th Anniversary of the National Art Center, Tokyo TADAO ANDO : ENDEAVORS »; La couverture du catalogue de l’exposition; Un dessin signé par Tadao Ando de « Church of the Light ».

A la fin de l’exposition, on peut se procurer un petit livre rouge, le catalogue très complet de l’exposition. Chaque exemplaire du catalogue contient un dessin et est signé par Tadao Ando. C’est une bonne surprise, car il ne s’agit pas de copies mais de dessins et signatures authentiques. Chaque exemplaire est différent. Le dessin de mon exemplaire est « Church of the Light ». En fait, je ne suis que moyennement étonné, car lorsque nous étions à Tomamu, j’avais acheté le livret sur « Church on the Water » et un dessin et signature étaient également inclus dans chaque exemplaire. Le catalogue reprend tous les textes montrés dans l’exposition, ce qui est bienvenu car la foule ne m’avait toujours permis de tout lire. Après lecture du catalogue, je retiendrais ce paragraphe sur la cause environnementale qu’il défend depuis de nombreuses années:

There is only so much that we can do to solve the problems of the environment as creators of buildings. In the end, it all comes down to the awareness and sensitivity of each and every person living within it. Imagine if everyone saw their everyday surroundings as their own problem and took action in whatever small way they could. There could be no endeavor more creative or richer with possibilities than this. I believe that such visions that urge people to think freely beyond preconceptions and existing frameworks will be crucial for our future.

Et comme prévu, je pars à la recherche de l’église « Church in Hiroo » après être sorti de l’exposition. Elle est bien cachée près de la rue commerçante (shōtengai de Hiroo), mais pas très difficile à trouver. Je me contenterais de quelques photographies de l’extérieur pour terminer ce billet.

une semaine en mars (9ème)

Le vendredi de cette semaine de mars, nous sommes allés au National Art Center Tokyo (NACT) à Nogizaka pour voir l’exposition consacrée à l’artiste japonaise Kusama Yayoi 草間彌生, intitulée My Eternal Soul わが永遠の魂. La dernière fois que nous avons pu voir une retrospective de Kusama Yayoi, c’était en février 2004 dans un Roppongi Hills qui venait d’ouvrir à l’époque. L’exposition s’appelait Kusamatrix. Depuis, nous avons aperçu des oeuvres de Kusama Yayoi par-ci par là dans Tokyo, comme à Tokyo Mid-Town en 2008 mais en dehors des salles d’exposition. Kusama Yayoi est connue et reconnue notamment pour ses formes rondes en poix de différentes couleurs (des polka dots rouges ou jaunes notamment) dessinées sur des objets, comme par exemple sur des grandes citrouilles. Ces citrouilles géantes sont semées à différents endroits au Japon, comme à Hakata près de Fukuoka ou sur l’île de Naoshima. Pour l’exposition au NACT, on pouvait voir quelques unes des oeuvres emblématiques de Kusama Yayoi.

L’exposition est composée de deux parties intitulées « Kusama au 21ème siècle » et « Kusama au 20ème siècle ». La première et principale partie de l’exposition « Kusama au 21ème siècle » nous montre la série My Eternal Soul composée de peintures d’un très grand format carré. L’exposition a sélectionné environ 130 peintures, sur les 500 qu’elle a créé de 2009 jusqu’à maintenant, et les a disposé dans une grande pièce centrale sur tous les murs et sur deux rangées. Cet agencement, par son impact visuel pour le visiteur qui entre dans la pièce, me rappelle un peu ce que le Mori Art Museum a pu nous montrer avec les fresques géantes de Takahashi Murakami fin 2015.

Sur ces grandes peintures, on retrouve quelques uns des motifs dessinés en répétition et vus dans des oeuvres précédentes. Au milieu de la grande pièce centrale, sont disposés de grands objets très colorés en forme de fleurs à poix. Elles semblent inoffensives sauf si on s’en approche un peu trop près. Les photographies au smartphone étaient autorisées dans cette salle seulement. Ca a l’air de devenir une norme dans les musées au Japon d’autoriser les photos au smartphone, mais pas les appareils réflex en raison de leur taille certainement. C’est la deuxième fois que je rencontre ce cas. En général, les photographies sont tout simplement interdites.

Le reste de l’exposition nous montre Kusama au 20ème siècle, depuis ses débuts à Matsumoto avec les peintures représentant ses visions, son départ et ses années passées à New York, jusqu’à son retour à Tokyo. Parmi les oeuvres montrées, j’en reconnais quelques unes pour les avoir déjà vus dans d’autres lieux. Les oeuvres de Kusama Yayoi laisse un fort impact sur les visiteurs.

Dans un billet précédent publié il y a quelques mois après avoir vu le film d’animation Kimi no na ha (Your name), je parlais d’une forme de lien qu’on appelle musubi 結び. J’aime aller à la recherche de ces formes de liens entre les différentes choses que j’aime, notamment en musique. Parfois ces liens sont très faibles ou subtils, mais j’ai souvent utilisé ces formes de liens dans mes recherches et découvertes musicales. Quand j’étais plus jeune, au début des années 90, j’aimais lire les crédits à la fin des livrets accompagnant un CD de musique pour essayer d’y trouver des signes de collaboration avec d’autres artistes, que je pourrais ensuite découvrir. Ces liens sont un fil conducteur qui relie les choses pour leur donner une certaine logique.

En exemple, j’essaie d’illustrer avec le diagramme ci-dessus fait maison des liens que j’ai recherché et trouvé récemment entre différents artistes que j’aime, qui m’ont amené de fils en aiguille de l’oeuvre d’un(e) artiste vers un(e) autre. Le point de départ étant Kusama Yayoi, justement, dont on vient de voir l’exposition.

Il y a de cela quelques mois alors que je continuais sans répit à explorer la discographie complète de Sheena Ringo 椎名林檎 (je dois maintenant avoir à peu près tous les disques), je découvre la compilation Ukina 浮名 sortie en 2013 qui comprend exclusivement des collaborations entre Sheena Ringo et des artistes invités de différents horizons musicaux. Parmi eux, un groupe appellé Zazen Boys. Sous ce nom un peu douteux se cache le nouveau groupe de l’ancien leader de Number Girl, Shutoku Mukai 向井秀徳 qui interprète deux morceaux sur Ukina. Number Girl suivait l’influence du rock indépendant américain des Pixies et de Sonic Youth, deux groupes clés que je chéris dans ma discothèque personnelle depuis le début des années 90, où mon intérêt pour les musiques alternatives rocks a pris naissance. C’est intéressant comme les liens entre Number Girl et Sheena Ringo sont multiples, car avant cette collaboration avec le groupe de Shutoku Mukai, Sheena Ringo avait déjà fait équipe avec Hisako Tabuchi 田渕ひさ子, guitariste de Number Girl, pour le groupe éphémère Hatsuiku Status 発育ステータス pour une série de concerts appelée Gokiritsu Japon 御起立ジャポン en Juin 2000 et immortalisée sur un DVD du même nom.

Une autre collaboration sur Ukina, peut être plus inattendue, est celle du morceau Apple avec l’artiste électronique japano-américain Towa Tei テイ・トウワ. Au sujet de Towa Rei, j’avais un à priori sur sa musique comme étant plutôt légère et orientée « dance floor ». Il y a en effet ce côté là, mais ce morceau Apple a poussé un peu plus en avant ma curiosité et mon intérêt pour ce musicien. En recherchant un peu sur Youtube, je me prends de passion pour quelques morceaux de son nouvel album EMO, notamment le très particulier REM avec la jeune chanteuse idole alternative Ano. Ce morceau a quelque chose de très en phase avec l’idée que je me fais de l’électro japonaise. J’écoute également le mouvementé morceau Brand Nu Emo avec les soeurs Kiko et Yuka Mizuhara et deux membres du groupe METAFIVE Leo Imai au chant et Keigo Oyamada (alias Cornelius) à la guitare. Il y a quelques liens entre Towa Tei et le mouvement Shibuya Kei des années 90 (ex: Pizzicato Five) par la présence de certains invités sur cet album (comme Keigo Oyamada du feu groupe Flipper’s guitar, pionnier de ce mouvement). A vrai dire, je n’ai que très peu d’intérêt musicalement parlant pour le mouvement Shibuya Kei mais j’ai beaucoup apprécié la lecture d’une série d’articles sur le blog Neojaponisme (qui est désormais assez peu actif malheureusement comme la plupart des blogs que je suis depuis très longtemps). Des anciens membres du YMO (Yellow Magic Orchestra) comme Yukihiro Takahashi participent également à cet album. Yukihiro Takahashi est en fait assez présent dans la discographie de Towa Tei, au chant notamment, car il participe également au morceau Radio de l’album Lucky de Towa Tei, sorti en 2013. Lucky contient le morceau Apple interprèté avec Sheena Ringo. Lucky prend pour couverture l’art de Kusama Yayoi, des poix blancs de formes inégales sur un fond rouge, si caractéristiques de l’artiste. La voix de Kusama Yayoi intervient également sur le dernier morceau de l’album intitulé « Love Forever » qui n’est autre que le nom d’une exposition passée de Kusama. L’air de rien, des passerelles semblent se créer et je me pose maintenant la question si une collaboration entre Sheena Ringo et l’art de Kusama Yayoi pourrait voir le jour. On en est peut être pas très loin quand l’on voit que le tout nouveau Department Store Ginza 6 prend pour thème un morceau de Sheena Ringo et prend pour décor des lampes à poix rouges de Kusama Yayoi. Ces liaisons infimes n’ont peut être pas beaucoup de sens, mais j’aime les débusquer.

Pour pousser encore un peu plus les liaisons, un des derniers morceaux de Sheena Ringo, pas encore sorti sur un album, s’intitule en français dans le texte « 13 jours au Japon » et apparait sur la compilation « Les 50 ans de Saravah » en hommage à Pierre Barouh. Je me suis demandé quels pouvaient bien être les liens entre Sheena Ringo et Pierre Barouh. Je reconnais chez Sheena Ringo une certaine attirance pour la langue française car de nombreux morceaux de ses derniers albums sont sous-titrés en français. Pierre Barouh a aussi des liens avec le Japon. Ceci dit, je ne connais pas quels liens ont amené cette participation à l’album hommage du label Saravah. Sans essayer de trouver une explication très précise, je reste intrigué par la découverte de liens indirects comme le fait que Yukihiro Takahashi, dont je parlais un peu plus haut pour sa participation aux albums de Towa Tei, a lui même intitulé son premier album solo « Saravah! » (après le YMO), en référence au label de Pierre Barouh. Ces liens ne veulent pas forcément dire grand chose à part indiquer des influences et des connexions artistiques présentes ou éventuelles dans le futur, mais les déceler me fascine.

le domaine de la boucle infinie

Ceux et celles qui continuent à me suivre, une trentaine de visiteurs par jour selon les statistiques, remarqueront très certainement quelques changements dans le design de Made in Tokyo. J’essaie de nouveau quelques changements, bien que j’aimais beaucoup le design précédent en oblique. Je l’aurais gardé pendant environ un an, ce qui est assez court sachant que j’ai conservé certains des anciens design pendant près de 5 ans. J’avais envie cette fois-ci de retourner à un peu de simplicité. Il n’y plus d’images d’en-tête mais des petits icônes pointant désormais sur les pages « A propos » (Ap), « Photobook » (Ph), « Archives » (Ar) et une nouvelle page intitulée « FuturOrga » (Fo) consacrée à ma série d’illustrations. Il s’agit des plus récentes, organisées autour de courts textes comme des titres, énigmatiques sans aucun doute, accompagnant chacun des dessins. Cette page va être étoffée petit à petit avec mes nouvelles illustrations. Je tente sur cette page d’y apporter un message d’explication ou du moins d’introduction, en dressant un parallèle entre mes illustrations et une forme de représentation de la densité de ville, photo à l’appui. Tokyo forme un labyrinthe sans fin, comme les ramifications de mes formes futuristes et organiques.

Pour revenir à ce nouveau design, toujours en court de construction, j’y ai également ajouté une boucle infinie. C’est à dire que les billets se chargent automatiquement en fin de page, dans un flot continue d’images. La boucle infinie représente bien Made in Tokyo. Après plus de 13 années de vie (bientôt 14), ce site ne semble pas vouloir s’arrêter, malgré les phénomènes de non-inspiration qui guettent et persistent parfois. Toute inspiration dépend en fait de mes sorties photos, de mes découvertes musicales. Le design du site va continuer à évoluer un peu, il faut que je regarde notamment les versions « mobiles » de ce thème. Il s’agit d’une version adaptée par mes soins du thème Serene sur WordPress.

Le 10 décembre démarrait l’exposition de la 19ème édition du programme DOMANI: The Art of Tomorrow lancé il y a environ 50 ans par l’agence des affaires culturelles japonaises pour aider au développement d’artistes en devenir à travers un programme d’etude à l’étranger. L’amie de Mari, Yo Okada, était membre de ce programme et présentait donc ses oeuvres en rétrospective de plus d’une dizaines d’années au National Art Center Tokyo (NACT à Nogizaka). Elle était accompagnée de 12 autres artistes d’âges variés, mais dans la trentaine/quarantaine. Cela peut paraitre un peu surprenant mais les artistes peuvent avoir participé au programme il y a plusieurs années voire 10 ans et ne présenter que maintenant leurs œuvres à cette exposition DOMANI. A chaque fois, les artistes ont passés du temps à l’étranger (c’est un élément du programme) ou même y habiter encore, c’est le cas de Yo qui a fait sa vie à Londres. Parmi les autres découvertes de cette exposition, on trouvait les oeuvres en découpages très colorés de Asae Soya, qui était, par coincidence, de la même année d’école d’art Geidai que Mari et se connaissent donc. Parmi les autres artistes, on peut également y apprécier les grandes peintures de visages, souvent étranges, par Erina Matsui.

J’étais très impressionné par les oeuvres gigantesques de Tomiyuki Kaneko, une peinture de style japonais qui représente des dieux japonais et asiatiques ou des formes de monstres. J’aime beaucoup les artistes membres de la galerie d’art Mizuma, mais bizarrement, je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller. Sur un grand mur, il nous montre des séries de croquis extraits de ses notes, tous très détaillés, qui témoignent de la longue préparation avant une oeuvre. Tout ça est très impressionant.