made in tokyo

avant le mankai des cerisiers

Je passe assez souvent par Naka Meguro 中目黒 ces derniers temps, depuis Daikanyama, en empruntant une route en courbes jusqu’à la rivière Meguro. Cette route en courbes et en pente démarre entre les deux bâtiments en béton Annex A et B de Hillside Terrace par l’architecte japonais Fumihiko Maki 槇文彦. J’aime les prendre en photographie et je pense les avoir montrées plusieurs fois dans des billets précédents. En descendant donc cette route abrupte en courbes, on arrive assez vite sur la rivière Meguro. Les photographies de ce billet sont prises à la fin mars et les cerisiers commençaient tout juste leur floraison. Les préparations sont pourtant déjà terminées le long de la rivière Meguro. On peut voir accrochées les lampes sponsorisées d’une couleur rose d’assez mauvais goût. Les passants s’arrêtent au niveau des ponts pour prendre en photo les branches qui surplombent la rivière. Il faudra attendre encore quelques jours pour le mankai, la pleine floraison, pour que le tunnel de sakura se forme clairement au dessus de la rivière. Au fur et à mesure des années, cet endroit est devenu de plus en plus populaire pour le hanami et il faut s’armer de patience pour faire un tour complet des lieux.

Suivons maintenant une autre rivière, celle de Shibuya. La photo ci-dessus nous montre cette petite rivière au niveau de Azabu-Jūban 麻布十番. En fait, je n’avais pas réalisé que la rivière Shibuya qui passe près de la station de Shibuya, longe la rue Meiji en passant près de la station de Ebisu, continuait son chemin en passant par Azabu-Jūban. Elle fait un virage à 90 degrés au niveau de la station de Azabu-Jūban, pour ensuite filer tout droit vers la baie de Tokyo. C’est une des nombreuses rivières « maltraitées » à Tokyo. Elle souffre de bétonnage excessif au niveau de Shibuya, tout le long de la rue Meiji, et se voit ensuite recouverte à moitié ou complètement par l’autoroute intérieure à partir de Tengenjibashi. Ces autoroutes intérieures à Tokyo datent des Jeux Olympiques de 1964. Il fallait à l’époque créer rapidement des grands axes routiers et les espaces vides au dessus des rivières et canaux ont été réquisitionnés.

Au niveau de Akabanebashi, le long de cette rivière, un nouvel immeuble aux formes futuristes est en phase de finalisation. C’est un immeuble de bureaux du promoteur Sumitomo Fujisan appelé Azabu Jūban Project et conçu par Nikken Sekkei 日建設計. La construction du bâtiment semble en fait assez classique mais chaque étage se voit doté de plaques en angles aigus venant pointés dans plusieurs directions, et donnant cette impression futuriste. L’immeuble est massif avec plus de 4000m² pour chacun des dix étages le composant. Même avec mon objectif grand angle, il est difficile à prendre en photo dans son intégralité.

Les quelques photographies ci-dessus sont prises au coeur de Shibuya, près d’un poste de police de proximité kōban 交番 aux formes, là encore, futuristes. Ce poste de police de Udagawa-cho a été conçu par l’architecte Edward Suzuki, et pourrait nous faire penser à une tête d’animal, peut être à une chouette qui observent les rues mouvementées de Shibuya. Une autre photographie est prise à l’entrée de la petite rue piétonne en pente Spain-zaka スペイン坂 qui monte jusqu’au cinéma Rise. Rien de très nouveau sur ces photographies à part l’envie de reprendre des lieux connus et maintes fois photographiés avec mon nouvel objectif 17-40.

Les deux dernières photographies prennent pour décor le parc de Inokashira à Kichijoji. Ici aussi, les cerisiers commençaient doucement à fleurir en ce week-end de fin mars. Nous allons tous les ans voir les sakura au parc Inokashira, et la foule est toujours très présente. C’est une population jeune qui se réunit sur des bâches bleues au dessous des cerisiers en fleurs. Les visages sont rougis par l’alcool et personne ne semble porter attention aux fleurs au dessus des têtes. Dans ce parc, plus que les fleurs, j’aime les formes biscornues des branchages qui se dévoilent en hiver. Dans un coin du parc, un jeune homme nous montrait une chouette. Elle était étonnamment docile et on pouvait la caresser doucement. Elle n’avait pas peur de la foule des curieux qui venait la voir et tendait les mains craintivement pour l’approcher. La chouette observe ce qui se passe tranquillement sans broncher, mais il faut faire attention, les chouettes ne sont pas ce qu’elles semblent être.

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le sens le plus éloigné


渋谷 Shibuya, Jan-2017. Passages incessants devant le parc Miyashita.


中目黒 Naka-Meguro, Dec-2016. Une peinture florale inattendue.


池尻 Ikejiri, Fev-2017. Vendeur de livres d’occasion à peine accessible près de Sangenjaya.


代官山 Daikanyama, Mar-2017. Vieille Porsche sur le parking du Tsutaya.


下北沢 Shimo-Kitazawa, Mar-2017. Distributeur automatique de boissons au rez de chaussée du club de boxe.

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fenêtres sur la ville

En passant, à Shibuya. J’aime assez ce format d’image emprunté à l’application iPhone Snapseed, qui donne l’effet de fenêtres ouvertes sur l’activité de la ville, comme si on observait à travers ce cadre les rues en mouvement. La première photo de cette série fait écho à la dernière par sa représentation de deux formes distinctes d’écrit venant inonder la ville, que ça soit les graffiti écrits de manière désordonnée sur les murs d’une des rues cachées de Udagawacho ou que ça soit les écritures ordonnées d’une façade de magasins à Shibuya. Au final, on a la même impression d’un trop plein d’écrit qui vient remplir jusqu’au débordement notre champ visuel.

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simplicity

Une certaine simplicité dans le texte.

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竜conversation

Des dragons naissent de mes formes organiques futuristes, comme une sorte d’évolution naturelle. Je donne suite à ma série d’illustrations que je regroupe dans sa totalité et avec sous-titres mystérieux sur la page dédiée FuturOrga. Je suis assez fier de cette série qui évolue lentement et surement depuis le précédent billet en Juillet 2016. J’essaie de mettre des formes reconnaissables sur ce qui me passe à travers le cerveau et ces formes se concrétisent en des créatures à mi-chemin entre serpent et dragon. J’ai certainement une attirance inconsciente pour les formes du dragon car il s’agit de mon signe zodiacal chinois. Je pense continuer à mélanger formes de créatures et formes plus abstraites dans mes dessins. Je suis assez confortable avec le format A3 qui me convient bien. J’ai quand même envie de créer plus grand (A2 par exemple) mais se pose la question de conserver le tout quelque part dans l’appartement.

Cet interlude est fait de deux photographies sans liens directs avec les illustrations ci-dessus mais qui est destiné à faire une coupure avec le sujet suivant. Cet interlude est une courte zone d’attente (à Shibuya ou à Marunouchi). L’interlude permet également à l’auteur de ce blog d’y placer des photographies qu’il ne savait pas vraiment où montrer. Elles semblent être le prémisse d’une série sur l’attente, mais on a eu beau attendre, les mots bien choisis qui auraient dû accompagner ces images ne se sont jamais présentés. On se contentera donc de rattacher ces photographies à un interlude, orphelines de toute idée de série ambitieuse.

Sa-Yuu 左右 est un groupe japonais venant de Yokohama et composé de Hiroki Hanaike 花池洋輝 (Voix, Basse, Batterie) et Miho Kuwabara 桑原美穂 (Voix, Guitare). A deux, ils font une musique très atypique et obsessionnelle, en se partageant les voix et les accroches de guitares. Le disque était en écoute au Disk Union de Shin-Ochanomizu et je suis resté accroché à cette expérimentation alternative. Le chant est souvent répétitif (le côté obsessionnel) et percutant, comme le son de la guitare (par Miho Kuwabara) et de la batterie au pieds seulement car Hiroki Hanaike joue également de la basse en même temps. Les morceaux sont dans l’ensemble très minimalistes, dû au fait qu’ils ne sont que deux pour tout faire en live dans le morceau. J’aime beaucoup cette rythmique percutante et le parlé froid du dialogue des deux artistes. Le mini-album ci-dessus à la couverture jaune intitulé CONVERSATION est sorti le 25 Janvier 2017. Il est composé de 8 titres dont le morceau du même nom que l’album カンバセイション (conversation). J’aime beaucoup ce morceau mais mon préféré est certainement 神経摩耗節 (friction) avec ses accents punks. Sur Youtube, on peut écouter d’autres morceaux de l’album précédent comme イエローヘイト (Yellow Hate), やめてくれ (No) ou encore なくならない (Taste). J’aime faire ces découvertes impromptues.

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à la tombée de la nuit

Je ne prends pas souvent de photographies à la tombée de la nuit, mais l’occasion s’est présentée un dimanche soir pour une promenade improvisée entre Shibuya et Shinjuku, en empruntant la ligne de métro Fukutoshin entre les deux quartiers. Pour rejoindre Shibuya, j’emprunte une rue parallèle à l’avenue Meiji, une rue que je connais très bien mais que je n’ai pas emprunté depuis plusieurs mois. Je scrute les façades des buildings dans l’espoir d’y percevoir un changement. Tokyo étant en éternelle destruction et reconstruction, il n’est pas rare de découvrir des nouveaux visages dans le paysage urbain lorsqu’on n’a pas emprunté une rue depuis quelques temps. Et c’est d’autant mieux si ce nouveau visage possède des lignes architecturales remarquables.

Mais en cette fin de journée de dimanche à la tombé de la nuit, mon regard photographique se tourne plutôt vers un sanctuaire, celui de Konnō Hachiman-gū 金王八幡宮. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant mais ce sanctuaire fut autrefois le château de Shibuya (château est un bien grand mot cependant) et une des pierres de l’édifice reste visible dans le sanctuaire qui le remplace maintenant. Le site internet du sanctuaire nous apprend qu’ici est né le quartier de Shibuya, reprenant le nom du clan Shibuya. Par le hasard des recherches internet, je trouve un blog en anglais « Japan This! » d’un certain Marky Star qui tente d’expliquer avec une dose d’humour le sens et l’origine de certains quartiers de Tokyo, notamment celui de Shibuya. Sur la photographie ci-dessus du sanctuaire Konnō Hachiman-gū, j’aime beaucoup les couleurs des dernières lumières du jour qui se reflètent sur le toit humide, après la pluie. Tokyo est très photogénique après la pluie, quand l’eau de pluie accentue les marques et l’âge des murs de béton. Me reviennent en tête quelques photographies prises pendant la saison des pluies en 2009 pour ma série Made in Tokyo Series.

Les lumières de la ville se reflètent également au grand carrefour routier de Shibuya. La voie suspendue de l’autoroute intra-muros surplombant la route 246 est aussi très photogénique d’une certaine façon, par ses dimensions imposantes qui découpent le tissu urbain. Tout autour, on construit. La gare de Shibuya continue sa mutation lente et progressive, sans affecter les nombreuses lignes de train et de métro qui traversent la station. C’est déjà en soi une prouesse. Des nouvelles tours vont voir le jour d’ici 2020 avant les Jeux Olympiques de Tokyo, et vont répondre à la tour Hikarie située de l’autre côté de l’avenue Meiji. Depuis un restaurant au 8ème étage de la tour Hikarie (le restaurant d47食堂 que je recommande chaudement), on peut apprécier une vue d’ensemble des travaux de la gare à travers les grandes baies vitrées.

Depuis les sous-sols de la tour Hikarie, on rejoint la ligne de métro Fukutoshin, une des plus récentes de Tokyo. Etonnament, c’est peut être la première fois que je l’emprunte, bien que j’y sois venu plusieurs fois pour prendre en photo l’oeuvre architecturale de Tadao Ando pour cette station. Lorsque j’arrive à Shinjuku Sanchōme, la nuit est déjà tombée. En remontant à la surface au niveau de l’avenue Meiji, j’aperçois trois punks iroquois colorés. Ils ont l’air plus étonné de mon regard, que moi de les voir ici à Shinjuku. Il y a apparemment une salle de concert en sous-sol dans le coin. Ma marche me fait passer devant l’immeuble IDC Otsuka, qui prend des couleurs vertes un peu extra-terrestres. Un peu plus loin près de la station de Shinjuku, on ne manquera pas un passage devant le Yasuyo Building de Nobumichi Akashi. Pour ceux et celles qui me suivent depuis longtemps, j’ai utilisé cet immeuble en image d’en-tête de Made in Tokyo pendant de nombreuses années. J’aime ses formes très accentuées et agressives. Mais sous les lumières de la nuit, ses formes s’adoucissent et l’immeuble revêt même une couleur dorée du plus bel effet. Et si ce petit immeuble noir au centre de Shinjuku serait le joyau du quartier révélant toute sa splendeur une fois la nuit venue?

Tout en continuant ma marche dans Shinjuku, j’ai en tête la musique de Sheena Ringo 椎名林檎. Pendant mon petit périple dans les rues sombres jusqu’aux panneaux ultra lumineux de Kabukichō, j’écoute Shōso Strip 勝訴ストリップ et Kalk Samen Kuri no Hana 加爾基 精液 栗ノ花. Je reviendrais certainement avec Eddie un soir de février pour prendre des photos vers Kabukichō (Golden Gai probablement). Près de sortie Sud de la station de Shinjuku, la rue pratiquement piétonne où l’on peut voir un magasin remplie de lanternes en façade (Beams) cache également plusieurs disquaires que je viens explorer régulièrement ces derniers temps.

Le double album Microcastle / Weird Era Cont. de Deerhunter n’est pas une nouveauté, mais je ne le découvre en entier que maintenant, après l’avoir trouvé en CD dans un Disk Union de Shinjuku. La couverture de l’album est à la fois étrange, inquiétante et superbe. Peut être s’agit il du visage du leader du groupe Bradford Cox, affublé d’une tête de mort à la place d’un oeil. Microcastle, accompagné du disque bonus Weird Era Cont., est le troisième album de Deerhunter, sorti en 2008. On y découvre une musique indie rock faite de guitares sur des paroles très souvent désespérées et d’une grande sensibilité. C’est également le cas pour les autres projets et groupes de Bradford Cox, comme Atlas Sound. Les voix y sont souvent frêles et répétitives et on ressent une certaine douleur qui demande à être expulsée par des flots de guitares terminant assez régulièrement les morceaux. On est proche de morceaux instrumentaux dans certains cas. Le très beau morceau « Nothing ever happened » en est un bon exemple.

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the loudest sound you’ve ever heard

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« The loudest sound you’ve ever heard », le son d’un concentré de Ville qui vit. Je redécouvre la beauté de Kid A, je me plonge dans A moon shaped Pool et je me reconcilie avec Radiohead qui devient la bande sonore de mes photographies de Tokyo, dans les rues de Shimo Kitazawa, Daikanayama, Shibuya, Naka Meguro … « Don’t get heavy, Keep it light and Keep it moving », essayons de garder ça en tête dans ma démarche.

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