sur la montagne de Daikan (2)

Continuons cette série à Daikanyama. La plupart des photographies de ce deuxième épisode sont prises sur la route sinueuse appelée Daikanyama Dori (la rue Daikanyama). J’y passe tôt le samedi matin. Enfin, il est 10h du matin donc pas si tôt que cela, mais les boutiques du quartier n’ouvriront que plus tard, vers 11h je pense. Les volets métalliques des boutiques au rez de chaussée de la résidence Castle Mansion Daikanyama au look rétro et aux couleurs de rose usé, sont couvertes de graffitis ou de dessins qu’on penserait être commandé, comme cet étrange tigre assis prenant un café. Les bâtiments à trois étages maximum de cette partie de rue à sens unique se renouvellent petit à petit. Certains des nouveaux buildings ont d’ailleurs des coupes architecturales intéressantes, quand on lève un peu les yeux. Observer les rues de Tokyo demandent à explorer des yeux toutes les directions, comme une girouette.

Un peu plus loin dans Daikanyama, sur une autre rue où se trouve également la boutique Maison Kitsune, que je montrais sur la dernière photographie du billet précédent, ainsi qu’un petit magasin de disques Bonjour Records, je passe très souvent devant la boutique de vêtements homme APC, conçue par Masamichi Katayama et la firme de design intérieur Wonderwall dont il est le fondateur. En parlant de ce petit magasin de disques Bonjour Records, j’y fais un passage rapide de temps en temps. On y vend une sélection de CDs mais aussi quelques livres de photographies et autres objets. Côté livres, je note un bouquin de photographies appelé Grunge préfacé par Thurston Moore. Ce sont des photographies de groupes alternatifs de l’époque du début des années 90, pas seulement du Grunge mais aussi des groupes de mouvance punk à Seattle. Il y a bien sûr des photographies de Kurt Cobain et Courtney Love avec Hole, mais également d’autres figures connues comme Kim Gordon de Sonic Youth et d’autres groupes de l’époque dont le nom m’est familier.

Le reste des photographies dans Daikanyama vont à la recherche des couleurs: le bleu intense d’une Porsche sur un parking derrière deux petits bâtiments aux façades de béton obliques et le vert presque fluorescent du palmier emblématique de Daikanyama.

Les trois dernières photographies du billet sont prises en bas de la colline-montagne de Daikanyama, mais du côté de Shibuya cette fois-ci et non pas du côté de Naka-Meguro à l’opposé, comme sur le premier billet de cette petite série. Sur une rue parallèle à la longue avenue Meiji, je retrouve cet immeuble aux briques orangées comme maintenu en captivité dans une cage aux barreaux obliques. Il s’agit du building Sankyo à côté de la nouvelle sortie Sud de la gare de Shibuya, par l’architecte Tadasu One (Plantec). Au loin sur la même rue, les constructions du nouveau centre de Shibuya avancent à grands pas, notamment l’immeuble de la partie Sud du re-développement de la gare. On ne le voit pas sur la photographie, mais l’immeuble principal de la gare a aussi pris pas mal de hauteur ces dernières semaines. Il reste du temps avant les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, mais les changements sont déjà initiés depuis longtemps.

sur la montagne de Daikan (1)

Comme le titre du billet l’indique, nous sommes ici à Daikanyama, mais aussi à Naka Meguro, en contre-bas de cette montagne qui ressemble plutôt à une colline urbaine. Je vais assez souvent dans ces quartiers car on habite pas très loin d’ici, mais aussi parce que Zoa y a quelques activités extra-scolaires. Bien que je connaisse assez bien ces rues, je me surprends parfois moi-même à découvrir des passages que je n’avais jamais emprunté. Par exemple, un escalier couvert de dessins de formes courbes nous amène vers un tunnel que je connaissais pas sous la rue de Komazawa. Un des murs du tunnel est dessiné d’une fresque d’un cerisier en fleurs. Sur la photographie ci-dessus, le passage de quelques personnes en mouvement me donne l’impression que les fleurs vont soudainement se détacher et s’envoler dans un mouvement similaire.

Une des grandes qualités des espaces à Tokyo, ce sont les dénivelés, les collines et terrains en pente qui rendent l’espace urbain intéressant pour le promeneur. L’irrégularité des terrains évite la monotonie du paysage urbain, quand l’architexture doit s’adapter à un environnement qui ne lui est parfois que peu propice.

À Daikanyama, je passe par l’ensemble Hillside Terrace conçu par étapes sur plusieurs décennies par l’architecte Fumihiko Maki. Il y a un petit espace d’exposition dans un des bâtiments les plus anciens de l’ensemble nous montrant une salle de classe d’une autre époque, avec des chaises prenant leur envol. Alors que la nuit commence à tomber doucement, je passe ensuite un peu de temps au Hillside Forum, de l’autre côté de la rue Kyu-yamate. On y montre une autre exposition, de plusieurs photographes sélectionnés pour le prix Pictet. Je connaissais quelques uns des photographes comme Michael Wolf et sa série Tokyo Compression montrant des passagers du métro tokyoïte comprimés contre les vitrages des portes automatiques. On y voit également deux photographies en grand format de Rinko Kawauchi, notamment une colline prenant feu d’une manière apparemment contrôlée avec un bel effet de symétrie. Finalement, le travail de collage de photographies de Shohei Nishino est très intéressant. Il construit des paysages urbains imaginaires à partir de collages de photographies de buildings et autres décors urbains, formant une nouvelle réalité de la ville. Un fait intéressant de cette exposition est qu’elle mélangeait la photographie pure et le montage photographique.

Mon passage à Daikanyama se termine dans la nuit. J’aime en ce moment prendre en photographie les devantures éclairées des boutiques. Ci-dessus, il s’agit de celle de la Maison Kitsune.

le village de Hinohara

Une journée ensoleillée du dimanche nous donne une nouvelle fois l’envie irrésistible de prendre la route à l’Ouest de Tokyo. En ce dimanche, nous quittons le centre de Tokyo pour rejoindre un autre Tokyo, celui des montagnes de Tama. Nous sommes toujours dans Tokyo, mais bien à l’Ouest, au delà de Hachiōji et de Ome. Notre but était d’aller jusqu’au village de Hinohara. Ce village intriguait Zoa depuis un petit moment pour la simple raison qu’il s’agit du seul village du grand Tokyo. Environ 2100 personnes y vivent, dans les montagnes mais rassemblées pour la plupart le long de la route principale traversant le village. La population y est trop faible pour qu’on puisse appeler Hinohara une ville et ce vaste espace de montagnes n’a pas été intégré à une ville voisine. Cela fait de cette unité administrative du district de Nishitama un village avec une mairie, une école élémentaire et un collège ainsi que quelques commerces comme Chitoseya proposa un excellent tofu fait maison et des doughnuts qui valent le déplacement. Nous nous y sommes régalés, en dégustant tout cela sur le pouce dans le froid mais entourés des feuilles rougies et jaunies par l’automne agrémentant le paysage montagneux et forestier tout autour de nous.

Le matin de ce dimanche, nous étions partis tôt pour pouvoir revenir assez tôt dans l’après-midi (avant 16h) pour éviter les bouchons de fin journée, qui nous avaient bien refroidi à notre retour de Kobuchizawa il y a quelques semaines. Une fois arrivés au village de Hinohara, nous allons d’abord à Kanoto Iwa. A cet endroit, une ouverture dans la roche est creusée par une petite rivière. On peut longer cette rivière sur un minuscule passage où il faut bien s’accrocher. Il s’agissait apparemment d’un ancien passage vers un sanctuaire. La première photographie de ce billet montre cet endroit. Nous nous engageons ensuite sur un chemin de montagne mais nous ne pourrons pas marcher très loin car la route est coupée. Au hasard de notre promenade, nous rencontrons un français qui semble vivre ici dans les montagnes. Il nous apprendra qu’un pont de bois sur cette route a été emporté il y a peu par un typhon.

Nous reprenons alors la voiture pour aller voir les chutes d’eau. Notre promenade nous amènera vers la chute d’eau de Hossawa, à une quinzaine de minutes à pieds du vendeur de tofu dont je parlais plus haut. Un chemin dans la forêt très bien aménagé longeant la rivière nous y amène. L’endroit est vraiment très agréable. Là encore, on peut admirer les feuilles rouges à différents endroits du parcours, dans les arbres ou sur le chemin de montagne. Il y a environ 13 chutes d’eau répertoriées à Hinohara. Nous n’en verrons qu’une seule cette fois-ci, mais on tentera certainement de voir les autres une prochaine fois. Le retour vers Tokyo est cette fois-ci d’une grande fluidité.

ア・キ・ラ・Shibuya

Le Department Store PARCO à Shibuya a fermé ses portes le 7 août 2016 et est désormais en cours de rénovation. Plutôt qu’une rénovation, il s’agit en fait d’une reconstruction totale à la place de l’ancien bâtiment datant de 1976 certainement plus aux normes anti-sismiques en vigueur. Il a donc été entièrement détruit et on attend un nouvel immeuble pour PARCO en 2019. En attendant, la zone de construction est entourée de palissades blanches. Depuis plusieurs mois, on peut voir en dessin Kaneda sur sa célèbre moto sportive rouge avec l’indication de l’année AD 2019. Il s’agit de la date à laquelle se passe l’histoire de Akira, le manga que l’on ne présente plus de Katsuhiro Otomo. Il s’agit également de l’année où commencera l’histoire de ce nouveau Department Store PARCO. Depuis quelques semaines, plusieurs fresques se sont ajoutées en plus de l’image de Kaneda, construites sur l’imagerie du manga. On retrouve tous les personnages principaux de Akira sur ces fresques en noir et blanc. Je n’ai pas lu le manga ou revu le film d ‘animation depuis de nombreuses années, et ça fait plaisir de revoir ces images et ces personnages en grand format. Je me souviens encore très bien du choc visuel et stylistique quand j’ai vu pour la premier fois Akira au cinéma en France en 1991 lors de sa sortie. D’ailleurs, ça me surprend un peu que l’on utilise l’imagerie de Akira pour entourer la construction d’un nouvel immeuble commercial, sachant que l’univers de Akira est plutôt tourné vers la destruction, comme le montre d’ailleurs certains des dessins de la fresque. On est très loin d’un visage idyllique et paisible de la ville, car Akira représente une certaine image du chaos et de l’aliénation.

une journée à Kobuchizawa: Misogi Jinja

La deuxième étape de notre journée à Kobuchizawa dans la préfecture de Yamanashi se passe dans un sanctuaire à quelques kilomètres seulement du musée Nakamura Keith Haring. Il s’agit du sanctuaire Misogi. Il est apparemment assez connu pour deux raisons singulières et sans aucun rapport avec le culte shintô qu’il représente. Tout d’abord, il avait fait les nouvelles télévisées il y a quelques temps quand la mère d’un des membres du groupe de pop japonaise appelé Yuzu a acquis les lieux. A vrai dire, je ne savais pas qu’on pouvait acquérir un sanctuaire de cette manière car à ma connaissance, ce genre de religieux et leurs administrations se transmettent de parents à enfants au Japon. Misogi jinja est également connu car il apparait dans une publicité assez récente pour l’opérateur de téléphonie AU. Il s’agit d’un des nombreux épisodes de la série Santaro 三太郎 en kimono avec les acteurs Shota Matsuda dans le rôle de Momotaro, Kenta Kiritani dans le rôle de Urashimataro et Gaku Hamada dans le rôle de Kintaro (mais malheureusement sans Kasumi Arimura, la princesse Kaguya, dans cet épisode). J’aime assez l’atmosphère de cette série montrant des lieux que l’on aurait envie de visiter, mais loin des touristes.

Ce ne sont bien entendu pas les raisons principales de l’intérêt de ce sanctuaire, mais plutôt l’organisation de ses espaces et sa situation dans un milieu naturel au bord d’une forêt. Il y avait peu de monde lors de notre visite ce qui rendait cet espace d’autant plus agréable. Le sanctuaire principal est posé sur une vaste cour de graviers blancs et ratissés, ce qui donne un joli contraste avec le bois des structures bâties. A côté du bâtiment principal et en contre-bas, une scène de théâtre Noh est aménagée sur un étang habité de carpes Koi très nombreuses et colorées. On peut s’asseoir sur l’herbe devant l’étang pour assister aux spectacles qui ont lieu sur cette scène pendant les périodes estivales. Ce doit être une bien belle expérience que d’assister à un spectacle Noh dans un tel cadre. On imagine les voix du théâtre Noh se mélanger avec les sons de la forêt et les visages masquées s’éclairer dans la nuit sous les feux de l’été. La scène du théâtre Noh est reliée par des ponts de bois qui interconnectent plusieurs autres dépendances placées sur l’eau et sur une pente de montagne. Les photographies que je prends de cet espace ne transmettent malheureusement pas très bien la qualité de l’ensemble et l’envie que l’on peut avoir d’y marcher. Avant de quitter le sanctuaire Misogi, nous donnons à manger aux carpes multicolores qui en redemandent. Je me demande d’ailleurs si j’ai déjà vu des carpes aussi colorées et aussi belles.

Il faudra reprendre la route vers 5h du soir, alors que le soleil commence déjà à se coucher. C’est à partir de ce moment là que la partie pénible de notre journée commence, avec des embouteillages monstres en chemin, au niveau du lac Sagamiko sur l’autoroute Chuo. Nous sommes bloqués pendant plusieurs heures. On de décide à sortir de l’autoroute pour aller diner, et pour laisser un peu de temps aux véhicules de se dégager. Mais lorsque nous reprenons la route, les bouchons persistent encore. Nous arriverons dans le centre de Tokyo vers 11h30 du soir. Il nous aura donc fallu environ 5 heures pour faire les 150 kilomètres environ séparant Tokyo de Kobuchizawa. Même sans parler des effets du retour du week-end de trois jours, les embouteillages sont très fréquents le dimanche soir sur les autoroutes Chuo (celle que l’on a emprunté) ou Tomei, en direction de Tokyo. Mais nous gardons cependant en tête de belles images de cette journée ensoleillée dans les montagnes des alpes du Sud.

une journée à Kobuchizawa: Keith Haring (2)

Les espaces intérieurs du Nakamura Keith Haring Museum à Kobuchizawa, Yamanashi, sont complexes et spécialement adaptées au contenu de l’oeuvre de Keith Haring, avec des espaces sombres lorsque les dessins de Haring représentent les conflits ou des éléments de chaos, et des espaces clairs représentant l’espoir. Keith Haring a beaucoup produit pendant sa vie écourtée par le sida. Il meurt très jeune à l’âge de 31 ans, en 1990. Il créa dans l’urgence à la fin des années 1980, sachant ses années de vie comptées. L’exposition nous apprend que Haring aimait le Japon. L’expo s’appelle d’ailleurs « Pop to Neo-japonism ». On nous montre dans des salles dédiées certaines de ses créations à Tokyo, notamment la mise en place d’une boutique temporaire Pop Shop Tokyo, où il vendra des objets couverts de motifs de sa création, comme des petites céramiques. L’objectif de cette boutique était de rendre accessible son art au plus grand nombre, plutôt que la recherche d’un profit pécuniaire. Il exposera également ses œuvres au musée Watari-Um à Aoyama. Sur deux murs du musée, on nous montre en photographies un petit immeuble qu’il a entièrement recouvert de dessins. Je ne sais pas où il se trouvait, il n’existe plus maintenant, et s’il s’agissait du Pop Shop Tokyo.

Parmi les nombreuses œuvres présentées à cette exposition, on trouve quelques uns des premiers dessins de Street Art qu’il créa dans les couloirs du métro new yorkais, à la craie sur des espaces inoccupés par des affiches publicitaires. On nous montre également des collaborations avec Andy Warhol pour une série de quatre sérigraphies sur papier appelée Andy Mouse (1986), et avec William S. Burroughs sur une série mélangeant textes et sérigraphies appelée Apocalypse (1988). Le musée nous permet de sortir sur le toit pour apprécier un peu plus l’architecture des lieux. J’apprécie dans un musée quand le contenu et le contenant sont remarquables. On termine la visite en sortant sur une terrasse circulaire entourée de murs de béton irréguliers et angulaires, au dessus desquels se dégagent les cimes de arbres aux alentours. En sortant du musée, je ne peux m’empêcher d’aller photographier ces murs. Les formes angulaires et agressives parfois sont vraiment très intéressantes.

A quelques pas du musée, un hôtel est également conçu par le même architecte Atsushi Kitagawara. Il en reprend le même esprit architectural, les formes angulaires des ouvertures notamment et les irrégularités assez futuristes. Ce bâtiment ressemble à un ovni atterri par erreur dans les montagnes des Alpes japonaises. Cet ensemble du Kobuchizawa Art Village fait très clairement contraste avec le reste des bâtiments et maisons que l’on trouve dans les environs. Après un déjeuner dans un chalet restaurant juste à côté, nous reprenons la route à la recherche des feuilles rouges et jaunes de l’automne. Nous nous arrêtons assez vite en chemin vers un autre lieu intéressant, le sanctuaire de Misogi.