des couleurs imprimées pour surmonter la ville

En revenant de Ueno en voiture, nous nous arrêtons quelques instants près d’un nouvel espace aménagé sous les voies ferrées, aperçu brièvement sur le chemin allé. L’endroit s’appelle 2k540 Aki-Oka Artisan. Comme son nom le laisse en partie deviner, il s’agit d’un espace regroupant des dizaines de boutiques artisanales, de styles variés. Les marquages au sol ainsi que tout l’intérieur de l’espace sont peint en blanc. Cela donne un assez bel effet, notamment les piliers soutenant la voie ferrée, comme on peut le voir sur les photographies ci-dessus.

Le reste des photographies de ce billet est beaucoup plus décousu. On commence par les points noirs et blancs de la boutique Comme des Garçons, à Marunouchi sur Naka-dori. Il y en a plusieurs dans cette rue. Le dessin de fleur bleue ainsi que la maisonnette très colorée au bord du canal se trouvent à Tennozu Isle. Je profitais d’une petite heure de libre pendant que Zoa assistait à son cours de programmation de robot, pour aller faire un petit tour à Tennozu Isle. Mon but était de prendre en photo la peinture gigantesque d’un sumo, ressemblant comme deux gouttes d’eau à Edmond Honda dans Street Fighter II. Malheureusement, elle avait été effacée. C’est bien dommage mais je ne suis que moyennement étonné car l’art de la rue est de toute façon éphémère. La dernière photographie montre un petit bâtiment près de Ebisu, également sur-imprimé, avec un visage et un buste dessinés. Je pense qu’il s’agit d’un bar ou d’un restaurant, mais je n’ai pas été voir de plus près.

le temple à l’étage

Restons encore quelques dizaines de minutes à Ueno. Je m’engouffre dans le coeur du quartier par une voie étroite entre les buildings. Il y a quelques entrées de restaurant dans cette allée, mais également des sorties de cuisine, des portes de service, des coins fumeurs pour les serveurs en pause. La densité des « choses » présentes dans ces petites rues m’impressionnera toujours. Dans un recoin de l’allée, un mini-jardin fait de quelques pots de fleurs alignés cherche à capter les rayons de soleil passant entre les immeubles. Etonnamment, la rue n’est pas sombre. Après quelques virages depuis cette allée, on rejoint rapidement le nerf actif du quartier, la rue Ameyoko longeant la ligne de train. Nous sommes la matin vers 11h, la foule est déjà très présente car la multitude de boutiques du labyrinthe de rues du quartier viennent juste d’ouvrir leurs devantures.

Je cherche à retrouver le temple volant de Ameyoko. Le livre jaune de l’Atelier Bow Wow dont je parlais dans un billet précédent mentionne également ce temple à Ueno. Repenser à ce livre m’a donné envie de revoir ce temple dans les airs. La particularité du temple est qu’il se situe au deuxième étage, au dessus de magasins de toutes sortes. Les pancartes publicitaires le cachent pratiquement et on peut le manquer si on n’y prend gare. Les affichages des marchands du temple sont nombreux et envahissants. Lorsque l’on monte à l’étage, on peut se pencher pour prier devant un poster géant d’une équipe de foot japonaise. Il s’agit du Tokudai-ji, au coeur de la rue Ameyoko. J’ai l’impression que depuis la dernière fois que j’ai visité ce temple en 2009, le nombre d’affiche a bien augmenté. Viendra un moment où le temple sera complètement recouvert et devra abdiquer.

Nous ressortons du « sur-plein » de Ameyoko et de Ueno, pour rejoindre la voiture laissée au parking du Matsuzakaya. Sur la place, la foule s’est fait plus dense pour écouter une jeune fille en robe verte et jaune. La voix peu assurée me laisse penser qu’il s’agit d’une apprentie idole. La foule est attentive. Certains reprennent quelques mouvements de bras en imitant ceux de la chanteuse, d’autres sont rivés sur leurs objectifs photographiques télescopiques. Cet enthousiasme me semble parfois effrayant.

le panda, le chat, le lapin

(le panda) Nous sommes à Ueno, pas très loin de la gare. Nous sommes venus en voiture et il faut trouver où stationner tôt le matin. Nous sommes un dimanche. Zoa et Sayoko vont écouter un spectacle de Rakugo dans un petit théâtre pas très loin de l’entrée du parc. C’est une séance spéciale pour les enfants accompagnés. J’hésite à y assister mais je me dis que je ne profiterais pas pleinement du spectacle donc je passe mon tour. Je regrette en cours de route. Je me rattraperais l’année prochaine si on renouvelle cette expérience pendant l’été. Je stationne la voiture dans le parking à étages du Department Store Matsuzakaya. Je suis absolument seul stationné dans ce parking car les magasins du Department Store n’ouvriront que dans quelques heures. J’observe les trains passer à travers le grillage fleuri du parking. En bas, sur la place, deux pandas sont assis et observent obstinément cette place vide. A quelques pas des pandas, on déplace des grosses enceintes et une table de mixage. L’endroit actuellement calme se livrera peut être à des foudres musicales dans quelques temps. Un groupe de personnes commencent à se réunir en ligne devant une scène imaginaire. On dirait que ce sont des habitués des spectacles de rue se déroulant ici, comme on peut également en voir assez souvent à Akihabara. Peut être y verra t’on un jeune groupe de rock ou un groupe d’idoles en devenir. La deuxième option semble plus probable, vu la population masculine qui commence à se former. On verra peut être plus tard ce qu’il en est, lorsque l’on quittera le parking.

A travers les grandes fenêtres de l’immeuble du parking où je me trouve, la ligne de train bleu refait son apparition. L’envie me prend souvent de prendre en photo le décor urbain à travers le cadrage d’une fenêtre ou d’une parois vitrée. Ce type de représentation de la ville n’est pas sans me rappeler ce que Masataka Nakano nous montrait sur son livre de photographies Tokyo Windows. D’une certaine manière, ce type de photographie met plus directement le photographe en scène car on y aperçoit son environnement immédiat et donne une impression réelle de ce que peut entrevoir le photographe avant de prendre une photographie.

(le chat) Je pars ensuite rejoindre Mari dans les rues de Ueno et je me perds un peu en chemin. Au passage, dans une vitrine, le temps s’arrête soudainement pour laisser à ce chat noir le temps de bien se préparer à sauter. Je me demande ce qu’il a pu voir dans les recoins de cette vitrine pour ne pas détourner l’oeil un seul instant. Une souris s’est peut être glissée involontairement dans cette vitrine et se cache derrière un bibelot. Le chat hésite. Longuement. Eternellement. On verra peut être un peu plus tard ce qu’il en est, lorsqu’on empruntera une nouvelle fois cette rue après la pause matinale du petit déjeuner au café Usagi-ya.

(le lapin) Je retrouve finalement Mari devant ce café Usagi-ya, à quelques rues de la vitrine du chat. Usagi-ya est une ancienne pâtisserie japonaise réputée. Ce café à quelques mètres derrière la pâtisserie est plus récent. On peut y apprécier le matin pour le petit déjeuner, des pancake fait de pâte à dorayaki (vous savez, le dorayaki, c’est le goûter préféré de Doraemon). Le problème est que le café ne fait que deux services tôt le matin et le nombre d’assiettes préparées est très limité. Le café ouvre en fait exactement à 9h10 et il faut être dans la file d’attente à cette heure précise pour recevoir un ticket en forme d’oreille de lapin, permettant ensuite de commander un pancake dorayaki. Il faut être en personne dans la file d’attente au moment de la distribution, ce qui n’était pas encore mon cas, car je me perdais dans les rues de Ueno en regardant les chats dans les vitrines et les pandas sur les places. Cette règle est apparemment très stricte et inflexible, comme on peut le noter souvent au Japon. Ce n’est pas très grave, mais on demande quand même à la serveuse s’il restera un dorayaki pour moi, mais ça semble tout à fait impossible. Après une vingtaine de minutes d’attente à la porte du café, le temps que le premier service se termine, nous entrons nous placer pour le deuxième service. Au fond de la salle du café, deux serveurs et serveuses se font apparemment des noeuds au cerveau en se posant la question de ce que peut penser un client mécontent, ce qui n’est pas vraiment mon cas. Je me suis habitué à faire avec les inflexibilités au Japon. Quelques minutes plus tard, un responsable de la pâtisserie, averti par un des serveurs, entre en scène dans le café et prend la parole devant tous les clients attablés. Il demande, en parlant de moi, de tolérer l’octroi d’une assiète pour un étranger venu de si loin. La situation, bien que pleine de bonnes intentions, est assez gênante. Pourquoi faire une exception pour moi parce que je suis étranger, alors qu’une telle exception ne serait très certainement pas autorisée à un client japonais. Ce responsable a sans doute pensé que je venais de très loin tout spécialement pour apprécier ces pancake dorayaki, et qu’une possible irritation de ne pas être servi aurait apporté une mauvaise publicité. Au final, j’étais satisfait de pouvoir profiter de ce petit déjeuner, comme tout le monde, mais ce discours fut des plus embarrassants. J’aurais préféré quelque chose de plus discret, comme se faire servir discrètement sans un accord implicite de toute la salle. Cette anecdote a quelque chose de très caractéristique.

tout au long de la rivière Meguro

Marcher tout au long de la rivière Meguro est agréable si ce n’est l’odeur. Je ne vais donc pas la suivre en long mais plutôt traverser ses ponts tout en avançant dans les rues parallèles. Mon but est de rejoindre à pieds l’immeuble de Meguro Gajoen. Avec son format biseauté, sa dynamique élancée et sa piste d’atterrissage d’hélicoptères sur le toit, la tour Arco accolée à Meguro Gajoen se fait remarquer dans le quartier. Il s’agit d’une tour de bureaux. L’entrée de l’hôtel est également à ce niveau mais l’hôtel en lui-même se trouve derrière la tour Arco et son annexe, une tour similaire plus petite. Les parois dorées autour des fenêtres des chambres laissent deviner la grande richesse de l’intérieur. L’ensemble fut construit à la fin de la bulle économique et on reconnaît un certain excès, comme ça peut être également le cas pour l’hôtel Westin de Yebisu Garden Place dans un autre style. Visiter cet hôtel vaut le détour, ainsi que le bâtiment historique juste à côté, datant de 1928. En recherchant quelques images de l’hôtel Gajoen, je découvre un excellent blog Old Tokyo en anglais montrant des anciennes cartes postales du Japon, et montrant notamment les jardins et des vues de l’intérieur de l’hôtel historique à l’époque. C’est superbe, je vais très certainement parcourir ce blog et ses anciennes cartes postales un peu plus. Nous avons déjà visité l’intérieur de Gajoen il y a de cela quelques années et j’y suis retourné plus récemment, mais cette fois-ci, je me contente d’observer la tour Arco et les façades de l’hôtel depuis l’extérieur de l’autre côté de la rivière Meguro.

Pas très loin de l’hôtel et toujours le long de la rivière Meguro, je retrouve le terrain d’entraînement de golf, entouré d’un filet vert. La particularité de ce terrain est qu’il est placé au dessus d’un parking pour taxis. Si on regarde bien, dessous le filet, des rangées de taxis rouge-orange sont habilement stationnés. Dans un souci d’utilisation optimal de l’espace disponible, le terrain de golf et le parking pour taxi sont combinés l’un au dessus de l’autre. Les lecteurs fidèles de Made in Tokyo reconnaitront peut être cet endroit, car j’en ai déjà parlé il y a quelques années (il y a 10 ans pour être précis). Ce Golf Taxi Building est un des nombreux lieux atypiques présentés dans le petit livre jaune Made in Tokyo メイドイントーキョー de l’Atelier Bow Wow. A noter pour la petite histoire que le titre Made in Tokyo de ce blog ne provient pas de ce petit livre jaune d’architecture de l’Atelier Bow Wow, mais m’est venu à l’esprit après avoir vu le film de Fruit Chan intitulé Made in Hong Kong. Il faudrait d’ailleurs que je retrouve le DVD, quelque part dans mes étagères de films. ça remonte à une époque où le cinéma de Hong Kong m’attirait et me passionnait, notamment les films de Wong Kar-Wai comme Chungking Express et Fallen Angels.

Juste à côté du terrain d’entrainement de golf, mon regard photographique est attiré par une déchetterie de papier, notamment les blocs blancs compressés posés les uns sur les autres avec quelques papiers de couleur qui dépassent par-ci par-là. On dirait une composition volontaire. Je finis cette marche dans Meguro-Ku en m’éloignant de la rivière et en m’enfonçant une nouvelle fois dans les rues résidentielles. C’est encore une fois l’occasion de trouver des compositions urbaines et architecturales intéressantes, et il faut parfois réfléchir et tourner en rond avant de trouver un cadre de photographie satisfaisant. Dans les rues de Tokyo, il faut jouer avec le peu de recul dans les rues étroites. Je ne me lasse pas et je continuerais pendant encore quelques temps à montrer ces découvertes sur Made in Tokyo.

meg again but different place, somewhere close, somewhere we want to get lost

Avant de partir à la recherche de la maison Delta, je marche dans Meguro. Il est tôt le matin, vers 8h. Il y a peu de circulation dans les rues. Au croisement de la rue Meguro et de la rue Yamate, il y a un sanctuaire, celui de Otori 大鳥神社. Je suis passé maintes fois devant ce sanctuaire sans jamais y être entré. Il était recouvert d’un capuchon blanc comme une mariée en kimono. Dans la même rue, le vert criard de l’immeuble Barbizon 43 est très surprenant et se fait remarquer. Cette couleur inhabituelle recouvre toutes les parties en acier du building, notamment un ensemble de câbles qui semblent soutenir l’escalier extérieur de secours. Le design de l’ensemble est intéressant, mais j’ai quand même quelques doutes sur le choix de cette couleur verte pour s’allier au béton.

Je remonte ensuite la grande rue Meguro jusqu’à l’école Tama Daigaku Meguro High School. L’ensemble semble assez quelconque aux premiers abords, à part cette entrée composée de plusieurs piliers supportant des voutes et un bloc arrondie. C’est une association assez étonnante. Juste en face, de l’autre côté de la rue, cette étrange association de styles architecturaux semble également étonner un couple d’extraterrestres ouvrant de grands yeux. Ils sont rigolos tous les deux avec leur costume noir à poix et leur grosse tête ronde.

Je décide ensuite de m’éloigner de la grande artère et de m’engouffrer dans les petites rues résidentielles de Meguro-Ku. Au hasard des rues, je tombe sur une maison individuelle couverte d’une immense baie vitrée. Je connais ce bâtiment pour l’avoir vu dans un magazine d’architecture (Japan Architect certainement) et pour l’avoir pris en photo. Je me souviens qu’un lecteur de Made in Tokyo m’avait indiqué cette maison par email ou dans les commentaires. Ce genre de pistes est le bienvenue. En fait, en réfléchissant bien et en fouillant mes archives, je me remémore que cette maison s’appelle M3/KG par les architectes de Mount Fuji Architects Studio. Je ne suis plus trop sûr de l’avoir déjà pris en photo, c’est peut être la première fois que je passe dans ce quartier. J’ai l’impression que mes souvenirs se mélangent avec les éventuelles promenades virtuelles avec Google Street View que j’ai pu y faire. C’est un sentiment très étrange.

Dans la même rue et à quelques mètres seulement, on trouve deux autres maisons remarquables. Par les mêmes architectes que la maison Delta, Akira Yoneda de Architecton et Masahiro Ikeda, on découvre dans cette rue une maison blanche particulière avec un des murs biseauté de haut en bas. La rue est très étroite et je ne peux la prendre correctement en photographie. On peut entrevoir cependant l’espace biseauté qui permet de libérer un peu de place pour le parking de la voiture bleue. La maison s’appelle HP house. Dans l’autre sens et dans la même rue, un autre bâtiment est étonnant avec son mur noir courbé qui fait penser à une toiture qui rejoindrait le sol. A l’intérieur, il y a une boutique. Je pense que les propriétaires vivent à l’étage.

Pour terminer cette série et promenade matinale à Meguro, un autre étrange objet dans un parc. L’objet ressemble à des altères distordues. A côté, il a plusieurs terrains de tennis où se déroule un cours matinal. Les apprentis joueurs en tenue blanche sont debout en file indienne en attendant la balle jaune. Une envie de tennis me revient.