Younger us
Lundi, juin 28th, 2010Une photo en noir et blanc, Akasaka le soir. Sous la musique des deux canadiens de Japandroids qui nous donnent décidément beaucoup de bonnes choses, comme ce nouveau morceau Younger Us.
Une photo en noir et blanc, Akasaka le soir. Sous la musique des deux canadiens de Japandroids qui nous donnent décidément beaucoup de bonnes choses, comme ce nouveau morceau Younger Us.
Du blanc au noir au gris. Il s’agit d’un petit coin près de la gare d’Ebisu tout près de la faille, une photo regroupant des surfaces très diverses, des changements de tons, de matériaux, d’angles, le tout recouvert de graffitis et d’écritures pour créer un patchwork complexe. Je continue donc encore un peu les photos argentiques noir et blanc.
J’ai découvert par hasard l’exposition Timberize Tokyo qui se tenait au Spiral à Aoyama, il y a de cela quelques semaines. L’exposition présentait un sujet intéressant et assez surprenant à premier abord, celui de la construction en plein Aoyama de séries d’immeubles en bois.


Depuis 2000 et l’évolution de loi japonaise sur les standards architecturaux, il est désormais possible de construire des buildings en bois avec systèmes de protection incendie. Timberize Tokyo est un groupe d’architectes et ingénieurs à la recherche de nouvelles possibilités architecturales autour du bois. Depuis que Shigeru Ban crée des bâtiments à partir de tubes de carton renforcé, on imagine un peu mieux les innovations possibles à partir de bois renforcés pour la construction de bâtiments de grande taille.
Le Japon a une longue tradition d’utilisation du bois en construction, mais les formes proposées par le groupe Timberize Tokyo ne s’inspirent pas de design d’autrefois. On imaginerait assez bien les constructions montrées en maquette dans des matériaux plus classiques pour des buildings de cette taille comme le béton ou l’acier. C’est d’ailleurs assez difficile de s’imaginer ces bâtiments en taille réelle. Le bois renvoie plutôt vers des espaces chaleureux et intimes, tandis que ce qui est présenté réfère plutôt aux grands ensembles. L’exposition présentait un grand nombre de maquettes: des immeubles de bureaux sur plusieurs étages, des centres commerciaux, écoles, immeubles d’habitation… avec des formes parfois assez naturelles, justement, comme les structures florales du bâtiment Petal (en photo ci-dessus).

La vue de Aoyama en maquette est aussi intéressante, elle montre les implantations proposées pour ces constructions. Je ne connais pas la raison du choix du quartier d’Omotesando, peut être pour donner un certain impact en choisissant une avenue très fréquentée ou peut être parce qu’elle est bordée d’arbres, des zelkova. Les bâtiments de bois sont implantés à différents endroits le long des avenues et viennent remplacer les vieux immeubles. Ils n’ont heureusement pas été jusqu’à proposer le remplacement du Omotesando Hills de Tadao Ando, du Tod’s de Toyo Ito ou le One Omotesando de Kengo Kuma. Il s’agit peut être d’une belle utopie que d’avoir de tels immeubles de bois en plein Omotesando, mais je serais heureux de voir une partie de ce projet se concrétiser. Et ça serait un très joli contraste si tel immeuble se trouvait à côté des façades de béton de Tadao Ando.
Je déroule la pellicule et redécouvre l’automne, celui de 2009 à Azabu. C’est un peu anachronique alors que l’été approche.
Depuis le 1er juin, How to destroy angels, le groupe de Trent Reznor et de sa femme Mariqueen Maandig, met à disposition gratuitement sur leur site leur premier EP de 6 titres. Alors que je ne suis pas spécialement amateur du rock industriel de Nine Inch Nails, j’aime les morceaux de ce projet. Ca reste très sombre dans l’ensemble.
C’est marrant comme l’argentique peut donner une chaleur à la froideur du béton. Peut être reconnaîtrez vous le premier bâtiment déjà montré en mai 2007. Désolé, je passe mon temps à faire des flash-back vers des billets et photos prises il y a plusieurs années. Le premier bâtiment à base cylindrique est donc le POSH Hyojito, par Shigeru Uchida / Studio 80 à Minami-Aoyama. Si vous comparez les photos de 2007 et celle ci-dessus prise il y a quelques semaines, vous constaterez certainement qu’on lui a donné une seconde jeunesse. Peu après la verdure de la deuxième photo, toujours à Minami Aoyama, on peut trouver dans une petite rue pas très loin du Spiral un beau bâtiment de béton et de bois (façade avant) au toit oblique. Cette petite série se termine par un scooter bleu, qui me donne une sensation d’été avant l’heure.
Le EOS10 a repris un peu de service il y a quelques semaines. Je n’y avais pas touché depuis très longtemps et je découvre que j’avais déjà commencé une pellicule 36 poses (Konica Centuria donné par mon père). Les premières photos datent de décembre 2008 et celle ci-dessous doivent être de début 2009, assez peu de temps après mon dernier passage argentique en décembre 2008. Comme à chaque fois que je reprends le EOS10, je me laisse surprendre par le grand angle 20mns (par rapport à mon non-full frame EOS50D) et le rendu très différent des photos. Les photos ci-dessous sont de mon voisinage immédiat, je vais continuer avec quelques autres photos argentiques dans les prochains billets.

Entrée d’un immeuble de logements au bord de Daikanyama.

Je reçois par courrier il y a deux jours environ un exemplaire de Etudes de Communication numéro 31 – Espaces urbains, Espaces publics, Paroles et interprétations des habitants. Julia Bonaccorsi, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Paris 12, y publie une recherche sur l’habitant et l’espace urbain, et plus précisément sur le devenir habitant, médiations de la ville dans les blogs d’expatriés au Japon. Bien que techniquement je ne sois pas expatrié, j’étais assez content d’apprendre que mon blog et ma façon de représenter la ville fasse partie de cette recherche et publication universitaire. C’est quand même pas commun de se faire étudier, mais j’avoue que j’adore avoir ce genre de point de vue extérieur.
En 35 pages, cette recherche aborde la question de la représentation de la ville intime (soi et la ville) et extérieure (la ville autour de soi) à travers le regard de douze auteurs de blogs devenus habitants à Tokyo. L’analyse des blogs révèle comment les bloggers tokyoites sélectionnés affirment une manière de s’approprier et de vivre la ville, révèlent l’espace urbain comme objet de connaissance à partager, mais aussi comme un espace théorique et abstrait.
La publication présente plusieurs modèles d’appropriation de la ville. Tout d’abord, le modèle de l’habitant in situ où la pratique de la ville s’effectue en dehors du blog. Le carnettiste Pipo au Japon est pris comme exemple, il croque la ville in situ et retranscrit cette expérience de la ville sous forme de croquis tel quel sur son blog. Un autre modèle est celui de la ville utilisée comme un espace de création. L’auteur de l’étude utilise le terme de « joueurs » et Made in Tokyo rentre dans cette catégorie. Je me permets de reproduire le texte qui me concerne ci-dessous. Un troisième modèle est celui de la ville en mouvement, pratiqué par Tokyo. La pratique physique de la ville sert l’introspection et la réflexion. Finalement, un dernier modèle présenté est celui des chroniqueurs avec la ville comme constellation événementielle. L’écriture de la ville suit les évenements de la vie quotidienne, familiale ou professionnelle comme chez OUGL, Ghismo au Japon ou Itadakimasu. Dans le corpus de blogs pris en exemple, on trouve également Ah, itten, torimashita, ne!, Candyland etc…
Ci-dessus, je retranscris les 3 pages du texte de Julia Bonaccorsi qui me concerne plus précisément. Le texte complet est censé être sur le site de l’Université de Lille 3 mais le lien de fonctionne pas (à priori il devrait devenir disponible plus tard…).
La ville comme espace de création : les joueurs
Le second modèle implique un investissement de la ville comme support de création et d’expression. Il est minoritaire dans le corpus et souvent délégué à une galerie photo reliée au blog (Itadakimasu, Le Japon.fr).
Dans Made in Tokyo, la photographie est le registre iconographique principal : deux galeries complètent le weblog (l’une d’elle est privée). Depuis son ouverture en 2003, le blog change sensiblement pour devenir plus narratif (récit de promenades urbaines, commentaire des photographies), et se recentrer sur la passion de l’auteur pour l’architecture:
Les photographies de tours, d’immeubles de coins de rue, de magasins sont toujours informées (architecte, histoire) mais aussi resituées dans la pratique de la ville.
L’auteur affirme son identité créative et éditoriale par le rappel du nom de son blog « très dans l’esprit Made in Tokyo ». Les techniques de prise en vue et de retouche photographique qu’il maîtrise de mieux en mieux au fil des années sont présentées de manière surplombante « à la façon de quelques autres compositions précédentes ».
Parmi ces compositions, on peut souligner deux « genres » : la composition « urbano-végétale » où l’auteur associe un décor urbain à des plantes, comme des îles futuristes flottant dans le vide (Figure 5);
![]() |
Figure 5 :« Ci-dessus, la huitième composition urbano-végétale, une des séries que je préfère et que je souhaite faire grandir dans le temps. Un bastion de nature survole la ville au plus près, ici au dessus de Kichijoji, et entraîne avec lui quelques éléments de décor urbain, des vieux immeubles en cours d’envahissement. » Made in Tokyo, 25/11/07, Post : Urbano-végétal (8) |
l’investissement graphique de murs nus (utilisation d’un logiciel de retouche d’image) (Figure 6).
![]() |
Figure 6 : « Je me suis lancé dans un travail de re-décoration murale extérieure de cette maison de coiffure de Fujisawa, sans consulter les propriétaires. Souvenez-vous, j’avais déjà décoré un mur à Daikanyama. » Made in Tokyo, 19/10/06, Post : Hair House Re-worked |
Ces compositions graphiques sont effectuées en retrait de l’espace urbain (à l’inverse de Pipo qui dessine dans la ville) et jouent à inventer une nouvelle ville : l’auteur affirme par le biais du blog ses compétences techniques et créatives. L’espace urbain est là un terrain de jeu dont l’appropriation se fait à distance, l’espace éditorial du blog servant directement cette réécriture : « J’aime de plus en plus le format vertical, avec toujours dans l’idée de faire une fresque de plusieurs pages de long. » Le photomontage est pleinement lié aux potentialités éditoriales du blog.