ꪖᠻꪻꫀ᥅ ꪻꫝꫀ ᥅ꪖ꠸ꪀ ᧒

Il y a des saisons plus ou moins propices à la photographie. J’aime particulièrement cette période de la deuxième partie du mois de Juin et du début Juillet pour la moiteur de la saison des pluies qui se ressent directement dans les photographies. En cette période de l’année, je repense systématiquement au mois de Juin 2009 pour le volume 6 d’une série mensuelle que j’avais mené presque exclusivement pendant une année durant. Je marche ici en direction de Nishi Azabu avec en tête de voir un nouvel immeuble de la longue série Barbizon. Il s’agit du Barbizon89 conçu par Institute of New Architecture (INA). Ses formes angulaires de couleur anthracite et ses grandes ouvertures obliques donnent au bâtiment un aspect futuriste. Il ne semble par contre pas être complètement terminé, car une barrière métallique l’entoure dans son intégralité. En revenant sur mes pas, je m’égare ensuite volontairement en direction du cimetière d’Aoyama pour ensuite revenir vers le musée Nezu en partie entouré d’une étroite forêt de bambous. En continuant ensuite mon chemin, je passe devant la live house Blue Note d’Aoyama. J’aime passer devant pour voir qui y jouera dans les prochains jours ou semaines. Les artistes que je vois sur une petite affichette posée derrière une vitrine sur le mur extérieur du Blue Note me sont presque toujours inconnus.

À part King Gnu et le festival musical de Hibiya, je n’ai pas vu beaucoup de concerts cette année, mais je me rattraperais un peu en fin d’année avec Hitsuji Bungaku (羊文学) en Novembre et Fujii Kaze en Décembre. C’est la troisième fois que je verrais Hitsuji Bungaku, mais cette fois-ci, j’irais les voir avec mon fils qui m’a en fait poussé à prendre des places. Le concert se déroulera dans le fameux Gymnase de Yoyogi, conçu par Kenzo Tange pour les Jeux Olympiques de 1968. Je dis souvent que ce gymnase est la plus belle œuvre architecturale de Tokyo. Je ne suis donc pas mécontent de pouvoir allier le plaisir musical au plaisir architectural. Ce n’est par contre pas la première fois que je vois un spectacle dans ce gymnase. Je garde un excellent souvenir de notre concert de King Gnu à Takamatsu, qui était un moment très spécial. Mon fils ira d’ailleurs les revoir la semaine prochaine au Yokohama Arena, mais cette fois-ci avec Mari. Le concert de Fujii Kaze en Décembre se déroulera lui au Tokyo Dome et j’y irais avec Mari. Moi qui est plutôt l’habitude d’aller voir des concerts seul de groupes plutôt indépendants, cette année est très différente. Une des nouvelles inattendues est l’annonce d’une nouvelle tournée nationale de Sheena Ringo cette année en Octobre et Novembre. C’est d’autant plus inattendu que je n’ai pas le souvenir d’une double tournée de grande ampleur pendant une même année. Il sera apparemment seulement possible de réserver une place par personne. Peut-être que cette nouvelle tournée est une réponse au mécontentement, dont le mien, du au manque de places pour sa tournée d’il y a quelques mois. Après quelques tergiversations, j’ai renouvelé mon abonnement au fan club Ringohan au dernier moment.

En parlant de Sheena Ringo, elle vient justement de sortir il y a quelques jours un excellent nouveau single intitulé Naked (裸), qui sert de thème musical au drama de Fuji TV Last Note, diffusé le jeudi soir. Ringo écrit les paroles et compose le morceau. Il est interprété par un quatuor rock composé des fidèles Shun Ishiwaka (石若駿) à la batterie, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la guitare basse, Yukio Nagoshi (名越由貴夫) à la guitare électrique et Masaki Hayashi (林正樹) au piano électrique wurlizter. Les incursions électroniques au début et les quelques percussions synthétiques qui agrémentent le morceau me font penser qu’il se trouve dans la continuité de ce qu’on avait pu entendre sur son album Kinjite (禁じ手). L’approche rock est loin des grandes orchestrations et conserve cette sophistication harmonique caractéristique de Ringo et qui fait tout son génie. La voix de Ringo est mise très en avant. Naked ressemble clairement à un morceau de Sheena Ringo, jusqu’au larsens languissant de guitare à la fin qui me rappelle par petites touches ses débuts, en particulier celui à la fin de Odaijini sur KSK.

Dans les sorties que j’attendais avec une impatience certaine, il y a également un nouveau single de Millennium Parade intitulé Blue, avec l’artiste canadienne d’origine japonaise et écossaise Saya Gray et l’auteur compositeur et interprète canadien de R&B Daniel Caesar. Le morceau composé par Daiki Tsuneta est sublime de sensibilité. Il a d’abord une approche très douce mais gagne en rythme en deuxième partie. Cette transition est habilement menée. Le morceau n’est pas aussi démonstratif que les singles précédents du projet, comme W●RK. Il est plus aéré jouant sur des ambiances neo-soul pleines de textures. Daiki Tsuneta a expliqué que le titre est né d’une session avec Saya Gray il y a trois ans, avant d’être complété avec la participation de Daniel Caesar. J’espère que ce single va relancer la machine Millennium Parade car depuis leur tournée annulée, on manquait un peu de nouvelles. J’ai personnellement un grand intérêt pour tout ce que compose Daiki Tsuneta musicalement, et notamment dans ce projet Millennium Parade qui a une approche un peu plus expérimentale que King Gnu. Le single Blue est le thème musical de fin de la nouvelle adaptation animée de Ghost in the Shell par le studio Science Saru, qui vient de démarrer sur Amazon Prime avec un premier épisode. L’approche graphique est plus proche du manga, par rapport au film d’animation de 1996, ce qui n’est pas pour me déplaire, même si je le trouve un peu trop cartoon. Il y a un juste milieu qui est apparemment difficile à trouver, car Masamune Shirow réussissait dans le manga d’origine à mélanger avec habileté une approche sérieuse de l’atmosphère avec des scènes parfois loufoques. King Gnu compose le morceau d’ouverture de cette nouvelle série. Le morceau intitulé GO GHOST est également très bon mais n’est pas encore sorti.

dead format in the white room

Le flyer de l’exposition de l’artiste sculpteur australien, installé au Royaume-Uni, Ron Mueck au Mori Art Museum de Roppongi Hills m’a tout de suite intrigué. On y voit des immenses crânes blanchâtres entassés de manière aléatoire les uns au dessus des autres. Cette immense installation intitulée Mass est une des oeuvres les plus emblématiques de l’exposition et celle que j’ai vu le plus souvent en photographie sur les comptes Instagram ou X de personnes que je suis, notamment d’artistes musiciens et musiciennes attirés par le côté sombre de la force.

Ron Mueck est avant tout connu pour ses sculptures hyperréalistes représentant des êtres humains avec un niveau de détail saisissant. Son œuvre se caractérise par un réalisme extrême avec des reproductions d’une précision impressionnante des textures de la peau, des rides du visage, des cheveux et expressions faciales. Les expressions des visages sont particulièrement poignantes car celles-ci expriment souvent des sentiments cachés, mitigés ou refoulés mais qu’on devine tout de même. On peut, à travers ces visages, ressentir des émotions qui relèvent parfois de l’étrange ou d’un état de malaise. Les sculptures de Ron Mueck jouent souvent sur les échelles avec des personnages beaucoup plus grands ou beaucoup plus petits que la taille réelle. L’exposition qui se déroule du 29 avril au 23 septembre 2026 montre 11 œuvres majeures de l’artiste, incluant sculptures, installations et une longue vidéo montrant Ron Mueck au travail dans son atelier londonien.

Dès le début de l’exposition, on est confronté à une œuvre monumentale intitulée In Bed (2095), mesurant 6,5 mètres de long et environ 4 mètres de large, représentant une femme allongée dans son lit. Elle est plongée dans ses pensées, dans un moment de solitude, et d’inquiétude peut-être. L’œuvre est monumentale mais évoque une expérience intime. On ressent un sentiment étrange de proximité comme si on était entré dans son intimité et de distance car la taille de l’oeuvre nous éloigne d’une réalité trop évidente. En face de cette grande sculpture réaliste, une œuvre beaucoup plus réduite intitulée Young Couple (2013) représente un jeune couple dont la tendresse apparente cache une relation plus ambiguë et potentiellement inquiétante. En faisant le tour de la sculpture, on remarque vite que la main du jeune garçon serre le poignet de la jeune fille, transformant une scène à priori romantique en une scène de tension et de possible domination. Les textes accompagnant chaque œuvre nous éclairent sur les intentions de l’artiste, mais on se laisse aller à toutes sortes d’interprétations.

L’œuvre intitulée Ghost (2014) représente une adolescente en maillot de bain, adossée à un mur, les bras le long du corps et les poings serrés. Elle regarde de côté comme pour éviter le regard des visiteurs. On ressent dans l’expression de son visage une gêne et le malaise d’une adolescente vulnérable. Sa taille et ses proportions sont légèrement déformées avec des jambes et des pieds allongés. On ressent un certain trouble en la regardant car l’adolescente paraît tout à fait humaine mais en même temps insaisissable, comme le suggère le titre Ghost. Cette œuvre évoque le sentiment de se sentir étranger à soi-même au moment de l’adolescence, comme si l’on hantait son propre corps. L’œuvre intitulée Chicken / Man (2019) est plus surréaliste. La scène montre un homme âgé en sous-vêtements assis à une table et faisant face à un poulet. On devine une tension entre ces deux personnages mais la scène reste énigmatique voire même humoristique. Là encore, le visiteur est laissé à sa propre imagination. On a l’impression d’être témoin d’un moment privé, mais l’étrangeté de la scène nous fait plutôt penser à un rêve. Parmi les œuvres particulièrement impressionnantes de Ron Mueck, on peut compter celle intitulée Mask II, qui représente le visage endormi de l’artiste, agrandi à environ quatre fois sa taille réelle. Cette tête façonnée de manière ultra réaliste dort devant nous. Le masque donne l’idée que l’autoportrait n’est qu’une façade montrant une version réaliste de son propre visage, mais cachant derrière une réalité intime que l’artiste ne souhaite pas vraiment révéler.

On progresse parmi les œuvres placées dans de vastes pièces blanches, entrecoupées par des photographies de l’atelier de l’artiste. Les photographies sont prises par le photographe britannique (d’origine française) Gautier Deblonde. Elles replacent certaines œuvres dans le contexte de la création. Le film documentaire qui est projeté dans une salle de l’exposition montre également le travail au long cours de l’artiste. Ron Mueck n’est pas très prolifique car chaque sculpture est extrêmement longue à fabriquer. Chaque œuvre demande un temps disproportionné, entre modélisation en argile ou cire, moulages complexes, peinture hyperréaliste couche par couche et ajustements millimétriques des expressions et de la peau. La création d’une sculpture peut prendre de plusieurs mois à plusieurs années. Il est aidé mais ne délègue quasiment pas les phases finales.

Vers la fin de l’exposition, se présente devant nous une autre scène surréaliste composée de 100 crânes humains géants sculptés, que l’artiste dispose de manière différente pour chaque espace d’exposition. On traverse cette scène parmi les crânes entassés de manière apparemment aléatoire. Cette gigantesque installation intitulée Mass (2016-2017) est d’une grande force. Le regroupement de ces crânes humains tous uniques évoque la mort et la mémoire, et certains aspects sombres de l’histoire humaine. La présence de l’œuvre est écrasante mais on ne se sent pourtant pas oppressé, très certainement en raison de la taille démesurée de ces crânes. On pourrait même y voir un certain aspect ludique. J’avoue même avoir imaginé pendant un bref instant visiter cette exposition avec mes petites nièces qui auraient très certainement pris un malin plaisir à se faufiler en souriant entre les immenses crânes, comme on se cacherait dans une cabane. L’exposition n’interdit pas cela et je pense que c’est même tout à fait volontaire, l’auteur jouant sans cesse avec les sentiments du spectateur. Il n’y a pas d’émotions évidentes ou forcées. On se crée soit même ses propres histoires, liées à notre vécu personnel.

Avant de voir cette exposition, j’avais de l’artiste Ron Mueck l’image de son imposante sculpture Standing Woman de 4 mètres de haut représentant une vieille dame de ma manière hyper-réaliste. Elle se trouve au Towada Art Center (十和田市現代美術館) situé dans la préfecture d’Aomori. J’avais d’abord imaginé qu’on la verrait lors de cette exposition au Mori Art Museum mais je me suis vite ravisé en imaginant la complexité de transporter une sculpture d’une telle taille. Les sculptures réalistes de Ron Mueck m’ont rappelé celles de l’artiste australienne Patricia Piccinini, que nous avions découvert il y a 22 ans au Musée d’Art Contemporain Hara (désormais fermé) , près de Shinagawa. Les personnages créés par Patricia Piccinini sont pareillement super réalistes mais mélangent un aspect science-fiction que l’on ne trouve pas chez Ron Mueck. La série d’œuvres toutes plus étranges les unes des autres s’intitulait We Are Family et est toujours visible en partie sur le site internet de l’artiste.

Ces textures humaines à la fois naturelles et étranges m’ont tout de suite rappelé la couverture de l’album Dumb Flesh de Blanck Mass sorti en 2015. Blanck Mass est le projet solo de l’artiste britannique électronique Benjamin John Power, également connu pour avoir cofondé le duo expérimental Fuck Buttons avec Andrew Hung dont je ne connais que l’hypnotique Surf Solar. Sa musique mélange des sons ambient et drone, des atmosphères industrielles et une électronique très rythmée n’excluant pas les expérimentations. La photographie de couverture de Dumb Flesh a été réalisée par le photographe britannique Alex de Mora, un ami proche de Benjamin John Power, et évoque une masse organique humaine à la fois charnelle et étrangère. Cette photographie s’accorde bien avec l’approche très physique de l’album et me rapproche de la force émotionnelle que peut apporter l’exposition que je viens de voir de Ron Mueck. Le morceau Dead Format, que je connais depuis sa sortie il y a dix ans, a cette force écrasante sans compromis. Cette musique est physiquement puissante, immersive et intense jusqu’à l’excès assumé. Les grandes et amples nappes de synthétiseurs accompagnent des rythmes massifs qui ne peuvent laisser indifférent. Ce sont les voix tellement distordues qu’on se demande si elles sont vraiment humaines qui m’attirent aussi beaucoup sur cet album de Blanck Mass. Sur Dead Format, cette voix qui se répète avec acharnement est entêtante. Sur le morceau Loam qui ouvre l’album, la voix modifiée et extrêmement ralentie devient même obsessionnelle. Le rythme de certains morceaux comme Loam ou No Lite est beaucoup plus lent et joue sur la longueur. Le morceau No Lite, long de dix minutes, est sublime dans le genre, accompagné d’une onde drone tonale qui accapare notre cerveau. Cette onde répétitive pourrait placer notre esprit dans une situation de comfort mais le rythme très soutenu nous empêche de perdre prise. De cet album, je connaissais également le morceau Cruel Sport qui est aussi un excellent moment de l’album. Les sonorités électroniques sont mécaniques et semblent inarrêtables, progressivement agrémentées de sons beaucoup plus distordants et puissants. Cette montée en puissance impressionne car elle est extrêmement bien huilée. Elle nous laisse ensuite entre les mains d’un rythme étrange qui me fait penser à une tentative de communication extraterrestre. Je montre également quelques photographies de cette exposition sur mon compte Instagram, accompagnées du morceau Dead Format de Blanck Mass.

boire les lumières insaisissables

Après avoir parcouru le chemin de montagne boisé parsemé par endroits par les hortensias, nous visitons ensuite les recoins du grand temple Takahata Fudōson (高幡不動尊金剛寺). Les origines du temple situé à Hino remontent au tout début des années 700. Le bâtiment principal appelé Fudō-dō a été reconstruit en 1342 après la destruction du temple originel par une tempête mais compte tout de même parmi les plus anciens édifices religieux conservés de Tokyo. La pagode à cinq étages est par contre beaucoup plus récente et est devenue un symbole du site. Le temple est étroitement lié à la figure de Toshizō Hijikata, lui-même natif de Hino. Toshizō Hijikata (土方 歳三, 1835-1869) fut le célèbre vice-commandant du Shinsengumi (新選組), une police spéciale et unité militaire organisée par le shogunat Tokugawa pour maintenir l’ordre à Kyoto à la fin de l’époque Edo. Il était surnommé le démon du Shinsengumi (鬼の副長) en raison de sa discipline implacable. Il resta fidèle au shogunat durant la guerre civile de Boshin (戊辰戦争) qui se déroula de 1868 à 1869 entre le shogunat Tokugawa et les forces impériales cherchant à restaurer le pouvoir de l’empereur et qui marqua la fin du régime féodal et le début de la Restauration de Meiji. Après plusieurs défaites, Toshizō Hijikata poursuivit le combat jusqu’à sa mort à Hakodate en 1869. Il demeure aujourd’hui une figure emblématique et romantique de la fin de l’ère des samouraïs.

Nous visitons le temple Takahata Fudōson le jour du festival des hortensias de Takahata Sandō (高幡参道あじさい祭). Ce matsuri se déroule tous les ans lors du premier samedi du mois de Juin, c’est à dire le 6 Juin 2026 cette année. Des spectacles de danse de type Yosakoi (よさこい) ont lieu le long de la rue commerçante menant de la station de train jusqu’à l’entrée du temple. La troupe de danse les plus réputée est celle nommée Shinsengumi REVO (新選組REVO) revêtant des costumes inspirés du Shinsengumi, en adéquation avec l’histoire locale de la ville de Hino. Les gigantesques drapeaux accompagnant le cortège sont impressionnants. C’est une vraie prouesse de les manipuler dans une rue aussi étroite où les bâtiments et des lignes électriques sont proches. Je tente de prendre plusieurs photographies des danses mais les mouvements incessants et la lumière tombante de la fin de journée font que la plupart sont malheureusement floues.

La musique qui suit ne correspond pas vraiment à l’ambiance de festival de rue de cette série de photographies, mais ce n’est pas très grave. Commençons par un superbe morceau intitulé River Man par Seu Jorge avec Beck. Seu Jorge est un chanteur, compositeur et acteur brésilien originaire de la banlieue de Rio de Janeiro. Dès la première écoute, je suis happé par le ton grave et caverneux de sa voix, combinée à celle beaucoup plus douce de Beck. Il y a quelques années, j’avais eu une période intense d’écoute de la musique de Beck et je garde cette expérience d’écoute très précieusement en tête. J’avais d’abord une préférence pour ses quelques albums les plus expérimentaux comme Mellow Gold (1994) et Odelay (1996), puis j’avais admiré ses albums plus lents et atmosphériques comme Sea Change (2002) et Morning Phase (2014). Round The Bend sur Sea Change est un morceau sublime, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois. On retrouve cette voix apaisée de Beck en compagnie de Seu Jorge. River Man est en fait une reprise d’un morceau du musicien anglais Nick Drake, que j’avais d’ailleurs entendu assez récemment dans une rediffusion de l’emission Very Good Trip sur France Inter consacrée à Nick Drake et notamment à son album Five Leaves Left (1969) dont est tiré le titre River Man. La version de Nick Drake est vraiment très belle, comme un moment suspendu. La version de Seu Jorge avec Beck est poignante mais la version originale de Nick Drake est encore d’un autre niveau, à mon avis. Je remarque un détail amusant en explorant visuellement la courte discographie de Nick Drake. La photo de couverture de son deuxième album Bryter Layter (1971) m’est familière. Je me rends compte assez vite que le groupe japonais de noise rock Boris a en fait repris et modifié la photo et le design de cette couverture pour leur quatrième album studio Akuma no Uta (悪魔の歌), en hommage au musicien anglais. Voici un lien inattendu qui va certainement me reconduire vers la très longue discographie de Boris que je connais en fait assez peu à part leur emblématique album Pink.

Je ne pensais pas un jour écouter et apprécier un morceau de la jeune chanteuse et compositrice californienne Olivia Rodrigo, mais c’est pourtant le cas avec son excellent single The Cure extrait de son troisième album You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love. Je retrouve dans ce morceau une certaine influence du rock indépendant américain des années 1990. Olivia Rodrigo nous dit que le titre du morceau n’est pas directement lié au groupe The Cure, même si on sait qu’elle est depuis assez récemment proche de Robert Smith et qu’elle est une grande admiratrice du groupe. Elle a même invité Robert Smith sur scène lors de son concert à Glastonbury en 2025 pour interpréter deux classiques de The Cure: Friday I’m in Love et Just Like Heaven. Robert Smith a également collaboré sur le morceau What’s Wrong With Me de son troisième album. On ressent une certaine influence des sonorités de The Cure sur ce morceau, notamment dans l’intensité finale qui s’en dégage, mais j’y ressens également quelque chose de Mellon Collie and the infinite sadness des Smashing Pumpkins. À l’occasion de la sortie de son album, Olivia Rodrigo a été invitée par NTS Radio pour une émission où elle a diffusé une playlist de morceaux tristes. On y trouve bien sûr plusieurs morceaux de The Cure mais également d’Elliott Smith, des Smashing Pumpkins, de Lana Del Rey, de PJ Harvey, de Snail Mail, entre autres.

Je découvre ensuite, sur une émission de radio japonaise dont je n’ai pas noté le nom, la musique d’une autre musicienne californienne, Madeline Goldstein, basée à Los Angeles. Le single que j’écoute beaucoup en ce moment s’intitule 1996 Expectations, sorti en Août 2024 et inclus sur son album Speaking to the Body qui vient de sortir en Avril 2026. Dès cette première écoute à la radio, j’ai accroché à l’ambiance darkwave qui s’en dégage avec ses accents synth-pop reminiscents des années 80. J’y retrouve une atmosphère proche de celle de Depeche Mode à la grande période de l’album Violator sorti en 1990. Ça me remplit bien sûr de nostalgie, d’une époque où on suivait assidûment les nouveautés musicales présentées sur l’émission télé Top 50 par Marc Toesca (de 1984 à juin 1991). J’ai des souvenirs assez précis d’y avoir entendu pour la première fois les singles Personal Jesus, Enjoy the Silence ou Policy of Truth, accompagnés des clips vidéos qui se faisaient à cette époque de plus en plus sophistiqués. J’écoute régulièrement la compilation The Singles 86-98 de Depeche Mode qui inclut ces trois morceaux, mais ma préférence va maintenant vers trois autres morceaux tirés du cinquième album du groupe intitulé Black Celebration sorti en 1986: Stripped, A Question of Lust et A Question of Time. Cette suite de trois singles est fabuleuse. Dans des styles très différents, la voix de baryton grave et au romantisme sombre de Dave Gahan et celle beaucoup plus délicate et aérienne de Martin Gore réveilleraient même les morts qui auraient eu la mauvaise idée de s’assoupir.

Dans un registre tout autre, j’adore le morceau électronique I Drink The Light du duo TOMORA formé par Tom Rowlands de Chemical Brothers et AURORA. L’association entre la voix assez extraordinaire, quasiment mystique, d’AURORA qui rappelle un peu Björk et l’électronique trance apportée par Tom Rowlands est vraiment saisissante. Le morceau assez court a une composition atypique, plutôt expérimentale dans son approche. Je connaissais AURORA pour quelques morceaux dont j’avais parlé dans un billet précédent mais je n’avais pas écouté The Chemical Brothers depuis très longtemps.

pensées récursives

J’ai demandé à ChatGPT d’écrire une revue sans concession sur le blog Made in Tokyo, en incluant ses aspects positifs et ses faiblesses avec des conseils pour la suite. Le résultat, que je retranscris sans altération ci-dessous, est quand même assez troublant de vérité. Troublant car ChatGPT ne se base pas sur un condensé d’avis extérieurs car ceux-ci n’existent pas mais semble bien faire lui-même une analyse et donner un avis qui a tout d’une vue personnelle. Je reconnais bien les points qu’il mentionne tant en positif qu’en négatif, et certains des points négatifs dont il parle sont des choix volontaires de ma part, par exemple de ne parler que des choses que j’apprécie. Je ne sais pas si cette petite analyse me fera changer mon approche sur certains points mais elle permet en tout cas de faire un ou deux pas en arrière pour prendre un peu de recul. Je ne reçois en général pas ce genre de commentaires des visiteurs, ce qui est tout à fait compréhensible. J’ai toujours pensé l’intelligence artificielle comme une aide de recherche au sujet de certains sujets qui m’intéresse mais on peut aussi l’utiliser pour se questionner soi-même dans une certaine mesure et d’une manière prudente.


Made in Tokyo: entre passion, transmission et exigence critique

Depuis plusieurs années, Made in Tokyo occupe une place singulière dans le paysage francophone consacré au Japon. Ni guide touristique, ni média d’actualité généraliste, ni simple carnet de voyage, le blog s’est progressivement imposé comme un espace de découverte culturelle où se croisent musique, architecture, art contemporain, photographie, quartiers urbains et expériences de terrain. À une époque où le Japon est souvent réduit à quelques images convenues (anime, gastronomie, technologie ou attractions touristiques), Made in Tokyo propose un regard plus personnel et plus nuancé sur la création contemporaine japonaise. Cette singularité constitue sa force principale. Elle explique également certaines de ses limites.

Une présence authentique sur le terrain

Ce qui frappe d’abord à la lecture du blog est le caractère vécu des récits. Les articles donnent rarement l’impression d’être le produit d’une simple veille numérique ou de la reprise de communiqués promotionnels. Ils sont ancrés dans l’expérience directe. Concerts dans des salles de taille modeste, expositions confidentielles, cafés atypiques, quartiers en mutation ou festivals locaux: le lecteur accompagne l’auteur dans ses découvertes. Cette immersion crée un sentiment de proximité et de crédibilité que beaucoup de publications plus institutionnelles peinent à reproduire. Dans un environnement médiatique saturé de contenus standardisés, cette authenticité constitue une valeur rare.

Un rôle de passeur culturel

L’une des grandes réussites de Made in Tokyo réside dans sa capacité à faire découvrir des artistes, des lieux et des initiatives largement absents du radar francophone. La musique occupe ici une place particulière. Au fil des années, le blog a mis en lumière aussi bien des figures reconnues que des groupes confidentiels issus des scènes indépendantes japonaises. Cette curiosité permanente permet au lecteur d’élargir ses horizons et d’accéder à des univers qui resteraient autrement invisibles. Le blog agit ainsi comme un passeur culturel. Il ne se contente pas d’informer, il suscite l’envie d’explorer davantage. Nombre de lecteurs ont probablement découvert un artiste, une salle de concert, un quartier ou un musée grâce à cette médiation patiente et passionnée.

Une expertise musicale précieuse

Parmi les différentes thématiques abordées, la musique apparaît comme l’un des domaines où Made in Tokyo excelle le plus. Les chroniques témoignent d’une connaissance approfondie de la scène japonaise contemporaine, qu’il s’agisse de rock indépendant, de jazz, d’électro, de folk, de pop alternative ou de musiques expérimentales. Cette expertise est particulièrement précieuse dans un contexte où les médias occidentaux accordent encore peu de place à la diversité musicale japonaise. Loin de se limiter aux artistes déjà exportés à l’international, le blog s’intéresse aux trajectoires moins visibles, contribuant ainsi à documenter une richesse culturelle souvent méconnue.

Une écriture incarnée

Made in Tokyo assume pleinement la subjectivité de son regard. Les articles sont nourris de sensations, de souvenirs, de rencontres et d’émotions. Cette approche personnelle constitue l’une des signatures du blog. Elle permet au lecteur de ressentir l’atmosphère d’un lieu ou l’énergie d’un concert au-delà des simples faits. Cette écriture sensible favorise l’immersion et distingue le site d’une couverture purement journalistique. Cependant, cette même proximité avec le sujet soulève parfois une question essentielle: quelle place reste-t-il pour la critique ?

Les limites d’un regard passionné

La principale réserve que l’on peut formuler à propos de Made in Tokyo tient précisément à ce qui fait son charme: son enthousiasme. Le blog privilégie souvent la découverte, l’émerveillement et le partage d’expériences positives. Cette orientation crée une lecture agréable et généreuse, mais elle peut également réduire la distance critique. Les concerts sont fréquemment racontés avec précision, mais rarement disséqués en profondeur. Les albums sont présentés avec conviction, mais leurs faiblesses éventuelles sont peu discutées. Les expositions et les lieux visités sont majoritairement valorisés plutôt qu’interrogés. Le lecteur comprend ce qui a séduit l’auteur. Il découvre plus rarement ce qui a pu le décevoir. Or la critique culturelle ne consiste pas seulement à célébrer. Elle consiste également à analyser, comparer, questionner et parfois contredire.

Le risque de la romantisation

Une autre limite réside dans la représentation du Japon lui-même. À travers les articles, le Japon apparaît souvent comme un territoire d’inspiration, de créativité et de raffinement. Cette vision possède une part évidente de vérité, mais elle peut parfois tendre vers une forme de romantisation. Le Japon contemporain est également traversé par des tensions: transformation accélérée de certains quartiers, disparition de lieux alternatifs, standardisation commerciale, difficultés rencontrées par les artistes indépendants, vieillissement de certains publics culturels ou encore effets du tourisme de masse. Ces réalités apparaissent relativement peu dans les récits. Aborder davantage ces contradictions permettrait d’enrichir encore le regard porté sur le pays et de dépasser une vision principalement contemplative.

Ce qui pourrait faire évoluer le blog

L’enjeu n’est certainement pas de transformer Made in Tokyo en média polémique ou en plateforme de critiques systématiques. Sa personnalité repose justement sur sa curiosité, sa bienveillance et sa capacité à transmettre des découvertes. En revanche, plusieurs évolutions pourraient renforcer encore sa pertinence.

Assumer davantage la critique: Le blog dispose aujourd’hui de suffisamment de crédibilité pour exprimer des jugements plus tranchés lorsque cela s’impose. Les lecteurs gagneraient à découvrir aussi les limites d’un concert, les faiblesses d’un album ou les ambiguïtés d’un phénomène culturel.

Développer les analyses de fond: Les meilleurs articles sont souvent ceux qui replacent un lieu, un artiste ou un événement dans une perspective plus large. Renforcer les dimensions historiques, sociales ou urbaines permettrait d’ajouter une profondeur supplémentaire aux récits.

Explorer davantage les zones grises: Le Japon fascinant présenté par le blog n’exclut pas un Japon plus complexe. Les sujets liés aux mutations culturelles, aux difficultés du secteur artistique ou aux transformations urbaines pourraient trouver davantage leur place.

Multiplier les regards: Des collaborations ponctuelles avec d’autres observateurs, artistes ou passionnés permettraient d’introduire des perspectives nouvelles tout en préservant l’identité du projet.

Valoriser le patrimoine éditorial: Après plusieurs années d’existence, Made in Tokyo possède une véritable richesse documentaire. Organiser davantage les archives sous forme de dossiers thématiques, de parcours musicaux ou de séries consacrées à certains quartiers pourrait transformer le site en ressource de référence pour les passionnés de culture japonaise.

Une identité à préserver: Malgré ces pistes d’amélioration, il serait injuste d’évaluer Made in Tokyo uniquement à travers ce qui lui manque. Sa véritable réussite réside ailleurs. Le blog donne envie de sortir, d’écouter, de marcher, d’observer et de découvrir. Il transmet une curiosité contagieuse pour la création japonaise contemporaine. Il construit patiemment des passerelles entre des univers souvent éloignés du public francophone.

Dans un paysage numérique dominé par la vitesse, les algorithmes et les contenus jetables, Made in Tokyo cultive encore le temps long de la découverte. C’est précisément pour cette raison qu’il mérite aujourd’hui d’aller plus loin. Non pas en abandonnant ce qui fait sa singularité, mais en ajoutant à son enthousiasme déjà communicatif une dose supplémentaire d’analyse, de contradiction et d’esprit critique. Car le Japon réel n’est pas seulement fascinant. Il est complexe, changeant, parfois décevant, souvent contradictoire. Et c’est dans cette tension entre émerveillement et lucidité que Made in Tokyo pourrait trouver son prochain chapitre.

Ce qui ressort finalement de l’ensemble de l’analyse, c’est que les qualités et les défauts de Made in Tokyo sont intimement liés. Le blog fonctionne parce qu’il est porté par une curiosité authentique, une présence sur le terrain et une véritable passion pour la culture japonaise contemporaine. C’est précisément cette passion qui lui permet de découvrir des artistes, des lieux et des événements que la plupart des médias ignorent. Mais cette même passion peut parfois limiter la distance critique. Là où un journaliste culturel chercherait à évaluer, comparer ou contester, le blogueur cherche souvent à partager, transmettre et faire découvrir. Il ne faut pas oublier non plus qu’un blog n’a pas nécessairement vocation à devenir une revue critique. Beaucoup de lecteurs viennent justement sur Made in Tokyo pour retrouver un regard personnel, sensible et enthousiaste. Une critique trop systématique pourrait même faire perdre une partie de ce qui constitue son identité. La question n’est donc peut-être pas: «Comment rendre le blog plus sévère ?» mais plutôt: «Comment conserver sa capacité d’émerveillement tout en gagnant en profondeur analytique ?»

Par exemple:
– Développer davantage le contexte historique et social autour des sujets abordes;
– Comparer les artistes ou les œuvres plutôt que de les décrire unique ment;
– Revenir sur certaines déceptions ou limites lorsque c’est pertinent;
– Explorer les contradictions de la société japonaise contemporaine;
– Produire ponctuellement des articles de fond ou des essais plus personnels.

L’autre point qui me semble important est la valeur documentaire accumulée au fil des années. À force de chroniquer concerts, expositions, quartiers et artistes, Made in Tokyo est devenu bien plus qu’un simple blog: c’est une archive vivante de la culture japonaise contemporaine vue depuis le terrain. Cette richesse est rare et mérite probablement d’être davantage mise en avant. En définitive, si je devais résumer le blog en une formule:
Made in Tokyo est excellent lorsqu’il fait découvrir; il pourrait devenir remarquable lorsqu’il commencera davantage à interpréter. Les deux dimensions ne sont pas incompatibles. Au contraire, elles pourraient se renforcer mutuellement.

Mako Takatsuki (高槻 真光) et Yuka Kuroyama (黒山 優歌) qui accompagnent respectivement ce billet sont toutes les deux nées d’un croisement de l’imagination humaine et de l’intelligence artificielle. Elles représentent certaines des singularités par lesquelles j’aimerais qu’on perçoive ce blog, comme un point vert qui dénote sur un ensemble uniforme ou une couleur bleutée inattendue qui se dégage à travers le prisme des mots. J’ai créé ces images photographiques sur une version de Grok lorsque celle-ci était gratuite (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui) mais avec un remaniement ensuite sous ChatGPT car je préfère la chaleur du rendu pas complètement réaliste de ce dernier. Je ne prétendrais pas utiliser des prompts compliqués mais il y avait par contre plusieurs itérations pour obtenir le résultat souhaité.

Je m’intéresse maintenant à la musique de Tom Kawada (川田十夢) que je découvre par hasard en écoutant l’émission Creator’s Note du 13 Juin 2026 sur la radio J-Wave dans laquelle il était invité. Tom Kawada est né en 1976 dans la préfecture de Kumamoto dans le Kyushu. Il est avant tout connu comme développeur et inventeur, et comme l’un des pionniers de la réalité augmentée (AR) au Japon au sein d’un collectif nommé AR San Kyōdai (AR三兄弟). Ce collectif créatif fondé autour de la réalité augmentée mêle technologie, humour, art contemporain, musique, télévision et performances interactives. Depuis 2025, Tom Kawada publie régulièrement ses propres morceaux de musique, dans un projet mêlant musique, poésie, vidéo et … intelligence artificielle. Il écrit tous les textes de ses morceaux, les compose et réalise les vidéos. Les voix sont par contre souvent générées par intelligence artificielle, tandis que certaines parties instrumentales, notamment de guitare, proviennent de ses propres enregistrements. Il s’agit donc d’un projet hybride expérimental dont la répartition entre humain et IA reste variable entre les morceaux. Bien qu’il assure la conception artistique, les thèmes et la structure des morceaux, la direction créative des vidéo qu’il crée, il ne masque pas son utilisation fréquente de l’IA pour les voix chantées, pour certaines parties instrumentales ou arrangements et pour les visuels et animations accompagnant les morceaux. Les morceaux reposent sur des voix de synthèse, mais son écriture est très personnelle et pas dénouée d’humour comme sur le morceau Vein (鉱脈) qui s’inspire des nouvelles amendes imposées à la conduite à vélo lorsque l’on fait quelque chose de travers (comme conduire avec des écouteurs dans les oreilles ou en regardant son smartphone). Le morceau Vein, comme les trois autres que j’écoute à savoir Vein of Water (水脈), Debug to the Future (デバッグ・トゥ・ザ・フューチャー), I’ll turn it into a song (歌にしちゃうぞ), ont une forte empreinte hip-hop avec une rythmique très marquée et une voix très rapide un peu mécanique, mais qui est pourtant nourrie d’une sensibilité et d’une poésie très contemporaine. Le trouble nous saisit tout de même car on n’est pas certain de savoir s’il s’agit de la voix de Tom Kawada ou d’une voix de synthèse créée de toute pièce par le software SUNO AI, dont il mentionne parfois le nom dans les crédits de certains morceaux. On remarque également certaines constantes entre les morceaux qui nous font penser qu’une machine se cache derrière ce chant parfaitement mené. Il n’empêche que ces morceaux sont très bons et intéressants à l’écoute, car ils touchent à un style qui n’est pas dénué d’originalité. Je pensais l’utilisation de l’intelligence artificielle en musique comme une pratique inacceptable mais il se trouve que certains artistes parviennent à l’utiliser pour une musique qui n’est pas copiée sur le reste et qui ouvre même des voies différentes. Je me souviens que le musicien électronique Tofu beats avait également expérimenté cette association humaine et artificielle. C’est troublant, et en même temps on peut se dire que l’intelligence artificielle peut être utilisée d’une manière… intelligente.

the pain of feeling free

Aller à Ginza est souvent l’occasion de revoir le building Ginza Sony Park, conçu par Takenaka Corporation, et l’immeuble Louis Vuitton par Jun Aoki. Je ne me lasse pas de les revoir tant leur architecture est remarquable, dans des styles visuels très différents mais pareillement audacieux. J’attends que la foule et les voitures se dégagent avant de prendre en photo le Ginza Sony Park depuis l’autre côté du grand carrefour. Pour les photographies du building Louis Vuitton, je préfère au contraire faire intervenir la présence humaine, en reflet sur les immenses façades ondulées et colorées par vagues dorées. Puis je marche au hasard des rues de Ginza que je connais sans bien connaître. Il est difficile de se perdre dans la perpendicularité du quartier. On peut facilement y faire des boucles sans vraiment s’en rendre compte. Cela n’a pas beaucoup d’importance car j’étais plutôt à la recherche d’un environnement d’écoute pour le dernier album de Boards of Canada. Inferno est sorti le Jeudi 29 Mai 2026 et je suis allé l’acheter en CD le jour même de sa sortie au Tower Records de Shibuya, en récupérant au passage un poster de l’album et un autocollant Warp. Le groupe n’avait pas sorti de nouvel album depuis 13 ans et c’est donc un petit événement. Sans surprise, l’album est très long avec 18 morceaux pour 1h 10mins. C’est malgré tout un album qu’on a envie d’écouter en entier plutôt que par morceaux, car son ambiance se construit dans la durée. Je trouve l’album meilleur que Tomorrow’s Harvest mais un cran en dessous de Geogaddi, mais il reprend de ce dernier son étrangeté, sa part sombre et sa force de fascination. Dès l’introduction et le premier morceau Prophecy at 1420 MHz, on reconnaît tout de suite tout ce qui fait la particularité et le pouvoir d’attraction de BoC. Le troisième morceau Hydrogen Helium Lithium Leviathan est de ces morceaux qui peuvent devenir des classiques, avec ces nappes célestes qui se construisent progressivement. J’adore absolument les deux morceaux Father And Son et The Word Becomes Flesh car ils ont une approche plus rythmée qu’on ne connaît pas de BoC, à la limite du hip-hop. Mais il s’agit bien sûr d’un hip-hop étrange et malaisant, avec des voix crachotantes plutôt inquiétantes. Ces morceaux sont hypnotiques tout comme le magnifique septième morceau Naraka avec ses chants mystiques hindous transformés dans sa deuxième partie. C’est un des sommets de l’album mais il y en a plusieurs. C’est amusant également d’entendre des sonorités qui nous ramènent tout de suite à l’univers de BoC, mais on nous amène ici vers un cosmos lointain dont on n’avait pas l’habitude. L’ensemble est assez sombre mais des morceaux comme Into the Magic Land sont tout de même lumineux, ce qui apporte des alternances bienvenues. Le treizième morceau Deep Time est également pour moi un des très beaux moments de l’album, le plus nostalgique peut être (il était déjà sorti sous le nom Tape 05). Il n’y a rien à écarter dans cet album car chaque élément musical contribue à l’ensemble. Les amateurs de BoC ne seront clairement pas déçu. J’aime beaucoup cet album même si on n’y retrouve pas de morceaux sublimissimes comme Music is Math sur Geogaddi. L’album Geogaddi est sorti il y a 24 ans et il faut peut être laissé à Inferno le temps de prendre racine dans notre inconscient musical.

La musique de Boards of Canada se déroule devant moi, en explorant les rues arrières de Ginza. J’hésite ensuite à rentrer à pieds ce qui me prendrait une bonne heure et demi, parcours que j’ai déjà emprunté maintes fois. Je pense d’abord passer par le parc Hibiya puis ensuite décider si l’énergie qui me reste me permet de continuer à marcher ou sauter dans la ligne de métro Hibiya. En passant devant la grande tour de Hibiya Midtown, une voix attire mon attention. Je remarque qu’elle provient d’un petit podium blanc placé au milieu de la place à l’entrée de la tour. Un duo de musiciens finit juste un set alors que j’arrive sur place devant la petite scène. Dommage car la dynamique du chant que j’ai entendu en m’approchant me plaisait bien. Alors que le groupe quitte la scène en remerciant le public réuni, je réalise en apercevant un programme affiché au milieu de la place qu’il s’agit du Hibiya Music Festival organisé par Seiji Kameda. Le Hibiya Music Festival (日比谷音楽祭) se déroule chaque année depuis 2019 dans le parc de Hibiya et dans les espaces voisins de Tokyo Midtown Hibiya, avec la grande particularité d’être gratuit et ouvert à tous. Il est porté tous ans par Seiji Kameda (亀田誠治) grace au crowdfunding et a une ambition de rendre la musique accessible sans barrières sociales et générationnelles. Je voulais y assister depuis longtemps mais je m’y étais à chaque fois pris trop tard ou rendu compte alors que le festival se terminait. J’avais également un peu de mal à croire que toutes les représentations soient gratuites et sans réservation. Je découvre donc une partie du festival tout à fait par hasard.

Le groupe qui vient de sortir est MONONKVL (モノンクル), un duo formé en 2011 par la chanteuse-compositrice Sara Yoshida (吉田沙良) et le bassiste-compositeur Ryuta Tsunoda (角田隆太). Ce que j’ai entendu était en fait une petite mise en jambe pour accorder les instruments et le matériel. La session live démarre en fait à 11h30 sur la scène nommée HIROBA devant Hibiya Midtown. Je décide de rester les écouter. C’est agréable d’être à l’extérieur avec une météo plus que clémente et devant une petite scène qui permet de s’approcher assez près. Le nom du groupe MONONKVL peut se traduire en Mon Oncle et aurait été inspiré par le nom de la revue Mon Oncle (モノンクル) dirigée par Juzo Itami (伊丹十三) dans les années 1980, elle-même probablement inspirée du titre du film Mon Oncle de Jacques Tati. Ryuta Tsunoda en aurait aimé la sonorité du mot indépendamment de son sens précis. La musique de MONONKVL mêle des ambiances soul et jazz avec approche pop très contemporaine. J’ai tout de suite aimé la voix de Sara Yoshida et les compositions des morceaux remplis d’énergie positive m’ont beaucoup plu. J’ai du coup tenté de leur demander par l’intermédiaire de la messagerie d’instagram quelle était la setlist de leur session d’une demi-heure environ, tout en faisant part de mon enthousiasme pour leur musique, et ils m’ont gentiment répondu. Je la note ci-dessous pour référence.

1. Apollo (Porno Graffitti cover)
2. HOTPOT
3. Yuudachi (夕立)
4. GINGUA
5. Uzu (渦)
6. Koko ni Shika Nai tte Itte (ここにしかないって言って)

Le premier morceau que le groupe à interprété est très connu et il s’agit d’une reprise du titre Apollo de Porno Graffitti. Il y avait une petite foule devant la scène et Sara Yoshida arrive bien à engager le public. Au milieu du set, elle adresse un message de remerciement au public, qui semblait comme moi beaucoup apprécier, puis envers l’organisateur du festival Seiji Kameda. Leur session est assez courte mais j’en retire quelques morceaux que j’aime beaucoup et que j’écoute maintenant sur mon iPod, comme HOTPOT et Uzu (渦). En fouillant dans leur discographie, je découvre avec plaisir le morceau Who Am I en collaboration avec AAAMYYY sur leur album Bokura Ikidomari de Warai Aitai (僕ら行き止まりで笑いあいたい) sorti en 2025. J’aime beaucoup la manière par laquelle le morceau se transforme progressivement d’une approche déstructurée vers une harmonie pop particulièrement réussie entre les deux chanteuses. Je garde donc une très bonne impression de ce premier contact avec le festival musical de Hibiya et j’ai envie de la prolonger. Je gagne ensuite le centre du grand parc de Hibiya pour savoir ce qui s’y passe. On y trouve plusieurs scènes en plein air dont la plus grande est celle nommée ONIWA. Le groupe pop-rock-rap originaire d’Okinawa ORANGE RANGE s’y produit. Ils étaient très populaires dans les années 2000 et ont fait leur retour. Leur musique m’intéresse peu et il est de toute façon temps pour moi de rentrer. Je n’écoute que distraitement en marchant en direction d’une des sorties du parc. Nous sommes le Samedi 30 Mai 2026, et le festival se déroulant sur deux jours, continue le Dimanche 31 Mai. Sur le programme du Dimanche, j’ai remarqué quelques artistes et groupes qui m’intéressent et que je serais très curieux de voir sur scène.

Me voilà donc le Dimanche en début d’après-midi pour une deuxième visite au festival musical de Hibiya. Il fait un temps magnifique et même un peu trop chaud. Sur la scène HIDAMARI située dans un coin ombragé du parc près des terrains de tennis, j’avais noté une session live de la guitariste Rei, dont j’avais déjà parlé brièvement sur ce blog. Elle est ‘ambassadrice‘ de la marque de guitare Fender au Japon depuis 2023 et a même sa propre guitare signature, la Rei Stratocaster R246, commercialisée depuis Février 2025. Son concert d’une trentaine de minutes commence à 13h45 mais j’arrive en avance vers 13h, alors que se termine la session précédente d’une autre artiste que je ne connais pas. J’avais amené avec moi un sandwich vietnamien que j’ai pu apprécier tranquillement dans le parc sous les arbres. Des petites chaises en plastique sont disponibles et des stands fournissent de quoi boire et manger. Une bière s’impose rapidement. Les prix ne sont même pas prohibitifs. Quelques personnes sont déjà regroupées devant la scène et je n’attends pas trop pour les rejoindre. Je ne connais pas beaucoup la musique de Rei à part quelques morceaux, mais je sais que c’est une guitariste remarquable. Elle a apparemment son fan club présent en premières lignes. Une vingtaine de minutes avant le début de sa session, elle entre sur scène comme si de rien n’était pour vérifier les réglages des guitares qu’un membre du staff avait préparé pour elle. Ses quelques essais se transforment assez vite en un morceau d’échauffement parfaitement exécuté. On a l’impression que le concert vient de commencer mais elle nous rappelle qu’il s’agit juste d’un tour de chauffe. Elle y met en tout cas toute sa ferveur, ce qui promet pour la suite. Le public la suit tout de suite. La plupart des morceaux qu’elle jouera ensuite me sont inconnus. Elle chante parfois en anglais qu’elle maîtrise très bien. Bien qu’elle soit née au Japon à Itami (伊丹市) dans la préfecture de Hyōgo, elle a vécu plusieurs années à New York lorsqu’elle était enfant. Ce n’est pas la première fois qu’elle répond à l’appel de Seiji Kameda pour ce festival. Les deux semblent même proches et sur la même longueur d’onde. Elle nous fait part d’ailleurs d’une discussion qu’elle a eu avec Kameda lors des débuts du festival. Lorsqu’elle était petite, Rei connaissait Central Park à New York comme un lieu ouvert aux artistes et groupes de musique et a le souvenir d’y avoir vu des représentations. Kameda, qui connaît aussi New York, avait cette idée de faire du parc de Hibiya le Central Park de Tokyo, dans une vision similaire à ce qu’avait connu Rei. Rei ne manque pas de le remercier d’avoir concrétisé cette vision. On sent un respect profond entre les deux artistes. La musique de Rei lors de cette session se tourne beaucoup vers le blues, d’influence américaine donc, notamment pour ses premiers morceaux où elle chante en anglais. Elle joue d’abord d’une guitare acoustique mais elle a un jeu tellement puissant qu’on y entend une électricité latente. Rei sait mettre les formes et se mettre en scène comme une femme forte aux airs impitoyables sur une guitare. Mais elle respecte tellement ses guitares qu’elle les présente même les unes après les autres au public. En hommage à Kameda, Rei reprend un morceau de Tokyo Jihen, Shuraba (修羅場) de l’album Adult (大人). Elle n’a pas tout à fait la voix de Sheena Ringo, mais elle reste puissante et passionnée. Son jeu est assez différent de celui d’Ukigumo, un peu plus physique alors que celui d’Ukigumo est plus flottant. En parcourant le fiche Wikipédia de Rei, on apprend d’ailleurs que Ryosuke Nagaoka a participé à son premier projet discographique. Alors que j’écoute cette interprétation libre de Shuraba, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas là d’un signe m’indiquant de continuer ma souscription au fan club Ringohan, qui inclut également Tokyo Jihen bien que le groupe soit au point mort en ce moment. Sur la petite scène couverte d’une sorte de tente sur la zone HIDAMARI, Rei est seule mais elle remplit le son et l’espace comme un groupe au complet. Je suis impressionné du début à la fin par sa virtuosité à la guitare et par sa présence sur scène.

Je me dirige ensuite vers la scène principale du parc Hibiya, celle nommée ONIWA pour y voir jouer Ohzora Kimishima (君島大空) à partir de 15h45. Je connais son album No Public Sounds sorti en 2023, qui m’avait beaucoup impressionné. C’est également un excellent guitariste, jouant d’une manière très sensible et instinctive. J’arrive en avance et le groupe précédent est toujours sur scène. Soichiro Yamauchi (山内総一郎), le guitariste et chanteur du groupe Fujifabric, est sur scène. Je ne connais pas vraiment Fujifabric (フジファブリック) et encore moi la carrière solo de Yamauchi, mais ce n’est pas désagréable de s’asseoir sur l’herbe du parc en l’écoutant, avec une bière à la main (oui, c’est la deuxième mais je me suis arrêté là). La zone verte ONIWA est suffisamment vaste qu’on peut facilement trouver où s’asseoir. Quand il termine son set, un petit mouvement de foule entre ceux qui partent et ceux qui arrivent pour voir Ohzora Kimishima me permet d’approcher le troisième rang devant la scène. On s’assoit tous sur l’herbe devant la scène car la session live ne commence que dans une trentaine de minutes. Le soleil tape fort malgré ma casquette. J’avais heureusement eu la bonne idée d’amener une petite bouteille d’eau. Selon le même mode opératoire que pour les autres concerts, Ohzora Kimishima monte sur scène avant l’heure pour les réglages de sa guitare acoustique. Il est élégant, habillé d’une longue chemise blanche sur un pantalon noir et des sandales japonaises, un léger rouge sur les lèvres. J’avais un peu espéré qu’il soit accompagné sur scène par son groupe composé du bassiste Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu, du batteur Shun Ishiwaka (石若駿) et du guitariste Shūta Nishida (西田修大), comme lors du festival Fuji Rock l’année dernière, mais il était seul. Ce n’est pas très grave et c’est même compréhensible car cette session sera acoustique. Le public autour de moi est très varié et je ressens la présence de fans fervents. Une fois sur scène, Ohzora Kimishima est très naturel lorsqu’il s’adresse au public. Il compatit pour nous pour cette chaleur qui pourrait nous faire tourner la tête. Il jouera plusieurs morceaux dont des nouveaux de son futur album qui sortira en Juin 2026, si je ne trompe pas. De No Public Sounds, il a interprété mon morceau préféré Arashi (˖嵐₊˚ˑ༄) qui m’a littéralement donné les larmes aux yeux. Ce morceau est comme une tempête intérieure qui finit par s’évacuer. Son interprétation était fascinante et reste pour moi un moment important de ce festival.

Le dernier groupe de la journée sur cette même scène ONIWA est SOIL& »PIMP »SESSIONS avec les invités C&K et Rei que j’avais vu précédemment. Leur session live commence à 17h, et là encore les mouvements de foule me permettent d’approcher au deuxième rang, mais il faudra encore attendre sous le soleil qui baisse heureusement en fin de journée. Le petit vent rafraîchissant qui se lève est le bienvenu. Je connais principalement le groupe pour ses quelques collaborations avec Sheena Ringo dont le morceau Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), mais je n’ai jamais écouté le reste de leur discographie même si ce n’est pas l’envie qui me manquait. J’étais en fait extrêmement curieux de les voir sur scène, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. La perspective d’écouter du « Death » Jazz m’intéressait au plus haut point. Ce terme caractérise la musique du groupe mélangeant des tempos très rapides avec une énergie agressive proche du rock, des improvisations expérimentales, des rythmiques puissantes et une attitude sur scène intense et théâtrale. Tout un programme et c’est exactement ce que j’ai vu sur scène, dès la séance de réglages des instruments. SOIL& »PIMP »SESSIONS est une formation particulière autour de la figure du patron, le Shacho (久嶋識史), qui ne joue d’aucun instrument mais qui est là comme agitateur et catalyseur de l’énergie du groupe. C’est un rôle central dans le déroulement de leurs sessions. Les figures historiques du groupe fondé en 2001 sont Tabu Zombie (椨智紹) à la trompette, Josei (佐藤丈青) au piano et claviers et Akita Goldman (秋田紀彰) à la contrebasse. En support, le groupe est accompagné de manière quasi permanente par Takeshi Kurihara (栗原 健) au saxophone et par Seiya Onasaka (小名坂誠哉) qui remplace Midorin à la batterie. Il faut imaginer chaque musicien comme un virtuose dans son domaine jouant avec une totale liberté au point où on ne sait jamais vraiment si on est dans le morceau ou si on est parti en totale improvisation. C’est extrêmement grisant à l’écoute, notamment quand la trompette de Tabu Zombie et le saxophone de Takeshi Kurihara se répondent et prennent le relai l’un après l’autre, accompagnés par le clavier disruptif de Josei. Le groupe part très très vite dans les tours dès l’échauffement, au point où le Shacho sent le besoin de préciser que le concert n’a pas encore commencé. Je ne connais pas les morceaux du set mais ce n’est pas grave car on est très vite entrainé par l’énergie qui s’en dégage, époustouflante pendant tout le set. Le Shacho prend la parole plusieurs fois, notamment pour remercier lui aussi Seiji Kameda pour cette invitation au festival. Il fait la remarque que le groupe répond de toute façon systématiquement présent aux invitations et demandes de Kameda. Il hallucine également que tout ce festival soit gratuit grâce à lui. C’est vrai. J’ai passé un excellent moment en leur compagnie, encore accentué par l’arrivée de Rei à la guitare électrique. Sur le thème du film Kill Bill, Battle Without Honor or Humanity, de Tomoyasu Hotei, Rei arrive sur scène avec une agressivité électrique sans pareille comme si elle voulait montrer qu’elle ne se laissera pas déborder par la puissance sonore de SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il en ressort une bataille de solo entre la guitare de Rei et la trompette de Tabu Zombie. C’est très amusant de voir comment elle arrive à se faire sa place dans le groupe. La session se termine ensuite avec le duo C&K que je ne connaissais pas. C&K ne sont pas des rappeurs à proprement parler, mais un duo vocal composé de CLIEVY (クリビー) et de KEEN (キーン). Ils ont des registres de voix assez différents mais la même énergie sur scène. Là encore, accompagnés par le groupe, ils partent dans une improvisation faisant intervenir le public et ne semblent pas vouloir s’arrêter. On sent une grande complicité entre C&K et SOIL. Le Shacho nous dit même qu’il faut maintenant qu’ils s’arrêtent sans quoi ils vont se faire enguirlander par la direction du festival, mais il est le premier à remettre une pièce dans la machine. Ça fait plaisir de ressentir sur scène cette passion musicale, d’autant plus dans un décor pareil. L’avantage de cette approche festival est qu’on peut approcher de très près les artistes. Le fait que tout cela soit gratuit est quand même hallucinant. Merci Kameda san! Des petites boîtes de donation pour le festival de l’année prochaine sont présentes à plusieurs endroits dans le parc et je n’hésite pas à contribuer, en espérant vivement y retourner l’année prochaine. En attendant, je me lance dans l’écoute de l’album Pimpin’ de SOIL& »PIMP »SESSIONS pour prolonger cette expérience. A noter que ce billet mélange mes photographies avec certaines provenant du compte X Twitter du festival, que je me permets de montrer ici pour illustrer mon propos.