







Juste après ma brève visite des murs de la bibliothèque Sudo Memorial Art Library, je continue ma marche jusqu’à la rue Dangozaka (団子坂) que je descends jusqu’au croisement Dangozakashita (団子坂下) avec la rue de Shinobazu (不忍通り). En arrivant au croisement, je me rends compte de quelque chose d’inhabituel. Plusieurs policiers y sont postés et une foule parsemée regarde au loin dans la même direction. Les musiques d’un matsuri d’abord diffuses, se font maintenant plus claires. J’aperçois bien la tête d’une procession avançant lentement sur la rue Shinobazu. Il doit certainement s’agir du festival d’automne du sanctuaire de Nezu (根津神社), situé à proximité. Ce festival se nomme Nezu Jinja Reitaisai (根津神社例大祭) et se déroule cette année les 26 et 27 Septembre. Cette année 2026 est, comme tous les quatre ans, une année particulière. Le festival est plus important, prenant le nom de Shinkōsai (神幸祭). Je n’avais pas prévu de voir ce matsuri et c’est donc une rencontre tout à fait inattendue. Il se présente soudainement devant moi et je n’ai pas envie de le laisser filer sans en prendre des photographies. Je suis donc la procession dans les rues de Sendagi, notamment l’étroite rue commerçante de Yomise, jusqu’à la prochaine grande artère. La procession se déplace vite et c’est même parfois difficile de la dépasser car la foule s’amasse progressivement au bord de la rue, attirée par le bruit et les tambours accompagnant le cortège. Une des particularités du matsuri cette année est que le palanquin sacré miya-mikoshi (宮神輿), qui est normalement conservé hors de la vue du public, est porté en procession dans le quartier. Il existe trois versions de ce mikoshi historique, offerts en 1714 à l’époque d’Edo, par le shogun Tokugawa Ienobu. Ils sont en fait présentés à tour de rôle lors du festival quadriennal. J’étais également surpris de voir un cheval blanc au début de la procession et une calèche un peu plus tard. Je poursuis la procession aveuglément, sans me soucier d’où elle va m’amener, et me retrouve rapidement près de la station Nishi-Nippori.

Je suis tout simplement choqué par la beauté de l’album Jōen (静焔) du groupe 空夜coo:ya. Cet album est sorti il y a plus de vingt ans, en 2005, mais je ne le découvre que maintenant, bien que l’étrange photographie de couverture me semble familière depuis très longtemps. Le groupe coo:ya est un duo japonais formé en 1998 par la chanteuse et parolière miyo et par le compositeur, arrangeur et claviériste Kurage Honda (本田海月). La musique du groupe oscille à tous moments entre la pop électronique, dream pop et une approche plus expérimentale avec une bonne dose d’onirisme. Les compositions et la voix de Miyo sont à la fois étrange et délicates, empreinte d’une mélancolie qui me plaît beaucoup. La photographie montrant des mannequins très réalistes représente bien l’univers de l’album, intime et à la frontière entre le réel et l’imaginaire. Jōen comporte dix morceaux pour une durée totale de 44 minutes. Les premiers morceaux s’engagent, Ketty (ケティ), puis disposable body, Himawari (ひまわり) et le morceau titre Jōen (静焔), et je suis tout de suite happé par la beauté de ce que j’écoute. Cette musique s’apprécie immédiatement, c’est son approche pop, mais vient ensuite chercher des émotions plus profondes. C’est un de ces albums que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. Le plus étrange est que je ne me souviens même plus comment je suis tombé dessus. Je ressens dans cette musique certaines sensibilités de la scène japonaise alternative du début des années 2000, mais je n’arriverais pas à étayer ce sentiment. Juste que cet album, que je ne connaissais pas il y a vingt ans, sa sortie étant plutôt confidentielle, me rappelle à des sentiments que j’avais à cette période, comme si cette musique avait été une partie de la bande son accompagnant quelques unes de mes premières années à Tokyo. C’est un sentiment étrange que dégage cette musique et qui doit fonctionner différemment selon les personnes. Le groupe n’est plus actif même si miyo continue à être active sur X Twitter et partage des informations anciennes sur son ex-groupe. Le groupe coo:ya n’a sorti qu’un seul album, mais également plusieurs EPs qu’il me faudra découvrir ensuite. Sous certains aspects, cette musique me rappelle un peu l’album éponyme Goddess in the Morning, sorti bien avant en 1996, par la manière où il arrive à faire émerger des émotions à travers des textures électroniques singulières. Comme ça avait été le cas pour Goddess in the Morning, j’adorerais trouver par hasard dans les bacs d’un Disk Union tokyoïte cet album de coo:ya.













































