dark shadows

La fraîcheur des nuits d’Octobre nous invite à entrouvrir la porte-fenêtre de la chambre donnant sur le petit jardin intérieur. Le calme est envahissant, mais lorsqu’on essaie de s’endormir, on ne peut s’empêcher de se concentrer sur le moindre bruit qui dépasse. Je m’assoupis souvent avant d’entendre quoique ce soit, mais parfois un son suspect que je ne souhaiterais pas entendre accapare toute mon attention. Je le perçois sans le voir au fond de la nuit. Il est doux comme un nuage effleurant les feuilles des plantes et des arbustes parsemés du jardin. Ce son sourd et difficilement qualifiable s’approche sans se presser. J’ai parfois l’impression de le perdre d’ouïe, mais il se manifeste ensuite d’une manière plus franche alors que je suis à la frontière du sommeil. L’ombre noire se déplace doucement se propageant de molécules en molécules pour constituer une masse sombre prenant une forme floue et indistincte. Le chuchotement qui se dégage de ce mouvement est quasiment inaudible mais j’ai tout de même l’impression qu’en me concentrant plus profondément, je serais peut-être en mesure de le déchiffrer et de le comprendre. Ce chuchotement devient même de plus en plus clair alors que l’ombre noire se rapproche de mon visage. Oui, elle est maintenant toute proche. Je ne la vois pas car j’ai les yeux fermés, mais je ressens fortement sa présence floue entre rêve et réalité. Je distingue quelques mots au creux de mon oreille, qui se relient entre eux. Ces liens prennent forme, d’abord de manière chaotique puis de plus en plus claire et limpide. Elle vient me chuchoter à l’oreille des histoires, celles que je pourrais ensuite écrire dans mon journal. Des histoires fortes et pleines d’espoir qui donnent foi en l’humanité, celles qui donnent le sentiment que tout n’est pas aussi sombre qu’il y paraît. Je n’en distingue pas toujours leurs contours mais elles semblent ouvrir une brèche de lumière dans la nuit noire. Je ne me souviens que rarement de mes rêves. Ils disparaissent avec la lumière du petit matin dès que j’ouvre les yeux.

Images provenant des vidéos des morceaux Dark Shadows de mo-ni, Infection (感染) de Kiwako Ashimine (安次嶺希和子), I disappear de Luby Sparks, Hystérique de Yeule, Accelerando de Grimes et Blue Cheese de Mulasaki Ima & muque.

Il y a beaucoup de belles musiques dans ma playlist du moment, comme à chaque fois vous dirais-je. On commence par Dark Shadows d’une artiste indépendante japonaise appelée mo-ni, qui n’est autre que la chanteuse du groupe pop-rock Chilli Beans dont j’ai déjà parlé au moins une ou deux fois sur ces pages. Dans le trio Chilli Beans, elle porte le nom de Moto aux côtés de Maika à la basse et au chant, et Lily à la guitare et au chant. Elle a donc changé de nom pour son projet solo, qui propose une musique à l’atmosphère très différente voire même radicalement opposée. Le morceau Dark Shadows est introspectif, sombre et trouble. On retrouve cette ambiance dans la vidéo qui l’accompagne. J’aime la manière sensible, un peu tremblante, par laquelle elle chante. Il y a quelque chose de particulier dans sa voix, notamment quand elle prononce le titre dark shadows. Je me demande si j’avais remarqué cela dans les morceaux de Chilli Beans. Son chant proche du parler est vraiment touchant.

J’avais également déjà évoqué la musique de l’artiste originaire d’Okinawa Kiwako Ashimine (安次嶺希和子). Je la retrouve avec un nouveau morceau intitulé Infection (感染) aussi superbe que la vidéo qui l’accompagne. La réalisatrice de la vidéo est Mana Hiraki (平木希奈), que j’ai rencontré plusieurs fois lors de ses expositions photographiques. Le morceau Infection est intense, rempli de mystères qui nous échappent mais qui sont très beaux à écouter et à voir. L’atmosphère est sombre, avec une tension portée par la voix superbe de Kiwako Ashimine notamment dans la deuxième partie du morceau où elle prend de l’ampleur. Sa voix est très expressive, et peu même évoquer quelque chose de rituel. Je remarque particulièrement cela sur le premier morceau intitulé Symbol du EP Thermasoma sur lequel se trouve également Infection. L’émotion qu’elle transmet par sa voix est physique et même parfois viscérale. Du EP, j’adore ces deux premiers morceaux Symbol et Infection, tandis que les deux suivants sont en comparaison moins intéressants. En voyant la vidéo du morceau Infection pour la première fois, j’ai tout de suite reconnu qu’il s’agissait du même endroit où les photographies du livre Amour de Mana Hiraki ont été prises. Elle m’a confirmé sur Instagram que je ne m’étais pas trompé.

Le single I disappear du groupe Luby Sparks n’est pas le premier morceau que j’écoute du groupe. J’avais découvert quelques morceaux dont celui intitulé Thursday sur leur premier album éponyme sorti en 2018, mais je n’en avais pas parlé à l’époque sur ces pages. Luby Sparks est un groupe de rock alternatif formé à Tokyo. Il compte cinq membres dont Natsuki Kato à la basse, au chant et aux synthétiseurs, Erika Murphy au chant, Shin Hasegawa à la batterie, Sunao Hiwatari et Tamio Sakuma aux guitares. Les guitares sont très puissantes et enveloppantes sur le single I disappear, avec un rythme très marqué et dans un style proche du shoegaze. Le morceau reste très mélodique emprunté d’une mélancolie certaine. Du groupe, j’écoute également le single See You sorti en Septembre 2026, tout comme I disappear. On se rapproche de la dream pop sur ce deuxième morceau chanté à deux voix par Natsuki et Erika. En fait, j’adore le rythme qui marque ces deux morceaux, les rendant immédiatement accrocheurs tout en conservant une approche résolument indie rock. Le groupe n’a pas encore annoncé de nouvel album, mais il faudra surveiller cela de près.

Je suis ensuite ravi de la sortie inattendue d’un nouveau single de Yeule. Il s’intitule Hystérique et vient de sortir le 23 Octobre 2026. Le morceau composé de nappes électroniques est excellent mais assez différent de ses sorties précédentes, car beaucoup plus pop, et rythmé d’un beat très puissant. Elle s’éloigne des sons de guitares qui caractérisaient sont dernier album. On reconnaît pourtant très bien le style de Yeule, car certaines sonorités me rappellent Glitch Princess. Certains pourront regretter qu’elle s’éloigne de l’esprit torturé de ses premiers albums. Hystérique ne provoque certes pas les émotions des premiers albums, mais j’apprécie le fait qu’elle arrive à trouver des nouvelles directions qu’elle parvient à glitcher à sa manière. Au final, il est ressort un excellent single qui n’est en fait pas si éloigné du single Evangelic girl is a gun de son album précédent, notamment dans sa manière un peu mécanique de chanter.

Je ne pensais pas avoir l’occasion d’écouter un nouveau single de Grimes, aka Claire Boucher. Elle s’était perdue ces dernières années vers des directions liées à l’intelligence artificielle qui n’auguraient rien de bon, mais je ne perdais pas espoir de la voir revenir vers ses sommets créatifs, comme ceux du single Violence sorti sur son dernier album Miss Anthropocene en 2020 ou Genesis sur son album Visions de 2012. Ces morceaux m’avaient tellement marqué à leurs sorties que j’ai toujours suivi son actualité, parfois d’un peu loin. Suite à son dernier album datant de 2020, Grimes avait certes sorti le single Shinigami Eyes et quelques collaborations, comme celle remarquable avec aespa pour un remix de Supernova qu’elle avait grandement remanié dans son style. Le single Accelerando sorti le 9 Octobre marque un retour assez décapant où elle essaie de nous faire ressentir un monde devenu incontrôlable entraîné dans une accélération technologique sans précédent. On pense bien sûr à l’intelligence artificielle et en voyant la vidéo, on peut très vite imaginer qu’elle a été entièrement conçu par l’IA. Ce n’est en fait pas tout à fait le cas. Certains éléments visuels ont été créés avec l’IA, mais la vidéo se base d’abord sur des prises de vues réelles tournées sur fond bleu, avec Grimes, des véritables danseurs et des éléments physiques, le tout réalisé par une équipe de plus de 70 personnes. Le morceau lui-même n’utilise heureusement pas l’intelligence artificielle. Il est immédiatement percutant, d’une puissance pop électronique sombre et inquiétante tout à fait remarquable. On perd un peu de la subtilité de ses morceaux précédents mais cette approche frontale me laisse quand même penser que Grimes revient en grande forme. Après le tourbillon d’images de la vidéo et les phases du morceau se terminant par des cris, j’aime particulièrement le final où on voit seulement Grimes et les danseurs, débarrassés de l’excès des effets spéciaux. La musique s’apaise alors vers une forme de sérénité sur des images de danse tribale. Ce single composera son futur album PSY OPERA dont on ne connaît pas encore la date de sortie.

Pour terminer avec une pop électronique plus légère et lumineuse, je découvre le morceau Blue Cheese né de la collaboration Mulasaki Ima et du groupe muque. J’avais déjà mentionné muque sur ces pages, mais je découvre maintenant l’artiste Mulasaki Ima (紫今) qui est une jeune compositrice, chanteuse et productrice, brouillant les pistes entre pop, hip-hop et sons plus expérimentaux. Ce n’est pas la seule artiste de sa génération à ne pas vouloir se laisser emprisonner dans les genres musicaux. Le duo vocal avec Asakura de muque fonctionne très bien, notamment dans le refrain construit d’un semblant de répétitions syllabaires. Ces quelques morceaux forment une partie de ma playlist actuelle mais il y a beaucoup d’autres encore à mentionner. Mon rythme d’écriture ne me permet pas d’avancer assez vite en ce moment.

揺らめく夕間暮れ

Depuis quelques années, je viens observer le festival automnal Oeshiki (お会式) qui se déroule autour du grand temple bouddhiste Ikegami Honmonji (池上本門寺). Cette année, la procession principale avait lieu le 12 Octobre dans la soirée, à partir de 17h ou 18h jusqu’à tard dans la nuit. Cette procession parcoure d’abord les rues du quartier d’Ikegami devant la gare, puis se dirige ensuite vers le temple Ikegami Honmonji en grimpant ses escaliers jusqu’au hall principal. Cette année encore, j’ai suivi le cortège parmi la foule. Il faut être patient car il y a du monde dans tout le quartier et la foule se densifie lorsqu’on approche de l’enceinte du temple. On ne s’ennuie pas en regardant le défilé des grandes lanternes fleuries appelées mantō (万灯) reproduisant des cerisiers en fleurs avec ornements en papier et structure illuminée de plusieurs étages. Ce festival commémore la mort de Nichiren, fondateur de l’école bouddhique du même nom. On dit qu’à sa mort, des cerisiers auraient fleuri de manière inattendue, ce qui explique l’utilisation de ce motif sur les lanternes mantō. De nombreuses lanternes de formes différentes défilent dans les rues d’Ikegami, accompagnées de tambours, de flûtes, de gongs et de chants. L’ambiance est plus populaire que religieuse. En tête de chaque cortège, on trouve des étendards traditionnels, historiquement associés aux pompiers d’Edo, qu’on appelle matō (纏). Ils sont manipulés avec vigueur effectuant des cercles dans les airs. Certains et certaines sont vraiment très habiles dans le maniement du matō, faisant parfois claquer les lamelles des étendards dans des mouvements secs. Il y a quelque chose d’hypnotisant dans ces mouvements lorsqu’ils sont effectués avec fluidité. En approchant ensuite du grand hall, on peut s’y procurer exceptionnellement un sceau goshuin. Je n’avais malheureusement pas amené mon carnet mais j’en prends un en format papier que je collerais ensuite dans mon carnet goshuinchō (御朱印帳). Une fois sorti du grand hall, on ne peut plus rejoindre l’escalier principal de pierre qui est à sens unique et on ne peut se diriger que vers l’arrière. Je bifurque rapidement vers un escalier étroit descendant la colline. Celui-ci est éclairé de nombreuses lanternes. En cours de descente, on aperçoit la tour Ikegami Honmonji Hōtō (池上本門寺宝塔). J’avais déjà vu en plein jour cette tour à la structure circulaire peu courante surmontée d’un toit richement décoré de sculptures. Cette tour est placée au milieu des tombes et se trouve à l’endroit où avait eu lieu la crémation de Nichiren en 1282. Le Hōtō a été édifié en 1830 à l’occasion du 550e anniversaire commémoratif de sa mort. Il ne s’agit pas d’un mausolée. Les cendres de Nichiren sont abritées un peu plus loin dans un pavillon octogonal en cyprès nommé Gobyosho (御廟所). En temps normal, on ne peut pas voir l’intérieur de la tour Hōtō, mais elle est exceptionnellement ouverte lors du festival d’Oeshiki, notamment en cette soirée du 12 Octobre. Voir cette tour et ses lanternes illuminées dans la nuit donne une ambiance assez particulière. J’aurais presque souhaité être dans la chaleur de l’été.

La découverte du fascinant album Jōen (静焔) du groupe coo:ya (空夜) dont j’ai parlé dans mon billet précédent m’a forcément incité à écouter le reste de leur courte discographie. Je commence par le EP Shōnen no Hi (少年の日) sorti en 2011 et contenant quatre morceaux, pour un total de 19 minutes, composés par Kurage Honda (本田海月) et écrits par miyo. Les morceaux du EP ne sont certes pas aussi marquants que les morceaux de Jōen, que j’ai encore en tête maintenant, mais n’en sont pas moins très beaux. On y trouve un côté mystique dans cette musique dès le premier morceau intitulé Akaya Akashiya Ayakashino (あかやあかしやあやかしの). Celui qui suit intitulé Omokage no Haruka (面影の遙か) reflète une atmosphère de mélancolie onirique à la fois douce et sombre. La composition musicale y est dense, avec un petit quelque chose de gothique mais avec une ambiance sonore qui me rappelle encore une fois le début des années 2000. La voix délicate, flottante et légèrement voilée de miyo y est très belle. Dans ce morceau comme dans le suivant Shōnen no Kisetsu (少年の季節), j’y trouve une dimension folklorique même si ce dernier prend des sonorités plus électroniques. Le groupe s’entoure d’un imaginaire visuel inspiré de sanctuaires et de forêts sacrés, que l’on retrouve en toile de fond dans les musiques de cet EP. Il se conclut avec un morceau intitulé Hishō (飛翔) beaucoup plus lent et infusé d’une mélancolie profonde libérée par des moments lumineux. Dans cette ambiance empruntée d’une tristesse retenue, je préférais quand même le sublime morceau Kibō (希望) au milieu de l’album Jōen.

Je continue ensuite avec leur premier EP Jōgen no Tsuki (上弦の月) sorti en Novembre 2002 et composé de six morceaux pour un total de 28 minutes. Je suis tout de suite surpris par le premier morceau Hypocrite qui met l’accent sur les guitares, dans un son qui se rapproche du shoegaze. La voix de miyo reste claire comme sur l’album Jōen et le EP Shōnen no Hi, mais les guitares rock sont ici beaucoup plus envahissantes sans pourtant éteindre sa voix. On retrouve dès ce premier opus de leur discographie cette approche pop immédiate mélangée à quelque chose de plus mystérieux et aérien. Cette ambiance continue sur les deux morceaux qui suivent Jōgen no Tsuki (上弦の月) et Setsuna no Yoru (刹那の夜). Je suis naturellement attiré par les sons combinant dream pop, shoegaze et textures éthérées, et ces trois premiers morceaux sont très réussis. Les deux qui suivent m’intéressent pourtant moins. On se laisse ensuite prendre par surprise quand les guitares lourdes reprennent du service sur le dernier morceau Enogu (えのぐ). En écoutant ce morceau en particulier, je me dis que certains traits de la voix de miyo ressemblent à ceux de Yuki à l’époque du groupe Judy and Mary, mais sans sa folie légère. Et du coup, je me mets à réécouter Judy and Mary, que j’avais beaucoup écouté il y a un peu plus de trois ans, en commençant par The Power Source.

en descendant la rue Dangozaka

Juste après ma brève visite des murs de la bibliothèque Sudo Memorial Art Library, je continue ma marche jusqu’à la rue Dangozaka (団子坂) que je descends jusqu’au croisement Dangozakashita (団子坂下) avec la rue de Shinobazu (不忍通り). En arrivant au croisement, je me rends compte de quelque chose d’inhabituel. Plusieurs policiers y sont postés et une foule parsemée regarde au loin dans la même direction. Les musiques d’un matsuri d’abord diffuses, se font maintenant plus claires. J’aperçois bien la tête d’une procession avançant lentement sur la rue Shinobazu. Il doit certainement s’agir du festival d’automne du sanctuaire de Nezu (根津神社), situé à proximité. Ce festival se nomme Nezu Jinja Reitaisai (根津神社例大祭) et se déroule cette année les 26 et 27 Septembre. Cette année 2026 est, comme tous les quatre ans, une année particulière. Le festival est plus important, prenant le nom de Shinkōsai (神幸祭). Je n’avais pas prévu de voir ce matsuri et c’est donc une rencontre tout à fait inattendue. Il se présente soudainement devant moi et je n’ai pas envie de le laisser filer sans en prendre des photographies. Je suis donc la procession dans les rues de Sendagi, notamment l’étroite rue commerçante de Yomise, jusqu’à la prochaine grande artère. La procession se déplace vite et c’est même parfois difficile de la dépasser car la foule s’amasse progressivement au bord de la rue, attirée par le bruit et les tambours accompagnant le cortège. Une des particularités du matsuri cette année est que le palanquin sacré miya-mikoshi (宮神輿), qui est normalement conservé hors de la vue du public, est porté en procession dans le quartier. Il existe trois versions de ce mikoshi historique, offerts en 1714 à l’époque d’Edo, par le shogun Tokugawa Ienobu. Ils sont en fait présentés à tour de rôle lors du festival quadriennal. J’étais également surpris de voir un cheval blanc au début de la procession et une calèche un peu plus tard. Je poursuis la procession aveuglément, sans me soucier d’où elle va m’amener, et me retrouve rapidement près de la station Nishi-Nippori.

Je suis tout simplement choqué par la beauté de l’album Jōen (静焔) du groupe 空夜coo:ya. Cet album est sorti il y a plus de vingt ans, en 2005, mais je ne le découvre que maintenant, bien que l’étrange photographie de couverture me semble familière depuis très longtemps. Le groupe coo:ya est un duo japonais formé en 1998 par la chanteuse et parolière miyo et par le compositeur, arrangeur et claviériste Kurage Honda (本田海月). La musique du groupe oscille à tous moments entre la pop électronique, dream pop et une approche plus expérimentale avec une bonne dose d’onirisme. Les compositions et la voix de Miyo sont à la fois étrange et délicates, empreinte d’une mélancolie qui me plaît beaucoup. La photographie montrant des mannequins très réalistes représente bien l’univers de l’album, intime et à la frontière entre le réel et l’imaginaire. Jōen comporte dix morceaux pour une durée totale de 44 minutes. Les premiers morceaux s’engagent, Ketty (ケティ), puis disposable body, Himawari (ひまわり) et le morceau titre Jōen (静焔), et je suis tout de suite happé par la beauté de ce que j’écoute. Cette musique s’apprécie immédiatement, c’est son approche pop, mais vient ensuite chercher des émotions plus profondes. C’est un de ces albums que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. Le plus étrange est que je ne me souviens même plus comment je suis tombé dessus. Je ressens dans cette musique certaines sensibilités de la scène japonaise alternative du début des années 2000, mais je n’arriverais pas à étayer ce sentiment. Juste que cet album, que je ne connaissais pas il y a vingt ans, sa sortie étant plutôt confidentielle, me rappelle à des sentiments que j’avais à cette période, comme si cette musique avait été une partie de la bande son accompagnant quelques unes de mes premières années à Tokyo. C’est un sentiment étrange que dégage cette musique et qui doit fonctionner différemment selon les personnes. Le groupe n’est plus actif même si miyo continue à être active sur X Twitter et partage des informations anciennes sur son ex-groupe. Le groupe coo:ya n’a sorti qu’un seul album, mais également plusieurs EPs qu’il me faudra découvrir ensuite. Sous certains aspects, cette musique me rappelle un peu l’album éponyme Goddess in the Morning, sorti bien avant en 1996, par la manière où il arrive à faire émerger des émotions à travers des textures électroniques singulières. Comme ça avait été le cas pour Goddess in the Morning, j’adorerais trouver par hasard dans les bacs d’un Disk Union tokyoïte cet album de coo:ya.

car prendre du recul c’est prendre de l’élan

J’avais fait le déplacement exprès jusqu’au quartier de Sendagi situé près de Nezu et de Yanaka. Avant d’arriver à ma destination, je traverse d’abord le parc Sudo (須藤公園) situé à 2 minutes à pieds de la station de Sendagi. Ce petit parc en pente date de l’époque Edo. Le terrain appartenait à cette époque au domaine de Daishōji (大聖寺藩) qui était une branche du domaine de Kaga. Le terrain changea plusieurs fois de mains et fut acheté par l’entrepreneur Sudō Kichizaemon (須藤吉左衛門) en 1889, puis la famille Sudō en fut ensuite don en 1933 à la ville de Tokyo pour en faire un parc. Il en conserve le nom et la composition paysagère est héritée de la propriété de l’ancien daimyō. On y trouve un étang couvert de lotus avec une petite île artificielle, accessible par un pont rouge desservant un minuscule sanctuaire Benzaiten (弁財天社). Le jardin est plutôt agréable et offre une coupure nette avec le paysage résidentiel qui l’entoure.

Je ne suis pourtant pas venu jusqu’ici pour voir ce parc mais pour voir de mes propres yeux la bibliothèque Sudo Memorial Art Library (須藤記念アートライブラリー) conçue par Kengo Kuma (隈研吾). Le bâtiment vient tout juste d’être achevé, mais n’était pas encore ouvert au public à mon passage. Cette nouvelle bibliothèque d’art a été commandée par Yoshino Gypsum (吉野石膏株式会社), une entreprise japonaise spécialisée dans les matériaux de construction à base de plâtre. Elle se trouve sur l’ancien terrain de la résidence de Tsuneo Sudō (須藤恒雄) et Eiichirō Sudō (須藤永一郎), deux anciens présidents de Yoshino Gypsum. Le lieu est donc directement lié à l’histoire de la famille fondatrice de l’entreprise. Le nouvel ensemble conserve certains éléments existants de l’ancienne résidence, notamment le muret en pierre d’Oya qui entoure son enceinte. J’étais en fait venu voir ce muret pour l’effet d’optique que j’avais déjà vu plusieurs fois sur les comptes Instagram spécialisés en architecture japonaise que je suis depuis longtemps. L’effet de flottement des pierres d’Oya au milieu des deux murs est saisissant, même de près. Quand on regarde de très près, on remarque que l’illusion se crée avec de la peinture acrylique appliquée en dégradé sur certaines pierres créant un effet de perspective parfaitement réussi. Les deux œuvres s’intitulent Threshold between Worlds et ont été créées par l’artiste plasticienne Momo Yoshino (吉野もも). L’artiste est née à Tokyo en 1988, diplômée de la Tama Art University en 2012, pour ensuite obtenir un master en peinture à l’huile à l’Université des beaux-arts de Tokyo en 2015. Elle est spécialisée dans les illusions d’optique, jouant sur les formes ce qui donne l’impression que les objets se détachent de leur espace de support. Les pierres du mur de la Sudō Memorial Art Library en sont une bonne illustration, mais son site web montre d’autres exemples intéressants.

Je ne visiterais donc pas cette nouvelle bibliothèque. Je continue un peu par hasard à marcher dans les rues de Sendagi, suivant pendant plusieurs centaines de mètres le défilé d’un matsuri d’automne que je montrerais un peu plus tard. J’arrive jusqu’à la station de Nishi-Nippori puis celle de Nippori, sans m’en rendre vraiment compte. Le paysage urbain est très différent lorsqu’on s’approche des grandes stations de la ligne Yamanote. Les axes autoroutiers et ferroviaires viennent transpercer le paysage, mais je ne m’en plains pas car j’aime aussi ces remplissements excessifs de l’espace urbain lorsqu’il ne reste presque plus de ciel à recouvrir. Je vois ici une analogie avec la musique rock que j’écoutais lors de ce passage urbain où chaque milliseconde de silence est recouverte pour les sons omniprésents des guitares. J’écoutais la musique du groupe Barbican Estate que j’avais été voir en concert le jour d’avant, le Samedi soir à Shibuya.

J’avais déjà parlé sur ces pages du rock psychédélique et expérimental du groupe japonais Barbican Estate basé à Londres depuis 2022, à travers leur album Way Down East sorti en 2021. Cet album m’avait d’ailleurs amené à visiter le complexe Kawaramachi à Kawasaki car un des bâtiments de ce complexe d’appartements à l’architecture brutaliste avait été utilisé pour la photographie de couverture. Le groupe est composé actuellement de Kazuki Toneri (舎人和樹) à la guitare, sitar et autres instruments, et de Miri à basse, flûte et au chant. Comme ils ne se produisent pas souvent au Japon, je n’ai pas voulu manquer l’occasion de leur passage le 26 Septembre 2026, dans la petite salle Park in Park du parc Miyashita à Shibuya. Cette date à Tokyo était la première d’une petite tournée japonaise passant à Kyoto et Nagoya. Pour cette tournée, ils étaient accompagnés du batteur Marco Ninni. Il y avait environ une centaine de personnes dans la salle du Park in Park qui n’était pas pleine, ce qui m’a permis, arrivant avant l’heure d’ouverture, de me placer au premier rang juste devant le guitariste. Il n’y avait pas de place attitrée et les premiers arrivés se sont placés au plus près des instruments tout en maintenant une certaine distance naturelle, jusqu’à ce que Miri nous invite à nous rapprocher. J’ai pensé à un moment que ça pouvait même être gênant pour le guitariste Kazuki Toneri, qui me semble plutôt réservé derrière ses longs cheveux, par rapport à Miri qui est beaucoup plus expressive. Les photographies ci-dessus montrent cette proximité, mais c’est plus frappant sur les courtes vidéos que je montre sur mon compte Instagram. En y repensant, j’aurais dû ajouter en superposition sur la vidéo quelque chose comme « POV: You are standing just in front of the best pyschedic rock guitarist of Japan« , ça m’aurait certainement apporté plus de Like, mais ce n’est pas mon genre, je vous rassure (à vrai dire, ce genre de formulation m’insupporte). Par rapport à celui de Shibuya, le public des concerts de Kyoto et de Nagoya m’a semblé beaucoup plus parsemé. Il faut dire que le groupe, étant installé à Londres, ne doit pas être très connu des milieux indé japonais. Parmi le public, il y avait plusieurs personnes qui semblaient être des amies personnelles du groupe, à en croire les interactions que j’ai pu constater.

Le set de Barbican Estate était précédé du musicien Keisuke Yoshizawa également installé à Londres et ami du groupe. Il est spécialisé dans les musiques atmosphériques et cinématographiques. Certains moments de ses compositions étaient très réussies et nous ont mis en oreille pour le début de la session de Barbican Estate. Le groupe a joué une petite dizaine de morceaux sans rappel final. Ils n’ont pas donné la setlist du concert malgré ma demande en DM sur Instagram. J’ai tout de même reconnu certains morceaux comme celui intitulé White Jazz sur leur album Way Down East, Viscum et Barn Burning sur leur dernier EP Viscum sorti en 2024, puis Song for Derek de leur prochain album Rock Drill qui sortira en Novembre 2026. Ils ont joué en tout trois morceaux de ce nouvel album. J’aime beaucoup Song for Derek qui a une approche un peu plus anglaise du rock, avec un petit air des Strokes de Julian Casablancas sur certains riffs de guitares. Miri a d’ailleurs fait la remarque ouvertement pendant le set que leur son s’était anglicisé après quatre années passées à Londres et avec l’apport du batteur Marco Ninni. Il est certes italien mais il est également installé à Londres et a été membre précédemment d’une groupe britannique de rock psychédélique, nommé Swedish Death Candy. C’est, pour résumer, un italien installé en Angleterre jouant avec des japonais et ancien membre d’un groupe au nom suédois. Il a en tout cas un bon frappé qui entraine rapidement le public réuni en ce Samedi soir à partir de 21h. Je trouve que Barbican Estate excelle particulièrement lorsqu’ils se lancent dans les solos instrumentaux de longs morceaux comme White Jazz ou Reconquista de leur EP The Fall sorti en 2022. J’ai été également très surpris par la puissance vocale de Miri sur le morceau White Jazz. L’ensemble fonctionne très bien et ça fait plaisir à voir. On ressent clairement qu’ils et elle se laissent emporter par leur musique. Malgré la puissance des guitares dont j’ai pu être témoin aux toutes premières loges, le groupe n’est pas dénué d’une délicatesse certaine. Le set a finalement passé assez vite et j’aurais aimé écouter quelques rappels, mais ça ne semblait pas prévu au programme. En plus de l’album Way Down East que je connaissais déjà, j’avais commencé à écouter leurs autres EPs quelques semaines avant ce concert, leur EP éponyme sorti en 2020, puis The Fall en 2022 et Viscum en 2024. Tous prennent pour imagerie des éléments d’architecture. C’est également le cas pour leur nouvel album qui est composé d’une photographie du mémorial d’Ilinden, également connu sous le nom de Makedonium, conçu en 1974 par Jordan et Iskra Grabul, et situé à Kruševo, en Macédoine du Nord.

elsewhere everywhere (3)

Les visiteurs internationaux auront forcément remarqué la monumentale statue de Godzilla postée à l’entrée de l’aéroport international de Haneda, le troisième terminal, le plus récent. Connaissant les faits passés de Godzilla très largement documentés dans de nombreux films, je ne sais pas si c’est réellement de bonne augure d’apercevoir le monstre d’aussi près. Il est peut être là pour faire presser le pas aux nombreux voyageurs, les inciter en quelques sortes à ne pas trop traîner dans le grand hall avant de prendre son avion ou de rentrer chez soi. Comme l’autre grande statue de Godzilla à Kabukichō au dessus des cinémas Toho, il observe le flux tendu des foules sans broncher (enfin pour l’instant). J’avais aimé les deux derniers films de la série, Shin Godzilla dont j’avais déjà parlé et le plus récent Godzilla Minus One (ゴジラ-1.0) du réalisateur Takashi Yamazaki sorti au cinéma le 3 novembre 2023. Il s’agissait du trentième film japonais de la franchise Godzilla, célébrant les 70 ans du monstre impitoyable raseur de villes. L’épisode Minus One se déroule dans le Japon d’après la seconde guerre mondiale, qui doit tout reprendre à zéro, sauf que Godzilla apparaît et fait passer le pays au stade -1. Ryūnosuke Kamiki (神木隆之介) y interprète Koichi Shikishima, un pilote kamikaze qui n’a pas pu accomplir sa mission et revient dans un Japon ravagé, ne retrouvant plus sa famille disparue. Minami Hamabe (浜辺美波) interprète une jeune femme tentant également de survivre parmi les ruines de Tokyo. Le destin les fera bien sûr se rencontrer jusqu’à l’apparition de Godzilla. Je ne suis pas spécialement amateur de films de grands monstres mais j’apprécie tout de même Godzilla. J’avais même vu à sa sortie en 1998 la version américaine de Godzilla dans une version réalisée par Roland Emmerich, avec Matthew Broderick et Jean Reno, mais ce film était une plus grosse catastrophe que ce que pourrait provoquer Godzilla si on l’invitait par mégarde dans son salon. Je suis allé au moins huit fois cette année à l’aéroport international de Haneda mais sans pourtant prendre à chaque fois l’avion. Nous n’étions par contre pas allés depuis longtemps aux terminaux 1 et 2. J’aime particulièrement le design intérieur du Terminal 2, plutôt futuriste avec ces grandes surfaces et formes rondes. Ce Terminal 2 a été conçu par Pelli Clarke Architects (actuellement Pelli Clarke & Partners Japan), qui a également participé à la conception du Terminal 3 avec Jun Mitsui & Associates Architects, Azusa Sekkei et Yasui Architects & Engineers. Les trois photographies en tête de ce billet ne sont pas les meilleures que j’ai pu prendre du terminal. Je garde plutôt en tête une série de photographies prises en Mai 2012, accompagnée d’aucun commentaire de ma part, comme quoi je savais être particulièrement succinct il y a presque quinze ans.

Nous nous envolons ensuite jusqu’au centre de Shibuya vu à travers les baies vitrées du grand Departement Store Seibu (西武渋谷店), qui vient juste de fermer ses portes le Mercredi 30 septembre 2026. C’est triste de voir ce bâtiment emblématique du centre de Shibuya fermer ses portes, après 58 ans d’existence et de longues négociations avec les propriétaires du terrain. Les lieux doivent être libérés en vue d’un grand projet de redéveloppement urbain de la zone. J’ai souvent été attiré par les façades des bâtiments A et B du grand magasin formant un quadrillage géométrique répétitif, composées d’éléments en béton préfabriqué et reliées par deux passerelles aériennes. J’en avais tiré une série de photographies, que j’aime beaucoup, prises en Décembre 2012. Seibu a été conçu et construit par Shimizu Corporation. Quelques rénovations intérieures notables avaient été effectuées en 2015 pour les étages de mode dont le design avait été confié à l’architecte Yuko Nagayama. Je me souviens aussi de compositions graphiques réutilisants les motifs des façades, créées également en Décembre 2012. Ces compositions abstraites restent très fermement ancrées dans ma mémoire. Dans mes souvenirs, je me rappelle aussi que l’intérieur et les façades de Seibu Shibuya avaient accueilli Hitsuji Bungaku (羊文学) en 2023 à l’occasion de la sortie de leur album 12 hugs (like butterflies), et j’avais bien entendu pris des images de ce moment. Je vais regretter la petite galerie d’art au dernier étage du bâtiment B. J’y passais assez régulièrement par curiosité et j’y ai souvent découvert de belles choses. Il me revient par exemple en tête les étranges masques cyberpunk de Hiroto Ikeuchi.

J’ai souvent tenté de saisir en photographie l’atmosphère du matsuri d’automne du sanctuaire Hikawa à Shibuya, étendu à d’autres sanctuaires des quartiers environnants. Celle-ci a été prise dans l’après-midi encore, avant que le mikoshi en vadrouille dans les rues de l’arrondissement revienne vers le sanctuaire et avant les danses du soir accompagnées de musique. Je ne suis pas lancé dans une longue série cette fois-ci, ni dans des photographies plus abstraites que j’aime pourtant beaucoup pour les avoir expérimentées à plusieurs reprises alors que la nuit tombe et que les images qui nous entourent deviennent flottantes. Là encore, les photographies prises précédemment sont plus intéressantes pour leur qualité expérimentale ou documentaire que celle que je montre ici. J’ai parfois le sentiment de prendre certaines photographies comme des marqueurs du temps qui passe. Le temps passe, mais la jeunesse autour des stands du sanctuaire de Hikawa ne vieillit pas. Mon intérêt pour ces choses festives ne tarit pourtant pas. Même après toutes ces années, elles me sont à la fois familières et un peu étrangères. C’est le genre de sentiments qu’on peut avoir lorsqu’on a vécu ici depuis longtemps. Les trois photographies suivantes ont été prises près de la gare de Kawaguchi à Saitama (j’y reviendrais dans un prochain billet) puis dans le jardin sacré Kantakeyama Shinen (神嶽山神苑) derrière le sanctuaire de Samukawa (寒川神社) auquel on n’accède pas sans avoir effectué une prière Oharai (お祓い) ou lorsqu’on a reçu une carte postale du sanctuaire, ce qui était notre cas cette fois-ci. Ça doit être la troisième fois que nous visitons le sanctuaire de Samukawa et la deuxième fois que l’on peut voir le jardin magnifiquement entretenu à l’arrière. On y trouve une maison de thé où on peut s’assoir pour déguster des petits gateaux japonais ou des chocolats accompagnés d’un thé matcha. Notre première visite au sanctuaire Samukawa m’avait déjà inspiré outre mesure et il m’était difficile de trouver une inspiration nouvelle mais j’aime pourtant les deux photographies que j’en ai pris et qui terminent ce billet.

Scènes tournées dans une rue du quartier de Yushima (湯島) dans l’arrondissement de Bunkyō (文京区), tirées de la vidéo du morceau Run Away de Beck avec Tadanori Asano (浅野忠信) en acteur principal.

Ma petite sœur m’a rappelé que le groupe new-yorkais Interpol a sorti en Août 2026 un nouvel album intitulé his Mirror Weighs a Ton. Je me suis lancé dans l’écoute en pensant qu’on ne pouvait pas égaler leur deuxième album Turn On The Bright Lights sorti en 2002 et la puissance de morceaux comme Obstacle 1, PDA ou Obstacle 2. Je trouve pourtant dans ce nouvel album des morceaux que s’y rapprochent en tension vocale, notamment ceux intitulés See Out Loud, Wings on Fire et Bird and The Serpent. J’adore la voix de Paul Banks pour sa tension instable qui la rend à la fois puissante et vulnérable. L’album est une vraie réussite car il arrive nous amène aussi vers des terrains plus mélodiques, sur des morceaux magnifiques comme Iron City. Un autre très beau moment de cet album est le dixième morceau Enemy que Paul Banks chante en duo avec son épouse Juliet Seger-Banks. Dans un style plus apaisé et mélancolique, j’ai le plaisir de retrouver Beck avec un nouvel album intitulé Ride Lonesome sorti le 18 Septembre 2026. Cet album est dans la lignée de ces précédents albums Sea Change (2002) et Morning Phase (2014). Avec le dernier Ride Lonesome, ces deux autres albums à la fois intimes et atmosphériques constituent une sorte de trilogie. Ils ont une place assez particulière dans sa discographie, très loin des collages rock et hip-hop de ses premiers albums. J’aime ces deux approches chez Beck, mais des morceaux comme Round The Bend sur Sea Change et Wave sur Morning Phase me touchent profondément. On trouve sur ce dernier morceau une atmosphère flottante qui me rappelle même les orchestrations de Björk. Du nouvel album Ride Lonesome, je découvre d’abord le morceau Run Away par sa vidéo tournée à Tokyo avec Tadanobu Asano (浅野忠信) comme acteur principal. Outre le morceau titre Ride Lonesome qui ouvre l’album, plusieurs morceaux m’interpellent plus particulièrement comme ceux intitulés Bleed, Disappearing Act et Slow Canyon. En écoutant cette musique, on se sent loin de toutes préoccupations. Beck a ce don de créer des mondes où on ne se préoccupe plus du temps qui passe et du monde agité qui nous entoure. Mais comme l’agitation du monde reprend sa place une fois l’album terminé, j’écoute ensuite le rock de Placebo avec leur nouveau single Helen Keller sorti le 28 Septembre 2026. Je n’avais pas écouté Placebo depuis très longtemps et ça fait plaisir de les réécouter avec un nouveau morceau, surtout que celui-ci m’a paru tout de suite familier. J’ai ensuite compris qu’il s’agissait d’une version entièrement revisitée du morceau H.K. Farewell de leur premier album éponyme sorti en 1998. Dans un style encore différent, j’écoute aussi beaucoup le morceau superbement expérimental When I’m Home de James Blake avec Travis Scott et Ludwig Göransson. Ce morceau est présent sur la bande originale du film The Odyssey de Christopher Nolan, que j’ai été voir au cinéma il y a quelques semaines et que j’ai beaucoup aimé. Les musiques de Ludwig Göransson contribue à la force visuelle de cette transcription moderne des épopées de l’Iliade et de l’Odyssée d’Homère.