l’été inoubliable (7)

Ces quelques photographies dans le centre de Paris terminent cette série estivale en France et en Europe, mais n’ont pas conclu notre séjour. J’ai eu la mauvaise idée d’oublier le chargeur de batterie de mon appareil reflex et la batterie n’a tenu qu’un peu plus de la moitié de notre séjour. J’ai bien sûr pris beaucoup de photos avec mon iPhone mais je n’ai pas vraiment envie de les montrer même si certaines le mériteraient certainement. D’une manière générale sur mes billets, les photos prises à l’iPhone sont plutôt montrées en support de mon propos mais je n’aime pas beaucoup les mettre en avant comme éléments principaux d’un billet. Nous avons passé deux jours à Paris entre rive droite et rive gauche, mais on a un peu fatigué pour notre deuxième journée. Sur la rive droite, je voulais visiter la Fondation Cartier pour l’art contemporain, installée depuis le 25 octobre 2025 sur la place du Palais-Royal, juste en face du Louvre. On trouvait dans cet immeuble haussmannien construit en 1854-1855 les Grands Magasins du Louvre qui ont fermé leurs portes en 1974, remplacés par le Louvre des Antiquaires jusqu’en 2016. L’intérieur a été ensuite entièrement repensé par Jean Nouvel, qui avait déjà conçu le bâtiment de la Fondation Cartier au boulevard Raspail en 1994. Une des particularités de l’intérieur du musée remodelé par Nouvel est qu’il se compose de plusieurs grandes plateformes mobiles permettant de modifier complètement la hauteur et la configuration des espaces. Les salles ne sont pas fixes et peuvent se transformer en fonction des besoins de chaque exposition. Au total, l’espace est immense avec un ensemble représentant 8,500 m² accessibles au public, dont 6,500 m² d’exposition. On y montre l’Exposition Générale jusqu’au 23 août 2026. Cette exposition inaugurale présente 40 ans de création contemporaine à la Fondation Cartier à travers sa collection montrant environ 600 œuvres d’artistes provenant de nombreux pays. On a apprécié l’éclectisme de la sélection d’œuvres présentées. Les autres photographies du billet ont été prises dans le jardin du Palais Royal, qui est en quelque sorte un passage obligé de nos séjours à Paris. Le reste du séjour que je n’ai pas pris en photo nous a amené vers des paysages de campagne que je connais bien et qui sont à chaque fois rafraîchissants. Une promenade en vélo en début de soirée nous a fait redécouvrir une partie de la faune du bocage, qu’il aurait été de toute façon difficile à prendre en photo. Les lapins détalaient à notre arrivée dans les virages. Les buses nous observaient de loin en tournoyant, puis se cachaient rapidement derrière la cime des arbres. La vie s’activait autour de nous au moment de notre passage puis tout redevenait calme en seulement quelques secondes. Le séjour en famille passe tellement vite qu’on ne voit pas les jours passés. Ces vacances à la campagne et à la ville étaient très agréables et bien entendu inoubliables.

J’ai déjà mentionné n’avoir pratiquement pas écouté de musique pendant ce séjour. Pourtant, en commençant l’écriture de cette série de sept billets et en développant les photographies qui les composent, j’ai eu soudainement envie de réécouter l’album Zooropa de U2 sorti en 1993. C’est peut-être l’ambiance « européenne » de notre séjour, passant par le Luxembourg avec des petites incursions en Allemagne et en Belgique, qui m’a amené inconsciemment vers cet album en particulier. Des quelques albums de U2 que je possède, Zooropa est celui que j’aime réécouter par morceaux, notamment mes deux préférés: Lemon et Stay (Faraway, So Close). Je réécoute maintenant l’album plusieurs fois dans son intégralité, en redécouvrant avec plaisir certains morceaux comme Daddy’s Gonna Pay for Your Crashed Car, Dirty Day ou encore Zooropa qui ouvre l’album. Cet album est clairement le plus expérimental du groupe, très certainement influencé par Brian Eno. Je trouve qu’il a très bien vieilli. Je ne me souviens plus si j’ai commencé à écouter U2 par cet album ou par Achtung Baby (1992) qui le précédait. À cette époque adolescente, j’écoutais beaucoup de rock alternatif américain et de trip-hop anglais, et j’avais eu envie de diversifier mes expériences d’écoute en me dirigeant un peu vers la pop mainstream. Il faut croire que Zooropa ne correspondait peut-être pas exactement à cette catégorisation, notamment par rapport à Achtung Baby qui marquait une apogée marquante pour le groupe. J’avais ensuite beaucoup écouté les albums ultérieurs, en particulier les classiques War (1983) et Boy (1980). J’ai suivi U2 jusqu’à l’album Original Soundtracks 1 (1995) du projet Passengers de U2 et Brian Eno. Cet album concept composé de musiques de films pour la plupart imaginaires était particulier et profondément intéressant. Je l’ai beaucoup écouté, intrigué par deux morceaux en particulier aux ambiances japonaises: Ito Okashi (いとおかし) avec Akiko Kobayashi au chant et le quasi-instrumental One Minute Warning utilisé pour le film d’animation Ghost in The Shell, du moins pour sa version internationale.

l’été inoubliable (2)

Notre deuxième visite dans les Hauts-de-Seine nous amène dans la ville de Sceaux. Nous y allons à pieds, en traversant Châtenay-Malabry, jusqu’à une coulée verte continue d’environ 12kms allant des portes de Paris à la gare de Massy-Palaiseau. Ce long ruban de verdure en milieu urbain, également appelé promenade des vallons de la Bièvre, a été aménagé sur une voie anciennement destinée au train Paris-Chartres. Il s’agit actuellement d’une voie verte réservée aux cyclistes et aux piétons. La période de canicule en France était terminée à notre arrivée mais montrait tout de même quelques soubresauts. Il fait très chaud et nous cherchons les ombrages en parcourant la coulée verte jusqu’à une des entrées du grand parc de Sceaux. Le domaine départemental de Sceaux, classé aux Monuments historiques, trouve son origine au XVIIᵉ siècle lorsque Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, achète Sceaux en 1670 et entreprend d’en faire sa résidence. Il fait notamment intervenir le célèbre jardinier français André Le Nôtre et Charles Le Brun, qui participa à la décoration du domaine avec Le Nôtre. Le plan des jardins de Le Nôtre reste encore très lisible, avec son grand canal et ses grandes perspectives qui nous rappellent tout de suite Versailles. Nous n’avons bien sûr pas parcouru l’ensemble du domaine. On y trouve apparemment un bosquet nord avec environ 150 cerisiers japonais, qui doivent être magnifiques au printemps. Au bout de ce paysage, malheureusement attaqué par la canicule, on aperçoit le château de Sceaux. Le château que l’on voit actuellement n’est pas celui de Colbert car il fut détruit au début du XIXᵉ siècle. Le château actuel a été construit au milieu du XIXᵉ siècle par les descendants des Trévise. Il abrite maintenant le musée du Domaine départemental de Sceaux, consacré notamment à l’histoire du domaine, aux arts décoratifs et à la vie aristocratique en Île-de-France. Nous profitons de l’entrée gratuite pour en faire le tour. On peut y voir de nombreuses pièces de faïence provenant de la Manufacture de Sceaux, fondée vers 1735, sous le patronage de la duchesse du Maine. On est très impressionné par les céramiques en trompe-l’œil naturalistes, avec des formes d’animaux, de fruits et de légumes. Ces plats en céramique sont parfois très étranges. Je pense par exemple à un imposant plat en forme de tête de sanglier. À la sortie du château, nous rejoignions la longue rue piétonne de Sceaux, la rue Houdan. Elle est agréable, d’autant plus qu’on y trouve la boutique de notre chocolatier préféré, Patrick Roger. On peut trouver ses chocolats ponctuellement au Japon lors des salons du chocolat, mais il n’y possède pas encore de boutique permanente. Les parcs et espaces verts sont nombreux dans cette région des Hauts-de-Seine. On y trouve également de nombreuses demeures anciennes en pierre meulière, souvent conçues par l’architecte Gabriel Reige, très actif au début du XXᵉ siècle dans le sud des Hauts-de-Seine notamment autour de Sceaux, Châtenay-Malabry et Le Plessis-Robinson.

J’ai une petite routine lorsque nous retournons en France, celle d’acheter le dernier numéro du magazine Les Inrockuptibles. Le numéro 52 de Juillet/Août 2026 m’intéresse tout particulièrement car il s’intitule The Cure, Une jeunesse éternelle. Une quarantaine de pages sont consacrées au groupe. Elles ne m’ont pas appris de nouvelles choses mais je les ai dévoré avec un délice certain, sans pourtant écouter de morceaux du groupe entre deux épisodes de lecture. J’ai en fait écouté très peu de musique pendant ce séjour estival, ce qui n’est pas complètement étonnant mais tout de même plutôt rare. De précédents séjours en France, je me souviens avoir beaucoup écouté ETA (2023) de NewJeans et Live to Tell (1986) de Madonna lors de notre dernier séjour en 2023. Lors d’un précédent séjour en 2015, j’ai un souvenir très vif du morceau Let it Happen (2015) de Tame Impala. La seule musique que j’ai pu écouter cette année passait à la radio. On y passe encore souvent le morceau Dracula du même Tame Impala de son dernier album. Sur la radio RTL, j’ai été surpris d’entendre que l’émission Stop ou Encore existe toujours. On y passait plusieurs morceaux tout à fait de saison des Beach Boys, ainsi que deux ou trois morceaux d’Etienne Daho qui m’ont ramené avec plaisir vers les années 1980: Week-end à Rome sur l’album La notte, la notte (1984) et Epaule tattoo sur Pop Satori (1986). Je n’écoute pas beaucoup de musique française, même très peu, mais je me suis dis que je (ré)écouterais bien Daho. En cherchant un titrage pour cette série estivale, j’ai repensé soudainement au titre d’un morceau de Jeronimo sur son album Un monde sans moi datant de 2002, que j’avais découvert à l’époque grâce à une compilation très éclectique des Inrockuptibles intitulée Made in France – Automne 2003. L’été inoubliable dans les paroles du morceau de Jeronimo est bien entendu très différent de celui que l’on a passé.

ꪖᠻꪻꫀ᥅ ꪻꫝꫀ ᥅ꪖ꠸ꪀ ᒿ

Je continue à marcher après la pluie depuis Aoyama jusqu’à Daikanyama pour terminer ma course à Ebisu devant le petit sanctuaire qui reprend le nom du quartier. Dans les oreilles, quelques morceaux sélectionnés de compilations du magazine web indépendant AVYSS. Je parle régulièrement du magazine AVYSS consacré aux musiques alternatives et underground. Il a été fondé en Juin 2018 par Nobuyuki Sakuma (佐久間宣行) et mêle journalisme musical et organisation d’événements incluant concerts et festivals. Le nom de Nobuyuki Sakuma, également connu sous le nom de CVN, m’est en fait familier depuis de nombreuses années car il est le créateur du groupe Jesse Ruins, évoluant dans des atmosphères dream pop, shoegaze et d’électronique atmosphérique. Jesse Ruins était d’abord un projet solo de Sakuma avant de devenir un duo avec l’arrivée de la chanteuse Nah (Naho Imajima), dont la voix éthérée et fantomatique est une des signatures du groupe. Du groupe j’avais découvert leur premier album Dream Analysis sorti en 2012. Cet album m’avait beaucoup impressionné, voire hypnotisé, et il s’agit très certainement de leur œuvre la plus emblématique, avec des morceaux comme Sofia, le morceau titre Dream Analysis ou encore Shatter the Jewel. Après plusieurs années passées comme musicien, Nobuyuki Sakuma a estimé que les médias japonais parlaient surtout d’artistes déjà établis. AVYSS est né de cette frustration et de la volonté de mettre en avant des scènes encore invisibles.

Je n’écoute pas systématiquement toutes les sorties musicales mentionnées sur AVYSS mais je suis tout de même très attentif à son actualité. J’attendais avec beaucoup de curiosité la double compilation INNER SYNC et HOLLOW HYPE, dont certains noms d’artistes et groupes m’étaient familiers. Les deux compilations sont sortis à quelques jours d’intervalle au tout début du mois de Juillet, INNER SYNC le 1er juillet 2026 et HOLLOW HYPE le 8 juillet 2026. Ces deux albums ont été conçues comme un diptyque autour d’un même thème titré SURVIVE explorant deux façons complémentaires de traverser notre époque.

Le premier volume INNER SYNC est plutôt tourné vers le concept d’introspection. On retrouve dans les créations originales des artistes une forme de mélancolie rock, que j’aime beaucoup en musique. On est sur cette compilation proche des univers dream pop, shoegaze et indie rock. Sur les onze artistes de la playlist, j’en connais quelques uns dont j’ai déjà parlé sur Made in Tokyo, notamment Yuka Nagase (長瀬有花), XAMIYA et Yureru ha Yūrei (揺れるは幽霊). Le morceau de ce dernier groupe intitulé Tsumuruto (つむると) est d’une sensibilité déconcertante. La guitare cristalline de Hidaka (日高) et la voix délicate de Sako (佐古) nous saisissent immédiatement. Le jeune groupe Yureru ha Yūrei, originaire de la préfecture d’Okayama, a également sorti il y a quelques jours un nouveau single intitulé from qui est beaucoup plus énergique mais avec toujours cette même mélancolie latente. La dernière partie de l’album INNER SYNC me plait en fait beaucoup avec ensuite deux formations que je ne connaissais pas: Kosame Chan (小雨ちゃん) avec le morceau Genshisha no Koibito (幻視者の恋人) et Kuyuru (くゆる) avec Soul. Kosame Chan est en fait un projet solo d’une jeune artiste se définissant comme une employée de bureau qui enregistre sa musique chez elle (宅録オフィスレディ). J’aime beaucoup la guitare aérienne pleine de réverbération qui ouvre et accompagne le morceau et la voix très présente de Kosame Chan. On ressent en effet dans cette musique une grande intimité et fragilité, dans un format indie rock qui prend son temps dans le style slowcore. Le morceau intitulé Soul du groupe Kuyuru (くゆる) est en comparaison plus sombre et plus tendu. Il s’agit d’un groupe formé en 2022, composé de cinq membres: Ayana Shimoto (下戸あやな) au chant et guitare, Kōki Tobita (飛田熙) et Ryūta Ueda (上田隆太) aux guitares, Rui Kawase (河瀬塁) à la basse et Wataru Yamaguchi (山口航) à la batterie. On tend beaucoup plus vers le shoegaze notamment sur la deuxième partie du morceau où un mur de bruit envahit tout l’espace. Il s’en échappe tout de même la voix délicate et retenue d’Ayana Shimoto.

Je m’attendais à voir figurer sur cette compilation le groupe de rock indé iVy dont je parle régulièrement sur ces pages, car je vois ce duo souvent associé à AVYSS. Elles étaient notamment mises en avant dans la première édition papier du magazine, sur une longue interview. On retrouvait en fait iVy sur une autre compilation de AVYSS sortie en 2025 sous le nom AVYSS i.e. (アイ・イー) groupant douze reprises de divers artistes et groupes comme ASIAN KUNG-FU GENERATION, Quruli (くるり), Soutaisei Riron (相対性理論), tricot, Ichiko Aoba (青葉市子) entre autres. Les reprises étaient de qualité variable, mais j’ai particulièrement aimé la proposition de iVy, avec CVN à la composition, sur la reprise du morceau Strobolights de Supercar, extrait de leur album Highvision de 2002. La ré-interprétation est très réussie, ce qui n’était pas gagné d’avance car ce morceau est à mon avis un des plus emblématiques de Supercar. Sur cet album compilation, c’est la reprise qui m’a le plus convaincu. Sur la compilation INNER SYNC, j’aurais également bien vu figurer le groupe de rock indé Trooper Salute (トルーパーソリュート) que j’ai découvert avec leur excellent single Zetsuen (絶縁), extrait de l’album Tomodachi ga Imashita (友達がいました) sorti en Juin 2026. Le jeune groupe originaire de Nagoya est né sous sa formation actuelle en Janvier 2024 et se compose de cinq membres: Musashi (ムサシ) au chant, Hayato Komiya (小宮颯斗) aux claviers (également principal compositeur), Junsei Iwai (岩井純成) à la guitare, Ron Sangen (ロン三元) à la basse et Kion Umemura (梅村祈穏) à la batterie. Trooper Salute se définit lui même comme un groupe d’indie rock symphonique. On ressent cette ampleur symphonique sur le morceau Zetsuen. Le titre relativement long de 6 minutes 30s s’ouvre d’abord sur une introduction électronique où la voix de Musashi est découpée et répétée en boucle, créant un effet hypnotique très intéressant. La batterie et les guitares prennent ensuite progressivement toute leur ampleur. J’aime ce duo de voix, en contraste masculin et féminin, et notamment la voix pleine de passion de Musashi. La scène rock indé japonaise fourmillent de groupes très prometteurs comme Trooper Salute, et ce n’est pas le premier que j’écoute qui est originaire de Nagoya.

Le deuxième volet de la compilation AVYSS intitulé HOLLOW HYPE prend une orientation différente vers des sons et des énergies électroniques, hyperpop et hip-hop. On y trouve souvent des sons plus saturés et des rythmiques agressives. Là encore, quelques noms me sont familiers comme celui de l’artiste électronique cyber milkちゃん dont j’ai déjà parlé plusieurs fois, mais j’y trouve dans l’ensemble moins de morceaux qui m’accrochent vraiment. J’aime assez le morceau electro pop Face to Face de DOGGIE, artiste originaire de Tokyo évoluant à la frontière de l’électronique et du hip-hop. Le morceau suivant intitulé Downer par Elle m’intéresse beaucoup. Elle est un rappeur et chanteur japonais issu de la scène cloud rap, proche de l’écosystème SoundCloud que met régulièrement en avant AVYSS. Le cloud rap est un sous-genre du hip-hop apparu à la fin des années 2000 privilégiant des textures nous donnant l’impression que la musique flotte dans les nuages. Le morceau n’en est pas moins très rythmé. Dans les paroles, il nous parle de diverses choses banales, de ses préférences personnelles comme le fait de rester fidèle à Apple Music malgré la popularité de Spotify, de comparer les boissons Red Bull et Monster, préférant l’un à l’autre, puis il glisse discrètement le fait que Suzu Hirose n’est pas vraiment son type (広瀬すずタイプじゃないんよな). Il ne s’agit à priori pas là d’une critique spécifique contre l’actrice, mais plutôt d’une manière d’affirmer son détachement par rapport aux repères culturels immédiatement reconnaissables, Suzu Hirose étant une des actrices presque unanimement appréciées au Japon. Vers la fin de HOLLOW HYPE, le morceau électronique expérimental OverFloaT de NYANPiPi (ニャンピピ) a une approche assez radicale qui est très intéressant. De cette artiste electro hip-hop qui réalise tout elle-même, je connais le single Queendom, dont l’approche agressive donnait certains airs de ressemblance avec la K-Pop. NYANPiPi est apparemment bilingue japonais-coréen et écrit aussi bien en japonais qu’en coréen, ce qui explique peut être cette impression. Le morceau OverFloaT est par contre très différent et me plaît beaucoup plus, malgré sa courte durée. C’est d’ailleurs une des caractéristiques des quelques morceaux mentionnés ci-dessus sur ce deuxième volet de la compilation, les morceaux font moins de trois minutes.

Sur cette compilation, j’aurais bien imaginé la présence de 嚩ᴴᴬᴷᵁ qui est également proche de la sphère AVYSS. Ça aurait pu être son nouveau morceau publié pour l’instant seulement sur SoundCloud et n’ayant pas encore de titre officiel. 嚩ᴴᴬᴷᵁ a d’ailleurs fait appel aux propositions par l’intermédiaire d’un message sur son compte Instagram. Je lui ai laissé la proposition de nommer son titre « Vaciller », volontairement en français dans le texte pour susciter une réaction et parce que je ressens souvent ce vacillement dans sa musique. Elle emploie d’ailleurs le mot plusieurs fois dans ce nouveau morceau sans titre (ou plutôt avec un titre provisoire NOTITLE). Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me réponde en me demandant de confirmer que c’était bien un mot français et pour savoir les raisons qui m’ont poussé à faire cette proposition. Mon explication n’a pas encore reçu de réponse ou d’approbation de sa part, mais on verra bien quel titre s’appliquera finalement à ce nouveau single, par ailleurs très beau.

un souffle de café

Lors de notre sortie précédente, il y a quelques semaines, vers la pointe de la préfecture de Chiba, dans la petite ville côtière de Tateyama (館山), nous avons découvert un torréfacteur artisanal nommé Blower Coffee Roastery. Le café a ouvert ses portes à Tateyama en mai 2015 et est géré par le torréfacteur Takanobu Nishimura (西村孝信), spécialisé dans les cafés de spécialité torréfiés artisanalement et de nombreuses origines. Le nom Blower (ブロワ) vient du ventilateur mécanique intégré à la machine de torréfaction. Cet appareil contrôle le flux d’air, indispensable à la torréfaction et au refroidissement des grains. Nishimura a choisi ce nom avec l’idée de faire souffler un vent de café depuis Tateyama vers le reste du monde. L’ambiance dans cette baraque de bois y est paisible, à l’écart de tout en pleine nature. On peut prendre son café sur une petite terrasse ouverte sur l’extérieur, avec devant nous une entrée de béton vers des vestiges de tunnels utilisés pendant la seconde guerre mondiale. Le café Blower est un peu loin du centre de Tateyama et certainement peu pratique d’accès sans voiture, mais nous n’étions pourtant pas les seuls sur place.

Musicalement, j’écoute en ce moment deux albums du groupe Suchmos que j’ai trouvé au Disk Union de Shinjuku, d’abord The Ashtray sorti en 2018 puis The Kids sorti l’année d’avant en 2017. Je connaissais quelques morceaux du groupe, notamment le single Stay Tune de l’album The Kids et VOLT-AGE de The Ashtray, ce dernier étant utilisé par la NHK comme thème musical de la coupe du monde de football de 2018. Suchmos mélange les genres, puisant dans le rock, le jazz, le hip-hop, la soul et le funk afro-américains. Il en ressort une ambiance absolument cool porté par le groove décontracté du chanteur Yonce, dont j’adore la voix. L’album The Kids est à mon avis plus abouti que The Ashtray, avec des pépites comme A.G.I.T. qui ouvre l’album, l’incontournable Stay Tune bien sûr, le groove raffiné de Snooze, la mélancolie lumineuse de Mint. J’ai aussi un gros faible pour le morceau un psychédélique Seaweed. C’est super maîtrisé mais en même temps complètement déconcertant de coolitude. Sur The Ashtray, le morceau ouvrant l’album 808 est également très emblématique du groupe, entre approche rythmée et soul rêveuse, avec toujours la voix aérienne de Yonce. Le morceau est sublime. VOLT-AGE qui suit est très différent, avec une énergie rock qui monte en puissance le long des sept minutes du morceau. J’aime aussi la chaleur du morceau Funny Gold et l’approche plus contemplative du magnifique morceau One Day in Avenue. Je ressens sur de nombreux morceaux de Suchmos une ambiance estivale. Ils ne sont pas originaires des côtes de Chiba, mais de celles du Shōnan dans la préfecture de Kanagawa que je connais plutôt bien. Je vais continuer à découvrir les autres albums et j’aimerais maintenant les voir en concert. Après une interruption de leurs activités en 2021, suite au décès de leur bassiste HSU (Hayata Kosugi), Suchmos a fait son retour avec un concert au Fuji Rock Festival le 25 juillet, qui constituait leur première grande apparition en festival depuis leur reformation. J’avais regardé en direct sur YouTube ce concert qui m’avait beaucoup plu. Ce n’est qu’un an plus tard que ces images me sont revenues en tête me donnant envie d’écouter leurs albums.

Le morceau VOLT-AGE utilisé par la NHK pour la coupe du monde de football de 2018 me rappelle bien sûr des bons souvenirs pour l’équipe de France. J’écoute en ce moment beaucoup de podcasts français couvrant la Coupe du Monde 2026 de football. J’aime toujours suivre les grandes compétitions internationales mais je suis cette fois-ci particulièrement passionné par cette coupe du monde et par les performances de l’équipe de France, jusqu’à cette demi-finale malheureuse et même incompréhensible contre l’Espagne. Pour être très honnête, je ne connaissais pas bien cette équipe à part son capitaine et quelques autres, mais les émissions de radio du journal de l’Équipe, de RTL et RMC ont énormément contribué à combler mes lacunes et à mieux connaître les particularités de cette équipe et de ses adversaires. Je me lève même à 4h ou 5h du matin pour regarder la plupart des grands matches (en buvant du café glacé) lorsqu’ils sont retransmis en direct sur les chaînes japonaises, tout en écoutant les commentaires pendant et après le match de la radio RMC. Je pense que comme beaucoup, j’ai été poussé par l’espoir d’une troisième étoile avec une équipe qui faisait pratiquement l’unanimité. L’équipe reste très belle même si elle ne gagnera désormais pas la finale et nous a fait en tout cas rêver pendant plusieurs semaines. Ça me laissera certainement un manque quand cette compétition sera terminée mais je doute en même temps continuer à écouter ces émissions de radio après la fin de le coupe du monde. Ce sera comme une parenthèse qui se refermera, un souffle de café qui s’envolera au large pour ne revenir que dans quatre ans.

ꪖᠻꪻꫀ᥅ ꪻꫝꫀ ᥅ꪖ꠸ꪀ ᧒

Il y a des saisons plus ou moins propices à la photographie. J’aime particulièrement cette période de la deuxième partie du mois de Juin et du début Juillet pour la moiteur de la saison des pluies qui se ressent directement dans les photographies. En cette période de l’année, je repense systématiquement au mois de Juin 2009 pour le volume 6 d’une série mensuelle que j’avais mené presque exclusivement pendant une année durant. Je marche ici en direction de Nishi Azabu avec en tête de voir un nouvel immeuble de la longue série Barbizon. Il s’agit du Barbizon89 conçu par Institute of New Architecture (INA). Ses formes angulaires de couleur anthracite et ses grandes ouvertures obliques donnent au bâtiment un aspect futuriste. Il ne semble par contre pas être complètement terminé, car une barrière métallique l’entoure dans son intégralité. En revenant sur mes pas, je m’égare ensuite volontairement en direction du cimetière d’Aoyama pour ensuite revenir vers le musée Nezu en partie entouré d’une étroite forêt de bambous. En continuant ensuite mon chemin, je passe devant la live house Blue Note d’Aoyama. J’aime passer devant pour voir qui y jouera dans les prochains jours ou semaines. Les artistes que je vois sur une petite affichette posée derrière une vitrine sur le mur extérieur du Blue Note me sont presque toujours inconnus.

À part King Gnu et le festival musical de Hibiya, je n’ai pas vu beaucoup de concerts cette année, mais je me rattraperais un peu en fin d’année avec Hitsuji Bungaku (羊文学) en Novembre et Fujii Kaze en Décembre. C’est la troisième fois que je verrais Hitsuji Bungaku, mais cette fois-ci, j’irais les voir avec mon fils qui m’a en fait poussé à prendre des places. Le concert se déroulera dans le fameux Gymnase de Yoyogi, conçu par Kenzo Tange pour les Jeux Olympiques de 1968. Je dis souvent que ce gymnase est la plus belle œuvre architecturale de Tokyo. Je ne suis donc pas mécontent de pouvoir allier le plaisir musical au plaisir architectural. Ce n’est par contre pas la première fois que je vois un spectacle dans ce gymnase. Je garde un excellent souvenir de notre concert de King Gnu à Takamatsu, qui était un moment très spécial. Mon fils ira d’ailleurs les revoir la semaine prochaine au Yokohama Arena, mais cette fois-ci avec Mari. Le concert de Fujii Kaze en Décembre se déroulera lui au Tokyo Dome et j’y irais avec Mari. Moi qui est plutôt l’habitude d’aller voir des concerts seul de groupes plutôt indépendants, cette année est très différente. Une des nouvelles inattendues est l’annonce d’une nouvelle tournée nationale de Sheena Ringo cette année en Octobre et Novembre. C’est d’autant plus inattendu que je n’ai pas le souvenir d’une double tournée de grande ampleur pendant une même année. Il sera apparemment seulement possible de réserver une place par personne. Peut-être que cette nouvelle tournée est une réponse au mécontentement, dont le mien, du au manque de places pour sa tournée d’il y a quelques mois. Après quelques tergiversations, j’ai renouvelé mon abonnement au fan club Ringohan au dernier moment.

En parlant de Sheena Ringo, elle vient justement de sortir il y a quelques jours un excellent nouveau single intitulé Naked (裸), qui sert de thème musical au drama de Fuji TV Last Note, diffusé le jeudi soir. Ringo écrit les paroles et compose le morceau. Il est interprété par un quatuor rock composé des fidèles Shun Ishiwaka (石若駿) à la batterie, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la guitare basse, Yukio Nagoshi (名越由貴夫) à la guitare électrique et Masaki Hayashi (林正樹) au piano électrique wurlizter. Les incursions électroniques au début et les quelques percussions synthétiques qui agrémentent le morceau me font penser qu’il se trouve dans la continuité de ce qu’on avait pu entendre sur son album Kinjite (禁じ手). L’approche rock est loin des grandes orchestrations et conserve cette sophistication harmonique caractéristique de Ringo et qui fait tout son génie. La voix de Ringo est mise très en avant. Naked ressemble clairement à un morceau de Sheena Ringo, jusqu’au larsens languissant de guitare à la fin qui me rappelle par petites touches ses débuts, en particulier celui à la fin de Odaijini sur KSK.

Dans les sorties que j’attendais avec une impatience certaine, il y a également un nouveau single de Millennium Parade intitulé Blue, avec l’artiste canadienne d’origine japonaise et écossaise Saya Gray et l’auteur compositeur et interprète canadien de R&B Daniel Caesar. Le morceau composé par Daiki Tsuneta est sublime de sensibilité. Il a d’abord une approche très douce mais gagne en rythme en deuxième partie. Cette transition est habilement menée. Le morceau n’est pas aussi démonstratif que les singles précédents du projet, comme W●RK. Il est plus aéré jouant sur des ambiances neo-soul pleines de textures. Daiki Tsuneta a expliqué que le titre est né d’une session avec Saya Gray il y a trois ans, avant d’être complété avec la participation de Daniel Caesar. J’espère que ce single va relancer la machine Millennium Parade car depuis leur tournée annulée, on manquait un peu de nouvelles. J’ai personnellement un grand intérêt pour tout ce que compose Daiki Tsuneta musicalement, et notamment dans ce projet Millennium Parade qui a une approche un peu plus expérimentale que King Gnu. Le single Blue est le thème musical de fin de la nouvelle adaptation animée de Ghost in the Shell par le studio Science Saru, qui vient de démarrer sur Amazon Prime avec un premier épisode. L’approche graphique est plus proche du manga, par rapport au film d’animation de 1996, ce qui n’est pas pour me déplaire, même si je le trouve un peu trop cartoon. Il y a un juste milieu qui est apparemment difficile à trouver, car Masamune Shirow réussissait dans le manga d’origine à mélanger avec habileté une approche sérieuse de l’atmosphère avec des scènes parfois loufoques. King Gnu compose le morceau d’ouverture de cette nouvelle série. Le morceau intitulé GO GHOST est également très bon mais n’est pas encore sorti.