la colline aux grues

Après notre visite du Shonandai Culture Center, nous reprenons la route pour une quarantaine de minutes jusqu’au grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu de Kamakura (鎌倉鶴岡八幡宮). Comme nous y arrivons vers 16h, le parking n’est pas plein et nous pouvons y stationner. À cette heure-ci, la réception où l’on peut collecter le sceau goshuin n’est heureusement pas encore fermée. Nous connaissons bien cet endroit car nous nous y sommes mariés, en kimono, dans le petit pavillon de danse appelé Maiden (舞殿) placé au centre de la grande cour, face à l’escalier monumental qui mène au sanctuaire principal. Outre les mariages shintō, cette plateforme cérémonielle couverte et ouverte sur la cour peut être utilisée pour des danses rituelles Kagura (神楽).

Nous n’avons pas visité le Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum (鎌倉文華館 鶴岡ミュージアム) mais j’aime m’arrêter quelques dizaines de secondes pour le prendre en photo. Le musée a été conçu par l’architecte Junzo Sakakura en 1951. Le Kamakura Hall, comme il se nommait à l’époque était le premier musée public d’art moderne du Japon. En Janvier 2016, 65 ans et 525 expositions plus tard, son existence fut menacée car le terrain arriva à expiration de son contrat de location et devait être retourné au sanctuaire. Il ferma ses portes en Mars 2016, puis fut reconnu comme bien culturel important de la préfecture. Des travaux de restauration commencèrent en 2017 pour renforcer sa structure tout en préservant son architecture historique. Le musée rouvrit ses portes en Juin 2019 sous le nom de Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum. Je le regarde toujours de loin pour vérifier sa présence tout en me disant qu’il aurait pu disparaître.

J’ai également très souvent pris en photo le pin japonais se trouvant à l’entrée de la longue allée menant au sanctuaire. Ses formes sculptées par le vent m’avaient inspiré ma série de compositions photographiques Urbano-Végétal. Les toutes premières compositions de la série utilisaient d’ailleurs les pointes de cet arbre pour la partie végétale. Ce pin, élégant mais en même temps un peu punk comme une coiffure extravagante, se trouve juste à côté de la grande porte torii rouge qui délimite l’enceinte du sanctuaire. La longue allée qui suit nous amène au niveau de la station de Kamakura, en direction de l’océan. On s’enfonce ensuite dans les rues commerçantes, notamment celle de Komachi (小町通り) à la recherche d’un petit établissement proposant du shiruko depuis bien longtemps.

J’ai d’abord découvert le groupe After Dinner par l’émission de la radio NTS Liquid Mirror d’Olive Kimoto sur un épisode de Juin 2019 intitulé An 80s Japanese Rétrospective. La playlist de l’épisode démarrait par un morceau de ce groupe intitulé Paradise of the Replica, tiré d’un album du même nom. Ce morceau m’avait paru d’une beauté très étrange, mélangeant une ambiance à la fois fragile et théâtrale, avec une musique un peu triomphante qui semble annoncer le début d’un acte. Je n’avais pas poussé mon écoute plus avant car il y avait déjà tant de choses à découvrir sur cette playlist de Liquid Mirror, mais je me suis rappelé d’y revenir en voyant cet album mentionné sur la sélection Japanese Alternative’s Guide to JP New Wave du site Japanese Alternative Magazine (JPN ALT MAG).

L’album Paradise of Replica, sorti en 1989, est le deuxième album du groupe After Dinner, mené par la chanteuse et compositrice Haco. Le groupe est issu de la scène new wave et expérimentale du Kansai. Cette musique évolue dans des ambiances d’avant-garde pop clairement expérimentales. Les neuf morceaux de ce court album de 30 minutes se composent de collages sonores qui nous amènent dans des directions inattendues. Les morceaux Kitchen Life I et Kitchen Life II sont certainement les plus expérimentaux et complexes à appréhender à la première écoute. L’album est très orchestré et possède une force poétique assez fabuleuse. Des morceaux comme A Walnut ont une beauté aérienne très délicate. On y ressent même quelque chose de sacré. On imagine une musique de chambre, mais qui change soudainement de direction vers des rythmes pop plus appuyés. Les arrangements sont très variés, avec des cordes, des instruments traditionnels japonais, des percussions diverses, des sons synthétiques et parfois insolites. Un ballon de volley est même utilisé comme instrument sur le morceau Dancing Twins. C’est Haco elle-même qui tapote sur le ballon de volley sur ce morceau. Elle chante sur tous les morceaux, accompagnée par Yosuke Isshiki aux claviers, piano frappé au marteau-pointe et percussions, Masahiro Kitada à la boîte à rythmes et claviers, soroba-tone, batterie, guitares, Tadahiko Yokogawa aux claviers, basse électrique, percussions, entre autres. de nombreux autres musiciens interviennent sur l’album en fonction des morceaux. Celui intitulé Ironclad Mermaid est l’un des plus beaux de cet album qui fourmille d’idées. Certains passages à cordes accompagnés de mouvements mécaniques me donnent des frissons à chaque écoute. On se demande comment les morceaux de l’album parviennent à maintenir leur équilibre, mais ça fonctionne étonnamment très bien car ils sont très sensibles et invitent à un voyage intérieur. C’est certainement la raison pour laquelle cet album est considéré comme un disque culte de la pop expérimentale japonaise. On peut se demander quelle est la signification du titre très intrigant Paradise of Replica. J’ai pu lire que ce titre avait été imaginé par Haco comme un clin d’œil ironique à la culture japonaise de l’époque, souvent perçue comme mélangeant et réinterprétant des influences étrangères pour créer quelque chose de nouveau.

l’architecture lunaire du Shonandai Culture Center

J’avais noté depuis longtemps dans un coin de ma tête la visite du Shonandai Culture Center conçu par l’architecte Itsuko Hasegawa (長谷川逸子). J’y avais repensé après ma visite, il y a déjà presque quatre ans, du Sumida Lifetime Learning Center conçu par la même architecte. Les années ont ensuite passé et nous n’y sommes finalement allés que très récemment. Le complexe, utilisé principalement comme centre d’activités pour les enfants, se trouve au delà de Fujisawa dans la préfecture de Kanagawa, un peu excentré par rapport aux lieux plus touristiques que sont Kamakura et Enoshima. Il se trouve dans une zone résidentielle près de la station de Shonandai qui se situe elle-même à environ 1h30min de train depuis le centre de Tokyo. il nous aura fallu une bonne heure en voiture pour nous y rendre, traversant des banlieues que nous ne connaissions pas dans des zones loin de l’océan et loin des montagnes.

L’architecte Itsuko Hasegawa est originaire de la préfecture voisine de Shizuoka. Elle est née en 1941 et étudia l’architecture à l’Université Kantō Gakuin dont elle sera diplômée en 1964. Elle travailla ensuite quelques années avec l’architecte Kiyonori Kikutake, puis avec Kazuo Shinohara au Tokyo Institute of Technology de 1971 à 1979, avant de fonder sa propre agence d’architecture en 1979. En 1987, elle gagna le premier de la compétition pour concevoir le Shonandai Cultural Centre. Le design commença en 1987 et la construction du complexe s’acheva en 1990. Les formes futures de l’ensemble dénote avec le reste du quartier et est dans un esprit assez proche du Sumida Lifetime Learning Center construit quelques an plus tard, en 1994. Là encore, on perçoit dans ce building l’exubérance architecturale de la fin de la bulle économique. On peut se demander comment les résidents ont accepté un bâtiment si particulier dans leur quartier mais l’architecte eut semble-t-il de nombreuses discussions avec les habitants pour intégrer leurs points de vue. L’espace extérieur ressemble à un terrain de jeu futuriste organisé autour de grosses planètes en suspension.

On trouve à l’intérieur un planétarium, un théâtre, des espaces d’activités pour les enfants qui ont l’air de s’y donner à cœur-joie. Un chemin latéral extérieur circulant et grimpant entre des étranges tourelles obliques permet de s’approcher des grosses sphères. Le bâtiment a vieilli et c’est dommage qu’il ne soit pas mieux entretenu. Une petite rivière artificielle est censée passer au milieu de la place intérieure mais l’eau ne circule plus. On sent également que les espaces intérieurs sont usés, mais l’endroit est plein de vie, malgré le calme apparent de mes photographies. L’attention aux détails est étonnante, qui va jusqu’à l’agencement inhabituel des boutons des étages dans les ascenseurs. Chaque porche semble avoir été pensé et travaillé dans les moindres détails, ce qui chagrine d’autant plus que l’endroit ne soit pas mieux maintenu. Malgré cela, ce complexe à mi-chemin entre architecture et installation artistique est tout simplement magnifique. Mon œil de photographe amateur était épuisé à la fin de cette visite, tant on a envie de scruter chaque recoin du complexe. La suite de notre journée nous a amené à Kamakura, vers des lieux qui nous sont plus familiers et que je montrerais certainement dans un prochain billet.

海風に響くロックの光

Notre sortie du Samedi nous amène dans le quartier moderne de Minato Mirai à Yokohama, dans le parc Rinko (臨港パーク) situé au bord de la baie, derrière l’immense complexe Pacifico Yokohama (パシフィコ横浜) regroupant des halls de conférence et d’exposition, et le grand hôtel Intercontinental immédiatement reconnaissable par sa forme de voile. J’ai toujours vu la forme de cet hôtel comme une demi-lune, mais il s’agit officiellement d’une voile. La forme de voile est d’ailleurs également utilisée comme motif architectural pour le complexe Pacifico Yokohama que j’ai déjà montré sur ces pages. Notre destination est le nouvel espace Yokohama Timber Wharf ouvert en octobre 2025 à l’intérieur du parc Rinko. La particularité du bâtiment est d’être composé d’une architecture en bois qui s’intègre donc très bien au paysage naturel du parc. Il a été conçu par l’architecte et designer Taiju Yamashita (山下泰樹). On trouve au rez-de-chaussée du bâtiment un café et une boulangerie de la chaîne propriétaire de la boutique spécialisée dans les donuts I’m donut?. La boulangerie s’appelle dacō et opère dans le même espace où on peut manger. L’espace est animé et plutôt convivial malgré la foule. On est assis au bord d’un comptoir courbé en regardant le staff s’affairer devant les machines pour préparer les donuts entre autres bonnes choses. Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence mais le personnel était uniquement féminin ce jour-là . Elles avaient l’air d’apprécier leur travail, avec sourire et plaisanteries, ce qui m’a agréablement étonné. On ressort après le déjeuner pour marcher dans le parc tout en admirant la structure de bois du Timber Wharf. Ce n’est pas le premier bâtiment d’importance construit d’une structure en bois, mais je trouve celui-ci très élégant. Le vent s’est un peu calmé car il était fort à notre arrivée. L’allergie au pollen a démarré la semaine dernière avec les températures qui se font plus douces et les vents forts.

Côté musiques japonaises, mes intérêts du moment se dirigent beaucoup vers des albums plus anciens, des années 1980 et 90, mais je reviens également de temps en temps vers les nouveautés comme les excellents morceaux pop-rock du jeune groupe rock Haku (はく。). Haku est une formation indie rock née en 2019 à Osaka. Le groupe entièrement féminin et d’une moyenne d’âge de 22 ans se compose de quatre membres appelées seulement par leur prénom: Ai (あい) au chant principal et à la guitare rythmique, Nazuna (なずな) à la guitare, Kano (カノ) à la guitare basse et aux chœurs, et Mayu (まゆ) à la batterie. Leur style est très énergique, avec des influences du rock indie britannique et américain. Les mélodies souvent lumineuses et rafraîchissantes. La voix de Ai donne un sentiment de liberté et virevolte sur l’excellent morceau intitulé Fuwa Rin (ふわ輪), que j’ai découvert à la radio sur J-Wave car le groupe y était invité. Je ne me suis rendu compte un peu plus tard que je connaissais en fait déjà ce groupe pour la reprise très inspirée et amusante du morceau Kamu kamo shikamo ni-domo kamo! (かむかもしかもにどもかも) du groupe MONO NO AWARE. Je pense que beaucoup doivent connaître cette reprise décontractée mais très bien maîtrisée car la vidéo était devenue virale sur YouTube et Instagram. Le chanteuse Ai a un don certain pour le parler rapide, qu’elle n’utilise pas beaucoup sur les morceaux que je connais sauf sur le très intense That’s All I Can Say (それしか言えない) sorti en Septembre 2025. J’adore la force et l’émotion qui se dégage de ce morceau. J’écoute également les morceaux Looking through my subtle double eyelids (奥二重で見る) du EP Catch également sorti en 2025 et un morceau un peu plus apaisé intitulé Naive Girl sorti en 2022.

garden of poppies

あけおめ

ことよろ

二◯二六

L’année 2026 sous le signe du cheval vient juste de commencer et je n’ai pas encore réfléchi aux bonnes résolutions à prendre pour cette nouvelle année. Vu que j’ai renouvelé mon abonnement d’hébergement de Made in Tokyo avec une contrainte d’augmentation de l’espace mémoire, je me sens un peu obligé à continuer une année de plus, la vingt-troisième année pour être plus précis. Cette année, j’aimerais pouvoir avoir assez d’inspiration pour continuer à écrire mes petites fictions, que ça soit la suite du mon histoire du Songe à la lumière, que je n’ai pas beaucoup fait avancer pendant l’année 2025, ou les autres histoires courtes qui me viennent à l’esprit. Écrire ces histoires me procure le plus de satisfaction, mais demande à ce que les bonnes conditions soient réunies, ce qui ne se commande malheureusement pas. En attendant cela, je continue à montrer mes photographies dont certaines, comme celles ci-dessus, sont un peu datées car elles ont été prises l’année dernière.

Nous sommes ici dans le jardin du sanctuaire Samukawa (寒川神社) dans la préfecture de Kanagawa. Ce jardin sacré appelé Kantakeyama Shinen (神嶽山神苑) est un jardin traditionnel japonais situé à l’arrière du bâtiment principal du sanctuaire. Il a été rénové et ouvert au public en 2009. Il est accessible aux visiteurs qui ont effectué une prière Oharai (お祓い) au sanctuaire. Ce rituel dans les sanctuaires shintō est pratiqué pour éliminer les impuretés et les calamités afin de se purifier le corps et l’esprit. Cette étape est nécessaire avant d’accéder au jardin auquel on a donné un caractère sacré. L’endroit est très agréable, composé d’un bassin central et d’une maison de thé dans laquelle on peut faire une pause. On peut y déguster du thé matcha tout en profitant de la vue sur le jardin. Le jardin contient également une scène ishibutai, une scène en pierre utilisée pour des spectacles de danses kagura ou de musique traditionnelle gagaku. Il n’y avait malheureusement pas de représentation lors de notre passage. La visite valait le déplacement d’autant plus que nous avons pu profiter des derniers feuillages d’automne dans un calme admirable.

La musique que j’évoque pour ce premier billet de l’année date également un peu car il s’agit d’une compilation du label YEN sortie en 1985 intitulée YEN Sotsugyo Kinen Album (YEN卒業記念アルバム) et venant conclure les activités du label fondé en 1982 au sein d’Alpha Records par Haruomi Hosono (細野晴臣) et Yukihiro Takahashi (高橋幸宏). Ce label avait été créé avec l’ambition de transformer la scène musicale japonaise en lançant les carrières d’artistes au caractère particulièrement affirmé. Cette aventure n’a duré que trois ans et cette compilation constitue l’aboutissement de cette histoire. Il s’agit d’un album commémoratif, qui ressemble à une cérémonie de remise de diplômes sur le premier morceau God Be With You Till We Meet Again (又会う日まで) regroupant tous les artistes du label. La plupart des morceaux sont des versions remixées ou modifiées des originaux qui sont parfois très connus comme le Rydeen du Yellow Magic Orchestra. L’ensemble est pour le moins éclectique car la techno-pop se mélange à des morceaux très orchestrés. On y trouve par exemple Marronnier Dokuhon (マロニエ読本) qui est un des plus beaux morceaux de Guernica (ゲルニカ). Chaque membre de Guernica propose également un morceau en solo. On y trouve une version réenregistrée de Doto no Renai (怒濤の恋愛) de Jun Togawa (戸川純) qui ouvrait son premier album Tama Hime Sama (玉姫様), un superbe morceau instrumental intitulé Adagietto de Koji Ueno (上野耕路) et un autre étrange morceau intitulé Children market in Xian (西安の子供市場) par Keiichi Ōta (太田螢一), également membre fondateur de Guernica. La musique de ce dernier a été composée par Kōji Ueno, et il est interprété par Makito Hayashi (林牧人), alors âgé de 10 ans, membre de la chorale d’enfants Hibari (et désormais pasteur). Son interprétation est magnifique sur une musique aux airs de l’époque Taishō qui inspire également directement Guernica. La suite des morceaux de Ueno et Ōta est un très beau moment de cet album compilation.

Une des curiosités est le morceau Yume Miru Yakusoku (夢見る約束) composé par Haruomi Hosono pour Jun Togawa sur son deuxième album Kyokutou Ian Shouka (極東慰安唱歌). Il est ici interprété par Haruomi Hosono lui-même. L’autre fondateur du label YEN, Yukihiro Takahashi, apporte également un morceau solo à cette compilation, une version remixée de It’s Gonna Work Out sorti initialement sur son quatrième album What, Me Worry? sorti en 1982. J’aime aussi beaucoup l’étrange morceau rap qui suit Beat The Rap par une troupe nommée Super Eccentric Theater (スーパー・エキセントリック・シアター), prenant l’abréviation de SET. Cette compagnie théâtrale a été fondée en 1979 avec comme figures centrales, le comédien Yūji Miyake (三宅裕司) et l’acteur Yōsuke Saitō (斎藤洋介). En 1983, la troupe s’est faite remarquer par Yukihiro Takahashi lors de ces représentations régulières sur la radio Nippon Broadcasting System (株式会社ニッポン放送). Yukihiro Takahashi y animait également l’émission All Night Nippon (オールナイトニッポン) et les a invité comme intervenants régulier dans son émission, créant ainsi un lien entre le YMO et SET. Je n’avais pas remarqué que les sketches sur l’album Service du Yellow Magic Orchestra de 1983 crédité sous le nom SET, faisaient en fait référence au Super Eccentric Theater. Service est peut-être mon album préféré du YMO mais j’avoue ne jamais écouter ces sketches comiques que je trouve un peu déplacés sur un album de musique. Du fait du rapprochement entre le YMO et SET, je comprends du coup bien mieux la présence du comédien Yūji Miyake sur l’album concept Apogee & Perigee (アポジー&ペリジー) Chō-jikū Korodasutan Ryokōki (超時空コロダスタン旅行記) sorti sur le label YEN, dont j’avais parlé dans un billet précédent.

Sur la compilation YEN Sotsugyo Kinen Album, je retrouve également avec un certain délice la Techno kayō de Miharu Koshi (越美晴) avec un morceau intitulé Petit Paradis, tiré de son album TUTU mais chanté en anglais. J’adore aussi sur cette compilation le morceau Kagami no Naka no Jūgatsu (鏡の中の十月) chanté par Tamao Koike (小池玉緒) et composé par les trois du YMO. Sans citer un à un les dix-sept morceaux de cette compilation, je note aussi les morceaux Modern Living de Test Pattern (テストパターン) et POKALA de Inoyama Land (イノヤマランド). J’écoute cette compilation depuis plusieurs mois en y revenant régulièrement, car son éclectisme et son inventivité permettent d’y revenir sans s’en fatiguer.

Écrire ce texte m’a fait revenir avec un certain plaisir sur les quelques billets que j’avais écrit au sujet de Jun Togawa et des groupes dans lesquels elle avait évolué notamment Yapoos et Guernica: (1) like surging waves, (2) that sweet resignation, (3) 隠れてる人間の姿, (4) comme un archange de lumière à Shinjuku, (5) rain watching, (6) feeling of another world, (7) hysterical lights et (8) かめはめ波. J’avais évoqué sur ces huit billets tous ses albums découverts progressivement avec une fascination certaine et une dedication dans l’écriture qui m’impressionne moi-même. J’avais eu cette même force d’inspiration lorsque j’avais commenté de manière très méthodique la totalité des concerts de Sheena Ringo. Jun Togawa se produit toujours en concerts mais j’hésite toujours à y aller, car je préfère inconsciemment peut-être garder en tête sa voix des années 1980.

Si le coquelicot était un morceau de musique, il serait une œuvre saisissante, brève et fragile, qui se déploie entre innocence et mélancolie et s’éteint en laissant un silence plein de sens, ne supportant pas l’écoute distraite, mais touchant directement le cœur, ne cherchant pas à durer mais existant pour être ressentie et s’effacer en laissant une trace intime.

garden of dragons

L’année approche de sa fin ce qui est à chaque fois pour moi l’occasion de regarder un peu les statistiques de Made in Tokyo. J’ai publié cette année 126 billets, au jour où j’écris ces lignes, ce qui est moins que l’année dernière et que les sept dernières années. Chaque billet est par contre plus long avec en moyenne 1057 mots par billet, ce qui fait plus d’une centaine de mots en plus par rapport à l’année dernière. J’ai donc écrit plus que l’année dernière au total, mais sur un nombre plus restreint de billets. Le nombre de commentaires est en remarquable baisse, à 148 sur l’année, mais le nombre de « like » est beaucoup plus important. Si l’on fait la somme des « like » et des commentaires sur les billets, on arrive à peu près au niveau de l’année dernière. Je pense qu’il est naturellement plus facile de laisser un « like » qu’un commentaire. Ça laisse au moins une notification de passage, ce qui est tout à fait appréciable. Le nombre de visite annuelle à 22600 est par contre en nette augmentation et le plus haut niveau de ces dix dernières années. Il faut croire que les blogs ne sont pas encore tout à fait morts. Enfin, j’ai toujours un peu de difficulté à savoir quelle est la proportion de personnes réelles visitant Made in Tokyo, sachant que les robots d’Intelligence Artificielle tels que ChatGpt doivent également visiter régulièrement les pages internet. Je ne saurais dire si ces visites sont comptabilisées dans le nombre total de vues mentionné ci-dessus.

Les quelques photographies accompagnant ce billet ont été prises à Enoshima, une de nos destinations classiques de la fin d’année. Nous sommes en fait d’abord passé à Shichirigahama pour y déjeuner. Dans le quartier résidentiel, se trouve un fameux restaurant de curry japonais appelé Sangosho. Ce n’est pas la première fois que nous venons manger dans ce restaurant mais nous allons en général au deuxième restaurant de l’enseigne situé au bord de l’océan. Le quartier est situé sur une colline dont les rues donnent sur l’océan. Nous accédons à ce quartier en voiture par une petite route étroite en pente et en virages, qui est un raccourci méconnu depuis Kamakurayama. Nous n’avions pas emprunté cette petite route depuis très longtemps. Nous filons ensuite vers la presqu’île d’Enoshima. Le sanctuaire principal est déjà paré pour les festivités de la nouvelle année. La météo n’est pas clémente, le ciel est très nuageux. Le dragon est une des divinités principales des sanctuaires de l’île. Un des petits autels de la presqu’île lui est dédié, surmonté d’une statue sombre et menaçante. Aujourd’hui, on devine même les dragons dans le ciel nuageux à travers des éclats de lumière formant une courbe que j’imagine être une queue de dragon. Je suis moi-même du signe zodiacal du dragon, tout comme Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), né en 1952, sauf que nous sommes bien sûr pas du même cycle. Il faudrait à ce propos que je commence une liste des artistes que j’aime qui sont du signe du dragon. J’avais déjà mentionné Kenichi Asai (浅井健一) et Seiji Kameda (亀田誠治) mais sur les cinq membres de Tokyo Jihen, trois sont du signe du dragon (Ichiyō Izawa, Toshiki Hata et donc Seiji Kameda).

Revenir à Enoshima me rappelle donc vers la musique de Ryuichi Sakamoto qui m’a en quelque sorte accompagné toute l’année depuis cette mémorable visite en Janvier de l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) qui lui était consacré. Je réécoute l’émission Liquid Mirror d’Avril 2023 consacrée à Ryuichi Sakamoto, en découvrant sous une nouvelle oreille des morceaux qui m’avaient échappé lors de ma première écoute. Il y a d’abord l’étrange morceau techno-pop Neo-Plant de Koharu Kisaragi (如月小春) sur l’album Tokai no Seikatsu (都会の生活) sorti en 1986 composé par Ryuichi Sakamoto, puis le morceau électronique expérimental The Garden Of Poppies sur son troisième album solo Left Handed Dream (左うでの夢) sorti en 1981. Ce morceau me fait continuer avec Venezia du même album. La playlist continue avec l’excellent Curtains de Yukihiro Takahashi (高橋幸宏) sur son troisième album solo Neuromantic sorti en 1981. C’est le seul morceau de cet album composé par Ryuichi Sakamoto. Sur l’album Neuromantic, le morceau Curtains suit un autre excellent morceau, Drip Dry Eyes que j’ai déjà depuis quelques temps dans ma playlist étendue des musiciens du Yellow Magic Orchestra. La surprise sur la playlist de l’épisode de Liquid Mirror est le morceau de Pierre Barouh intitulé Le Pollen avec David Sylvian et Yukihiro Takahashi. Ils sont réunis dans un restaurant et on les entend mentionner tout à tour leurs personnes préférés, qu’ils ou elles soient artistes, écrivains, cinéastes ou autres. Pierre Barouh ponctue cette énumération de noms par un refrain qui se répète: « Aujourd’hui, je suis ce que je suis. Nous sommes qui nous sommes. Et tout ca, c’est la somme du pollen dont on s’est nourri ». Tous ces auteurs et personnes proches représentent en quelque sorte le pollen qui vient nourrir leurs propres inspirations et créations. Le morceau Le Pollen provient d’un album du même nom enregistré par Pierre Barouh en Juillet 1982 à Tokyo, au studio Nippon Columbia, à la suite d’une invitation du label japonais à venir travailler sur place. Pierre Barouh était déjà un compositeur célèbre en France à cette époque mais il saisit cette opportunité comme une expérience musicale ouverte et exploratoire qui réunira un ensemble de musiciens japonais et internationaux de premier plan, parmi lesquels des figures de la scène expérimentale et new wave comme Yukihiro Takahashi, Ryuichi Sakamoto ainsi que David Sylvian du groupe britannique Japan. De fil en aiguille, ce morceau m’amène ensuite vers une des collaborations de Ryuichi Sakamoto avec David Sylvian intitulée Bamboo Houses et sortie en 1982. On entend également la voix de David Sylvian sur l’intensément émotionnel morceau Life, Life sur l’album async de Ryuichi Sakamoto.