Ise du Kantō

Le sanctuaire Iseyama Kōtai Jingū (伊勢山皇大神宮) que l’on appelle simplement sanctuaire Iseyama est le sanctuaire shintō principal de Yokohama, situé sur une colline près de Sakuragichō. Il a été fondé en 1870, au début de l’ère Meiji, au moment où Yokohama s’ouvrait au commerce international. On le surnomme “Ise du Kantō” car il est dédié à la déesse solaire Amaterasu, comme le grand sanctuaire d’Ise Jingū.

Tokyo & Pop (3)

La troisième partie de ces vacances de dix jours, de retour à Tokyo, nous amène une nouvelle fois dans l’univers du Studio Ghibli avec la visite du Ghibli Museum (三鷹の森ジブリ美術館) situé à Mitaka juste à côté du parc Inokashira que je connais bien. Le musée a ouvert ses portes en 2001 et c’était par contre la première fois que je le visitais. Une des raisons est qu’il faut s’y prendre bien à l’avance pour réserver ses places. L’ambiance à l’intérieur du musée Ghibli est différente de celle du parc Ghibli que nous avons parcouru à Nagoya. La taille est plus restreinte mais en même temps le musée est plus intime et artisanal. Il a été conçu comme une œuvre immersive et n’a rien d’un musée classique malgré son nom. Le musée est organisé autour d’un grand hall central avec un escalier en spirale et des vitraux colorés. Une salle d’exposition nous montre le fonctionnement de l’animation traditionnelle à travers la création des films Ghibli. On y trouve une salle de projection nommée Saturn Theater diffusant des courts-métrages exclusifs au musée et dont les tickets utilisent de vraies pellicules de films Ghibli. On y retrouve le chat-bus réservé là encore aux enfants de moins de 12 ans. La boutique appelée Mamma Aiuto!, un café restaurant sur le toit, d’autres salles remplies de dessins d’archives tirées des films, complètent ce musée qui ressemble à un véritable labyrinthe immersif. Les photos sont interdites à l’intérieur mais bien sûr possible à l’extérieur. Sur le toit, le célèbre robot gardien du Château dans le ciel se dresse fièrement et attend d’être photographié. De l’extérieur, le musée entouré de verdure est vraiment superbe. À l’intérieur, on ne voit pas le temps passer tant il est rempli de tas de choses.

Une des étapes du voyage de ma sœur et de mes nièces étaient de visiter Kamakura pendant une journée. Nous commençons par le grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu (鎌倉鶴岡八幡宮), que j’ai maintes fois pris en photo. Un mariage s’y déroulait sur la place centrale. Nous nous dirigeons ensuite vers le grand Bouddha Daibutsu (鎌倉大仏) situé dans le temple Kōtoku-in (高徳院) près de la station Hase de la ligne Enoden. La petite ligne de train est très prisée et il y a foule, mais ça reste quand même acceptable. Nous débarquons ensuite à la station d’Enoshima pour rejoindre l’océan. Nous n’aurons pas le temps de visiter l’île d’Enoshima, mais nous n’avons pas pu nous empêcher de nous approcher de l’océan, un peu trop près même au point de se mouiller les chaussures.

Je disais dans mon précédent billet que le monde Sanrio est très populaire en ce moment. C’est d’autant plus vrai qu’une exposition dédiée à l’histoire de Sanrio est en cours en ce moment à la Mori Arts Center Gallery, tout en haut de la tour de Roppongi Hills. L’exposition Sanrio The Beginning of Kawaii Final ver. (サンリオ展 FINAL ver. ニッポンのカワイイ文化60年史) s’y déroule du 9 Avril au 21 Juin 2026. Cette exposition a fait le bonheur des filles et a complété mon éducation sur un sujet que je connaissais peu. Je suis maintenant incollable sur les personnages populaires de la marque. Les journées suivantes nous ont amené vers Ginza, notamment au Uniqlo Tokyo store conçu par Herzog & de Meuron. Le cabinet d’architecture suisse a travaillé par soustraction en retirant une grande partie des habillages commerciaux du bâtiment d’origine datant des années 1980 pour révéler sa structure en béton. Je voulais également montrer le sixième étage du grand magasin GINZA SIX pour sa librairie Tsutaya Books ponctuée de petites galeries d’art. Dans la galerie Foam Contemporary, nous découvrons l’exposition de l’artiste Chihiro Nakahara (中原ちひろ) intitulée Paradise of Kaiju (怪獣たちの楽園) qui se déroulait du 10 au 28 Avril 2026. Nous avons été comme hypnotisés par les scènes animées montrant une série de petites créatures imaginaires, inspirées des monstres de la série Ultraman, jouant librement devant nous, comme si on regardait un livre d’histoires animées. Alors que la fin de la journée approche, on se dirige vers la terrasse sur le toit de Ginza6. Des statues mouvantes créées par l’artiste Julian Opie sont installées sur un espace du toit et forme un espace ludique car on peut les faire tourner voire même les déplacer. Une autre installation du même artiste montrant des coureuses de marathon infatigables est visible dans le grand hall, remplaçant les gros chats spatiaux BIG CAT BANG de Kenji Yanobe. Sur le toit, une pluie fine bataille avec quelques rayons de soleil créant par la même occasion un bel arc-en-ciel.

Pour l’avant dernière journée, nous visitons le grand musée Edo-Tokyo qui vient juste de réouvrir ses portes après un long moment de rénovation. Nous ne visiterons que l’exposition permanente qui nous fait découvrir la vie à Edo puis à Tokyo à différentes époques. Là encore, les expositions sont très ludiques avec des grandes maquettes de l’ancienne Edo, des reconstitutions de maisons et d’appartements type Dōjunkai comme ceux de Daikanyama, aujourd’hui disparus et remplacés par l’immeuble Daikanyama Address. Plusieurs des journées étaient ponctués de visites familiales que je n’évoque pas en détail sur ces pages, et le planning du voyage était vraiment bien rempli sans aucuns temps morts jusqu’au retour à l’aéroport d’Haneda non sans verser quelques larmes.

Tokyo & Pop (1)

Avoir de la visite donne un regard nouveau sur des lieux que je connais bien mais permet également d’entrevoir de nouvelles choses. Ma sœur et ses deux filles de 10 et 8 ans, mes nièces donc, nous ont fait le plaisir de nous rendre visite pendant dix jours au cœur du mois d’Avril. Notre mission était d’organiser et de guider cette petite troupe dans Tokyo et ailleurs en fonction des centres d’intérêt de chacun, incluant les miens car j’ai découvert certains lieux, visités pour la première fois. Nos visites avaient clairement une orientation que j’appellerais pop, car les filles voulaient absolument voir les ‘hauts lieux’ de la culture Ghibli et Sanrio, entre autres. On savait que le musée Ghibli de Mitaka est très prisé et il fallait donc faire une réservation plusieurs mois à l’avance, le jour même de l’ouverture de la billetterie. Je suis assez fier d’avoir réussi à tout organiser sans encombres ni manquements à nos plans initiaux. Mes demandes préalables pour que la météo soit clémente ont assez bien fonctionné à part pour une journée et demi de pluie étalée sur les dix jours. Dès leur arrivée, nous filons vers Shibuya puis Harajuku en croisant un personnage Sanrio à notre passage au pied de la tour 109 près du carrefour de Shibuya. Je pense que j’ai, pendant ces vacances particulièrement actives, beaucoup appris des filles sur les nombreux personnages qui constituent l’univers Sanrio. Il est clair que depuis l’anniversaire des 50 ans de Hello Kitty l’année dernière, les personnages de la marque ont gagné une forte popularité, non seulement après des enfants mais également auprès d’un public majoritairement féminin de jeunes adultes. Dès le premier jour à Shibuya, nous avons beaucoup marché, guidés par les yeux émerveillés des filles qui ont débordé d’énergie positive pendant tout le séjour. Notre parcours nous a fait passer par les huitième et neuvième étages de la tour Hikarie pour une vue d’ensemble de Shibuya après avoir traversé le grand carrefour et déjeuné tranquillement en famille. Nous traversons ensuite le parc Miyashita puis continuons jusqu’au croisement d’Harajuku, après avoir fait un petit tour dans le campus de l’université du fiston. On évitera de s’engager dans la rue Takeshita car il est déjà tard, et on a préféré grimper en haut de la tour OMOKADO (東急プラザ表参道オモカド), que j’aime beaucoup pour ses escaliers extérieurs donnant une perspective intéressante sur le carrefour d’Harajuku.

Le jour suivant nous amène au musée Fujiko · F · Fujio situé à Noborito, près de Kawasaki. Nous voyageons principalement en train et métro, ce qui permet de mieux saisir les atmosphères de la ville et de ses banlieues. Le musée du créateur de Doraemon se trouve clairement dans une banlieue, un peu loin de tout, même si la station de Noborito est imposante. Je connaissais déjà le musée pour l’avoir visité il y a 12 ans et il n’a pas vraiment changé mais je ne me souvenais pas avoir vu le court film d’animation dans le petit cinéma du musée. Celui que nous avons regardé s’intitule Chinpui – La bonne chance d’Eri (チンプイ – エリさまのグッドラック). Ce petit film nous raconte l’histoire d’Eri Kasuga (春日エリ), une fillette de 12 ans pleine de vie et un peu garçon manqué, se retrouvant un jour soudainement choisie comme candidate pour devenir l’épouse du prince héritier de la planète Mahl située dans un lointain univers. Pour lui annoncer cette nouvelle, deux extraterrestres venus de cette planète, dont Chinpui, arrivent sur Terre et tentent désespérément de la convaincre dans ce rôle d’épouse. Mais Chinpui finit par s’attacher à elle et décide finalement de vivre à ses côtés pour l’aider à surmonter toutes sortes de péripéties. L’histoire est bon-enfant mais n’en est pas moins bourrée de dynamisme et de drôlerie. J’étais très surpris de voir dans les crédits le nom du rappeur et producteur Zo Zhit (荘子it) de Dos Monos. Il a créé les musiques de la bande originale du court métrage animé, excluant le générique original qu’il a tout de même remixé. Le parc situé derrière le musée au pied de la forêt est agréable. Il s’étend d’une manière continue jusqu’aux étages du musée au niveau du restaurant. On trouve dans ce parc quelques figures tirées des manga de Fujiko · F · Fujio, comme Doraemon bien sûr et Doremi chan. Je suis assez familier de l’univers de Doraemon pour avoir vu en DVDs et au cinéma plusieurs épisodes de ses aventures avec le cancre Nobita et ses amis. Je me souviens avoir vu en 2018 une très belle exposition où divers artistes revisitaient le monde de Doraemon. Pour le retour, nous prenons bien entendu le petit bus décoré transitant exclusivement entre le musée et la station de Noborito.

La journée qui suit nous amène à Asakusa parmi les touristes toujours nombreux. Nous arrivons par l’arrière du temple Sensōji qui est un peu plus calme que la rue commerçante Naka-dori. Nous nous déplaçons cette fois-ci en voiture. C’est un peu compliqué de trouver des places de parking libres à Asakusa, car le parking souterrain central devant la porte Kaminarimon est malheureusement fermé. Nous stationnons finalement un peu à l’écart, à côté d’une pâtisserie japonaise nommée Tokutarō (徳太樓), vieille de plus de 120 ans. Elle nous a fait de l’oeil et quelques achats de wagashi se sont imposés avant de prendre le chemin du grand temple. Les rues aux alentours, notamment celles couvertes, sont un peu plus calmes et on s’y dirigent assez rapidement après la visite du temple. Nous n’essaierons pas de collecter le sceau goshuin car une longue file d’attente est nécessaire et je l’ai de toute façon déjà obtenu récemment. Notre prochaine étape est la grande tour Tokyo Sky Tree. Nous stopperons au 350ème étage qui donne une vue presque irréelle de la ville, tant on a l’impression d’être détaché du sol. On ne pouvait malheureusement pas apercevoir le Mont Fuji, caché derrière un ciel nuageux. La vue sur le grand Tokyo et les préfectures limitrophes était par contre dégagée. Parmi les immeubles, on aperçoit les formes blanches du musée Edo-Tokyo à Ryogoku que nous visiterons plus tard dans le séjour. Je ne remarque plus le building iconique Asahi Super Dry Hall conçu par Philippe Starck, mais c’est clair qu’il attire le regard pour des yeux nouveaux. Nous l’apercevons également depuis les hauteurs de la tour Tokyo Sky Tree, au bord de la rivière Sumida. On se fait attirer par le photographe en haut de la tour qui nous promet une petite photo imprimée gratuite si on accepte de se faire photographier. On se rend ensuite compte que la dite photo est vraiment minuscule, ce qui nous pousse à vouloir acheter la version de taille normale encadrée dans un joli carton. Le stratagème commercial nous a berné, ce qui nous a bien fait rire, mais au final, le photographie prise était réussie et nous a donné envie de l’acheter. Les carpes volantes koi étaient déjà déployées au pied de la tour, en préparation de la fête des enfants le 5 Mai. Le grand centre commercial en bas de Tokyo Sky Tree ressemble à un labyrinthe. Les magasins liés à la culture pop japonaise sont nombreux, avec notamment une boutique dédiée au magazine manga Jump et un Pokémon Center assez vaste. Je suis complètement néophyte au monde de Pokémon car je ne connais que la bête jaune qu’on appelle Pikachu (si je me souviens bien). L’engouement mondial et quasi universel pour les petits monstres Pokémon m’a toujours impressionné et interrogé. On y trouve bien sûr une version spéciale de Pikachu portant de ses petits bras la tour Tokyo Sky Tree. Cette peluche semblait être un achat obligatoire. Je ressors de l’endroit un peu moins ignorant sur le sujet. La dernière étape de cette journée bien chargée nous fait passer par Diver City à Odaiba pour aller voir le grand robot Gundam. Je l’ai déjà vu plusieurs fois mais la version initiale a en fait changé. La première version installée en 2009 était le Gundam original de 1979 nommé RX-78-2. Il a été démonté en Mars 2017 et remplacé en Septembre 2017 par le modèle RX-0 Unicorn Gundam, de Mobile Suit Gundam Unicorn, toujours en place aujourd’hui. Ce modèle d’environ 19,7 mètres de hauteur a la particularité d’être doté de lumières. À Odaiba, nous avons par contre loupé de peu la nouvelle grande fontaine placée sur la baie de Tokyo qui ne s’active que pour une dizaine de minutes toutes les heures.

Le parc d’attractions Sanrio Puroland (サンリオピューロランド) situé à Tama Center était un des moments importants du voyage pour mes nièces. Je n’y serais très certainement jamais allé sans cette occasion. Comme on peut le deviner, ce parc est opéré par la compagnie Sanrio et est dédié à l’univers de ses nombreux personnages comme Hello Kitty, My Melody, Cinnamoroll, entre beaucoup d’autres. Il a ouvert ses portes le 7 décembre 1990 et accueille environ 1,5 million de visiteurs par an. C’est un parc entièrement couvert proposant plusieurs spectacles, attractions, restaurants et bien sûr rencontres des personnages. Là encore, c’est un monde que je découvre, même si ce parc a maintenant un certain âge et est très connu. Un grand nombre des personnages me sont familiers, notamment Kuromi qu’on voit souvent accrochée aux sacs des jeunes filles à Shibuya et ailleurs. Toutes proportions gardées, le personnage de Kuromi est mon préféré car elle a une apparence plutôt disruptive dans le monde Kawaii de Sanrio, ce qui fait qu’elle est appréciée par certaines musiciennes que je suis attentivement. DAOKO a d’ailleurs écrit pour Kuromi un morceau d’inspiration hip-hop intitulé Dolce Vita produit par Hidefumi Kenmochi (de Wednesday Campanella, entre autres) pour le EP KUROMI IN MY HEAD. Il n’est pas chanté par DAOKO mais on reconnaît clairement son style et le morceau est étonnamment très bon. Tout au long de la visite du parc, c’était amusant de constater que les visiteurs japonais sont principalement des jeunes adultes. Il faut dire que ce n’est pas une période de vacances scolaires au Japon. Les visiteurs étrangers, surtout en provenance d’Asie sont également assez nombreux. Il n’y a au final assez peu d’enfants, mais j’imagine que cette démographie est similaire au parc Disney et est différente pendant les week-ends. On trouve quelques similitudes avec Disneyland car la visite est rythmée par plusieurs parades. J’ai été agréablement surpris de trouver les parades et spectacles très sophistiqués au niveau des danses et des costumes. Le spectacle Kawaii Kabuki (KAWAII KABUKI ~ハローキティ一座の桃太郎~) était notre préféré. Il ne faut pas le manquer car c’est l’un des spectacles les plus originaux de Sanrio Puroland. Comme son nom l’indique, ce spectacle mélange habillement le théâtre traditionnel kabuki avec l’univers Sanrio en incluant des éléments modernes dans les musiques et danses, ce qui en fait une sorte de show hybride entre tradition japonaise et pop culture. L’histoire est une adaptation très simplifiée et visuelle du conte japonais de Momotarō (桃太郎), où l’on voit Kitty et ses amis former une troupe kabuki et partir combattre des démons (oni). L’histoire est assez enfantine et tous publics, mais les costumes inspirés du kabuki, en version kawaii, sont vraiment impressionnants. Le spectacle est supervisé avec des professionnels du kabuki et la narration inclut des voix d’acteurs kabuki connus comme Shido Nakamura (中村獅童). Le point final (et culminant) de notre visite était la rencontre de Kitty chan dans sa vaste maison située au dernier étage du parc, ce qui donnait l’occasion aux filles de se faire prendre en photo avec leur personnage préféré. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de minutes pour la rencontre avec Kitty. Celle-ci est vue par certaines comme une confidente. La jeune femme qui se trouvait devant nous dans la file d’attente a même passé tout un moment à faire part au personnage de Kitty de diverses choses personnelles, ce qui peut paraître bien étrange. Je pense qu’il ne faut pas oublier que Kitty est un personnage que a fait partie de la vie de nombreux enfants japonais et qu’elle a certainement été pour certaines personnes une sorte de réconfort dans les moments difficiles de leur vie. Kitty doit être bien plus qu’un personnage imaginaire pour nombre d’entre elles. Le retour en train depuis Tama Center était assez mouvementé entre Shinjuku et Shibuya sur la ligne Yamanote car nous avons eu le malheur de transiter pendant l’heure de pointe archi-bondée avec mouvements de foule à ces deux stations. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait personnellement l’expérience d’être serré comme une sardine dans un wagon, car les lignes de métro ou de train que je prends régulièrement sont beaucoup moins occupées même aux heures de pointe en semaine. C’est aussi un aspect de Tokyo qu’on a pu expérimenter.

la colline aux grues

Après notre visite du Shonandai Culture Center, nous reprenons la route pour une quarantaine de minutes jusqu’au grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu de Kamakura (鎌倉鶴岡八幡宮). Comme nous y arrivons vers 16h, le parking n’est pas plein et nous pouvons y stationner. À cette heure-ci, la réception où l’on peut collecter le sceau goshuin n’est heureusement pas encore fermée. Nous connaissons bien cet endroit car nous nous y sommes mariés, en kimono, dans le petit pavillon de danse appelé Maiden (舞殿) placé au centre de la grande cour, face à l’escalier monumental qui mène au sanctuaire principal. Outre les mariages shintō, cette plateforme cérémonielle couverte et ouverte sur la cour peut être utilisée pour des danses rituelles Kagura (神楽).

Nous n’avons pas visité le Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum (鎌倉文華館 鶴岡ミュージアム) mais j’aime m’arrêter quelques dizaines de secondes pour le prendre en photo. Le musée a été conçu par l’architecte Junzo Sakakura en 1951. Le Kamakura Hall, comme il se nommait à l’époque était le premier musée public d’art moderne du Japon. En Janvier 2016, 65 ans et 525 expositions plus tard, son existence fut menacée car le terrain arriva à expiration de son contrat de location et devait être retourné au sanctuaire. Il ferma ses portes en Mars 2016, puis fut reconnu comme bien culturel important de la préfecture. Des travaux de restauration commencèrent en 2017 pour renforcer sa structure tout en préservant son architecture historique. Le musée rouvrit ses portes en Juin 2019 sous le nom de Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum. Je le regarde toujours de loin pour vérifier sa présence tout en me disant qu’il aurait pu disparaître.

J’ai également très souvent pris en photo le pin japonais se trouvant à l’entrée de la longue allée menant au sanctuaire. Ses formes sculptées par le vent m’avaient inspiré ma série de compositions photographiques Urbano-Végétal. Les toutes premières compositions de la série utilisaient d’ailleurs les pointes de cet arbre pour la partie végétale. Ce pin, élégant mais en même temps un peu punk comme une coiffure extravagante, se trouve juste à côté de la grande porte torii rouge qui délimite l’enceinte du sanctuaire. La longue allée qui suit nous amène au niveau de la station de Kamakura, en direction de l’océan. On s’enfonce ensuite dans les rues commerçantes, notamment celle de Komachi (小町通り) à la recherche d’un petit établissement proposant du shiruko depuis bien longtemps.

J’ai d’abord découvert le groupe After Dinner par l’émission de la radio NTS Liquid Mirror d’Olive Kimoto sur un épisode de Juin 2019 intitulé An 80s Japanese Rétrospective. La playlist de l’épisode démarrait par un morceau de ce groupe intitulé Paradise of the Replica, tiré d’un album du même nom. Ce morceau m’avait paru d’une beauté très étrange, mélangeant une ambiance à la fois fragile et théâtrale, avec une musique un peu triomphante qui semble annoncer le début d’un acte. Je n’avais pas poussé mon écoute plus avant car il y avait déjà tant de choses à découvrir sur cette playlist de Liquid Mirror, mais je me suis rappelé d’y revenir en voyant cet album mentionné sur la sélection Japanese Alternative’s Guide to JP New Wave du site Japanese Alternative Magazine (JPN ALT MAG).

L’album Paradise of Replica, sorti en 1989, est le deuxième album du groupe After Dinner, mené par la chanteuse et compositrice Haco. Le groupe est issu de la scène new wave et expérimentale du Kansai. Cette musique évolue dans des ambiances d’avant-garde pop clairement expérimentales. Les neuf morceaux de ce court album de 30 minutes se composent de collages sonores qui nous amènent dans des directions inattendues. Les morceaux Kitchen Life I et Kitchen Life II sont certainement les plus expérimentaux et complexes à appréhender à la première écoute. L’album est très orchestré et possède une force poétique assez fabuleuse. Des morceaux comme A Walnut ont une beauté aérienne très délicate. On y ressent même quelque chose de sacré. On imagine une musique de chambre, mais qui change soudainement de direction vers des rythmes pop plus appuyés. Les arrangements sont très variés, avec des cordes, des instruments traditionnels japonais, des percussions diverses, des sons synthétiques et parfois insolites. Un ballon de volley est même utilisé comme instrument sur le morceau Dancing Twins. C’est Haco elle-même qui tapote sur le ballon de volley sur ce morceau. Elle chante sur tous les morceaux, accompagnée par Yosuke Isshiki aux claviers, piano frappé au marteau-pointe et percussions, Masahiro Kitada à la boîte à rythmes et claviers, soroba-tone, batterie, guitares, Tadahiko Yokogawa aux claviers, basse électrique, percussions, entre autres. de nombreux autres musiciens interviennent sur l’album en fonction des morceaux. Celui intitulé Ironclad Mermaid est l’un des plus beaux de cet album qui fourmille d’idées. Certains passages à cordes accompagnés de mouvements mécaniques me donnent des frissons à chaque écoute. On se demande comment les morceaux de l’album parviennent à maintenir leur équilibre, mais ça fonctionne étonnamment très bien car ils sont très sensibles et invitent à un voyage intérieur. C’est certainement la raison pour laquelle cet album est considéré comme un disque culte de la pop expérimentale japonaise. On peut se demander quelle est la signification du titre très intrigant Paradise of Replica. J’ai pu lire que ce titre avait été imaginé par Haco comme un clin d’œil ironique à la culture japonaise de l’époque, souvent perçue comme mélangeant et réinterprétant des influences étrangères pour créer quelque chose de nouveau.

l’architecture lunaire du Shonandai Culture Center

J’avais noté depuis longtemps dans un coin de ma tête la visite du Shonandai Culture Center conçu par l’architecte Itsuko Hasegawa (長谷川逸子). J’y avais repensé après ma visite, il y a déjà presque quatre ans, du Sumida Lifetime Learning Center conçu par la même architecte. Les années ont ensuite passé et nous n’y sommes finalement allés que très récemment. Le complexe, utilisé principalement comme centre d’activités pour les enfants, se trouve au delà de Fujisawa dans la préfecture de Kanagawa, un peu excentré par rapport aux lieux plus touristiques que sont Kamakura et Enoshima. Il se trouve dans une zone résidentielle près de la station de Shonandai qui se situe elle-même à environ 1h30min de train depuis le centre de Tokyo. il nous aura fallu une bonne heure en voiture pour nous y rendre, traversant des banlieues que nous ne connaissions pas dans des zones loin de l’océan et loin des montagnes.

L’architecte Itsuko Hasegawa est originaire de la préfecture voisine de Shizuoka. Elle est née en 1941 et étudia l’architecture à l’Université Kantō Gakuin dont elle sera diplômée en 1964. Elle travailla ensuite quelques années avec l’architecte Kiyonori Kikutake, puis avec Kazuo Shinohara au Tokyo Institute of Technology de 1971 à 1979, avant de fonder sa propre agence d’architecture en 1979. En 1987, elle gagna le premier de la compétition pour concevoir le Shonandai Cultural Centre. Le design commença en 1987 et la construction du complexe s’acheva en 1990. Les formes futures de l’ensemble dénote avec le reste du quartier et est dans un esprit assez proche du Sumida Lifetime Learning Center construit quelques an plus tard, en 1994. Là encore, on perçoit dans ce building l’exubérance architecturale de la fin de la bulle économique. On peut se demander comment les résidents ont accepté un bâtiment si particulier dans leur quartier mais l’architecte eut semble-t-il de nombreuses discussions avec les habitants pour intégrer leurs points de vue. L’espace extérieur ressemble à un terrain de jeu futuriste organisé autour de grosses planètes en suspension.

On trouve à l’intérieur un planétarium, un théâtre, des espaces d’activités pour les enfants qui ont l’air de s’y donner à cœur-joie. Un chemin latéral extérieur circulant et grimpant entre des étranges tourelles obliques permet de s’approcher des grosses sphères. Le bâtiment a vieilli et c’est dommage qu’il ne soit pas mieux entretenu. Une petite rivière artificielle est censée passer au milieu de la place intérieure mais l’eau ne circule plus. On sent également que les espaces intérieurs sont usés, mais l’endroit est plein de vie, malgré le calme apparent de mes photographies. L’attention aux détails est étonnante, qui va jusqu’à l’agencement inhabituel des boutons des étages dans les ascenseurs. Chaque porche semble avoir été pensé et travaillé dans les moindres détails, ce qui chagrine d’autant plus que l’endroit ne soit pas mieux maintenu. Malgré cela, ce complexe à mi-chemin entre architecture et installation artistique est tout simplement magnifique. Mon œil de photographe amateur était épuisé à la fin de cette visite, tant on a envie de scruter chaque recoin du complexe. La suite de notre journée nous a amené à Kamakura, vers des lieux qui nous sont plus familiers et que je montrerais certainement dans un prochain billet.