ヌー民生活❸

Au petit déjeuner de l’hôtel le lendemain matin, on nous propose un repas japonais avec bien sûr des udon, accompagnant un poisson grillé et plein d’autres petites choses. J’ai pris l’habitude du poisson le matin, mais les udon sont plus inhabituels. Le petit déjeuner nous nourrit bien pour la longue journée qui nous attend. Nous ne reprenons l’avion pour Tokyo qu’à 20:20. Nous passons d’abord une partie de la matinée à se promener dans le parc Ritsurin (栗林公園) dont l’entrée Nord se trouve idéalement à proximité de notre hôtel. On dit qu’il compte parmi les plus beaux jardins japonais traditionnels du pays. C’est bien entendu un site incontournable de Takamatsu. Le jardin est vaste et il faudrait plusieurs heures pour en faire le tour dans tous ses recoins. Une bonne heure nous permet de voir les zones les plus belles notamment la partie Sud avec son jardin japonais classique. Le jardin paysager a environ 400 ans d’histoire et est classé comme site historique. La conception du jardin repose sur le principe que les vues sont différentes à chaque pas et que les paysages changent constamment en marchant. Les lieux sont visuellement très intéressants avec chemins sinueux, étangs agrémentés de petites îles et traversés par des petits ponts en bois, collines artificielles permettant des vues d’ensemble idéales sur l’ensemble du domaine. Ce décor est idyllique mais il fallait quand même faire abstraction du groupe de touristes se prenant en photo sous toutes les poses imaginables. Nous n’avons pas profité de la maison de thé Kikugetsu-tei pour boire un thé matcha avec vue sur les étangs, mais nous avons grandement profité de notre balade contemplative parmi les arbres parfaitement taillés et entretenus. Mon fils et moi avons eu la même idée de vouvoir venir ici souvent si on habitait à proximité, pour pouvoir y lire dans un coin tranquille du parc. Mais on s’est en fait rapidement rendu compte qu’il n’y a pas de bancs pour s’asseoir. Il ne s’agit pas d’un jardin public. Il faut payer pour entrer, avec possibilité d’un passe à l’année. Après avoir acheté notre billet, le gardien voulait absolument nous parler pour nous expliquer un peu l’histoire du parc. On a apprécié tout en ayant un peu peur que son explication nous prenne un temps précieux, car après cette visite, nous avons l’intention de prendre le train local pour un trajet d’environ une heure pour le sanctuaire Kotohira-gū (金刀比羅宮), que l’on surnomme également Konpira-san.

La gare de train est à quelques minutes du parc Ritsurin. Les trains ne circulent pas fréquemment, environ toutes les demi-heures, et nous manquons d’une ou deux minutes celui dans lequel nous voulions monter malgré un petit sprint de dernière minute. Courir est une seconde nature pour mon fils mais c’est malheureusement loin d’être le cas pour moi. On se promène autour de la gare en attendant notre petit train jaune de la ligne Kotoden (ことでん). On peut s’asseoir sur les banquettes tout en longueur chauffées. Il nous faudra environ une heure pour rejoindre la gare de Kotohira. Le train file à travers la campagne à toute vitesse mais s’arrête à toutes les gares. Je ne dirais pas qu’on est bercé mais on pourrait facilement s’endormir. Ce n’est pas mon cas, mais le fiston succombe à la fatigue du jour d’avant. Assis dans le petit train autour de nous, je reconnais par leurs casquettes et bonnets noirs des membres du peuple des gnous, les Nū-min (ヌー民), qui semblent avoir eu l’idée de faire la même visite que nous le jour après le concert. Le rythme du train ne me fait pas dormir mais me donne envie d’écouter un peu de musique tout en regardant à travers les vitres du train le paysage composé d’un mélange de plaines et de petites montagnes volcaniques. Je n’écoute pas des morceaux de King Gnu, mais tout autre chose. Depuis quelques semaines, le morceau Hiru no Yume (晝の夢 – Daydreaming) de Hiroyuki Namba (難波 弘之) m’accompagne inlassablement. Le morceau, datant de 1983, a quelque chose d’hypnotisant qui me poursuit. Il me permet de m’arrêter sur les choses pour les apprécier, dans un moment en suspension entre réalité et illusion. Les nappes de synthé et la voix de Hiroyuki Namba sont douces et enveloppantes, créant un espace intérieur intime et introspectif. On a l’impression que le temps se dilate en écoutant cette musique. Elle correspond tout à fait à l’ambiance contemplative de cette journée. Hiroyuki Namba était présent sur la playlist de la fameuse émission NTS Liquid Mirror d’Olive Kimoto intitulée An 80’s Japanese Retrospective, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois, mais avec un morceau différent. J’écoute ensuite le très étonnant nouvel album de Sheena Ringo dont je parlerais certainement prochainement car il mérite un billet en bonne et due forme.

Nous arrivons à la gare de Kotohira (琴平) juste avant midi. La petite ville est tranquille, ce qui m’étonne d’abord un peu car le grand sanctuaire Kompira-san est le plus populaire de toute l’île de Shikoku. La journée d’hier étant mouvementée et riche en émotions, on avait de toute façon besoin de calme, loin de la foule. Le sanctuaire Kotohira-gū, surnommé Konpira-san, est situé sur les pentes du Mont Zōzu. Ce qui distingue particulièrement Kotohira-gū est son accès se faisant par une ascension de 785 marches menant au sanctuaire principal. Il faut grimper en tout 1368 marches pour atteindre le sanctuaire intérieur niché plus haut dans la montagne. Cette ascension est loin d’être insurmontable mais est quand même assez physique car les escaliers ont une forte inclinaison. Cette montée me rappelle un peu celle du sanctuaire Afuri (大山阿夫利神社 ) sur les hauteurs de la montagne Ōyama à Kanagawa, mais elle est ici d’un autre ordre. On y retrouve par contre pareillement les petits commerces de souvenirs en tout genre. En montant progressivement les marches, ponctuées par des allées et des zones de repos, l’ambiance se fait ensuite plus calme et contemplative à mesure que l’on s’élève. On dit que cette ascension à pieds, et l’effort physique qu’elle demande, symbolise un cheminement progressif vers la purification et l’élévation. Le sanctuaire possède une histoire de plus de mille ans. Durant l’époque d’Edo, les pèlerinages à Konpira étaient très populaires. Le sanctuaire est dédié à la divinité Ōmononushi qui protège les marins et les voyageurs, ce qui explique sa popularité dans une région étroitement liée à la mer intérieure de Seto. On découvre d’abord le sanctuaire principal se dévoilant progressivement derrière les escaliers. Sa présence est impressionnante. On montant un peu plus haut, on a une vue panoramique sur la plaine de Sanuki. On y distingue notamment la montagne Sanukifuji (讃岐富士), surnom de la montagne volcanique Inoyama (飯野山) en raison de sa ressemblance avec le Mont Fuji.

Après avoir collecté le sceau goshuin, une prière devant le sanctuaire s’impose. Alors que je patiente quelques secondes, un étranger qui semble être d’origine chinoise m’aborde soudainement. Il veut m’expliquer en anglais les mouvements de prière dans un sanctuaire japonais. Je l’écoute sans l’arrêter pour ne pas être trop désobligeant. J’essaie de ne pas trop faire attention à ce qu’il me dit mais il insiste. Je finis par lui dire que je sais déjà tout cela, avec j’imagine un sourire un peu agacé. L’intention n’est pas mauvaise mais m’a quand même semblé déplacée. Pour quelle raison imaginait-il que ce sanctuaire au fin fond de Shikoku pouvait être le premier que je visite. On aurait pu rigoler du fait que ça fait déjà 27 ans que je vis au Japon, mais je n’en ai pas eu le courage. Le nombre d’années n’est pas écrit sur mon visage. Ceci est un symptôme de ce pays où on peut être pris pour un novice débarquant tout juste de l’avion alors que l’on vit ici depuis très longtemps. Après avoir passé un peu de temps sur les hauteurs du sanctuaire, nous prenons notre temps pour redescendre les milles marches du retour. La fatigue commence à me gagner. Nous prenons notre déjeuner assez tard dans un restaurant de udon à l’entrée de la grande allée menant à Konpira-san. Nous avons un peu hésité sur les udon, mais comme c’est ici la spécialité, les restaurants sont nombreux. Nous explorons ensuite un peu la petite ville de Kotohira (qui n’a même pas l’appellation de ville d’ailleurs) en marchant vers la station.

Le retour en train vers Ritsurin prend une bonne heure, qui nous permet d’observer le paysage sous l’angle opposé. Après avoir regagné notre hôtel pour récupérer notre petite valise, on se dirige vers l’arrêt du bus limousine nous ramenant vers l’aéroport. Nous ne sommes pas en retard, mais le bus est plein à craquer et on a un peu peur de ne pas pouvoir s’y asseoir. D’autres fans de King Gnu nous entourent. Certains regardant les vidéos qu’ils ont pris sur leur smartphone le jour d’avant. J’apprendrais plus tard que le fait de pouvoir filmer pendant cette tournée avait été annoncé dans les news. Dans ce bus du retour, on trouve même une grande serviette à l’effigie de cette tournée accrochée comme un poster à l’arrière du fauteuil du conducteur du bus. Est ce que le conducteur est fan du groupe et a été au concert? Ou est ce un oubli d’un des passagers du bus? Je ne le saurais pas mais je prends au moins une photo souvenir. Notre avion part à 20h20 et nous avons un peu de temps pour dîner. Les udon du restaurant à l’étage de l’aéroport sont en rupture de stock, ce qui nous donne l’occasion de manger autre chose, des hot dogs qui sont la seule option disponible. Le retour se passe sans encombre mais les vents sont forts et le vol est un peu turbulent. On se fait malmener comme sur certains morceaux de King Gnu.

ヌー民生活❷

La tournée King Gnu CEN+RAL Tour 2026 se déroule en 30 dates au Japon et en Asie. Elle a démarré à Osaka le 21 Février pour deux dates, puis est passée par Sendai. Takamatsu est la troisième escale avec également deux dates, les 11 et 12 Mars. Elle partira ensuite à Tokyo, puis Nagoya, Hiroshima, Chiba, Fukuoka, Sapporo, Nigata. Le groupe entamera ensuite la partie internationale de la tournée en Asie en passant par Bangkok, puis Hong Kong, Taipei, Seoul pour un final au Japon, à la Yokohama Arena en Juillet 2026. C’est une bien longue tournée, qui n’accompagne pourtant pas de nouvel album, mais une série de singles qui sont particulièrement percutants et ont très bien marchés. J’écoute la musique de King Gnu depuis leur deuxième album Sympa, en les découvrant avec le titre Flash!!!. C’est un des seuls groupes qui parvient à nous mettre d’accord dans notre petite famille. C’est un peu dommage que nous n’ayons pu avoir que deux places. Mari m’a laissé sa place car je semblais bien malheureux de ne pas avoir obtenu de places pour le concert de Sheena Ringo cette année. Ça me rappelle que Ringo les a découvert en concert, avant même que le groupe s’appelle King Gnu (leur nom originel était Srv. Vinci). Daiki Tsuneta (常田大希) et Satoru Iguchi (井口理) étaient toujours étudiants à l’Université des beaux-arts de Tokyo. Ce n’est que bien plus tard que Daiki Tsuneta avec son autre formation Millennium Parade proposera à Ringo de chanter sur le fameux single W●RK.

Nos places sont situées dans l’arène principale mais pas au plus près de la scène. L’organisation autour d’une scène centrale, un peu comme au Budokan de Tokyo est par contre très bien pensée car on peut garder une bonne vue, peu importe où on se situe. Derrière nous, il y a d’autres places en hauteur dans un anneau circulaire normalement utilisé pour la configuration en salle de sport. Ce sont des places assises mais tout le monde se lève dès le début du concert. On s’assoit, comme beaucoup, dans l’herbe du parc près de la mer en attendant les 17h30. Le soleil se couche doucement. Il fait frais mais pas vraiment froid, malgré un petit vent occasionnel nous piquant les joues. À 17h30, le comptage méthodique commence et prend beaucoup de temps pour éviter la cohue. Tout le monde est très discipliné, sans être forcé à l’être, et tout paraît si simple quand c’est le cas. Les haut-parleurs un peu bruyants nous rappellent bien le dispositif d’entrée. Une fois nos numéros appelés, nous entrons dans la salle déjà presque comble. L’installation métallique au centre de la scène avec quatre têtes animales est vraiment impressionnante. Je me dis déjà qu’il s’agit d’une des plus belles scènes que j’ai pu voir en concert jusqu’à maintenant. Le nom de tournée CEN+RAL prend tout son sens, car le public est en effet positionné tout autour de la scène. L’arène est vaste mais reste de taille plutôt réduite pour un groupe qui remplit le Tokyo Dome (d’une capacité d’environ 55,000 personnes). Dans l’arène Anabuki, nous sommes à vue de nez 10,000 personnes. Nous sommes dans le carré F-2. L’exercice est de trouver très rapidement un endroit dégagé pour ne pas être dérangé par les têtes devant nous. Les photos et vidéos sont autorisées pendant le concert, ce qui semble être plus courant qu’avant pour les concerts au Japon, mais il est interdit de lever son smartphone au dessus du niveau de sa tête. Là encore, le public joue assez bien le jeu, et il y a heureusement assez peu de personnes préférant filmer l’intégralité du concert plutôt que d’apprécier le moment présent.

Le concert commence un peu après 18h30. La structure métallique au centre de la scène s’active de lumières et de sons électroniques. La frénésie visuelle laisse ensuite place au visage modifié comme un mutant bodybuildé du bassiste et clavier Kazuki Arai (新井和輝) qui adresse un message vidéo à la foule pour mettre tout le monde en condition, comme le ferait un chauffeur de salle. Mon fils avait prédit que le concert démarrerait par le dernier single AIZO et c’est en effet le cas. Le public démarre au quart de tour et ça fait plaisir à voir. Les quatre membres du groupe sont situés au quatre coins de la scène. Le chanteur Satoru Iguchi est en face de nous avec le bassiste Kazuki Arai sur le côté gauche et Daiki Tsuneta et le batteur Yū Seki (勢喜遊) à l’arrière. Des écrans vidéos géants posés en haut de la structure permettent de voir en permanence tout ce qui se passe sur scène, ce qui permet une très bonne immersion. Je dirais que ce type d’écrans est même indispensable pour des grandes salles. Ces écrans sont également utilisés pour divers effets spéciaux qui se combinent aux rayons laser multicolores et aux soudaines explosions de fumées. Le groupe sait clairement comment chauffer une salle, car après AIZO, ils enchaînent avec des morceaux très puissants que font bouger le public: Hikōtei (飛行艇) et Drone (どろん) de l’album Ceremony puis Flash!!! de l’album précédent Sympa pour revenir vers Ceremony avec Teenager Forever. Ces deux derniers morceaux sont pour moi associés car j’avais vu un concert précédent en blu-ray où ils s’enchaînaient pour former une sorte de climax. Mais lors de ce précédent live, ces deux morceaux se situaient en deuxième partie de concert. Le concert auquel nous assistons commence très fort avec des singles marquants. Je me dis à ce moment là qu’en quatre albums studio et quelques singles récents, King Gnu fourmille d’excellents morceaux. Le concert se compose d’une large setlist de 26 morceaux pour environ 2h30 de concert, incluant plusieurs passages MC adressés au public. La setlist contient bien sûr les singles récents comme TWILIGHT!!! et couvre les quatre albums d’une manière très équilibrée avec 5 ou 6 morceaux par album. Je suis un peu étonné de voir le groupe laisser une part égale au premier album Tokyo Rendez-Vous par rapport au plus récent The Greatest Unknown. Je connais moins Tokyo Rendez-Vous, à part les quelques morceaux clés, mais mon fils me dit qu’il aime beaucoup cet album. Ça me fait comprendre qu’il doit être très apprécié des fans de la première heure.

Vers le milieu de la setlist, le groupe part vers des morceaux plus apaisés, quoiqu’ils jouent toujours sur le chaud et le froid. Hakujitsu (白日) est bien entendu un morceau important de leur discographie, et c’est celui par lequel j’ai vraiment réalisé qu’il s’agissait d’un groupe à part. S’en suivent plusieurs morceaux plus posés de Tokyo Rendez-Vous et un retour vers des zones plus tectoniques avec Ichizu (一途) et Ashura ):阿修羅:( de l’album The Greatest Unknown. Satoru Iguchi et Daiki Tsuneta descendent au moins une fois de la scène pour marcher au plus près du public. La ferveur du public se déchaine ensuite sur le single SO BAD, car le groupe tend le micro vers la foule lors de certains passages. Ce single est polymorphe et déstructuré, mais symbolise bien la liberté artistique qui les anime. J’avais avant le concert un peu peur que le public soit trop bruyant et qu’on n’entende pas assez Satoru et Daiki au chant, mais c’est quand même loin d’être le cas. Certains comptes Twitter de fans donnent même une liste des morceaux typiques sur lesquels Satoru Iguchi tend le micro vers la foule. L’air de rien, il y a une sorte de règle non dite mais qui va relativement de soi. Lors des passages de MC, assez nombreux d’ailleurs, le groupe nous dit que le morceau SO BAD a été conçu pour la scène, pour faire participer le public. C’est clairement le concert où j’ai pu sentir le plus la présence du public. Pendant les passages de MC au public, les appels criés à chaque membre du groupe se relaient, ce qui est assez amusant. J’aime ces moments où le public manifeste sa présence car ça suscite souvent des reactions sur scène. Les passages de MC étaient assez nombreux, 4 ou 5 peut-être, même si le groupe n’est pas particulièrement réputé pour cela. Satoru Iguchi est celui qui parle le plus, mais il prend son temps en souriant, ce qui est tout à fait à son image « my pace ». Il semble apprécier le moment en marchant tranquillement sur scène, ce qui fait rire le public, car on attend tous qu’il dise quelque chose de fort et intéressant. Mais le ton de ses messages à la foule reste léger. Il nous dit que la salle est très chaude et ce depuis le premier morceau, ce qui semble l’avoir étonné. On nous dit aussi que le public de Takamatsu se manifeste plus franchement qu’à Tokyo. Mais qui est vraiment de Takamatsu dans la salle? J’imagine plutôt le public comme venant de tout le Japon. Tout le long des passages de MC, les caméras se tournent vers chaque membre du groupe, eux même faisant semblant de ne pas les remarquer pour éviter d’avoir à parler. Ces petits passages comiques sont amusants car ils finissent tous par dire quelques mots, notamment Yū Seki qui est particulièrement pris à partie pour ce concert car il est originaire de la préfecture voisine de Tokushima à Shikoku. Je ne sais trop pour quelle raison Yū Seki parvient à imposer au groupe de jouer un morceau supplémentaire non prévu sur la setlist. Il s’agit de McDonald Romance sur l’album Tokyo Rendez-Vous. Daiki Tsuneta s’adresse au public vers la fin du concert. Il nous fait part d’une petite anecdote. Après le premier concert de Takamatsu, le 11 Mars, Daiki et Kazuki Arai sont sortis pour manger dehors le soir, et ont croisé deux filles qui dansaient dehors devant une vidéo qu’elles avaient pris lors du concert. Il semblait avoir été touché par cette ferveur envers leur musique. Ce qui m’a personnellement étonné est que personne ne les ait reconnu en pleine rue.

Musicalement, l’interprétation était impeccable, même si j’ai eu un peu peur lors du début du tout premier morceau AIZO que je l’ai trouvé un peu grésillant. Les quelques solos de guitare de Daiki Tsuneta sont fantastiques, d’autant plus qu’il y met les formes. C’est vraiment chouette de pouvoir avoir des gros plans vidéos sur ses mains sur la guitare et sur son visage très expressif. Ça nous fait comprendre que le groupe se donne à fond. La voix de Satoru Iguchi reste inimitable et se dégage très bien des guitares et de la batterie puissante de Yū Seki. Satoru Iguchi, qui était de notre côté de la scène centrale, regarde souvent le public et on a envie de lui répondre des bras. Le concert passe évidemment plus vite qu’on ne le voudrait. Il n’y a pas de rappels mais ils ont quand même joué pratiquement 2h30. Vers 21h, les lumières se rallument progressivement laissant inscrit sur les écrans géants le nom du groupe sur un fond blanc. On se dit que c’est certainement le meilleur concert qu’on ait vu. Je m’y attendais un peu car je sais qu’ils ne laissent rien au hasard. Le fait que la direction de cette tournée soit assurée par Osrin, du groupe créatif Perimetron dirigé par Daiki Tsuneta, n’est pas une surprise et pour sûr un gage de qualité. Nous gardons de nombreuses images et des sons en tête, dont on se partage les impressions. Je vais la plupart du temps seul en concert et c’est à la fois inhabituel et très agréable de pouvoir partager ses impressions à chaud.

La sortie de la salle est lente et silencieuse. J’ai les jambes fatiguées car on est debout depuis longtemps. Il faut maintenant chercher un endroit pour manger ce soir, ce qui n’est pas une mince affaire car tout est déjà fermé même dans le building de la gare. Nous ne sommes pas à Tokyo, et le rythme de vie à Takamatsu est bien différent. On tourne en rond pour revenir vers la galerie marchande couverte que nous avions vu le matin à pieds entre notre hôtel et l’arène. Nous mangerons finalement dans une chaîne Matsuya, car c’est une des seules options disponibles. La grande majorité des clients sont des gens ayant assisté au concert. On se sent en permanence bien entourés. Le retour à l’hôtel à pieds est ensuite rafraîchissant et nous tombons très vite de sommeil une fois arrivés.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la setlist du concert de Takamatsu de la King Gnu CEN+RAL Tour 2026:
1. AIZO, single
2. Hikōtei (飛行艇), de l’album Ceremony
3. Drone (どろん), de l’album Ceremony
4. Flash!!!, de l’album Sympa
5. Teenager Forever, de l’album Ceremony
6. Kasa (傘), de l’album Ceremony
7. TWILIGHT!!!, single
8. Prayer X, de l’album Sympa
9. Tokyo Rendez-Vous, de l’album Tokyo Rendez-Vous
10. Vinyl, de l’album Tokyo Rendez-Vous
11. Slumberland, de l’album Sympa
12. Hakujitsu (白日), de l’album Ceremony
13. Haretsu (破裂), de l’album Tokyo Rendez-Vous
14. NIGHT POOL, de l’album Tokyo Rendez-Vous
15. CHAMELEON, de l’album The Greatest Unknown
16. Nekko (ねっこ), single
17. The hole, de l’album Sympa
18. Ichizu (一途), de l’album The Greatest Unknown
19. Ashura ):阿修羅:(, de l’album The Greatest Unknown
20. SO BAD, single
21. SPECIALZ, de l’album The Greatest Unknown
22. Sakayume (逆夢), de l’album The Greatest Unknown
23. SUNNY SIDE UP 〜 Ame Sansan(雨燦々), de l’album The Greatest Unknown
24. McDonald Romance, de l’album Tokyo Rendez-Vous
25. it’s a small world, de l’album Sympa
26. Summer Rain Diver (サマーレイン・ダイバー), de l’album Tokyo Rendez-Vous

ヌー民生活❶

Nous voilà à Takamatsu dans la préfecture de Kagawa sur l’île de Shikoku pour assister à un concert du groupe King Gnu de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour 2026. C’est mon fils qui avait tenté une réservation pour deux places, en ne pensant pas les gagner, à différentes dates du Japon et c’est tombé sur Takamatsu. Cela nous donne une occasion un peu imprévue de voyager à Shikoku, ce que je n’avais pas fait depuis 23 ans. Nous partons deux jours en passant une nuit à Takamatsu le soir du concert. L’avion qui nous y amène part assez tôt, à 7h45. On a eu un peu peur d’être en retard et de rater notre avion, en arrivant seulement une vingtaine de minutes avant l’embarquement. Le voyage en Boeing 737 JAL dure un peu plus d’une heure en passant au dessus d’un Mont Fuji dégagé, nous donnant une vue sublime que je n’ai malheureusement pas eu le temps de photographier. L’aéroport de Takamatsu est excentré, situé à environ 45 minutes en bus limousine de la station de train de Takamatsu au centre de la ville. Notre hôtel se trouve à un des stops de la ligne de bus, près du grand parc Ritsurin (栗林公園) et à un peu moins de 30 minutes à pieds du centre-ville. L’hôtel est plutôt ancien mais possède un certain charme Showa qui ne me déplaît pas. On s’était partagé les tâches pour ce voyage, je m’occupais de réserver l’avion et mon fils de l’hôtel. Takamatsu est une petite ville avec un nombre limité d’hôtels principalement situés autour de la gare de trains (à noter que le Shinkansen ne passe pas à Takamatsu) et on a assez vite réalisé qu’il fallait réserver son hôtel rapidement car sur les 10,000 personnes qui assistent aux deux dates du concert de King Gnu les 11 et 12 Mars, nombreux sont ceux comme nous qui viennent de tout le Japon. Nous avons réservé avion et hôtel deux mois à l’avance mais c’était déjà un peu tard car les hôtels près de la gare étaient déjà pris d’assaut pour les chambres à prix raisonnable. On s’est aussi assez vite rendu compte que nous étions loin d’être les seuls à faire le voyage depuis Tokyo. Nous avons croisé un assez grand nombre de personnes déjà habillés de t-shirt et hoodies tirés de cette tournée. Les ventes de goods sont déjà épuisés sur internet et on ne peut en acheter que sur place si on est muni d’un billet.

Après avoir déposé notre petite valise à l’hôtel un peu avant 10h du matin, nous partons à pieds sans trop tarder vers le lieu où se déroulera le concert, la grande salle multi-usage Anabuki Arena Kagawa (あなぶきアリーナ香川). Un deuxième intérêt pour moi est de voir cette salle tout en rondeurs, conçue par SANAA. Elle est très récente, ouverte en Février 2025, et a été primée du Prix Versailles. Il s’agit d’un prix international d’architecture et de design créé en 2015 et remis chaque année au siège de l’UNESCO à Paris. Il récompense les réalisations contemporaines considérées comme les plus remarquables ou les plus belles au monde dans plusieurs catégories. La beauté visuelle et la pureté des formes des créations de SANAA ne sont plus à démontrer. Ce complexe est composé d’une grande arène pouvant contenir jusqu’à 10,000 personnes, en incluant les places debout, et d’une plus petite arène qui lui est accolée. Anabuki Arena Kagawa se trouve au bord de la mer intérieure Seto dans le quartier de Sunport, à proximité de la gare de Takamatsu. Un parc vert, ou plutôt une bande de gazon, sépare l’arène de la mer, ce qui rend cet endroit très agréable et tout à fait particulier. C’est clairement une des plus belles salles de concert que je connaisse, pour son architecture épurée et pour son emplacement idéal, créant une petite bulle à l’écart de tout. Nous allons rapidement, dès notre arrivée le matin, à l’arène Anabuki car on y vend les goods de cette tournée. On n’avait pas imaginé qu’il y aurait autant de monde dès le matin. À notre arrivée vers 10h30, une longue file d’attente entoure déjà la petite arène alors que la boutique des goods vient d’ouvrir ses portes à 10h. J’imagine que nombreux sont ceux qui sont arrivés bien avant l’ouverture. Ce genre de choses au Japon est en général prévisible, mais j’avoue que je n’avais jamais vu un tel engouement. Le fiston s’inquiète un peu de ne pouvoir acheter ce qu’il voulait, mais on ne peut que prendre notre mal en patience. J’aime de toute façon ces moments avant concert où on se trouve au milieu d’autres fans. En attendant autour de l’arène, dans le froid hivernal qui se retenait un peu heureusement, on peut au moins se laisser distraire par le camion rouge de la tournée, décoré de gnus fantaisistes qui doivent représenter les membres du groupe. Après un tour de la petite arène qui nous aura pris environ une heure, nous entrons finalement à l’intérieur en se rendant compte que la file d’attente est encore longue. Au fur et à mesure, une voix annonce à l’haut-parleur les articles en rupture de stock. On finit par se dire qu’il ne faut mieux pas avoir une idée très précise de ce qu’on voudra acheter. Un peu plus de deux heures plus tard, nous arrivons finalement à nous emparer de t-shirts à manches longues, casquette entre autres petites choses. Ce sera tout à fait suffisant pour faire notre bonheur et on se sent en quelque sorte préparés pour le concert le soir à partir de 17h30.

Le déjeuner nous amène à chercher un restaurant de sanuki udon, qui est bien entendu la spécialité de la préfecture de Kagawa. Les restaurants sont nombreux, mais ceux autour de l’arène ont de longues files d’attente. On s’écarte un peu du centre pour en trouver un près de l’ancien château. Là encore, les fans de King Gnu, qu’on appelle Nū-min (ヌー民), sont nombreux, on les reconnaît facilement. Si on était venu à Takamatsu ce jour là sans savoir q’un concert s’y déroulait, on aurait pu penser qu’une grande partie de la population était fan du groupe. Ça m’amuse beaucoup de les chercher. Une très grande majorité à la petite vingtaine, mais je note également des parents comme moi qui accompagnent leur fille ou fils. Je ne sais pas s’il y a un style vestimentaire King Gnu, mais le style des fans avec pantalon oversized est assez répandu. Enfin, les jeans baggy et les vestes oversized sont à la mode en ce moment. On voit de tout mais pas de couleurs flashy. Les udon du midi nous calent bien et on a envie de marcher vers les ruines du château de Takamatsu et son parc.

Le château de Takamatsu (高松城) est l’un des sites historiques les plus importants de la ville de Takamatsu. Il n’en reste que ses vestiges, se trouvant dans un parc situé près du port appelé Tamamo Park (玉藻公園). Le château a été construit vers 1590 par le seigneur féodal Ikoma Chikamasa, un général de Toyotomi Hideyoshi, après la conquête de Shikoku. Il s’agissait d’un site stratégique pour contrôler les routes maritimes de la mer intérieure de Seto. À partir de 1642, le château fut dirigé par le clan Matsudaira, liée aux Tokugawa. Ce château est assez unique, car il s’agit l’un des rares “châteaux maritimes” du Japon (mizujō). Les douves sont remplies d’eau de mer, directement reliées à la mer intérieure de Seto. L’appellation de château Tamamo (玉藻城) est inspirée par les algues de la mer dans les douves. À l’époque féodale, le château comportait un donjon principal (tenshu) à plusieurs étages, plusieurs enceintes concentriques avec murs de pierre, des tours de guet (yagura) et portes fortifiées. Le donjon a disparu mais il reste certaines structures: des tours d’observation, un pont en bois couvert et le pavillon Hiunkaku, ancienne résidence de la famille Matsudaira, classé bien culturel important. On ne peut malheureusement pas visiter l’intérieur du pavillon. La grande porte Sakuramon a été reconstituée et les murs de pierre des douves sont impressionnants. Le parc historique, avec jardins et pinèdes autour des douves, est très agréable à visiter, d’autant plus que l’endroit est très calme. Le calme avant la tempête en quelques sortes. On prend notre temps mais celui-ci passe vite. Il est déjà presque 17h. On se change un peu pour porter le t-shirt à manches longues de la tournée et nous voilà fin prêts pour le début du concert.