the pain of feeling free

Aller à Ginza est souvent l’occasion de revoir le building Ginza Sony Park, conçu par Takenaka Corporation, et l’immeuble Louis Vuitton par Jun Aoki. Je ne me lasse pas de les revoir tant leur architecture est remarquable, dans des styles visuels très différents mais pareillement audacieux. J’attends que la foule et les voitures se dégagent avant de prendre en photo le Ginza Sony Park depuis l’autre côté du grand carrefour. Pour les photographies du building Louis Vuitton, je préfère au contraire faire intervenir la présence humaine, en reflet sur les immenses façades ondulées et colorées par vagues dorées. Puis je marche au hasard des rues de Ginza que je connais sans bien connaître. Il est difficile de se perdre dans la perpendicularité du quartier. On peut facilement y faire des boucles sans vraiment s’en rendre compte. Cela n’a pas beaucoup d’importance car j’étais plutôt à la recherche d’un environnement d’écoute pour le dernier album de Boards of Canada. Inferno est sorti le Jeudi 29 Mai 2026 et je suis allé l’acheter en CD le jour même de sa sortie au Tower Records de Shibuya, en récupérant au passage un poster de l’album et un autocollant Warp. Le groupe n’avait pas sorti de nouvel album depuis 13 ans et c’est donc un petit événement. Sans surprise, l’album est très long avec 18 morceaux pour 1h 10mins. C’est malgré tout un album qu’on a envie d’écouter en entier plutôt que par morceaux, car son ambiance se construit dans la durée. Je trouve l’album meilleur que Tomorrow’s Harvest mais un cran en dessous de Geogaddi, mais il reprend de ce dernier son étrangeté, sa part sombre et sa force de fascination. Dès l’introduction et le premier morceau Prophecy at 1420 MHz, on reconnaît tout de suite tout ce qui fait la particularité et le pouvoir d’attraction de BoC. Le troisième morceau Hydrogen Helium Lithium Leviathan est de ces morceaux qui peuvent devenir des classiques, avec ces nappes célestes qui se construisent progressivement. J’adore absolument les deux morceaux Father And Son et The Word Becomes Flesh car ils ont une approche plus rythmée qu’on ne connaît pas de BoC, à la limite du hip-hop. Mais il s’agit bien sûr d’un hip-hop étrange et malaisant, avec des voix crachotantes plutôt inquiétantes. Ces morceaux sont hypnotiques tout comme le magnifique septième morceau Naraka avec ses chants mystiques hindous transformés dans sa deuxième partie. C’est un des sommets de l’album mais il y en a plusieurs. C’est amusant également d’entendre des sonorités qui nous ramènent tout de suite à l’univers de BoC, mais on nous amène ici vers un cosmos lointain dont on n’avait pas l’habitude. L’ensemble est assez sombre mais des morceaux comme Into the Magic Land sont tout de même lumineux, ce qui apporte des alternances bienvenues. Le treizième morceau Deep Time est également pour moi un des très beaux moments de l’album, le plus nostalgique peut être (il était déjà sorti sous le nom Tape 05). Il n’y a rien à écarter dans cet album car chaque élément musical contribue à l’ensemble. Les amateurs de BoC ne seront clairement pas déçu. J’aime beaucoup cet album même si on n’y retrouve pas de morceaux sublimissimes comme Music is Math sur Geogaddi. L’album Geogaddi est sorti il y a 24 ans et il faut peut être laissé à Inferno le temps de prendre racine dans notre inconscient musical.

La musique de Boards of Canada se déroule devant moi, en explorant les rues arrières de Ginza. J’hésite ensuite à rentrer à pieds ce qui me prendrait une bonne heure et demi, parcours que j’ai déjà emprunté maintes fois. Je pense d’abord passer par le parc Hibiya puis ensuite décider si l’énergie qui me reste me permet de continuer à marcher ou sauter dans la ligne de métro Hibiya. En passant devant la grande tour de Hibiya Midtown, une voix attire mon attention. Je remarque qu’elle provient d’un petit podium blanc placé au milieu de la place à l’entrée de la tour. Un duo de musiciens finit juste un set alors que j’arrive sur place devant la petite scène. Dommage car la dynamique du chant que j’ai entendu en m’approchant me plaisait bien. Alors que le groupe quitte la scène en remerciant le public réuni, je réalise en apercevant un programme affiché au milieu de la place qu’il s’agit du Hibiya Music Festival organisé par Seiji Kameda. Le Hibiya Music Festival (日比谷音楽祭) se déroule chaque année depuis 2019 dans le parc de Hibiya et dans les espaces voisins de Tokyo Midtown Hibiya, avec la grande particularité d’être gratuit et ouvert à tous. Il est porté tous ans par Seiji Kameda (亀田誠治) grace au crowdfunding et a une ambition de rendre la musique accessible sans barrières sociales et générationnelles. Je voulais y assister depuis longtemps mais je m’y étais à chaque fois pris trop tard ou rendu compte alors que le festival se terminait. J’avais également un peu de mal à croire que toutes les représentations soient gratuites et sans réservation. Je découvre donc une partie du festival tout à fait par hasard.

Le groupe qui vient de sortir est MONONKVL (モノンクル), un duo formé en 2011 par la chanteuse-compositrice Sara Yoshida (吉田沙良) et le bassiste-compositeur Ryuta Tsunoda (角田隆太). Ce que j’ai entendu était en fait une petite mise en jambe pour accorder les instruments et le matériel. La session live démarre en fait à 11h30 sur la scène nommée HIROBA devant Hibiya Midtown. Je décide de rester les écouter. C’est agréable d’être à l’extérieur avec une météo plus que clémente et devant une petite scène qui permet de s’approcher assez près. Le nom du groupe MONONKVL peut se traduire en Mon Oncle et aurait été inspiré par le nom de la revue Mon Oncle (モノンクル) dirigée par Juzo Itami (伊丹十三) dans les années 1980, elle-même probablement inspirée du titre du film Mon Oncle de Jacques Tati. Ryuta Tsunoda en aurait aimé la sonorité du mot indépendamment de son sens précis. La musique de MONONKVL mêle des ambiances soul et jazz avec approche pop très contemporaine. J’ai tout de suite aimé la voix de Sara Yoshida et les compositions des morceaux remplis d’énergie positive m’ont beaucoup plu. J’ai du coup tenté de leur demander par l’intermédiaire de la messagerie d’instagram quelle était la setlist de leur session d’une demi-heure environ, tout en faisant part de mon enthousiasme pour leur musique, et ils m’ont gentiment répondu. Je la note ci-dessous pour référence.

1. Apollo (Porno Graffitti cover)
2. HOTPOT
3. Yuudachi (夕立)
4. GINGUA
5. Uzu (渦)
6. Koko ni Shika Nai tte Itte (ここにしかないって言って)

Le premier morceau que le groupe à interprété est très connu et il s’agit d’une reprise du titre Apollo de Porno Graffitti. Il y avait une petite foule devant la scène et Sara Yoshida arrive bien à engager le public. Au milieu du set, elle adresse un message de remerciement au public, qui semblait comme moi beaucoup apprécier, puis envers l’organisateur du festival Seiji Kameda. Leur session est assez courte mais j’en retire quelques morceaux que j’aime beaucoup et que j’écoute maintenant sur mon iPod, comme HOTPOT et Uzu (渦). En fouillant dans leur discographie, je découvre avec plaisir le morceau Who Am I en collaboration avec AAAMYYY sur leur album Bokura Ikidomari de Warai Aitai (僕ら行き止まりで笑いあいたい) sorti en 2025. J’aime beaucoup la manière par laquelle le morceau se transforme progressivement d’une approche déstructurée vers une harmonie pop particulièrement réussie entre les deux chanteuses. Je garde donc une très bonne impression de ce premier contact avec le festival musical de Hibiya et j’ai envie de la prolonger. Je gagne ensuite le centre du grand parc de Hibiya pour savoir ce qui s’y passe. On y trouve plusieurs scènes en plein air dont la plus grande est celle nommée ONIWA. Le groupe pop-rock-rap originaire d’Okinawa ORANGE RANGE s’y produit. Ils étaient très populaires dans les années 2000 et ont fait leur retour. Leur musique m’intéresse peu et il est de toute façon temps pour moi de rentrer. Je n’écoute que distraitement en marchant en direction d’une des sorties du parc. Nous sommes le Samedi 30 Mai 2026, et le festival se déroulant sur deux jours, continue le Dimanche 31 Mai. Sur le programme du Dimanche, j’ai remarqué quelques artistes et groupes qui m’intéressent et que je serais très curieux de voir sur scène.

Me voilà donc le Dimanche en début d’après-midi pour une deuxième visite au festival musical de Hibiya. Il fait un temps magnifique et même un peu trop chaud. Sur la scène HIDAMARI située dans un coin ombragé du parc près des terrains de tennis, j’avais noté une session live de la guitariste Rei, dont j’avais déjà parlé brièvement sur ce blog. Elle est ‘ambassadrice‘ de la marque de guitare Fender au Japon depuis 2023 et a même sa propre guitare signature, la Rei Stratocaster R246, commercialisée depuis Février 2025. Son concert d’une trentaine de minutes commence à 13h45 mais j’arrive en avance vers 13h, alors que se termine la session précédente d’une autre artiste que je ne connais pas. J’avais amené avec moi un sandwich vietnamien que j’ai pu apprécier tranquillement dans le parc sous les arbres. Des petites chaises en plastique sont disponibles et des stands fournissent de quoi boire et manger. Une bière s’impose rapidement. Les prix ne sont même pas prohibitifs. Quelques personnes sont déjà regroupées devant la scène et je n’attends pas trop pour les rejoindre. Je ne connais pas beaucoup la musique de Rei à part quelques morceaux, mais je sais que c’est une guitariste remarquable. Elle a apparemment son fan club présent en premières lignes. Une vingtaine de minutes avant le début de sa session, elle entre sur scène comme si de rien n’était pour vérifier les réglages des guitares qu’un membre du staff avait préparé pour elle. Ses quelques essais se transforment assez vite en un morceau d’échauffement parfaitement exécuté. On a l’impression que le concert vient de commencer mais elle nous rappelle qu’il s’agit juste d’un tour de chauffe. Elle y met en tout cas toute sa ferveur, ce qui promet pour la suite. Le public la suit tout de suite. La plupart des morceaux qu’elle jouera ensuite me sont inconnus. Elle chante parfois en anglais qu’elle maîtrise très bien. Bien qu’elle soit née au Japon à Itami (伊丹市) dans la préfecture de Hyōgo, elle a vécu plusieurs années à New York lorsqu’elle était enfant. Ce n’est pas la première fois qu’elle répond à l’appel de Seiji Kameda pour ce festival. Les deux semblent même proches et sur la même longueur d’onde. Elle nous fait part d’ailleurs d’une discussion qu’elle a eu avec Kameda lors des débuts du festival. Lorsqu’elle était petite, Rei connaissait Central Park à New York comme un lieu ouvert aux artistes et groupes de musique et a le souvenir d’y avoir vu des représentations. Kameda, qui connaît aussi New York, avait cette idée de faire du parc de Hibiya le Central Park de Tokyo, dans une vision similaire à ce qu’avait connu Rei. Rei ne manque pas de le remercier d’avoir concrétisé cette vision. On sent un respect profond entre les deux artistes. La musique de Rei lors de cette session se tourne beaucoup vers le blues, d’influence américaine donc, notamment pour ses premiers morceaux où elle chante en anglais. Elle joue d’abord d’une guitare acoustique mais elle a un jeu tellement puissant qu’on y entend une électricité latente. Rei sait mettre les formes et se mettre en scène comme une femme forte aux airs impitoyables sur une guitare. Mais elle respecte tellement ses guitares qu’elle les présente même les unes après les autres au public. En hommage à Kameda, Rei reprend un morceau de Tokyo Jihen, Shuraba (修羅場) de l’album Adult (大人). Elle n’a pas tout à fait la voix de Sheena Ringo, mais elle reste puissante et passionnée. Son jeu est assez différent de celui d’Ukigumo, un peu plus physique alors que celui d’Ukigumo est plus flottant. En parcourant le fiche Wikipédia de Rei, on apprend d’ailleurs que Ryosuke Nagaoka a participé à son premier projet discographique. Alors que j’écoute cette interprétation libre de Shuraba, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas là d’un signe m’indiquant de continuer ma souscription au fan club Ringohan, qui inclut également Tokyo Jihen bien que le groupe soit au point mort en ce moment. Sur la petite scène couverte d’une sorte de tente sur la zone HIDAMARI, Rei est seule mais elle remplit le son et l’espace comme un groupe au complet. Je suis impressionné du début à la fin par sa virtuosité à la guitare et par sa présence sur scène.

Je me dirige ensuite vers la scène principale du parc Hibiya, celle nommée ONIWA pour y voir jouer Ohzora Kimishima (君島大空) à partir de 15h45. Je connais son album No Public Sounds sorti en 2023, qui m’avait beaucoup impressionné. C’est également un excellent guitariste, jouant d’une manière très sensible et instinctive. J’arrive en avance et le groupe précédent est toujours sur scène. Soichiro Yamauchi (山内総一郎), le guitariste et chanteur du groupe Fujifabric, est sur scène. Je ne connais pas vraiment Fujifabric (フジファブリック) et encore moi la carrière solo de Yamauchi, mais ce n’est pas désagréable de s’asseoir sur l’herbe du parc en l’écoutant, avec une bière à la main (oui, c’est la deuxième mais je me suis arrêté là). La zone verte ONIWA est suffisamment vaste qu’on peut facilement trouver où s’asseoir. Quand il termine son set, un petit mouvement de foule entre ceux qui partent et ceux qui arrivent pour voir Ohzora Kimishima me permet d’approcher le troisième rang devant la scène. On s’assoit tous sur l’herbe devant la scène car la session live ne commence que dans une trentaine de minutes. Le soleil tape fort malgré ma casquette. J’avais heureusement eu la bonne idée d’amener une petite bouteille d’eau. Selon le même mode opératoire que pour les autres concerts, Ohzora Kimishima monte sur scène avant l’heure pour les réglages de sa guitare acoustique. Il est élégant, habillé d’une longue chemise blanche sur un pantalon noir et des sandales japonaises, un léger rouge sur les lèvres. J’avais un peu espéré qu’il soit accompagné sur scène par son groupe composé du bassiste Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu, du batteur Shun Ishiwaka (石若駿) et du guitariste Shūta Nishida (西田修大), comme lors du festival Fuji Rock l’année dernière, mais il était seul. Ce n’est pas très grave et c’est même compréhensible car cette session sera acoustique. Le public autour de moi est très varié et je ressens la présence de fans fervents. Une fois sur scène, Ohzora Kimishima est très naturel lorsqu’il s’adresse au public. Il compatit pour nous pour cette chaleur qui pourrait nous faire tourner la tête. Il jouera plusieurs morceaux dont des nouveaux de son futur album qui sortira en Juin 2026, si je ne trompe pas. De No Public Sounds, il a interprété mon morceau préféré Arashi (˖嵐₊˚ˑ༄) qui m’a littéralement donné les larmes aux yeux. Ce morceau est comme une tempête intérieure qui finit par s’évacuer. Son interprétation était fascinante et reste pour moi un moment important de ce festival.

Le dernier groupe de la journée sur cette même scène ONIWA est SOIL& »PIMP »SESSIONS avec les invités C&K et Rei que j’avais vu précédemment. Leur session live commence à 17h, et là encore les mouvements de foule me permettent d’approcher au deuxième rang, mais il faudra encore attendre sous le soleil qui baisse heureusement en fin de journée. Le petit vent rafraîchissant qui se lève est le bienvenu. Je connais principalement le groupe pour ses quelques collaborations avec Sheena Ringo dont le morceau Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), mais je n’ai jamais écouté le reste de leur discographie même si ce n’est pas l’envie qui me manquait. J’étais en fait extrêmement curieux de les voir sur scène, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. La perspective d’écouter du « Death » Jazz m’intéressait au plus haut point. Ce terme caractérise la musique du groupe mélangeant des tempos très rapides avec une énergie agressive proche du rock, des improvisations expérimentales, des rythmiques puissantes et une attitude sur scène intense et théâtrale. Tout un programme et c’est exactement ce que j’ai vu sur scène, dès la séance de réglages des instruments. SOIL& »PIMP »SESSIONS est une formation particulière autour de la figure du patron, le Shacho (久嶋識史), qui ne joue d’aucun instrument mais qui est là comme agitateur et catalyseur de l’énergie du groupe. C’est un rôle central dans le déroulement de leurs sessions. Les figures historiques du groupe fondé en 2001 sont Tabu Zombie (椨智紹) à la trompette, Josei (佐藤丈青) au piano et claviers et Akita Goldman (秋田紀彰) à la contrebasse. En support, le groupe est accompagné de manière quasi permanente par Takeshi Kurihara (栗原 健) au saxophone et par Seiya Onasaka (小名坂誠哉) qui remplace Midorin à la batterie. Il faut imaginer chaque musicien comme un virtuose dans son domaine jouant avec une totale liberté au point où on ne sait jamais vraiment si on est dans le morceau ou si on est parti en totale improvisation. C’est extrêmement grisant à l’écoute, notamment quand la trompette de Tabu Zombie et le saxophone de Takeshi Kurihara se répondent et prennent le relai l’un après l’autre, accompagnés par le clavier disruptif de Josei. Le groupe part très très vite dans les tours dès l’échauffement, au point où le Shacho sent le besoin de préciser que le concert n’a pas encore commencé. Je ne connais pas les morceaux du set mais ce n’est pas grave car on est très vite entrainé par l’énergie qui s’en dégage, époustouflante pendant tout le set. Le Shacho prend la parole plusieurs fois, notamment pour remercier lui aussi Seiji Kameda pour cette invitation au festival. Il fait la remarque que le groupe répond de toute façon systématiquement présent aux invitations et demandes de Kameda. Il hallucine également que tout ce festival soit gratuit grâce à lui. C’est vrai. J’ai passé un excellent moment en leur compagnie, encore accentué par l’arrivée de Rei à la guitare électrique. Sur le thème du film Kill Bill, Battle Without Honor or Humanity, de Tomoyasu Hotei, Rei arrive sur scène avec une agressivité électrique sans pareille comme si elle voulait montrer qu’elle ne se laissera pas déborder par la puissance sonore de SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il en ressort une bataille de solo entre la guitare de Rei et la trompette de Tabu Zombie. C’est très amusant de voir comment elle arrive à se faire sa place dans le groupe. La session se termine ensuite avec le duo C&K que je ne connaissais pas. C&K ne sont pas des rappeurs à proprement parler, mais un duo vocal composé de CLIEVY (クリビー) et de KEEN (キーン). Ils ont des registres de voix assez différents mais la même énergie sur scène. Là encore, accompagnés par le groupe, ils partent dans une improvisation faisant intervenir le public et ne semblent pas vouloir s’arrêter. On sent une grande complicité entre C&K et SOIL. Le Shacho nous dit même qu’il faut maintenant qu’ils s’arrêtent sans quoi ils vont se faire enguirlander par la direction du festival, mais il est le premier à remettre une pièce dans la machine. Ça fait plaisir de ressentir sur scène cette passion musicale, d’autant plus dans un décor pareil. L’avantage de cette approche festival est qu’on peut approcher de très près les artistes. Le fait que tout cela soit gratuit est quand même hallucinant. Merci Kameda san! Des petites boîtes de donation pour le festival de l’année prochaine sont présentes à plusieurs endroits dans le parc et je n’hésite pas à contribuer, en espérant vivement y retourner l’année prochaine. En attendant, je me lance dans l’écoute de l’album Pimpin’ de SOIL& »PIMP »SESSIONS pour prolonger cette expérience. A noter que ce billet mélange mes photographies avec certaines provenant du compte X Twitter du festival, que je me permets de montrer ici pour illustrer mon propos.

ヌー民生活❷

La tournée King Gnu CEN+RAL Tour 2026 se déroule en 30 dates au Japon et en Asie. Elle a démarré à Osaka le 21 Février pour deux dates, puis est passée par Sendai. Takamatsu est la troisième escale avec également deux dates, les 11 et 12 Mars. Elle partira ensuite à Tokyo, puis Nagoya, Hiroshima, Chiba, Fukuoka, Sapporo, Nigata. Le groupe entamera ensuite la partie internationale de la tournée en Asie en passant par Bangkok, puis Hong Kong, Taipei, Seoul pour un final au Japon, à la Yokohama Arena en Juillet 2026. C’est une bien longue tournée, qui n’accompagne pourtant pas de nouvel album, mais une série de singles qui sont particulièrement percutants et ont très bien marchés. J’écoute la musique de King Gnu depuis leur deuxième album Sympa, en les découvrant avec le titre Flash!!!. C’est un des seuls groupes qui parvient à nous mettre d’accord dans notre petite famille. C’est un peu dommage que nous n’ayons pu avoir que deux places. Mari m’a laissé sa place car je semblais bien malheureux de ne pas avoir obtenu de places pour le concert de Sheena Ringo cette année. Ça me rappelle que Ringo les a découvert en concert, avant même que le groupe s’appelle King Gnu (leur nom originel était Srv. Vinci). Daiki Tsuneta (常田大希) et Satoru Iguchi (井口理) étaient toujours étudiants à l’Université des beaux-arts de Tokyo. Ce n’est que bien plus tard que Daiki Tsuneta avec son autre formation Millennium Parade proposera à Ringo de chanter sur le fameux single W●RK.

Nos places sont situées dans l’arène principale mais pas au plus près de la scène. L’organisation autour d’une scène centrale, un peu comme au Budokan de Tokyo est par contre très bien pensée car on peut garder une bonne vue, peu importe où on se situe. Derrière nous, il y a d’autres places en hauteur dans un anneau circulaire normalement utilisé pour la configuration en salle de sport. Ce sont des places assises mais tout le monde se lève dès le début du concert. On s’assoit, comme beaucoup, dans l’herbe du parc près de la mer en attendant les 17h30. Le soleil se couche doucement. Il fait frais mais pas vraiment froid, malgré un petit vent occasionnel nous piquant les joues. À 17h30, le comptage méthodique commence et prend beaucoup de temps pour éviter la cohue. Tout le monde est très discipliné, sans être forcé à l’être, et tout paraît si simple quand c’est le cas. Les haut-parleurs un peu bruyants nous rappellent bien le dispositif d’entrée. Une fois nos numéros appelés, nous entrons dans la salle déjà presque comble. L’installation métallique au centre de la scène avec quatre têtes animales est vraiment impressionnante. Je me dis déjà qu’il s’agit d’une des plus belles scènes que j’ai pu voir en concert jusqu’à maintenant. Le nom de tournée CEN+RAL prend tout son sens, car le public est en effet positionné tout autour de la scène. L’arène est vaste mais reste de taille plutôt réduite pour un groupe qui remplit le Tokyo Dome (d’une capacité d’environ 55,000 personnes). Dans l’arène Anabuki, nous sommes à vue de nez 10,000 personnes. Nous sommes dans le carré F-2. L’exercice est de trouver très rapidement un endroit dégagé pour ne pas être dérangé par les têtes devant nous. Les photos et vidéos sont autorisées pendant le concert, ce qui semble être plus courant qu’avant pour les concerts au Japon, mais il est interdit de lever son smartphone au dessus du niveau de sa tête. Là encore, le public joue assez bien le jeu, et il y a heureusement assez peu de personnes préférant filmer l’intégralité du concert plutôt que d’apprécier le moment présent.

Le concert commence un peu après 18h30. La structure métallique au centre de la scène s’active de lumières et de sons électroniques. La frénésie visuelle laisse ensuite place au visage modifié comme un mutant bodybuildé du bassiste et clavier Kazuki Arai (新井和輝) qui adresse un message vidéo à la foule pour mettre tout le monde en condition, comme le ferait un chauffeur de salle. Mon fils avait prédit que le concert démarrerait par le dernier single AIZO et c’est en effet le cas. Le public démarre au quart de tour et ça fait plaisir à voir. Les quatre membres du groupe sont situés au quatre coins de la scène. Le chanteur Satoru Iguchi est en face de nous avec le bassiste Kazuki Arai sur le côté gauche et Daiki Tsuneta et le batteur Yū Seki (勢喜遊) à l’arrière. Des écrans vidéos géants posés en haut de la structure permettent de voir en permanence tout ce qui se passe sur scène, ce qui permet une très bonne immersion. Je dirais que ce type d’écrans est même indispensable pour des grandes salles. Ces écrans sont également utilisés pour divers effets spéciaux qui se combinent aux rayons laser multicolores et aux soudaines explosions de fumées. Le groupe sait clairement comment chauffer une salle, car après AIZO, ils enchaînent avec des morceaux très puissants que font bouger le public: Hikōtei (飛行艇) et Drone (どろん) de l’album Ceremony puis Flash!!! de l’album précédent Sympa pour revenir vers Ceremony avec Teenager Forever. Ces deux derniers morceaux sont pour moi associés car j’avais vu un concert précédent en blu-ray où ils s’enchaînaient pour former une sorte de climax. Mais lors de ce précédent live, ces deux morceaux se situaient en deuxième partie de concert. Le concert auquel nous assistons commence très fort avec des singles marquants. Je me dis à ce moment là qu’en quatre albums studio et quelques singles récents, King Gnu fourmille d’excellents morceaux. Le concert se compose d’une large setlist de 26 morceaux pour environ 2h30 de concert, incluant plusieurs passages MC adressés au public. La setlist contient bien sûr les singles récents comme TWILIGHT!!! et couvre les quatre albums d’une manière très équilibrée avec 5 ou 6 morceaux par album. Je suis un peu étonné de voir le groupe laisser une part égale au premier album Tokyo Rendez-Vous par rapport au plus récent The Greatest Unknown. Je connais moins Tokyo Rendez-Vous, à part les quelques morceaux clés, mais mon fils me dit qu’il aime beaucoup cet album. Ça me fait comprendre qu’il doit être très apprécié des fans de la première heure.

Vers le milieu de la setlist, le groupe part vers des morceaux plus apaisés, quoiqu’ils jouent toujours sur le chaud et le froid. Hakujitsu (白日) est bien entendu un morceau important de leur discographie, et c’est celui par lequel j’ai vraiment réalisé qu’il s’agissait d’un groupe à part. S’en suivent plusieurs morceaux plus posés de Tokyo Rendez-Vous et un retour vers des zones plus tectoniques avec Ichizu (一途) et Ashura ):阿修羅:( de l’album The Greatest Unknown. Satoru Iguchi et Daiki Tsuneta descendent au moins une fois de la scène pour marcher au plus près du public. La ferveur du public se déchaine ensuite sur le single SO BAD, car le groupe tend le micro vers la foule lors de certains passages. Ce single est polymorphe et déstructuré, mais symbolise bien la liberté artistique qui les anime. J’avais avant le concert un peu peur que le public soit trop bruyant et qu’on n’entende pas assez Satoru et Daiki au chant, mais c’est quand même loin d’être le cas. Certains comptes Twitter de fans donnent même une liste des morceaux typiques sur lesquels Satoru Iguchi tend le micro vers la foule. L’air de rien, il y a une sorte de règle non dite mais qui va relativement de soi. Lors des passages de MC, assez nombreux d’ailleurs, le groupe nous dit que le morceau SO BAD a été conçu pour la scène, pour faire participer le public. C’est clairement le concert où j’ai pu sentir le plus la présence du public. Pendant les passages de MC au public, les appels criés à chaque membre du groupe se relaient, ce qui est assez amusant. J’aime ces moments où le public manifeste sa présence car ça suscite souvent des reactions sur scène. Les passages de MC étaient assez nombreux, 4 ou 5 peut-être, même si le groupe n’est pas particulièrement réputé pour cela. Satoru Iguchi est celui qui parle le plus, mais il prend son temps en souriant, ce qui est tout à fait à son image « my pace ». Il semble apprécier le moment en marchant tranquillement sur scène, ce qui fait rire le public, car on attend tous qu’il dise quelque chose de fort et intéressant. Mais le ton de ses messages à la foule reste léger. Il nous dit que la salle est très chaude et ce depuis le premier morceau, ce qui semble l’avoir étonné. On nous dit aussi que le public de Takamatsu se manifeste plus franchement qu’à Tokyo. Mais qui est vraiment de Takamatsu dans la salle? J’imagine plutôt le public comme venant de tout le Japon. Tout le long des passages de MC, les caméras se tournent vers chaque membre du groupe, eux même faisant semblant de ne pas les remarquer pour éviter d’avoir à parler. Ces petits passages comiques sont amusants car ils finissent tous par dire quelques mots, notamment Yū Seki qui est particulièrement pris à partie pour ce concert car il est originaire de la préfecture voisine de Tokushima à Shikoku. Je ne sais trop pour quelle raison Yū Seki parvient à imposer au groupe de jouer un morceau supplémentaire non prévu sur la setlist. Il s’agit de McDonald Romance sur l’album Tokyo Rendez-Vous. Daiki Tsuneta s’adresse au public vers la fin du concert. Il nous fait part d’une petite anecdote. Après le premier concert de Takamatsu, le 11 Mars, Daiki et Kazuki Arai sont sortis pour manger dehors le soir, et ont croisé deux filles qui dansaient dehors devant une vidéo qu’elles avaient pris lors du concert. Il semblait avoir été touché par cette ferveur envers leur musique. Ce qui m’a personnellement étonné est que personne ne les ait reconnu en pleine rue.

Musicalement, l’interprétation était impeccable, même si j’ai eu un peu peur lors du début du tout premier morceau AIZO que je l’ai trouvé un peu grésillant. Les quelques solos de guitare de Daiki Tsuneta sont fantastiques, d’autant plus qu’il y met les formes. C’est vraiment chouette de pouvoir avoir des gros plans vidéos sur ses mains sur la guitare et sur son visage très expressif. Ça nous fait comprendre que le groupe se donne à fond. La voix de Satoru Iguchi reste inimitable et se dégage très bien des guitares et de la batterie puissante de Yū Seki. Satoru Iguchi, qui était de notre côté de la scène centrale, regarde souvent le public et on a envie de lui répondre des bras. Le concert passe évidemment plus vite qu’on ne le voudrait. Il n’y a pas de rappels mais ils ont quand même joué pratiquement 2h30. Vers 21h, les lumières se rallument progressivement laissant inscrit sur les écrans géants le nom du groupe sur un fond blanc. On se dit que c’est certainement le meilleur concert qu’on ait vu. Je m’y attendais un peu car je sais qu’ils ne laissent rien au hasard. Le fait que la direction de cette tournée soit assurée par Osrin, du groupe créatif Perimetron dirigé par Daiki Tsuneta, n’est pas une surprise et pour sûr un gage de qualité. Nous gardons de nombreuses images et des sons en tête, dont on se partage les impressions. Je vais la plupart du temps seul en concert et c’est à la fois inhabituel et très agréable de pouvoir partager ses impressions à chaud.

La sortie de la salle est lente et silencieuse. J’ai les jambes fatiguées car on est debout depuis longtemps. Il faut maintenant chercher un endroit pour manger ce soir, ce qui n’est pas une mince affaire car tout est déjà fermé même dans le building de la gare. Nous ne sommes pas à Tokyo, et le rythme de vie à Takamatsu est bien différent. On tourne en rond pour revenir vers la galerie marchande couverte que nous avions vu le matin à pieds entre notre hôtel et l’arène. Nous mangerons finalement dans une chaîne Matsuya, car c’est une des seules options disponibles. La grande majorité des clients sont des gens ayant assisté au concert. On se sent en permanence bien entourés. Le retour à l’hôtel à pieds est ensuite rafraîchissant et nous tombons très vite de sommeil une fois arrivés.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la setlist du concert de Takamatsu de la King Gnu CEN+RAL Tour 2026:
1. AIZO, single
2. Hikōtei (飛行艇), de l’album Ceremony
3. Drone (どろん), de l’album Ceremony
4. Flash!!!, de l’album Sympa
5. Teenager Forever, de l’album Ceremony
6. Kasa (傘), de l’album Ceremony
7. TWILIGHT!!!, single
8. Prayer X, de l’album Sympa
9. Tokyo Rendez-Vous, de l’album Tokyo Rendez-Vous
10. Vinyl, de l’album Tokyo Rendez-Vous
11. Slumberland, de l’album Sympa
12. Hakujitsu (白日), de l’album Ceremony
13. Haretsu (破裂), de l’album Tokyo Rendez-Vous
14. NIGHT POOL, de l’album Tokyo Rendez-Vous
15. CHAMELEON, de l’album The Greatest Unknown
16. Nekko (ねっこ), single
17. The hole, de l’album Sympa
18. Ichizu (一途), de l’album The Greatest Unknown
19. Ashura ):阿修羅:(, de l’album The Greatest Unknown
20. SO BAD, single
21. SPECIALZ, de l’album The Greatest Unknown
22. Sakayume (逆夢), de l’album The Greatest Unknown
23. SUNNY SIDE UP 〜 Ame Sansan(雨燦々), de l’album The Greatest Unknown
24. McDonald Romance, de l’album Tokyo Rendez-Vous
25. it’s a small world, de l’album Sympa
26. Summer Rain Diver (サマーレイン・ダイバー), de l’album Tokyo Rendez-Vous

ヌー民生活❶

Nous voilà à Takamatsu dans la préfecture de Kagawa sur l’île de Shikoku pour assister à un concert du groupe King Gnu de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour 2026. C’est mon fils qui avait tenté une réservation pour deux places, en ne pensant pas les gagner, à différentes dates du Japon et c’est tombé sur Takamatsu. Cela nous donne une occasion un peu imprévue de voyager à Shikoku, ce que je n’avais pas fait depuis 23 ans. Nous partons deux jours en passant une nuit à Takamatsu le soir du concert. L’avion qui nous y amène part assez tôt, à 7h45. On a eu un peu peur d’être en retard et de rater notre avion, en arrivant seulement une vingtaine de minutes avant l’embarquement. Le voyage en Boeing 737 JAL dure un peu plus d’une heure en passant au dessus d’un Mont Fuji dégagé, nous donnant une vue sublime que je n’ai malheureusement pas eu le temps de photographier. L’aéroport de Takamatsu est excentré, situé à environ 45 minutes en bus limousine de la station de train de Takamatsu au centre de la ville. Notre hôtel se trouve à un des stops de la ligne de bus, près du grand parc Ritsurin (栗林公園) et à un peu moins de 30 minutes à pieds du centre-ville. L’hôtel est plutôt ancien mais possède un certain charme Showa qui ne me déplaît pas. On s’était partagé les tâches pour ce voyage, je m’occupais de réserver l’avion et mon fils de l’hôtel. Takamatsu est une petite ville avec un nombre limité d’hôtels principalement situés autour de la gare de trains (à noter que le Shinkansen ne passe pas à Takamatsu) et on a assez vite réalisé qu’il fallait réserver son hôtel rapidement car sur les 10,000 personnes qui assistent aux deux dates du concert de King Gnu les 11 et 12 Mars, nombreux sont ceux comme nous qui viennent de tout le Japon. Nous avons réservé avion et hôtel deux mois à l’avance mais c’était déjà un peu tard car les hôtels près de la gare étaient déjà pris d’assaut pour les chambres à prix raisonnable. On s’est aussi assez vite rendu compte que nous étions loin d’être les seuls à faire le voyage depuis Tokyo. Nous avons croisé un assez grand nombre de personnes déjà habillés de t-shirt et hoodies tirés de cette tournée. Les ventes de goods sont déjà épuisés sur internet et on ne peut en acheter que sur place si on est muni d’un billet.

Après avoir déposé notre petite valise à l’hôtel un peu avant 10h du matin, nous partons à pieds sans trop tarder vers le lieu où se déroulera le concert, la grande salle multi-usage Anabuki Arena Kagawa (あなぶきアリーナ香川). Un deuxième intérêt pour moi est de voir cette salle tout en rondeurs, conçue par SANAA. Elle est très récente, ouverte en Février 2025, et a été primée du Prix Versailles. Il s’agit d’un prix international d’architecture et de design créé en 2015 et remis chaque année au siège de l’UNESCO à Paris. Il récompense les réalisations contemporaines considérées comme les plus remarquables ou les plus belles au monde dans plusieurs catégories. La beauté visuelle et la pureté des formes des créations de SANAA ne sont plus à démontrer. Ce complexe est composé d’une grande arène pouvant contenir jusqu’à 10,000 personnes, en incluant les places debout, et d’une plus petite arène qui lui est accolée. Anabuki Arena Kagawa se trouve au bord de la mer intérieure Seto dans le quartier de Sunport, à proximité de la gare de Takamatsu. Un parc vert, ou plutôt une bande de gazon, sépare l’arène de la mer, ce qui rend cet endroit très agréable et tout à fait particulier. C’est clairement une des plus belles salles de concert que je connaisse, pour son architecture épurée et pour son emplacement idéal, créant une petite bulle à l’écart de tout. Nous allons rapidement, dès notre arrivée le matin, à l’arène Anabuki car on y vend les goods de cette tournée. On n’avait pas imaginé qu’il y aurait autant de monde dès le matin. À notre arrivée vers 10h30, une longue file d’attente entoure déjà la petite arène alors que la boutique des goods vient d’ouvrir ses portes à 10h. J’imagine que nombreux sont ceux qui sont arrivés bien avant l’ouverture. Ce genre de choses au Japon est en général prévisible, mais j’avoue que je n’avais jamais vu un tel engouement. Le fiston s’inquiète un peu de ne pouvoir acheter ce qu’il voulait, mais on ne peut que prendre notre mal en patience. J’aime de toute façon ces moments avant concert où on se trouve au milieu d’autres fans. En attendant autour de l’arène, dans le froid hivernal qui se retenait un peu heureusement, on peut au moins se laisser distraire par le camion rouge de la tournée, décoré de gnus fantaisistes qui doivent représenter les membres du groupe. Après un tour de la petite arène qui nous aura pris environ une heure, nous entrons finalement à l’intérieur en se rendant compte que la file d’attente est encore longue. Au fur et à mesure, une voix annonce à l’haut-parleur les articles en rupture de stock. On finit par se dire qu’il ne faut mieux pas avoir une idée très précise de ce qu’on voudra acheter. Un peu plus de deux heures plus tard, nous arrivons finalement à nous emparer de t-shirts à manches longues, casquette entre autres petites choses. Ce sera tout à fait suffisant pour faire notre bonheur et on se sent en quelque sorte préparés pour le concert le soir à partir de 17h30.

Le déjeuner nous amène à chercher un restaurant de sanuki udon, qui est bien entendu la spécialité de la préfecture de Kagawa. Les restaurants sont nombreux, mais ceux autour de l’arène ont de longues files d’attente. On s’écarte un peu du centre pour en trouver un près de l’ancien château. Là encore, les fans de King Gnu, qu’on appelle Nū-min (ヌー民), sont nombreux, on les reconnaît facilement. Si on était venu à Takamatsu ce jour là sans savoir q’un concert s’y déroulait, on aurait pu penser qu’une grande partie de la population était fan du groupe. Ça m’amuse beaucoup de les chercher. Une très grande majorité à la petite vingtaine, mais je note également des parents comme moi qui accompagnent leur fille ou fils. Je ne sais pas s’il y a un style vestimentaire King Gnu, mais le style des fans avec pantalon oversized est assez répandu. Enfin, les jeans baggy et les vestes oversized sont à la mode en ce moment. On voit de tout mais pas de couleurs flashy. Les udon du midi nous calent bien et on a envie de marcher vers les ruines du château de Takamatsu et son parc.

Le château de Takamatsu (高松城) est l’un des sites historiques les plus importants de la ville de Takamatsu. Il n’en reste que ses vestiges, se trouvant dans un parc situé près du port appelé Tamamo Park (玉藻公園). Le château a été construit vers 1590 par le seigneur féodal Ikoma Chikamasa, un général de Toyotomi Hideyoshi, après la conquête de Shikoku. Il s’agissait d’un site stratégique pour contrôler les routes maritimes de la mer intérieure de Seto. À partir de 1642, le château fut dirigé par le clan Matsudaira, liée aux Tokugawa. Ce château est assez unique, car il s’agit l’un des rares “châteaux maritimes” du Japon (mizujō). Les douves sont remplies d’eau de mer, directement reliées à la mer intérieure de Seto. L’appellation de château Tamamo (玉藻城) est inspirée par les algues de la mer dans les douves. À l’époque féodale, le château comportait un donjon principal (tenshu) à plusieurs étages, plusieurs enceintes concentriques avec murs de pierre, des tours de guet (yagura) et portes fortifiées. Le donjon a disparu mais il reste certaines structures: des tours d’observation, un pont en bois couvert et le pavillon Hiunkaku, ancienne résidence de la famille Matsudaira, classé bien culturel important. On ne peut malheureusement pas visiter l’intérieur du pavillon. La grande porte Sakuramon a été reconstituée et les murs de pierre des douves sont impressionnants. Le parc historique, avec jardins et pinèdes autour des douves, est très agréable à visiter, d’autant plus que l’endroit est très calme. Le calme avant la tempête en quelques sortes. On prend notre temps mais celui-ci passe vite. Il est déjà presque 17h. On se change un peu pour porter le t-shirt à manches longues de la tournée et nous voilà fin prêts pour le début du concert.

les créatures luminescentes d’Ichiko Aoba

Une fois n’est pas coutume, je me suis décidé au dernier moment d’aller voir Ichiko Aoba (青葉市子) en concert. Alors que Nicolas me disait qu’il avait l’intention d’acheter un de ses disques, je me suis moi-même rappeler que je n’avais pas encore écouté dans son intégralité son dernier album Luminescent Creatures sorti en Février 2025. Je me suis ensuite demandé si elle avait organisé une tournée nationale pour cet album car il est relativement récent. J’ai toujours eu envie d’aller la voir sur scène mais, je ne sais pour quelle raison, cette idée ne s’était pas concrétisée jusqu’à maintenant. Ichiko Aoba a en effet entamé une tournée japonaise qui vient juste de démarrer au Suntory Hall à Akasaka le 13 Août 2025. Je vois par chance qu’il reste quelques places pour le concert à Yokohama au Minato Mirai Hall (横浜みなとみらいホール) le Lundi 18 Août 2025. Comme il s’agit du dernier jour de mes petites vacances estivales, je trouve cette journée tout à fait adaptée pour terminer ces vacances en beauté. J’ai réservé ma place le Dimanche 17 Août pour le lendemain donc, sachant que la date suivante de retour à Tokyo était déjà complète. Il me faut environ une heure pour aller jusqu’à Yokohama Minato Mirai, mais ce long parcours en train m’a permis de me mettre dans l’ambiance du dernier album dont je ne connaissais que quelques morceaux. Comme le laisse clairement deviner son titre, cette tournée intitulée Reflections of Luminescent Creatures supporte directement ce nouvel album. Après les deux dates à Tokyo, celle de Yokohama puis deux à Osaka en Août, elle part vers Fukuoka, Hiroshima, Nagoya et Matsuyama en Septembre, puis Beppu, Sapporo, Kyoto, Morioka, Sendai en Octobre. En Novembre 2025, après deux dates au Japon à Kanazawa et Niigata, elle s’envole pour quelques dates en Amérique du Sud. Cette tournée est en fait mondiale, car Ichiko Aoba passera ensuite au Royal Albert Hall à Londres en Mars 2026 puis à Los Angeles en Avril 2026. Je vois malheureusement, comme d’autres artistes japonais, que les dates en Angleterre sont privilégiées par rapport à Paris, par exemple.

Le fait que la tournée se déroule dans des salles conçues pour la musique classique, avec une acoustique étudiée pour les formations orchestrales, me plaisait beaucoup. J’imagine très bien ces salles être en mesure de transmettre toutes les qualités musicales et les nuances vocales de l’artiste et sa formation. Elle est en effet entourée d’un groupe de musiciens pour cette tournée, parmi lesquels Tarō Umebayashi (梅林太郎) au piano et également co-créateur de l’album Luminescent Creatures. Tarō Umebayashi a en fait également co-composé, arrangé et produit l’album précédent d’Ichiko Aoba, Windswept Adan (アダンの風). Luminescent Creatures fonctionne en fait comme une suite conceptuelle de Windswept Adan, avec cette même atmosphère de paysages naturels marins inspirés des îles d’Okinawa. Depuis Windswept Adan, Tarō Umebayashi est venu enrichir l’univers sonore en apportant des instruments variés, sans pourtant altérer l’approche intimiste et profondément émotionnelle d’Ichiko Aoba. La formation de cette tournée se composait en tout de neufs musiciens entourant Ichiko: Tadashi Machida (町田匡) et Yurina Arai (荒井優利奈) aux violons, Rachel Yui Mikuni (三国レイチェル由依) pour l’alto et Yukinori Kobatake (小畠幸法) au violoncelle, Ikumi Maruchi (丸地郁海) à la contrebasse, Tomoyuki Asakawa (朝川朋之) à la harpe, Inae Jeong (丁仁愛) à la flûte et Manami Kakudō (角銅真実) aux percussions et aux chœurs. Le Minato Mirai Hall est une grande salle de concert d’environ 2000 places. Elle n’est certes pas aussi prestigieuse que le Suntory Hall d’Akasaka même si ces deux salles ont des points communs, comme la disposition en style ’vignoble’ avec le public disposé en terrasses tout autour de la scène et la présence d’un monumental orgue à tuyaux (celui de Minato Mirai ayant une forme de voiles de navire, en clin d’œil au port de Yokohama). Enfin, l’orgue n’était pas utilisée pour ce concert. Des effets de lumière représentant les créatures luminescentes entourant Ichiko y étaient projetés.

Je suis arrivé à Minato Mirai devant le grand hall vers 17h. L’ouverture des portes était à 17h30 pour un début de concert une heure après à 18h30. Ayant pris mon billet très tard, mon emplacement au dernier rang (sixième) du deuxième étage n’est pas idéal mais on a tout de même une bonne vue sur la scène permise par l’inclinaison des rangées. La boutique sur place vend divers goods mais j’avais de toute façon en tête d’acheter le CD de Luminescent Creatures. Il reste une bonne demi-heure avant le début de la représentation et donc assez de temps pour boire un verre de vin blanc à l’étage en observant le public tout autour de moi. Par rapport aux concerts récents auxquels j’ai assisté, le public est ici plus varié et cosmopolite, ce qui ne m’étonne pas vraiment. Tout comme Windswept Adan, l’album Luminescent Creatures a été revu par la presse musicale étrangère, en l’occurence Pitchfork, et sélectionné comme « Best New Music« . La beauté de la musique d’Ichiko Aoba traverse les continents avec la liberté et la fraîcheur d’une petite brise. Je rejoins ensuite ma place, assis entre un homme d’une soixantaine d’années et une jeune fille d’une vingtaine d’années. L’ambiance est calme et apaisée. On entend tout juste le fond sonore composé de bruits légers de cloches fūrin (風鈴). Sur la scène, des longues feuilles de fougère, avec ce qui pourrait être un os de baleine, sont placées devant les instruments et des petits éclairages montées sur des tiges. L’atmosphère pendant le concert nous donnera l’impression d’être au bord de l’océan le soir éclairé par quelques bougies.

Le concert démarre vers 18h30 comme prévu. Les musiciens entrent d’abord sur scène suivis par Ichiko vêtue d’une robe d’un rouge éclatant. Les applaudissements sont chaleureux et accompagneront chaque morceaux du concert. Elles interprète une vingtaine de morceaux pour environ 1h45, le tout ponctué par quelques messages au public. Elle joue la quasi totalité des morceaux du nouvel album Luminescent Creatures et un grand nombre de Windswept Adan, pour mon plus grand plaisir. Certains morceaux comme Porcelain, Sagu Palm’s Song ou encore Luciférine me donnent des frissons dès les premières notes. Quelques morceaux d’Ichiko Aoba sont littéralement beaux à en pleurer, et ça peut être parfois difficile de retenir ces émotions lorsqu’on écoute sa musique, surtout sur ces deux derniers albums qui ont une capacité à nous envelopper entièrement. La mise en scène avec projection d’effets lumineux est à la fois féerique et mystérieuse. Ichiko chante sans jouer d’instruments sur les premiers morceaux de Luminescent Creatures puis se tourne vers un clavier. On l’a verra ensuite jouer de la guitare électrique, une Fender rouge, ce qui était pour moi assez inattendu. Elle ne joue bien sûr pas de riffs endiablés et sa manière de jouer est proche de l’acoustique. Sa guitare acoustique n’est bien entendu pas très loin et elle en jouera en chantant sur de nombreux morceaux. Je me rends compte qu’un grand nombre de morceaux du nouvel album, comme tower ou aurora, me plaisent vraiment beaucoup. On y trouve une subtilité rare, une délicate sensibilité, une évidence qui ne se force pas, une beauté mélancolique qui sait rester légère. J’ai toujours eu le sentiment qu’Ichiko Aoba sera reconnue un jour comme trésor national (日本の宝). Ça peut paraître exagéré mais j’en ai la conviction début longtemps, depuis que j’ai découvert l’album Windswept Adan, qui est celui par lequel je suis entré dans son univers unique. On a en fait l’impression à travers ses morceaux qu’elle a un cœur pur, peut-être à cause de la lumière qui se dégage de son chant malgré la mélancolie souvent présente, et on le ressent même dans ses messages vers le public mélangeant reconnaissance envers tous ceux qui sont venus aujourd’hui et une certaine retenue. Les acclamations de la salle étaient nourries après le dernier morceau, le très beau SONAR du dernier album, pour la faire revenir sur scène avec son groupe. Elle interprète d’abord le morceau Seabed Eden, dans sa version réécrite en français par la musicienne et chanteuse française Pomme (de son vrai nom Claire Pommet). Je connaissais ce morceau mais on avait tout de même un peu de mal à reconnaître la prononciation française. Je ne connaissais pas le morceau suivant Asleep among Endives (アンディーヴと眠って) qui est un très beau single, à priori présent sur aucun album. Dormir parmi les endives, nous dit-elle dans ce morceau. Sur tous ces albums et sur les deux derniers en particulier, on la sent proche de l’environnement naturel qui l’entoure et qui fait partie entière de ses compositions. Sur certains morceaux, elle souffle même dans le micro pour imiter le bruit du vent. Elle fredonne aussi et on a le sentiment qu’elle suit très librement ses envies. Certains morceaux, comme prisomnia ou COLORATURA au début du set, n’ont pas de paroles intelligibles. Ichiko chante des sons et murmure comme des voix que l’on entendrait dans une forêt profonde remplie de créatures mystérieuses. Musicalement, COLORATURA est sublime et nous transporte dans un ailleurs dès les premières notes. De l’album Luminescent Creatures, je ne suis pas certain qu’elle ait interprété le deuxième morceau 24° 3′ 27.0″ N, 123° 47′ 7.5″ E car c’est un morceau court et certains morceaux du set s’enchainaient de manière continue. Ce titre étrange correspond en fait aux coordonnées d’un phare sur l’île de Hateruma (波照間島) au large de l’archipel d’Okinawa, au Sud des îles Iriomote, Taketomi et Ishigaki. Lorsqu’on vérifie sur Google Maps, on constate que ce phare est surnommé ’Ichiko Aoba Lighthouse’ (je ne sais pas s’il s’agit d’une appellation officialisée). Ce phare est le plus méridional du Japon se trouvant sur une île habitée. Ce morceau d’Ichiko Aoba reprend une chanson du folklore de cette île Hateruma. En y repensant, je pense qu’elle a bien interprété ce morceau car elle a évoqué une composition qui n’est pas d’elle, mais je ne sais plus à quel moment il se situait dans la setlist.

Outre le fait de ne pas mettre décidé un peu plus tôt pour pouvoir profiter du concert un peu plus près de la scène, le seul petit regret que je formulerais est la qualité de la climatisation de la salle. Il faisait une petite chaleur moite pas très agréable par moments. J’aurais aimé ne pas être dérangé par cela. Tout était très sobre, par rapport aux concerts que j’ai pu voir précédemment dans des Live Houses. Nous étions ici dans un hall de musique classique, ce qui explique cela. De ce fait, je ne me sentais pas dans l’idée de venir en short et en t-shirt. La majorité des spectateurs semblaient être dans ce même état d’esprit. Les photographies étaient strictement interdites pendant le concert, ce qui est nécessaire, et il n’y avait pas d’affiches à prendre en photo-souvenir à l’entrée du hall. Je me permets donc de montrer certaines photographies prises par Kodai Kobayashi (小林光大) sur ce billet pour illustrer mon propos, en supplément de celles que j’ai pris moi-même dans la salle encore quasiment vide. Et pour compléter ce billet, tout en écoutant Luminescent Creatures en boucle depuis quelques jours, terminons par quelques mots d’Ichiko Aoba adressés au public: « Soyez libres, suivez vos envies, profitez-en pleinement » (自由に、思いのままに、心ゆくまで楽しんでいってください).

Pour référence, je note ci-dessous la setlist du concert de la tournée Reflections of Luminescent Creatures d’Ichiko Aoba au Yokohama Minato Mirai Hall le Lundi 18 Août 2025:

1. pirsomnia, de l’album Luminescent Creatures
2. aurora, de l’album Luminescent Creatures
3. COLORATURA, de l’album Luminescent Creatures
4. Horo (帆衣), de l’album Windswept Adan
5. Parfum d’étoiles, de l’album Windswept Adan
6. mazamun, de l’album Luminescent Creatures
7. tower, de l’album Luminescent Creatures
8. Porcelain, de l’album Windswept Adan
9. FLAG, de l’album Luminescent Creatures
10. Chi no Kaze (血の風), de l’album Windswept Adan
11. Hagupit, de l’album Windswept Adan
12. Easter Lily, de l’album Windswept Adan
13. Sagu Palm’s Song, de l’album Windswept Adan
14. Dawn in the Adan, de l’album Windswept Adan
15. Adan no Shima no Tanjyosai (アダンの島の誕生祭), de l’album Windswept Adan
16. Luciférine, de l’album Luminescent Creatures
17. SONAR, de l’album Luminescent Creatures
18. Seabed Eden (French version, par Pomme), single
19. Asleep among Endives (アンディーヴと眠って), single
20. Wakusei no Namida (惑星の泪), de l’album Luminescent Creatures

今君に素晴らしい世界が見えますか?

C’était une affiche inhabituelle qui m’avait tout de suite surpris quand j’avais vu pour la première l’annonce sur les réseaux sociaux: un Two-Man Live, c’est à dire un concert avec deux groupes à l’affiche, de Hitsuji Bungaku (羊文学) et de Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ). La première image qui m’est venu en tête est celle de la belle et la bête. Les deux groupes font du rock, n’hésitant pas à faire cracher l’électricité des guitares quand ça devient nécessaire, mais Hitsuji Bungaku est un groupe de rock qui se contrôle tandis que Ging Nang Boyz me donne plutôt l’image d’un punk qui n’hésite pas à jouer des excès. Bref, cette affiche inhabituelle m’a tout de suite intéressé et je n’ai pas hésité à réserver mon billet dans les toutes premières minutes de l’ouverture de la billetterie. Il faut ensuite attendre les résultats de la loterie, car la salle Toyosu PIT (豊洲ピット) dans laquelle va se dérouler ce double concert ne fait que 3000 places et que ces deux groupes sont en mesure d’amener beaucoup plus de monde que cela. Quelques jours plus tard, j’apprends avec satisfaction que j’ai obtenu un billet, mais ma place est numéroté 1730, ce qui veut dire qu’elle est située à peu près au milieu de la salle. J’avoue une petite déception car j’aurais vraiment aimé être au devant de la scène, mais c’était en fait pas plus mal de se trouver où j’étais pour une raison que j’expliquerais un peu plus tard. C’était la première fois que je voyais Ging Nang Boyz en concert, mais j’ai tous les albums du groupe donc ce rock souvent enragé tout en restant mélodique m’est tout à fait familier. C’est par contre la deuxième fois que je voyais Hitsuji Bungaku, la première étant dans une salle plus grande au Zepp d’Haneda. J’étais très curieux et même impatient de voir Ging Nang Boyz sur scène, car j’imagine son leader Kazunobu Mineta (峯田和伸) comme étant imprévisible et sanguin, se laissant emporter dans son propre élan. C’est du moins l’impression que donne les albums du groupe qui ont à chaque fois un son très proche du live. Ce concert au Toyosu PIT le 9 mai 2025 commémore en fait les dix ans de l’ouverture de la salle et fait partie d’une série de concerts intitulés Japon (じゃぽん), en français dans le texte. C’était la première fois que Ging Nang Boyz et Hitsujibungaku se produisaient ensemble sur une même scène. Je connais déjà cette salle pour y avoir vu Tricot pour la première fois en Février 2022. Cette salle a en fait pour moi une signification particulière car elle était en quelques sortes le précurseur de mon retour vers les concerts que j’avais délaissé pendant de nombreuses années. La période de la crise sanitaire m’avait fait me rendre compte de ce manque, et réaliser que j’adore absolument assister à des concerts.

Le concert du Vendredi 9 Mai 2025 s’intitule donc Toyosu PIT 10th ANNIVERSARY GING NANG BOYZ×HITSUJI BUNGAKU “Japon Vol.1” (Toyosu PIT 10th ANNIVERSARY 銀杏BOYZ×羊文学“じゃぽんVol.1”). L’utilisation du mot « Japon » renvoie apparemment à une volonté de mettre en avant des artistes japonais influents gardant une indépendance vis-à-vis des modes et des tendances, jouant un rôle important sur la scène musicale Japonaise et ayant une certaine capacité à s’exporter à l’international. Ce dernier point paraît tout à fait adapté car Hitsuji Bungaku et Ging Nang Boyz ont tous les deux fait des tournées nord américaines cette année, à peu près à la même période. J’avais particulièrement suivi celle de Ging Nang Boyz car Mineta aime poster des photos sur Instagram. En arrivant à l’étape de Seattle, il est par exemple passé voir un lieu de souvenir de Kurt Cobain au parc Viretta, il a également visité la fameuse grande cascade Snoqualmie Falls utilisée pour Twin Peaks et passé devant les locaux du label Sub-Pop. Ses trajets sur la route des concerts passent par les disquaires. On ne voit pas vraiment ce qu’il achète mais je ne doute pas qu’il soit collectionneur car son compte Instagram montre un très grand nombre d’albums, notamment des années 1990 qu’il a du écouter pour la première fois lorsqu’il était adolescent dans la préfecture de Yamagata. Il écrit que ses disques le protègent mais le rendent aussi solitaire (僕のレコードは僕を守るけど僕をひとりぼっちにもする), ce qui est un sentiment que je peux très bien comprendre, préférant parfois s’isoler pour s’évader avec une musique que le plus grand nombre ne connaît pas ou n’apprécie pas. Je pense que les souvenirs d’adolescence de Mineta sont encore très présents et conditionnent même sa musique. Dans le billet Instagram où il nous parle de ce concert avec Hitsuji Bungaku, il évoque par exemple d’abord un souvenir de son époque lycéenne avant de faire un rapprochement avec la musique de Hitsuji Bungaku. Pendant le concert, il nous dit même qu’il est un fan caché (隠れファン) du groupe qu’il écoute depuis l’album Wakamonotachi he (若者たちへ) de 2018.

J’avais pris mon après-midi de congé pour être sûr de pouvoir me rendre au concert à temps. L’ouverture de la salle démarre à 18h pour un début de concert à 19h, ce qui est extrêmement classique à Tokyo, sauf que la salle Toyosu Pit est relativement excentrée et il me faut presqu’une heure pour m’y rendre en train. A mon arrivée, l’organisation est comme toujours impeccable avec des zones d’attente en fonction de son numéro de place et un appel progressif. Je regarde la foule autour de moi et je suis surpris de voir plus de personnes avec des t-shirts de Ging Nang Boyz par rapport à Hitsuji Bungaku, qui a pourtant réussi à atteindre le mainstream en passant régulièrement aux émissions télévisées musicales. Ging Nang Boyz est en comparaison un groupe plus ancien, démarré il y a plus de vingt ans en 2003, mais je constate que son approche punk attire encore beaucoup la jeunesse. Kazunobu Mineta (峯田和伸) a à peu près mon âge et je m’attendais à voir un public un peu plus âgé. On entre assez vite dans la salle, après avoir pris une boisson. On me donne une bière en cannette Asahi Dry Crystal, ce qui me paraît assez inhabituel. Cette bière en particulier a un taux d’alcohol de 3.5%, ce qui est inférieur au classique 5% des bières japonaises. Je me suis demandé si c’était volontaire. La première fois que je suis venu dans cette salle du Toyosu PIT, les places étaient attribuées en raison de la crise sanitaire et du nécessaire espacement entre les personnes du public. Il s’agit cette fois-ci d’un placement libre et j’essaie comme toujours de me faufiler pour me rapprocher au plus près de la scène. J’aime le moment d’attente avant le concert, en écoutant la musique de fond sonore en général sélectionnée par les artistes qui se produisent ensuite. Mais elle est malheureusement presque inaudible. On entend par contre à plusieurs reprises des annonces nous invitant à ne pas faire des choses dangereuses qui pourraient blesser les autres. Une petite crainte monte en moi à ce moment là. La salle étant pleine à craquer pour un concert qui affiche complet, est-ce que les réactions enthousiastes de cette jeunesse autour de moi pourraient devenir incontrôlables? Je balaie assez rapidement cette pensée de ma tête car j’ai dû mal à imaginer ce genre de réactions excessives à Tokyo.

A 19h, Hitsuji Bungaku entre sur scène. J’avais la fausse impression que le groupe passerait en deuxième partie vue son emplacement à droite sur l’affiche du concert et la récente notoriété du groupe. Mais il s’agit bien de la guitariste, compositrice et chanteuse Moeka Shiotsuka (塩塚モエカ) et de la bassiste Yurika Kasai (河西ゆりか) entrant sur scène dans la pénombre, accompagnées de Yuna (ユナ) à la batterie. Le véritable batteur du groupe, Hiroa Fukuda, étant en pause depuis plus d’un an, Yuna est la plupart du temps présente en support, au point où elle pourrait même faire partie du groupe. Yuna est en fait l’ex-batteuse du groupe rock Chai originaire de Nagoya qui a connu une certaine notoriété au Japon et à l’international (ayant signé chez Sub Pop) mais qui s’est dissous à son apogée en Janvier 2024, à la surprise générale et pour une raison qui m’est inconnue. Hitsuji Bungaku joue en tout dix morceaux dont les singles récents comme Koe, et plusieurs morceaux de leur dernier album 12 hugs (like butterflies) en commençant par le morceau Addiction. Ce morceau compte parmi mes préférés de l’album pour son riff incisif de guitare. Le groupe ne lésine pas sur le bruit comme pour se mettre au diapason de la tonalité de ce double concert. Le public répond tout de suite présent dès le premier morceau et sur le suivant Eternal Blue (永遠のブルー) qui démarre alors que les lumières se lèvent sur la scène laissant apparaître le groupe plus distinctement. Je suis content d’écouter ensuite le morceau Koe (声) en live car c’est un des très beaux morceaux du groupe, mais l’euphorie décolle un peu plus lorsqu’elles jouent les grands succès comme more than words, Burning et Hikaru Toki (光るとき). On sent que le groupe est bien rodé, il faut dire qu’elles tournent vraiment beaucoup dans divers concerts et festivals. Cette activité incessante est assez impressionnante et est peut-être la raison de l’arrêt de Hiroa Fukuda. En écoutant ces quelques morceaux, je me dis intérieurement que j’adore cette musique. C’est un sentiment bizarre qui m’est venu en écoutant Hikaru Toki en particulier, quelque chose de profond et d’inattendu que je garde encore maintenant comme un sentiment palpable. Le single le plus connu du groupe, more than words, déclenche bien entendu les clameurs du public. Les percussions de Yuna au début du morceau accaparent toute mon attention. Sur scène, j’aime la manière par laquelle la bassiste Yurika se laisse entraîner par son rythme, au point même de perdre l’équilibre et de tomber à la renverse sur le dernier morceau Inori (祈り). Il y a une complicité évidente entre Moeka et Yurika. On sent qu’elles s’amusent sur scène, en courant de chaque côté de la scène pour se retrouver ensuite au centre dans un saut synchronisé. J’aime aussi les longues plages bruitistes qui entourent certains morceaux. De Hitsuji Bungaku, j’ai toujours cette image d’un groupe sage mais qui sait très bien déchaîner l’électricité quand il le faut. Je ressens une grande authenticité pour un groupe qui reste lui-même à tout moment. On le constate même dans les messages que Moeka adresse au public. Elle nous fait part du fait qu’elle n’imaginait pas qu’elles allaient jouer un jour avec Ging Nang Boyz. Moeka nous raconte qu’elle a rencontré Mineta pour la première fois lors du festival Fuji Rock, et qu’elle a pensé qu’il était en fait une personne très sympa, en sous-entendant d’une manière humoristique qu’elle n’en était pas tout à fait convaincue avant leur première rencontre. Cette petite remarque presque maladroite mais tout à fait honnête a fait beaucoup sourire la foule. Je pense que tous ont pu imaginer le sentiment que Moeka exprimait lors de ce petit message au public. Les dix morceaux passent finalement assez vite car le groupe les a enchaîné avec assez peu d’interruptions.

Une petite pause s’impose ensuite pour préparer la scène pour Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ). Il ne faudra pas attendre très longtemps avant de voir arriver sur scène les membres du groupe. Ils se positionnent et règlent rapidement leurs instruments. Kazunobu Mineta arrive peu après sur scène sous les cris de la foule qui scande son nom. Cet engouement soudain m’a d’abord surpris et fait comprendre qu’une grande partie de la foule était là avant tout pour Ging Nang Boyz. Pour être très honnête, la seule entrée sur scène de Mineta a déchaîné des réactions beaucoup plus vives que lors de la partie d’Hitsuji Bungaku, qui était pourtant très acclamée. Je n’avais pas vu cela depuis longtemps. Mineta arrive donc sur scène sans guitare mais avec un petit tambourin à la main. Il porte un t-shirt blanc sans manches à l’effigie du personnage manga Ramu de Rumiko Takahashi. Le premier morceau est Amen, Semen, Mary Chain (アーメン・ザーメン・メリーチェイン) de leur dernier album en date Ne- Minna Daisuki dayo (ねえみんな大好きだよ). Il semble impassible aux cris de la foule. Il est concentré et même hanté tant son regard fixe loin devant avec une intensité qui me rappelle Sheena Ringo lors de certains de ses premiers concerts vus en vidéo. Ce regard m’impressionne, car il nous fait ressentir qu’il vit chacune des paroles qu’il prononce. Il reste calme et assez peu mobile sur scène pour ce premier morceau comme pour s’imprégner de l’énergie de la foule. C’est un excellent morceau de cet album et il est relativement apaisé même si les guitares qui l’accompagnent sont abrasives à souhait. Le groupe d’origine de Ging Nang Boyz s’est dissous depuis longtemps et Mineta est en fait l’unique membre restant. Le groupe qui l’accompagne lors de ce concert a l’air plus jeune que lui, à part peut-être le batteur. De ce fait, on ne retrouve pas vraiment lors du concert les cris parfois sauvages et excessifs des autres membres du groupe, notamment à l’époque des premiers albums comme DOOR. C’est un peu dommage mais pas très grave vue la densité sonore de chaque morceau. La setlist du concert couvre tous les albums du groupe, mais l’album DOOR est grandement représenté avec cinq morceaux sur un total de douze, en démarrant par le morceau clairement punk NO FUTURE NO CRY. Le public avait flairé le début de NO FUTURE NO CRY car une excitation inattendue s’est emparée d’une partie du public dès les premiers accords. Une bande à l’arrière de moi se rue soudainement vers l’avant en poussant tout le monde dans le dos. J’avance d’au moins quatre rangées vers l’avant en essayant de m’écarter rapidement de l’épicentre tout en gardant mon équilibre. J’ai l’impression d’être dans un métro qui vient de freiner en urgence. L’ambiance est un peu folle, car Mineta se lance dès ce deuxième morceau dans la fosse et se laisse porter par la foule. Il fera au moins deux diving mais on le ramènera assez rapidement sur scène. En fait pendant tout le concert, quelques personnes juste devant la scène se sont laissées également porter par le public en perdant parfois une chaussure dans l’opération. Je me suis dit à ce moment là que ce n’était finalement pas une si mauvaise mauvaise idée que d’être un peu à l’écart. L’operation de poussage m’a par contre un peu rapproché, ce qui était au final un mal pour un bien. Sur ce deuxième morceau, Mineta s’empare d’une rutilante guitare rouge Gibson Firebird. Il nous expliquera un peu plus tard pendant le concert qu’il l’a acheté récemment à Ochanomizu et qu’il l’inaugure ce soir, car il a cassé sa guitare Rickenbacker rouge adorée lors du dernier concert de la tournée américaine à Los Angeles, le 5 avril (qui se trouve être le jour anniversaire de la mort de Kurt Cobain). Il nous dira également qu’il en est très content. La puissance déferlante des guitares continuent sur le morceau suivant intitulé Otona Zenmetsu (大人全滅), qu’on pourrait traduire par « anéantissement des adultes ». Je l’ai déjà écris plusieurs fois sur les pages de ce blog lorsque j‘évoquais chacun des albums du groupe, mais un des thèmes récurrents dans la musique du groupe est d’évoquer le passage à l’âge adulte ou peut-être l’envie de ne pas y passer. C’est très certainement ce thème et cette immaturité assumée qui attirent la jeunesse présente nombreuse dans le public. Sur ce morceau, on l’entend hurler dans le micro, se cogner même le micro volontairement contre son front. Oui, c’est du punk rock, il n’y a pas de doute, mais il n’empêche que ce morceau Otona Zenmetsu est absolument fabuleux. Le poids que Mineta porte sur chaque mot au début du morceau me donne encore maintenant des frissons à chaque écoute. Il nous dira un peu plus tard qu’il s’est cassé une dent lors de ce troisième morceau, lui laissant un goût de sang dans la bouche. Il n’aurait peut être pas dû sauter une deuxième fois dans le public sur ce morceau. Il se calmera un peu ensuite. Ce qui est assez génial à entendre, c’est que le public connaît toutes les paroles et l’accompagne au chant pendant les refrains. J’apprécie chez Ging Nang Boyz le sens de la mélodie, car même si les morceaux regorgent de guitares abrasives et bruitistes, la mélodie est toujours prépondérante. Mineta a cette capacité à écrire des beaux morceaux de musique aux émotions prenantes. C’est après ce troisième morceau que le calme reprend brièvement, et c’est à ce moment qu’il avoue être un fan secret de Hitsuji Bungaku possédant plusieurs de leurs disques. Mineta prend ensuite une guitare acoustique pour quelques morceaux jusqu’à celui intitulé Ningen (人間) qui déchaîne une nouvelle fois la foule chantant avec lui les paroles clés: Mawaru Mawaru Guru Guru Mawaru, Hakuma de Odoru Akuma to Odoru (まわる まわる ぐるぐるまわる 吐くまで踊る 悪魔と踊る). À partir de ce moment là du concert, le public (et je m’inclus bien sûr) chante pratiquement sur tous les morceaux et notamment le suivant Yume de aetara (夢で逢えたら) où Mineta tend le micro vers le public. Il s’absente même de scène pendant plusieurs minutes au milieu du morceau, mais la foule continue à chanter les paroles sans interruptions. Ce morceau est également tiré de l’album DOOR et son ambiance me rappelle un peu Weezer. Je me suis demandé s’il allait revenir. Le côté imprévisible du personnage est bien là. Les morceaux qui suivent, Baby Baby et Poadam (ぽあだむ), continuent à faire chanter en chœur toute la salle et cet engouement fait plaisir à voir. Le morceau Poadam compte parmi mes préférés du groupe. De tous les concerts que j’ai pu voir ces trois dernières années, je n’avais pas vu une telle présence du public, et on se laisse emporter par cette ambiance. L’enthousiasme qui l’entoure fait dire à Mineta que le monde va mal en ce moment mais que tant qu’il y aura des lieux pour faire de la musique, Ging Nang Boyz sera présent à l’appel.

Un des moments les plus forts de ce concert était pour moi la collaboration inattendue de Moeka Shiotsuka et de Ging Nang Boyz, qui ravit la foule au plus haut point. Ils chantent ensemble un morceau intitulé Gingatetsudō no Yoru (銀河鉄道の夜) que Mineta a ecrit pour son précédent groupe GOING STEADY et qu’il n’a apparemment pas joué en concert depuis 23 ans. Ce morceau est également présent sur l’album DOOR. Il se trouve aussi qu’Hitsuji Bungaku avait joué ce morceau en reprise au début de leur jeune carrière. Mineta appelle Moeka qui monte sur scène avec un t-shirt de Ging Nang Boyz dessiné par Yoshitomo Nara. Elle chante le morceau tandis que Mineta l’accompagne à la guitare acoustique et en chœur. Moeka est complètement absorbée par la musique et se laisse aller à marcher dans tous les sens sur la scène comme si elle flottait sur les nappes de guitares. Elle prenait une attitude assez différente de ce que l’on peut voir pendant les morceaux d’Hitsuji Bungaku sur scène. On ressent qu’elle apprécie ce moment inhabituel. Elle est également portée par la foule et en profite même pour toucher de la main les spectateurs du premier rang (mince, j’aurais aimé être au premier rang). A la fin du morceau, ils se saluent en criant le nom de leurs groupes respectifs, puis se serrent la main et se séparent. Mineta reste sur scène avec son groupe pour un dernier morceau, Shōnen Shōjo (少年少女) qui conclura son set.

Ce double concert était assez spécial, différent par son intensité de ceux que j’ai pu voir ces derniers mois, quelque chose de plus brut et à fleur de peau. Ça m’a donné envie de revoir Ging Nang Boyz en concert. Ils commencent justement une tournée en Juin qui s’intitule Voyage spatial de l’ère Showa Année 100 (昭和100年宇宙の旅). Ce qui m’a frappé pendant ce concert pour ces deux groupes, est qu’ils savent créer des belles mélodies qui se mélangent brillamment à l’urgence du rock à guitares abrasives. Il y a une ressemblance de ce côté là entre Ging Nang Boyz et Hitsuji Bungaku. Je me suis demandé qu’elle pourra bien être l’influence du duo final sur la suite créative des deux groupes. Est-ce que Moeka s’inspirera de Mineta ou vice-versa pour l’écriture de nouveaux morceaux. J’aimerais en tout cas beaucoup entendre un morceau studio original qu’ils chanteraient ensemble. La prochaine étape de la série de concerts anniversaire Japon (じゃぽん) se déroulera dans la salle de Sendai PIT le 29 Juillet 2025. Ce sera une nouvelle fois un double concert réunissant Ging Nang Boyz et Seiko Ōmori (大森靖子). Ces deux là se connaissent déjà pour avoir déjà chanté ensemble. Cette future collaboration m’a même donné envie de découvrir quelques morceaux de Seiko Ōmori sur des albums que je ne connaissais pas, mais j’y reviendrais certainement dans un prochain épisode.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous les setlists des deux groupes lors du concert Toyosu PIT 10th ANNIVERSARY GING NANG BOYZ×HITSUJI BUNGAKU “Japon Vol.1”, le Vendredi 9 Mai 2025.

Hitsuji Bungaku (Première partie):
1. Addiction
2. Eternal Blue (永遠のブルー)
3. Koe (声)
4. tears
5. Yokan (予感)
6. Burning
7. Hikaru Toki (光るとき)
8. OOPARTS
9. more than words
10. Inori (祈り)

Ging Nang Boyz (Deuxième partie):
1. Amen, Semen, Mary Chain (アーメン・ザーメン・メリーチェイン)
2. NO FUTURE NO CRY
3. Otona Zenmetsu (大人全滅)
4. Yōji to tsuki no hime (夜王子と月の姫)
5. Hyōryū Kyōshitsu (漂流教室)
6. Night Rider (ナイトライダー)
7. Ningen (人間)
8. Yume de aetara (夢で逢えたら)
9. BABY BABY
10. Poadam (ぽあだむ)
Rappels
11. Gingatetsudō no Yoru (銀河鉄道の夜) with Moeka Shiotsuka
12. Shōnen Shōjo (少年少女)

Les photos présentes sur ce live report sont un mélange de photos que j’ai pris, d’autres provenant des réseaux sociaux des deux groupes et du site de Pia. Sur les setlists ci-dessus, je n’indique pas les noms des albums desquels sont tirés les morceaux car ceux des albums de Ging Nang Boyz sont tellement longs que ça rendrait le tout illisible.