







Après avoir parcouru le chemin de montagne boisé parsemé par endroits par les hortensias, nous visitons ensuite les recoins du grand temple Takahata Fudōson (高幡不動尊金剛寺). Les origines du temple situé à Hino remontent au tout début des années 700. Le bâtiment principal appelé Fudō-dō a été reconstruit en 1342 après la destruction du temple originel par une tempête mais compte tout de même parmi les plus anciens édifices religieux conservés de Tokyo. La pagode à cinq étages est par contre beaucoup plus récente et est devenue un symbole du site. Le temple est étroitement lié à la figure de Toshizō Hijikata, lui-même natif de Hino. Toshizō Hijikata (土方 歳三, 1835-1869) fut le célèbre vice-commandant du Shinsengumi (新選組), une police spéciale et unité militaire organisée par le shogunat Tokugawa pour maintenir l’ordre à Kyoto à la fin de l’époque Edo. Il était surnommé le démon du Shinsengumi (鬼の副長) en raison de sa discipline implacable. Il resta fidèle au shogunat durant la guerre civile de Boshin (戊辰戦争) qui se déroula de 1868 à 1869 entre le shogunat Tokugawa et les forces impériales cherchant à restaurer le pouvoir de l’empereur et qui marqua la fin du régime féodal et le début de la Restauration de Meiji. Après plusieurs défaites, Toshizō Hijikata poursuivit le combat jusqu’à sa mort à Hakodate en 1869. Il demeure aujourd’hui une figure emblématique et romantique de la fin de l’ère des samouraïs.
Nous visitons le temple Takahata Fudōson le jour du festival des hortensias de Takahata Sandō (高幡参道あじさい祭). Ce matsuri se déroule tous les ans lors du premier samedi du mois de Juin, c’est à dire le 6 Juin 2026 cette année. Des spectacles de danse de type Yosakoi (よさこい) ont lieu le long de la rue commerçante menant de la station de train jusqu’à l’entrée du temple. La troupe de danse les plus réputée est celle nommée Shinsengumi REVO (新選組REVO) revêtant des costumes inspirés du Shinsengumi, en adéquation avec l’histoire locale de la ville de Hino. Les gigantesques drapeaux accompagnant le cortège sont impressionnants. C’est une vraie prouesse de les manipuler dans une rue aussi étroite où les bâtiments et des lignes électriques sont proches. Je tente de prendre plusieurs photographies des danses mais les mouvements incessants et la lumière tombante de la fin de journée font que la plupart sont malheureusement floues.

La musique qui suit ne correspond pas vraiment à l’ambiance de festival de rue de cette série de photographies, mais ce n’est pas très grave. Commençons par un superbe morceau intitulé River Man par Seu Jorge avec Beck. Seu Jorge est un chanteur, compositeur et acteur brésilien originaire de la banlieue de Rio de Janeiro. Dès la première écoute, je suis happé par le ton grave et caverneux de sa voix, combinée à celle beaucoup plus douce de Beck. Il y a quelques années, j’avais eu une période intense d’écoute de la musique de Beck et je garde cette expérience d’écoute très précieusement en tête. J’avais d’abord une préférence pour ses quelques albums les plus expérimentaux comme Mellow Gold (1994) et Odelay (1996), puis j’avais admiré ses albums plus lents et atmosphériques comme Sea Change (2002) et Morning Phase (2014). Round The Bend sur Sea Change est un morceau sublime, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois. On retrouve cette voix apaisée de Beck en compagnie de Seu Jorge. River Man est en fait une reprise d’un morceau du musicien anglais Nick Drake, que j’avais d’ailleurs entendu assez récemment dans une rediffusion de l’emission Very Good Trip sur France Inter consacrée à Nick Drake et notamment à son album Five Leaves Left (1969) dont est tiré le titre River Man. La version de Nick Drake est vraiment très belle, comme un moment suspendu. La version de Seu Jorge avec Beck est poignante mais la version originale de Nick Drake est encore d’un autre niveau, à mon avis. Je remarque un détail amusant en explorant visuellement la courte discographie de Nick Drake. La photo de couverture de son deuxième album Bryter Layter (1971) m’est familière. Je me rends compte assez vite que le groupe japonais de noise rock Boris a en fait repris et modifié la photo et le design de cette couverture pour leur quatrième album studio Akuma no Uta (悪魔の歌), en hommage au musicien anglais. Voici un lien inattendu qui va certainement me reconduire vers la très longue discographie de Boris que je connais en fait assez peu à part leur emblématique album Pink.
Je ne pensais pas un jour écouter et apprécier un morceau de la jeune chanteuse et compositrice californienne Olivia Rodrigo, mais c’est pourtant le cas avec son excellent single The Cure extrait de son troisième album You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love. Je retrouve dans ce morceau une certaine influence du rock indépendant américain des années 1990. Olivia Rodrigo nous dit que le titre du morceau n’est pas directement lié au groupe The Cure, même si on sait qu’elle est depuis assez récemment proche de Robert Smith et qu’elle est une grande admiratrice du groupe. Elle a même invité Robert Smith sur scène lors de son concert à Glastonbury en 2025 pour interpréter deux classiques de The Cure: Friday I’m in Love et Just Like Heaven. Robert Smith a également collaboré sur le morceau What’s Wrong With Me de son troisième album. On ressent une certaine influence des sonorités de The Cure sur ce morceau, notamment dans l’intensité finale qui s’en dégage, mais j’y ressens également quelque chose de Mellon Collie and the infinite sadness des Smashing Pumpkins. À l’occasion de la sortie de son album, Olivia Rodrigo a été invitée par NTS Radio pour une émission où elle a diffusé une playlist de morceaux tristes. On y trouve bien sûr plusieurs morceaux de The Cure mais également d’Elliott Smith, des Smashing Pumpkins, de Lana Del Rey, de PJ Harvey, de Snail Mail, entre autres.
Je découvre ensuite, sur une émission de radio japonaise dont je n’ai pas noté le nom, la musique d’une autre musicienne californienne, Madeline Goldstein, basée à Los Angeles. Le single que j’écoute beaucoup en ce moment s’intitule 1996 Expectations, sorti en Août 2024 et inclus sur son album Speaking to the Body qui vient de sortir en Avril 2026. Dès cette première écoute à la radio, j’ai accroché à l’ambiance darkwave qui s’en dégage avec ses accents synth-pop reminiscents des années 80. J’y retrouve une atmosphère proche de celle de Depeche Mode à la grande période de l’album Violator sorti en 1990. Ça me remplit bien sûr de nostalgie, d’une époque où on suivait assidûment les nouveautés musicales présentées sur l’émission télé Top 50 par Marc Toesca (de 1984 à juin 1991). J’ai des souvenirs assez précis d’y avoir entendu pour la première fois les singles Personal Jesus, Enjoy the Silence ou Policy of Truth, accompagnés des clips vidéos qui se faisaient à cette époque de plus en plus sophistiqués. J’écoute régulièrement la compilation The Singles 86-98 de Depeche Mode qui inclut ces trois morceaux, mais ma préférence va maintenant vers trois autres morceaux tirés du cinquième album du groupe intitulé Black Celebration sorti en 1986: Stripped, A Question of Lust et A Question of Time. Cette suite de trois singles est fabuleuse. Dans des styles très différents, la voix de baryton grave et au romantisme sombre de Dave Gahan et celle beaucoup plus délicate et aérienne de Martin Gore réveilleraient même les morts qui auraient eu la mauvaise idée de s’assoupir.
Dans un registre tout autre, j’adore le morceau électronique I Drink The Light du duo TOMORA formé par Tom Rowlands de Chemical Brothers et AURORA. L’association entre la voix assez extraordinaire, quasiment mystique, d’AURORA qui rappelle un peu Björk et l’électronique trance apportée par Tom Rowlands est vraiment saisissante. Le morceau assez court a une composition atypique, plutôt expérimentale dans son approche. Je connaissais AURORA pour quelques morceaux dont j’avais parlé dans un billet précédent mais je n’avais pas écouté The Chemical Brothers depuis très longtemps.
