





Après notre visite du petit musée Mori (森の美術館) en lisière de forêt, nous nous dirigeons vers le quartier de Honchō à Nagareyama (流山本町), situé dans la préfecture de Chiba au bord de la rivière Edogawa (江戸川). Le nom Nagareyama peut se traduire littéralement par « montagne qui coule ». Une légende populaire raconte qu’un petit mont sacré aurait descendu la rivière Edogawa en flottant, avant de s’échouer à l’emplacement actuel de Nagareyama. Mais il y a également une explication un peu plus probable bien que beaucoup moins poétique. En effet, au fil de l’histoire, Nagareyama a été un lieu de transit fluvial important, notamment pour la distribution du mirin (condiment sucré japonais). Le nom Nagareyama peut ainsi évoquer cette activité commerciale liée à la rivière, où les marchandises descendaient le courant à bord de bateaux.
Nous visitons d’abord le Issa‑Souju Memorial Hall (一茶双樹記念館), dédié aux liens entre le poète Issa Kobayashi (小林 一茶, 1763–1828) et Sanzaemon Akimoto (également nommé). Ce dernier était producteur de mirin et poète haïku, sous le nom de plume de Sōju, tout comme Issa Kobayashi. Issa Kobayashi, originaire de la province de Shinano (actuelle préfecture de Nagano), était l’un des quatre maîtres classiques du haïku japonais à l’époque d’Edo, aux côtés de Bashō entre autres. Il est particulièrement reconnu pour ses haïkus empreints d’humilité. Il a eu une vie pleine de souffrance et montre à travers ses poèmes haïku un regard profondément humain sur la nature et la vie quotidienne. Issa fit plus de 50 visites au cours de sa vie à cet endroit dans le but de voir son ami Sanzaemon Akimoto. Le lieu a été transformé en musée en 1995 et comporte une résidence traditionnelle, un jardin japonais et une stèle gravée d’un haïku composé par Issa. Elle commémore un de ses séjours à Nagareyama entre le 27 août et le 2 septembre 1804. Il y est inscrit ceci: 夕月や 流残りのきりぎりす (La lune du soir… / et encore un cri de sauterelle / sur les eaux qui s’en vont…). Cet endroit paisible car il n’y a personne à part nous me laisse contemplatif en cette fin d’après-midi. J’aurais envie de m’asseoir et de m’allonger sur le tatami de la résidence ouverte sur le jardin.
A quelques dizaines de mètres seulement du Mémorial, se trouve un petit sanctuaire appelé Akagi (赤城神社) perché sur une colline. S’agit il de la fameuse montagne flottante qui a dérivé de la rivière Edogawa, l’histoire ne le dit malheureusement pas. Un des intérêts de ce sanctuaire est sa grande corde shimenawa (注連縄) accrochée au torii du sanctuaire. Cette corde sacrée géante est fabriquée chaque année par les résidents des quartiers alentours. Elle se compose de trois cordes tressées séparément puis assemblées collectivement. Elle est accrochée au torii lors du festival Akagi (秋の例祭) en Octobre. Cette corde, très différente des shimenawa classiques, est impressionnante, mesurant environ 6,5 mètres pour un poids total d’environ 500 kg. Cette visite conclut notre petit périple à Nagareyama, qui est loin d’être un lieu touristique et, de ce fait, est extrêmement paisible.
