Narakyō to Biwako ~5

Notre étape suivante est un paysage célèbre que nous voulions voir depuis longtemps, le « pont du ciel » nommé Amanohashidate (天橋立) situé dans la baie de Miyazu, au nord de Kyoto, non loin du village d’Ine. Ce paysage particulier est réputé comme étant l’un des trois plus beaux paysages du Japon, dénommés Nihon Sankei (日本三景), avec la baie de Matsushima, près de Sendai dans la préfecture de Miyagi, et le sanctuaire Itsukushima, sur l’île de Miyajima à Hiroshima. Amanohashidate est une formation naturelle tout à fait unique, un banc de sable d’environ 3,6 kms de long, couvert de plus de 6000 pins séparant la mer intérieure d’Aso de la baie de Miyazu donnant sur la mer du Japon. Cette ligne naturelle a été formée au fil des millénaires par l’accumulation de sédiments côtiers qui ont séparé la mer intérieure de la baie de Miyazu. Il y a bien entendu une autre explication racontée dans le Tango Fudoki (丹後国風土記), recueil géographique du VIIIe siècle compilant les chroniques de la culture et de la géographie de la province de Tango. On y raconte que le dieu Izanagi construisit une échelle reliant le ciel et la terre, laquelle tomba dans la mer pour devenir ce banc de sable. Ce geste divin maladroit nous laisse donc un paysage magnifique que l’on peut apprécier à pieds ou depuis les hauteurs du Amanohashidate Viewland (天橋立ビューランド). Nous commençons par ce point de vue en hauteur. On y accède par des télésièges individuels qui nous permettent d’apprécier la vue pendant l’ascension, ou plutôt pendant la descente du retour. Au point d’observation, on trouve quelques attractions et l’idée soudaine nous a pris de monter dans la roue colorée qui doit être le point le plus haut du site. Un autre observatoire en lacets métalliques permet d’apprécier de loin la poésie de cette étroite ligne de terre et de sable. Depuis les hauteurs de l’observatoire, certains visiteurs pratiquent le matanozoki (股のぞき), qui consiste à se pencher pour regarder entre ses jambes le paysage à l’envers, de sorte que la bande de sable et de terre apparaît comme un pont suspendu dans le ciel. Je n’ai pas essayé, certainement par peur de tomber à la renverse et parce que j’ai eu un peu de mal à imaginer que cette impression serait convaincante.

Après être descendu de l’observatoire, nous nous approchons de Amanohashidate, côté ville de Miyazu. Un petit pont pivotant appelé Kaisenkyo (廻旋橋) permet le passage des bateaux vers la mer intérieure et donne accès à l’entrée du banc de sable. Un chemin ombragé sous les pins nous fait traverser le long passage, mais nous n’irons pas très loin, car nous manquons malheureusement de temps pour parcourir tout le passage. Ce paysage me rappelle celui de Miho no Matsubara (三保松原) dans la préfecture de Shizuoka. J’aime ces paysages sauvage de sable bordés de pins.

毎晩 ねむってしまうのはふしぎ
陸でもない 海でもない
しずかなところ

C’est étrange de s’endormir chaque nuit
Ni sur la terre, ni dans la mer
Dans un endroit paisible

Ce petit texte, extrait des paroles du morceau Space Orphans d’Ichiko Aoba (青葉市子) que j’écoute justement en ce moment (une recommandation de quelqu’un qui se reconnaîtra qui a été la voir récemment en concert à Paris Salle Pleyel) me rappelle Amanohashidate. Au seuil de la conscience et du sommeil, Ichiko nous parle d’un monde intérieur qui évoque pour moi un endroit presque irréel, suspendu entre deux mondes, celui de la mer et du ciel.

Amanohashidate était également une des destinations manquées de notre voyage à Fukui puis Kyoto coté mer, il y a deux ans. Se trouvant dans la préfecture de Kyoto, on pourrait imaginer que le lieu se trouve à proximité de la ville de Kyoto, mais c’est loin d’être le cas car il faut au moins une heure et demi en voiture pour s’y rendre. La suite de notre voyage nous ramènera vers le grand lac de Biwa dans la préfecture de Shiga, en empruntant la Kyoto Jukan Expressway que nous avions également utilisé pour l’aller vers Kyōtango.