comme des vagues d’or

Les photographies ci-dessus se passeraient presque de commentaires mais je ne peux m’empêcher d’écrire un peu à leur sujet. Il s’agit d’un immeuble en construction pour Louis Vuitton à Ginza au croisement de la rue Mamiki et Kojunsha. La marque ayant déjà plusieurs magasins dans ce quartier, je me pose la question de la nécessité d’en ouvrir un nouveau, à moins qu’il s’agisse du remplacement d’une autre boutique. Cet immeuble là doit ouvrir ses portes dans peu de temps, en Mars 2021. Son design est complètement novateur et particulièrement bluffant. On doit le design de cette façade à l’architecte Jun Aoki, qui a conçu d’autres façades pour la marque comme celle du magasin accolé au Department Store Matsuya toujours à Ginza, du magasin à Roppongi Hills ou encore celui à Osaka. Le bâtiment se démarque très clairement de tout ce qui est construit autour. On pense à une matière liquide contenue dans les airs par des murs invisibles. L’effet de vaguelettes sur la surface des façades donne cette impression. On espèrerait presque que les vagues sur la surface change de forme en fonction du vent, mais ce n’est bien entendu pas le cas. Je trouve en tout ce type d’architecture à la fois futuriste et très poétique. Les teintes des blocs longilignes formant les surfaces sont bleutées vers le bas du building et évoluent vers le doré plus on monte en hauteur. Je n’ai pas l’impression que ces coloris varient beaucoup en fonction de la météo, mais un temps ensoleillé semble augmenter l’intensité de ses couleurs. On devine qu’une grande ouverture au rez-de-chaussée sera mise en place derrière les plaques blanches que l’on voit actuellement, dans le coin du building donnant directement sur le croisement. On ne devine pas les ouvertures aux étages mais elles existent et on peut seulement les apercevoir de nuit lorsque la lumière intérieure des pièces traverse la grande paroi translucide. Il est cependant difficile pour l’instant de deviner à quoi va ressembler l’intérieur et s’il sera aussi innovant que l’extérieur. Quelques câbles dépassent en ligne à certains endroits de la façade et seront certainement raccordés à des panneaux avec le logo ou le nom de la marque. Devant un tel building, j’ai un peu de mal à contrôler mes pulsions photographiques. Je tourne autour plusieurs fois, tentent des prises à travers les rangées de voiture, ou depuis les bloc d’immeubles voisins pour l’observer dans son contexte urbain. Au final, les meilleures photos se trouvent être celles que j’ai pris avec mon iPhone, plutôt que celles prises au reflex (celle centrale au format horizontal). Avec le billet précédent, je reprends tranquillement les billets orientés architecture tokyoïte, ce qui m’avait un peu manqué, bien que l’architecture ne soit jamais très loin dans mes billets.

A quelques pas de là sur la même rue Namiki, se trouve un autre endroit très intéressant, non pas pour son architecture mais pour les pâtisseries japonaises qu’on y propose. Mari m’avait donné l’adresse et la mission d’en acheter quelques uns avant qu’il ne soit trop tard. Tout est une question de temps car les pâtisseries qu’on y vend disparaissent assez vite après l’ouverture. La boutique s’appelle Kūya (空也) et est spécialisée dans les monaka (à gauche sur la photo) mais on peut aussi y trouver des assortiments de wagashi du jour (à droite). C’est une pâtisserie très ancienne fondée en 1897 au bord de l’étang Shinobazu à Ueno. Elle a ensuite déménagé à l’emplacement actuel de Ginza en 1945, après un incendie pendant la guerre. La boutique ne paît pas de mine de l’extérieur et se limite à un comptoir et une petite banquette de trois places à l’intérieur. Deux dames nous accueillent à l’intérieur mais les wagashi et les monaka ne sont pas montrés. Il faut donc savoir ce que l’on veut avant de rentrer dans la boutique. De nombreux clients sont des habitués et réservent à l’avance. A la droite du comptoir, des boites déjà emballées et mises dans des petits sacs sont prêtes à être distribuées à ceux qui ont déjà réservé. Je n’avais pas réservé mais je suis arrivé dans la boutique dès l’heure d’ouverture à 10h. Il y avait déjà quelques personnes attendant devant la boutique mais je suis assez vite entré. Les clients savent déjà ce qu’ils veulent et commandent donc directement ou viennent chercher leur commande sans perdre beaucoup de temps. J’entre en m’excusant de ne pas avoir commandé à l’avance, mais je vois qu’il y reste quelques boites préemballées de monaka posées sur le comptoir. Pour les wagashi du jour, on me demande par contre de patienter pendant une demi-heure car ils ne sont pas encore prêts. On les prépare dans l’arrière boutique. La dame semble très embêtée de me dire qu’ils ne sont pas encore prêts, mais j’ai tout mon temps, je suis en congé aujourd’hui. Je repars faire un tour prendre en photo les vagues d’or du nouvel immeuble et reviens ensuite quelques minutes m’assoir sur la banquette de la pâtisserie. La plupart des clients qui défilent devant mes yeux commandent des boites de monaka. Je les observe discrètement pour identifier qui sont les habitués. Un vieil homme entre à peine dans la boutique et commande une boîte en levant le doigt. Vite commandé, vite payé et vite reparti. Ce doit être un habitué. Une dame vient ensuite pour les pâtisseries du jour mais on lui répond d’un air compliqué qu’il va falloir attendre parce que le jour d’avant était férié et que les préparatifs pour ce matin ont pris du retard. La dame derrière le comptoir explique cela d’une manière telle qu’il semble être très compliqué de commander ces wagashi, alors qu’au final, il ne faudra attendre qu’une dizaine de minutes. La dame est très gentille mais son explication fait que la cliente devient même un peu hésitante à commander. En fait, la vendeuse était plutôt elle-même embêtée du fait que ses wagashi ne soient pas prêts à l’heure habituelle. Quelques minutes plus tard, on me fait signe pour m’indiquer que les wagashi sont prêts. Il y a maintenant une petite boîte de wagashi ouverte sur le comptoir. Ils sont de couleur blanchâtre et tous identiques mais la dame m’indique que ce ne sont pas ceux qu’on va me donner. La dame s’excuse encore pour le retard dehors dans le froid. Je ressorts de la boutique en étant content d’avoir fait deux belles découvertes dans cette même rue. Les wagashi et les monaka étaient délicieux, mais il n’était pas nécessaire de le dire.

une échappée belle

Comme j’ai désactivé mon compte Instagram depuis quelques jours maintenant, je transfère ici sur Made in Tokyo certaines des photographies qui étaient jusqu’à présent seulement sur Instagram. Elles sont prises avec un iPhone mais travaillées avec l’application SnapSeed, qui offre beaucoup de possibilités de filtres intéressants, qu’il faut régler habilement. Le tout est de ne pas en abuser. Les deux premières photographies montrent des propriétés privés à Azabu. On dit que la grande demeure aux formes métalliques compliquées, sur la deuxième photo, est la propriété d’une responsable d’une grande chaine d’hôtellerie japonaise. Sur les deux photographies suivantes, je reviens dans le quartier de Shibamata Taishakuten, tout près de ce temple fabuleux et sur une des allées extérieures donnant sur le jardin du temple. Je me souviens que nous nous étions assis quelques temps pour apprécier la tranquillité des lieux. La température y était douce et les jardins bien entretenus. En revoyant ces photographies, je me dis que j’aimerais y retourner quelques fois encore bientôt. Les deux photographies suivantes au ton bleuté nous ramènent à la froideur des tours de Shinagawa Intercity et de Marunouchi. L’ambiance est bien différente mais ce que les photographies ne montrent pas, c’est que la froideur des villes se transforme actuellement en fournaise entre les tours, entre deux salves de pluie. La saison des pluies n’est pas encore terminé mais on sent que les chaleurs estivales n’ont hâte que de s’imposer. Nous revenons vers Hiroo pour les deux dernières photographies. J’aime cette courbe d’escalier extérieur sur l’avant dernière photo, et la présence inattendue d’une DS à l’intérieur du monolithe Go-Sees Hiroo conçu par l’architecte Jun Aoki.

Je feuillette de temps en temps les numéros du magazine +81 Plus Eighty One en librairie, mais je n’avais jamais acheté un numéro jusqu’à ce volume 75 du printemps 2017 consacré au design graphique japonais, ses origines et son futur. A vrai dire, c’est un sujet que je ne connais pas très bien mais que j’ai apprécié découvrir, à travers des présentations de quelques précurseurs du design graphique depuis les années soixante, avec le déclencheur des Jeux Olympiques de 1964. Le magazine nous présente également la nouvelle génération et comprend de nombreux interviews de ces artistes.

J’ai pioché ci-dessous quelques extraits qui m’ont parlé, interpellé ou suscité multiples réflexions en rapport avec ce blog et les photographies, design et textes que j’y montre depuis si longtemps. Plusieurs des artistes reconnaissent un trop plein d’information, un trop plein d’images et nous parle de la manière de se démarquer en développant leur sensibilité personnelle.

Steve Nakamura: We live in an age where everyone has access to the same information, so human sense and perception will become even more crucial in order to succeed. Creativity comes from expressing our instinct, emotion, and intuition.

Cette remarque générale ci-dessous résonne pour moi dans le cas particulier de l’utilisation d’Instragram comme une manière standardisée de montrer des photographies sans y apporter la profondeur nécessaire.

Yuri Uenishi: As the world becomes increasingly standardized, it’s important to find those things only you can do and to think about things on a much deeper level.

Au détour d’une interview, on nous parle encore de la masse des images et du besoin de concret, à travers notamment l’impression physique sur papier. Je ressens également ce besoin concrétisé par mes photobooks, que j’estime être le produit final de tout ce qui se produit et se montre sur Made in Tokyo.

Theseus Chan: Designs now are consumed like fast food, which satisfies for a while, but it does not satiate. Viewing design on a monitor or screen is very different from touching the paper, smelling the ink and the more importantly, the discovery of something new because it was done by hand and there is always a good chance of “happy errors”.

On nous parle aussi de liens entre design graphique et musique, un sentiment que je partage et que j’essayais d’expliquer maladroitement peut être dans un billet précédent. Tout comme Daijiro Ohara, quand j’étais plus jeune, j’aimais créer des designs pour des jaquettes de compilations musicales enregistrées sur VHS ou pour des CDs musicaux.

Daijiro Ohara: I was into all aspects of music culture when I was in middle school and high school. I listened to music of every genre, mainly Techno, but the entrance to any music was always a record sleeve, so for me it was a feeling that music was brought with graphics. And even though I didn’t have my own PC, I was always making hand-drawn booklets and cassette tape jackets for my friend with all sort of trial and error.

En lisant l’extrait suivant, je me pose la question du domaine dans lequel se trouve mon travail de séries photographiques. Je n’ai pas l’impression d’opérer un attrait immédiat sur les visiteurs de ce site et ce n’est très certainement pas le but. Je me trouve plutôt dans la situation où mes photographies s’apprécient par un public déjà connaisseur et sur la longueur. Je ne tente à vrai dire pas grand chose pour rendre Made in Tokyo plus accessible, pas de titre accrocheur en forme de promesse comme « vous trouverez ici le Tokyo que vous n’avez jamais vu ! » (avec un point d’interrogation car c’est à la mode en ce moment).

Yuni Yoshida: I also try to incorporate a good balance of different types of appeal in each of my pieces, like instant appeal, easy accessible appeal, and the type of appeal that only people in the know will get.

Et pour terminer ces quelques extraits, une dernière remarque intéressante sur le rapport à l’image, et qui semble briser des limitations qu’on pourrait s’imposer inconsciemment.

Jonathan Barnbrook: (Regarding designer Tadanori Yokoo) He wasn’t afraid of expressing his own fantasy in his work, no matter how dark or bizarre. I think this is also something very Japanese. It is ok to express something visually, no matter how dark, because there is an acceptance that it is ‘fantasy’ not part of reality.

Du coup, vu l’intérêt que j’ai découvert à la lecture du début à la fin de ce magazine, je viens de commander un numéro plus ancien Vol.73 Music Creatives issue. Espérons que cette nouvelle lecture suscite de nouvelles réflexions.

I House et autres maisons à Nishihara

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Ceux qui suivent mon compte Instagram reconnaitront les photos ci-dessus. Je suis revenu une semaine après la photo Instagram pour reprendre une nouvelle fois cette petite maison individuelle de Jun Aoki, nommée I House, avec le reflex cette fois-ci. Elle se trouve à Nishihara, pas très loin de la gare de Yoyogi Uehara. En allongeant un peu plus ma promenade, je découvre d’autres habitations intéressantes aux formes et matériaux divers. Côté musique, j’aime vraiment beaucoup le nouvel album de Clark du même nom sur Warp. Après le dernier Flying Lotus, beaucoup de bonnes musiques sur Warp.

Maison de Tokyo

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J’aime beaucoup me promener dans un quartier pour la première fois. Alors que je commence à bien connaitre le côté Uehara de la gare de Yoyogi-Uehara, je profite d’une petite heure de libre pour partir à la découverte du quartier de Nishihara. Il s’agit d’un quartier résidentiel et au hazard des rues, on peut tomber sur quelques maisons individuelles au design intéressant. J’aperçois assez vite une petite maison que j’ai déjà vu dans des magazines d’architecture ou sur internet, il s’agit de la maison I House de l’architecte Jun Aoki. De retour à la maison, je me souviens avoir également vu cette maison en photo sur le site de photographies de Jérome Souteyrat. Mon intuition était bonne et Jérome Souteyrat vient d’ailleurs de publier depuis septembre aux éditions Le Lézard Noir un livre de photographies intitulés « Tokyo no ie » (Maisons de Tokyo). On peut le trouver au NADiff de Ebisu, ce qui me donne un bon prétexte pour aller y faire un tour. J’aime beaucoup cette petite librairie car elle est très très bien cachée. Elle est encore plus cachée en ce moment par des travaux sur la rue qui nous amène vers la librairie.

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Une fois dans la la librairie NADiff A/P/A/R/T et avant de m’emparer de « Tokyo no ie », je fais un tour d’horizon des livres de photographies japonais, je monte ensuite à l’étage dans une des deux petites galeries. On y montre en ce moment dans la galerie MEM de la librairie des oeuvres très inspirantes de Yoshio Kitayama, intitulées Universe. 7 oeuvres y sont exposées, je me permets de montrer une d’elles sur la photo ci-dessus à droite. Il s’agit de dessins très minutieux à l’encre sur un papier japonais très grand format. On ne le voit pas de loin, mais la forme unitaire de ces dessins est une juxtapositions de petites formes rondes tantôt vides, tantôt pleines. L’agencement donne des vues lunaires, des formes qui nous font voyager dans l’Univers.

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Une fois de retour à la maison, je découvre « Tokyo no ie » qui nous montre à travers une série d’une soixantaine de photographies, des habitations à Tokyo à l’architecture remarquable. Toutes les photos représentent des vues extérieures de maisons individuelles d’architectes japonais reconnus, où l’accent est placé sur l’environnement qui entoure ces maisons et notamment sur la présence humaine (des passants, familles, contrôleurs de stationnement, …). Je reconnais quelques bâtiments déjà photographiés dans Tokyo, comme le Wood/Berg de Kengo Kuma, Moriyama House de Ryue Nishizawa, Reflection in mineral de l’Atelier Tekuto ou encore cette maison I house de Jun Aoki. Le livre se termine sur une postface de Kengo Kuma. C’est une belle oeuvre photographique que je recommande. Ca me donne d’ailleurs envie de me (re)pencher sur mon prochain photobook, qui contiendra certainement un mélange de mes formes dessinées futuro-organiques avec des photographies de Tokyo. Je n’ai pas encore trouvé quel sera le dosage adéquat entre dessins et photographies.

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Ceci étant dit, je continue mes dessins en format A3. Chaque dessin me prend un peu de temps vu la taille, mais j’aime beaucoup construire petit à petit cette série de formes abstraites. Je les réunis maintenant dans un grand classeur A3 et j’aime de temps en temps, comme sur la photographie ci-dessus, les ressortir pour une photographie d’ensemble.

花 // Go-Sees Hiroo

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Après une fleur, l’architecture de Jun Aoki, un bloc monolithique noir à Hiroo appelé Go Sees. Il s’agit apparemment d’un studio pour photographes (de mode peut être). Sur le flanc gauche du building, un long et étroit escalier descend vers le sous-sol. J’aime assez la manière dont les deux murs, celui du building et celui de béton à côté s’appuient l’un sur l’autre avec une série de blocs blancs.

Il y a quelques semaines, une journaliste me contacte par l’intermédiaire de ce blog. Elle prépare une série d’émissions sur le Japon pour NRJ12, dont une couvrant l’architecture de Tokyo. Je donne quelques pistes avec une liste d’architectes et de bâtiments intéressants. Ce sont toutes des maisons individuelles construites pour la plupart sur des espaces très réduits, et dans des zones résidentielles très denses par des architectes japonais. Les maisons peuvent être assez souvent fermées sur l’extérieur (pour se protéger de la proximité du voisinage) mais très ouvertes à l’intérieur (avec des étages souvent interconnectées pour regagner une sensation d’espace). C’est un type de design à la recherche d’espace sur de petits terrains avec très souvent des teintes blanches, qui sont assez typiques des créations d’architectes ces dernières années.

1. Sou Fujimoto: Tokyo Apartment, House H, House NA
2. Atelier Tekuto: Reflection of mineral, Monoclinic, Lucky Drops
3. Appollo Architects: SIGN, LATTICE
4. Unemori Architect: Small House
5. Makoto Takei + Chie Nabeshima / TNA: Mosaic House
6. Atelier Bow-Wow: Sway House
7. Architecton / Akira Yoneda: White Base, HP
8. Junichi Sanpei ALX: On the cherry blossom house, Sorte
9. Atelier Takuo Iizuka: House with no Kitchen
10. Mount Fuji Architects: Sakura

Je ne sais pas ce qui adviendra de mes recommandations donc en attendant je les garde en mémoire sur ce billet.