Black lines on concrete and magnificent black

Les faces cachées des buildings, quand elles se révèlent parfois, quand les immeubles adjacents disparaissent. J’écris qu’il s’agit de lignes noires pour les tuyaux parallèles sur la façade de béton, mais il s’agit en fait d’une tuyauterie bleutée. La rambarde sur la terrasse est, elle, de couleur rouge vive. J’avais déjà utilisé cet immeuble pour une composition urbano-végétale en 2007. Ces tuyaux comme des veines irriguent le bloc de béton et le fait vivre.

Sans complexe, je vais passer ci-dessous à une oeuvre photographique. Je n’instaure pas de hiérarchie dans mes billets, c’est à dire que j’aime de temps en temps présenter ce que j’aime sans vraiment me soucier de la notoriété de l’auteur (dont je ne suis pas toujours conscient parfois). J’avais été surpris par une remarque alors que j’avais juxtaposé une photo prise par un blogger et une photographie de photographe reconnu. Le blogger était surpris d’être associé, par proximité, à cet autre photographe. C’était il y quelques années mais j’ai toujours gardé cette remarque en tête. De la même façon, je ne m’impose pas de contraintes à montrer sur un même billet, une de mes photos suivie de celles d’un livre photographique magnifique. Sans pour autant essayer d’établir une comparaison, bien entendu.

La première fois, j’étais intrigué lorsque j’ai aperçu et feuilleté ce livre La deuxième fois, la fascination a commencé à prendre et le désir de l’acheter s’est fait irrésistible il y a quelques jours dans une librairie de Roppongi (Aoyama Book center pour ne pas nommer).

Dazaifu Tenmangu est un sanctaire paisible près de Fukuoka. Il fut construit en l’an 905 en mémoire de Michizane Sugawara, un homme de lettres et officiel de haut rang de l’Empereur à l’époque Heian, en exile à Dazaifu. Le sanctuaire possède un musée d’objets anciens et une petite galerie à l’intérieur. La volonté du jeune prêtre shintô du sanctuaire, Nobuhiro Nishitakatsuji, de conjuguer présent et passé l’a conduit à mettre un place un programme d’art contemporain dans cette petite galerie. Il commissionna ainsi la photographe Maiko Haruki. Elle passa 2 semaines dans le sanctuaire et ses environs boisées à prendre une série de photos présentées ensuite dans la galerie sous le nom Unify. C’était en 2007. Cette série de photographies est disponible depuis quelques années dans un recueil, Dazaifu, distribué par la galerie Taro Nasu. Maiko Haruki recevra des mains de l’architecte Toyo Ito le prix du jury au Mori Art Museum de Roppongi, lors de l’exposition collective Roppongi Crossing 2007. En guise de préface, Toyo Ito écrit:

白い闇、黒い闇、春木麻衣子の闇は世界を柔らかく包んで溶かし去る、甘美で深い闇。。。

J’avoue que c’est difficile à traduire mais Toyo Ito nous parle de la représentation de l’obscurité que nous donne Maiko Haruki, une obscurité claire et sombre, qui fait fondre le monde dans une douce enveloppe, une obscurité profonde et douce.

Il se dégage des photographies de ce recueil une beauté indéfinissable et une grande poésie. Il se compose de plusieurs parties, autour du sanctuaire principal Honden, dans les espaces boisés et rocailleux aux alentours ou encore lors de processions. Toutes les photos s’articulent autour de surfaces sombres voire complètement noires, parfois inquiétantes mais toujours à la fois puissantes et fragiles, une ligne floue faisant la séparation entre ces surfaces sombres et celles claires d’un ciel bleuté nuageux. Cette ligne floue et fondante, l’enveloppe, attire l’oeil en premier lieu. On s’aventure ensuite dans les surfaces sombres. Ces surfaces noires et profondes sont réellement fascinantes et apparaissent sur beaucoup de photos comme des masses omniprésentes qui couvrent pratiquement tout l’espace mais laissent parfois un peu de place à des détails fragiles: des branchages qui s’échappent, des détails et motifs du sanctuaire, une présence humaine dont on devine les corps.

Sur un thème différent, mais également basé sur un concept unique fort, je rapproche Dazaifu d’un autre livre de photographies qui m’a aussi beaucoup touché, Nami de Syoin Kajii, moine bouddhiste et photographe sur l’île de Sadogashima.

L’oeuf et le vent

Cette forme ovale insolite, coincée entre des grands blocs d’immeubles d’habitation, se nomme Egg of Winds, l’Oeuf des Vents. C’est une création architecturale de Toyo Ito. On se demande ce que cache ce volume elliptique de 16 mètres de long et 8 mètres de diamètre, suspendu par six pieds asymétriques et placé au dessus de l’entrée de parking du complexe de résidences Okawabata Rivercity 21 à Tsukuda. L’oeuf est recouvert de 248 panneaux d’aluminium perforés, lui donnant une apparence unie grise comme un objet en 3D dans un jeu video. La nuit, l’objet se transforme. Il laisse apparaître des images vidéo projetées sur 5 écrans à cristaux liquides placés à l’intérieur de l’oeuf, faisant oublier les parois arrondies. Ces images vidéo sont enregistrées en direct ou pré-enregistrées pour donner un apercu de l’environnement. L’environnement physique enregistré est transformé en information vidéo projetée sur dans l’oeuf. Cette transformation nocturne de l’oeuf n’est malheureusement plus active aujourd’hui, je n’ai pas pu constater le va-et-vient au gré du vent des images et informations numériques. Les projections vidéo ne fonctionnent plus, c’est bien dommage.

Dans un concept similaire de landmark interactif, Toyo Ito avait concu 5 années plus tôt en 1986 la Tour des Vents, Tower of Winds. Il s’agit d’une tour de ventilation pour un centre commercial sous-terrain à Yokohama. Comme pour l’oeuf, la surface est grise et unie le jour, mais devient changeante la nuit. La nuit venue, apparaissent des lumières intérieures dont les formes et la couleur changent en fonction des conditions extérieures: la force du vent ou du bruit. Toyo Ito veut ici transformer les flux d’air et de bruit en informations visuelles par l’intermédiaire de ces signaux de lumière. Là encore, le dispositif n’est plus pleinement opérationnel aujourd’hui, la tour ne diffusant apparemement qu’une couleur statique bleuâtre. Je n’ai cependant pas vérifié de mes yeux.

Comme on peut le voir avec ces deux créations innovantes tranformant l’environnement physique en informations, Toyo Ito montre un intérêt pour les nouvelles technologies et pour le potentiel multimédia. Cette direction prendra son apogée avec la Médiathèque de Sendai.

Adresse: Egg of Winds (1991), 2-2 Tsukuda, Chuo-ku

Mikimoto Ginza2

On doit cette fabuleuse annexe rose Mikimoto Ginza2 pour le spécialiste de la perle Mikimoto à l’architecte japonais Toyo Ito. Ce style aux ouvertures atypiques n’est pas sans faire penser sa création pour TOD’s à Omotesando, achevé 4 ans auparavant en 2004.

Cet immeuble commercial installé en plein Ginza a 9 étages et des facades fines composées de plaques d’acier renfermant le béton. Pour un peu plus d’inormation et des photos supplémentaires, on peut consulter le site Japan Architect avec quelques photos de l’intérieur et de l’escalier couvrant 3 étages.

Toyo ITO et Harajuku

On continue avec quelques photos prises entre Shibuya et Harajuku avec celle ci-dessus du magasin (ou bureau, je n’ai pas trouvé l’entrée pour verifier) TOD’s, une conception superbe du japonais Toyo ITO, un bâtiment mystérieux et futuriste. Le petit panneau sur la droite détend un peu l’atmosphère devant ce grand bloc presque hypnotique.

Finalement deux autres photos prises dans les rues de Shibuya-Ku: un immeuble de verre et une décoration de rue (ou presque) à Harajuku. Notre tour se termine dans le froid par une visite rapide et obligée au magasin HP Deco, une boutique d’intérieur et d’antiquités.