Météorite sur Jimbocho

Une météorite est tombée dans le voisinage de Jimbocho, le quartier des bouquins. Alerté par les news le jour d’avant et profitant d’un passage dans le coin à moto (des courses alimentaires entre Ningyocho et Asakusa), je viens vérifier par moi-même l’étendue des dégats. Je me renseigne sur sa provenance en inspectant des yeux les surfaces triangulaires inclinées et désordonnées de cet étrange batiment. A l’entrée, un panneau nous indique que ce lieu s’appelera désormais Jimbocho Kagetsu et Jimbocho Theater. Une affichette a proximité nous fait comprendre que ce petit complexe composé d’une salle de cinéma (sous-sol), de salles de spectacles (2-3F) et d’une école de comédie (4-6F) appartient à l’influente agence de comédiens humoristes (de style owarai) Yoshimoto Kogyo venant d’Osaka. Les comédiens de Yoshimoto sont presque omniprésents à la télévision, des vétérans sur-actifs Hamada et Matsumoto de Downtown aux plus récents mais tout aussi actifs Taka and Toshi

L’ancienne agence Yoshimoto, fondée en 1912, opérait avant la seconde guerre mondiale une salle de spectacle à Asakusa, quartier d’amusement populaire inévitable à l’époque. Takeshi Kitano et Kiyoshi Atsumi de la série à rallonge Tora San (Otoko wa tsurai yo, que j’adore d’ailleurs) sortent de ce quartier. Après s’être éloigné d’Asakusa, Yoshimoto y est depuis revenu avec des séries de spectacles le week end au Kaminari 5656 Kaikan (j’y ai vu des geisha récemment). Yoshimoto entend renforcer sa présence dans les quartiers à proximité d’Akasaka avec cette salle à Jimbocho. Les salles de ce complexe ouvriront bientôt à partir du 7 juillet 2007, et privilégierons les jeunes comédiens de l’agence.

Le design architectural par Nikken Sekkei (construction assurée par Kajima) est des plus surprenants pour une salle de spectacle comique. Les arêtes aiguisées et compliquées, la couleur sobre du bâtiment ne laissent pas penser à un endroit où l’on va s’amuser, ou alors pour un humour pince-sans-rire. Cette couleur grise-noire me rappelle un peu le magasin Casa Armani de Tadao Ando à Omotesando. Le bâtiment vient bouleverser l’éco-système urbain préservé de cette petite rue de Jimbocho, il est magnifique mais on aurait plutôt imaginé cet édifice à Aoyama comme magasin étendard d’une grande marque étrangère. L’adresse est la suivante: Chiyoda-Ku, Jimbocho 1-23.

île de la lune

L’oeuf de Toyo Ito que l’on a découvert dans l’article précédent se trouve dans le quartier de Tsukuda, au nord de l’île Tsukishima (île de la lune, littéralement). Cette île sur la baie de Tokyo n’est pas naturelle, mais artificielle (polder) comme on en trouve beaucoup dans la baie. La surface de terrains gagnés sur la mer dans la baie de Tokyo atteint 249 km2.

Tsukishima date de la période période Edo et se situe exactement à l’embouchure de la rivière Sumida sur la baie et à l’entrée du système de canaux de la période Edo.

tsukishima

Avant de trouver l’oeuf de Toyo Ito aux pieds des tours de River City 21, je me suis perdu à moto dans le labyrinthe de rues de Tsukishima. Au hazard des zigzags des petits rues en sens unique, des détours dus aux travaux, je tombe sur un petit brin de quartier paysible au bord d’un canal. L’ambiance est calme et les maisons inchangées depuis des décennies. La rue est pavée sans aucune voiture, des enfants jouent autour du canal, un ancien y lit le journal ou regarde l’eau stagner. On se croirait dans un village, isolé dans un autre monde si ce n’était la vue sur les tours de River City 21 à quelques centaines de mètres. Le contraste est fort, d’autant que cette zone voit s’élever la plus haute tour résidentielle du Japon, Century Park Tower, montant jusqu’à 180 mètres de haut. On ne peut pas la louper, tout comme la River Point Tower, déjà prise en photo en septembre 2005, ou la Skylight Tower. Toutes ces tours se ressemblent et forment un prestigieux complexe de résidences avec vue sur la rivière Sumida.

(crédit photo, la carte ci-dessus vient de Google Earth bien évidemment)

L’oeuf et le vent

Cette forme ovale insolite, coincée entre des grands blocs d’immeubles d’habitation, se nomme Egg of Winds, l’Oeuf des Vents. C’est une création architecturale de Toyo Ito. On se demande ce que cache ce volume elliptique de 16 mètres de long et 8 mètres de diamètre, suspendu par six pieds asymétriques et placé au dessus de l’entrée de parking du complexe de résidences Okawabata Rivercity 21 à Tsukuda. L’oeuf est recouvert de 248 panneaux d’aluminium perforés, lui donnant une apparence unie grise comme un objet en 3D dans un jeu video. La nuit, l’objet se transforme. Il laisse apparaître des images vidéo projetées sur 5 écrans à cristaux liquides placés à l’intérieur de l’oeuf, faisant oublier les parois arrondies. Ces images vidéo sont enregistrées en direct ou pré-enregistrées pour donner un apercu de l’environnement. L’environnement physique enregistré est transformé en information vidéo projetée sur dans l’oeuf. Cette transformation nocturne de l’oeuf n’est malheureusement plus active aujourd’hui, je n’ai pas pu constater le va-et-vient au gré du vent des images et informations numériques. Les projections vidéo ne fonctionnent plus, c’est bien dommage.

Dans un concept similaire de landmark interactif, Toyo Ito avait concu 5 années plus tôt en 1986 la Tour des Vents, Tower of Winds. Il s’agit d’une tour de ventilation pour un centre commercial sous-terrain à Yokohama. Comme pour l’oeuf, la surface est grise et unie le jour, mais devient changeante la nuit. La nuit venue, apparaissent des lumières intérieures dont les formes et la couleur changent en fonction des conditions extérieures: la force du vent ou du bruit. Toyo Ito veut ici transformer les flux d’air et de bruit en informations visuelles par l’intermédiaire de ces signaux de lumière. Là encore, le dispositif n’est plus pleinement opérationnel aujourd’hui, la tour ne diffusant apparemement qu’une couleur statique bleuâtre. Je n’ai cependant pas vérifié de mes yeux.

Comme on peut le voir avec ces deux créations innovantes tranformant l’environnement physique en informations, Toyo Ito montre un intérêt pour les nouvelles technologies et pour le potentiel multimédia. Cette direction prendra son apogée avec la Médiathèque de Sendai.

Adresse: Egg of Winds (1991), 2-2 Tsukuda, Chuo-ku

Pyramides inversées

A la vue des détails de surface de titane et de verre, on reconnait tout de suite le Tokyo International Exhibition Center, plus communément appellé Tokyo Big Sight. Big Sight comprend principalement des espaces de conférence et d’exposition pour des évenements réguliers tels que le Tokyo Motor Show. C’est la première fois que je viens pour l’immeuble, sans assister à aucune exposition.

En s’écartant un peu, on peut admirer les quatre pyramides inversées posées sur quatres énormes piliers. L’édifice est massif mais semble pesé comme une plume, posé sur ses quatre pieds de verre. Cette tour en apesanteur, comme peut l’être celle de Kiyonori Kikutake pour le musée Edo-Tokyo, contient des étages de conférence. On y accède par un long escalator donnant le vertige. L’intérieur de la tour est sobre comme une salle de conférence et la vue est assez limitée.

La Conférence Tower date de 1996 et on l’a doit à AXS Satow (Takeo Satow). J’ai le plaisir de retrouver en images, sur le site de l’architecte, le Musée d’Art Moderne de Hayama que j’avais pu prendre en photo assez récemment.

メイドイントーキョー

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Au bord de la rivière Meguro, un centre d’entrainement au golf (assez fréquent en ville au Japon) vient se coller aux bureaux d’une société de taxi avec un parking en dessous du terrain. Espérons que les balles de golf ne traversent pas les mailles du filet au dessus des taxis stationnés.

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Le rez de chaussée de cette barre d’immeuble près de Ebisu est occupée par un parking et un centre de maintenance pour une compagnie de bus. Un immeuble multi-fonction pouvant présenter quelques désagréments pour les résidents: le bruit du va-et-vient des bus et les odeurs d’échappement.

mitMade In Tokyo est un guide assez particulier sur Tokyo. Il regroupe des immeubles et infrastructures présentant des déviations de leurs fonctions premières: un immeuble d’apartements servant également de parking pour bus, ou une compagnie de taxi supportant un terrain de golf, comme apercus sur les deux photos ci-dessus.

Dans les immeubles de Made In Tokyo, aucun espace n’est perdu, chaque espace est utilisé pour des fonctions souvent inattendues: les espaces vides sous les autoroutes suspendues du centre ville sont transformées en grands magasins à Yurakucho, le toit d’un hangar géant d’une manufacture de papier à Iidabashi supporte les terrains de tennis d’une école, une autre école de conduite automobile possède un circuit d’entrainement sur les toits d’un grand supermarché Ito Yokado. Les immeubles de Made In Tokyo ne sont pas remarquables par leur architecture innovante, leur esthétique ou par l’avancement technologique des matériaux utilisés, mais par un savant mélange de fonctions utilitaires du génie civil que l’on n’imaginerait à priori pas cohabitées. Ces fonctions sont souvent additionnées à la verticale sur les immeubles pour répondre aux soucis de place: une station service occupe le rez de chaussée et le premier étage d’une tour de bureaux, le premier étage est au niveau d’une autoroute suspendue et y est relié.

Made In Tokyo présente une vue très souvent surprenante de la ville bien que le tokyoite initié ne soit plus tellement surpris par les tours de karaoke, par les établissements de patchinko entourés de prêteurs d’argent ou par les immeubles décorés d’enseignes publicitaires géantes. Les exemples intéressants ne manquent pourtant pas, comme les deux pris en photo ci-dessus, deux endroits que j’ai eu la suprise de voir apparaître dans le livre. Made In Tokyo classe toutes ces architectures fonctionnelles par thême et chaque exemple est expliqué: pourquoi tel batiment à l’apparence à priori anodine a été choisi. Un dessin sur chaque exemple exlique les différentes fonctions, chaque immeuble se voit donné un surnom faisant allusion aux fonctions implémentées.

Ca fait un petit moment que je connais ce petit livre de Junzo Kuroda, Momoyo Kaijima et Yoshiharu Tsukamoto de l’atelier d’architecture Bow Wow. Je l’ai souvent feuilleté et l’ai finalement acheté dernièrement, un peu à la suite d’un des commentaires de ce blog à ce sujet.

Il y a t’il un lien entre le nom de ce blog et le bouquin de Bow Wow? Non, j’avais choisi ce titre de site internet sans connaître le bouquin et je n’avais pas encore à l’époque l’intérêt que j’ai maintenant pour l’architecture de Tokyo. La photographie m’a en fait mené à l’architecture. Mon intérêt pour l’architecture a peut être également grandi de manière inconsciente en prenant connaissance de l’existence de ce bouquin, mais l’architecture qu’il présente (la « da-me » archiecture, architecture affectivement qualifiée de « mauvaise ») et celle que j’affectionne sont assez différentes.