HTTK

bouquins-jun07

Dans la liste des bouquins à lire religieusement, il y a celui de l’excellente exposition Le Corbusier se tenant en ce moment au Mori Art Museum: Le Corbusier, Art and Architecture – A life of creativity. L’exposition est très complète couvrant l’art (peinture de style puriste et quelques sculpture) et bien sûr l’architecture du fondateur du Modernisme. Ses principales oeuvres architecturales, ses machines à habiter, et projets de plannings urbains sont présentés en maquettes, photos et sketches. Il y a également beaucoup de videos (sur la Villa Savoye, la Tourette, Chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, l’unité d’habitation de Marseille, Chandigarh, par exemple), quelques compositions en images de synthèse animées (le film sur le projet du Palais des Soviets est impressionant), des éléments de mobiliers (la chaise longue LC4 …), des reconstructions taille réelle de l’atelier Le Corbusier à Paris, et du Petit Cabanon (Cap Saint Martin), reproduction assurée par Cassina (ils possèdent les droits de vente sur le mobilier dessiné par Le Corbusier. J’y ai passé plus de 3 heures tellement c’était intéressant…

En se promenant sur Internet, on fait parfois des découvertes musicales épatantes, hier soir c’était HTRK et le morceau « Ha » (écoutable à cette adresse), une chanson sombre et lente, entêtante par le rythme de batterie comme des battements de coeur en fond, survolé par une voie masculine frêle. HTRK est un trio d’australiens relocalisés à Berlin. Le nom étrange du groupe voudrait dire Hate Rock, j’imagine qu’ils se réfèrent au rock certifié conforme diffusé sur les ondes. Leur rock est plutôt expérimental, et c’est ce que je préfère. Le morceau dure 5 mins mais on se le repasse sans fin comme une bande sonore accompagnant ses déplacements dans la ville.

Dans la liste des bouquins à découvrir, il y a Vibrator de Mari Akasaka. Vibrator pour les vibrations d’une cabine de camion, moteur démarré, où Rei Hayakawa, une journaliste disjonctée, rencontrera Takatoshi Okabe, le conducteur, pour un voyage vers les contrées enneigées du nord japonais. (la photo ci-dessus est flou en raison des vibrations). Et après, je reprends Murakami avec Sputnik Sweetheart. Les histoires fantastiques d’Haruki Murakami me manquaient …

Moriyama House

S’il est une maison que l’on a beaucoup vu dans les magazines spécialisés architecture ou plus grand public comme Casa Brutus, c’est bien Moriyama House, une maison novatrice, alternative et expérimentale par Ryue Nishizawa (la moitié masculine du duo d’architectes SANAA).

Perdue dans un paysage de maisons individuelles de 3 étages maximum, c’est dans un labyrinthe dense de la banlieue de Tokyo, près de la station de Kamata, que se trouve cette maison-concept difficile à trouver. Après de nombreux zigzags dans le labyrinthe des rues résidentielles, je tombe finalement sur les 10 blocs blancs de tailles toutes différentes qui composent Murayama House. La structure du batiment est éclatée, les cubes blancs qui la composent sont étalés sur une terre battue ou naissent des brins de végétation et quelques pots de fleurs.

Murayama House est ouverte sur l’environnement extérieur, ouverte sur la ville, à l’opposé d’un certain modèle de maison individuelle fermée sur l’extérieur avec un jardin intérieur, ou patio, donnant seulement une vue sur le ciel, comme seul élément de nature. Murayama House n’essaie pas de se couper de son environnement, le jardin est omniprésent entre les blocs et est visible de l’extérieur, comme le sont les différents composants de la maison. Tellement visibles, que l’on peut assez facilement apercevoir l’intérieur de toutes les pièces. C’est un espace ouvert s’interconnectant avec la rue. Je trouve cette interconnection dans l’exprit des maisons traditionnelles japonaises dont l’interieur peut s’ouvrir presqu’en totalité sur les jardins extérieurs par une série de fines portes coulissantes.

Si j’en crois les informations glanées sur le web au sujet de cette maison fragmentée, 5 composants sont réservés au client A, B, C, D et E (ci-dessous), tandis que les 5 autres blocs sont des espaces ouverts à la location. Les 5 espaces du client habitant les lieux sont situés au fond du terrain de 290.07m2, donc moins directement visibles depuis la rue. Chaque cube blanc de structure en acier contient en général une seule pièce, bien que deux blocs, des mini-tours, possèdent 3 étages. Les murs sont tous couverts de blanc et j’étais surpris de voir les surfaces assez peu dégradées après 2 ans d’éxistence. Pour avoir un apercu de la composition des pièces et se donner une idée de la vie dans Murayama House, quelques photos sont proposées sur le site Internet suivant: Amassing Design.

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Cette expérimentation d’architecture-paysage, comme l’énonce JA dans son dernier numéro, se veut modulable. La propriétaire peut interchanger les blocs habités et en location suivant la présense ou non de locataires. Il peut utiliser certaines pièces et blocs suivant la saison ou les rendre disponibles à la location (par exemple, agrandir son espace habitable en s’ajoutant un bloc).

Codan block 2 and 3

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En face du Codan Block 1, on trouve assez logiquement le Block 2. Le design est cette fois de Toyo Ito, en gardant un style similaire au design originel de Riken Yamamoto. Des espaces creux pour les terrasses donnent une forme en escalier assez joli la nuit. Les terrasses offrent une vue sur la cour intérieure creusée d’une allée en S. Les quartres photos groupées ci-dessus proviennent du site de Toyo Ito.

Le Codan Block 3, la proposition de Kengo Kuma finalisée en mai 2004, reste quand même le building que je préfère. Le batiment est plus compliqué dans ses lignes, tout en conservant les formes de couleurs dans les espaces communs tels que les cages d’escaliers ouvertes sur l’extérieur. Les couleurs vives viennent contraster avec la couleur grise et sombre générale, notamment sur les lames de protection des terrasses. L’entre-building est très sombre d’ailleurs et beaucoup moins plaisant. J’aime bien les quelques éléments de végétation ayant la priorité sur l’urbain: un jeune arbre traverse l’escalier principal à l’entrée, aménagé à cet effet.

Codan contient 3 autres zones (par notamment Yama Architects & Partners, Kenchiku Design Studio and Yamamoto Hori Architects) et j’ai reperé des grues dans les environs.

Codan block 1

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Ci-dessus, une promenade que j’ai fait relativement souvent à moto lors de belles journées (le filet rouge) au départ de Hamamatsucho, en passant par le pont Rainbow, et en sautant d’île artificielle et île artificielle pour rejoindre la gare de Tokyo ou Ginza. En chemin, près de Toyosu (pas encore construit sur la carte google), Je jette toujours un oeil sur un ensemble d’immeubles quadrillés aux couleurs attirantes. Aujourd’hui (enfin la semaine dernière après avoir vu le K-Museum, Big Sight et avant Tsukishima et l’oeuf de Toyo Ito), je m’y suis arrêté pour découvrir cet ensemble d’un peu plus près à pied.

Codan Shinonome est un complexe d’habitations urbaines accomodant près de 2000 familles. La supervision de cet énorme complexe fut assuré par Riken Yamamoto et la constrction s’étala de 2003 à 2005. Codan se compose de 6 blocs entourant une rue en courbe centrale et une place suspendue au premier étage. Riken Yamamoto assura le design du premier bloc, le Codan Block 1, caractérisé par ses couleurs zébrées multicolores sur certaines surfaces des balcons et entrées au rez de chaussée.

Riken Yamamoto s’est entouré de quelques autres grands architectes japonais pour assurer le design des autres blocs, conservant la ligne directrice du premier. Cet article en amène deux autres sur les blocs 2 et 3.

Météorite sur Jimbocho

Une météorite est tombée dans le voisinage de Jimbocho, le quartier des bouquins. Alerté par les news le jour d’avant et profitant d’un passage dans le coin à moto (des courses alimentaires entre Ningyocho et Asakusa), je viens vérifier par moi-même l’étendue des dégats. Je me renseigne sur sa provenance en inspectant des yeux les surfaces triangulaires inclinées et désordonnées de cet étrange batiment. A l’entrée, un panneau nous indique que ce lieu s’appelera désormais Jimbocho Kagetsu et Jimbocho Theater. Une affichette a proximité nous fait comprendre que ce petit complexe composé d’une salle de cinéma (sous-sol), de salles de spectacles (2-3F) et d’une école de comédie (4-6F) appartient à l’influente agence de comédiens humoristes (de style owarai) Yoshimoto Kogyo venant d’Osaka. Les comédiens de Yoshimoto sont presque omniprésents à la télévision, des vétérans sur-actifs Hamada et Matsumoto de Downtown aux plus récents mais tout aussi actifs Taka and Toshi

L’ancienne agence Yoshimoto, fondée en 1912, opérait avant la seconde guerre mondiale une salle de spectacle à Asakusa, quartier d’amusement populaire inévitable à l’époque. Takeshi Kitano et Kiyoshi Atsumi de la série à rallonge Tora San (Otoko wa tsurai yo, que j’adore d’ailleurs) sortent de ce quartier. Après s’être éloigné d’Asakusa, Yoshimoto y est depuis revenu avec des séries de spectacles le week end au Kaminari 5656 Kaikan (j’y ai vu des geisha récemment). Yoshimoto entend renforcer sa présence dans les quartiers à proximité d’Akasaka avec cette salle à Jimbocho. Les salles de ce complexe ouvriront bientôt à partir du 7 juillet 2007, et privilégierons les jeunes comédiens de l’agence.

Le design architectural par Nikken Sekkei (construction assurée par Kajima) est des plus surprenants pour une salle de spectacle comique. Les arêtes aiguisées et compliquées, la couleur sobre du bâtiment ne laissent pas penser à un endroit où l’on va s’amuser, ou alors pour un humour pince-sans-rire. Cette couleur grise-noire me rappelle un peu le magasin Casa Armani de Tadao Ando à Omotesando. Le bâtiment vient bouleverser l’éco-système urbain préservé de cette petite rue de Jimbocho, il est magnifique mais on aurait plutôt imaginé cet édifice à Aoyama comme magasin étendard d’une grande marque étrangère. L’adresse est la suivante: Chiyoda-Ku, Jimbocho 1-23.

île de la lune

L’oeuf de Toyo Ito que l’on a découvert dans l’article précédent se trouve dans le quartier de Tsukuda, au nord de l’île Tsukishima (île de la lune, littéralement). Cette île sur la baie de Tokyo n’est pas naturelle, mais artificielle (polder) comme on en trouve beaucoup dans la baie. La surface de terrains gagnés sur la mer dans la baie de Tokyo atteint 249 km2.

Tsukishima date de la période période Edo et se situe exactement à l’embouchure de la rivière Sumida sur la baie et à l’entrée du système de canaux de la période Edo.

tsukishima

Avant de trouver l’oeuf de Toyo Ito aux pieds des tours de River City 21, je me suis perdu à moto dans le labyrinthe de rues de Tsukishima. Au hazard des zigzags des petits rues en sens unique, des détours dus aux travaux, je tombe sur un petit brin de quartier paysible au bord d’un canal. L’ambiance est calme et les maisons inchangées depuis des décennies. La rue est pavée sans aucune voiture, des enfants jouent autour du canal, un ancien y lit le journal ou regarde l’eau stagner. On se croirait dans un village, isolé dans un autre monde si ce n’était la vue sur les tours de River City 21 à quelques centaines de mètres. Le contraste est fort, d’autant que cette zone voit s’élever la plus haute tour résidentielle du Japon, Century Park Tower, montant jusqu’à 180 mètres de haut. On ne peut pas la louper, tout comme la River Point Tower, déjà prise en photo en septembre 2005, ou la Skylight Tower. Toutes ces tours se ressemblent et forment un prestigieux complexe de résidences avec vue sur la rivière Sumida.

(crédit photo, la carte ci-dessus vient de Google Earth bien évidemment)