Pliures tectoniques

Ca faisait plus de 6 mois que je n’avais pas pris de photos argentiques noir et blanc. Ci-dessus, 2 photos prises à Azabu centrées sur la pliure de surfaces d’immeubles, comme des plaques tectoniques. La photo du dessus est l’arrière de la tour adjacente de The Wall, batiment de Nigel Coates à Nishi-Azabu. La deuxième photo montre la surface avant pliée, écartée par des tubes, de la société de création textile d’osaka Ikegami installée à Roppongi.

Urbano-végétal (18) et quelques liens photographiques

Tiens ca faisait un mois que je ne m’étais pas laissé aller vers de l’urbano-végétal. On se trouve une fois de plus à Yanaka, dans un petit coin préservé avec maisons de bois, survolé par par une structure bleutée voguant vers le centre dense de Tokyo. La structure n’aura peut être pas beaucoup de place pour se poser mais trouvera quand même un petit endroit derrière le Gyre à Omotesando.

Histoire de s’aérer un peu de Made in Tokyo, voici quelques photoblogs ou sites photographiques qui me plaisent beaucoup. Sur la gauche, un photo-montage par Yoichi Kobayashi. Il s’agit de petits moments de magie dans sa série de portraits où une fille sort d’un cadre pour attérir en pleine nature. J’aime beaucoup la légèreté de cette composition qu’on croirait sortie d’un dessin animé de science fiction fantaisiste où l’héroine se téléporte grace à son cadre magique. On imagine un monde de quatrième dimension à l’intérieur du cadre. C’est un montage qui a l’air assez facile à faire, mais très malin. A droite, j’aime beaucoup cette photo compacte de voitures et motos de police prises dans un « embouteillage » inextricable. Cette photo provient de la page flickr Hirano eureka de Toshiki Hirano, plutôt axée photos d’architecture, toujours très contrastées. Apparemment élève de Shin Takamatsu, il nous montre également ses projets universitaires et c’est très intéressant.

Continuons avec les liens photographiques, avec à gauche, des photos de nuit dans des quartiers désespérément vides. Nobuhiro Fukui prend des photos de nuit tous les dimanches dans des quartiers de banlieue sans âmes qui vivent (enfin tout le monde dort ou il prend soin d’éviter les passants). Les photos sont belles et fines malgré la banalité du décor. Les couleurs sont presqu’irréelles, cela donne un sentiment étrange. A droite, pour rester dans les photos de nuit, Shintaro Sato nous propose The Twilight Zone, des vues sur Tokyo depuis des cages d’escalier de secours. Là encore, les couleurs sont iréelles, mais beaucoup plus forcées et moins subtiles que chez Fukui. En vue de dessus, ces photos font ressortir tout l’univers chaotique de l’agencement urbain tokyoite.

let’s just imitate the real until we find a better one

Un bonsai de plusieurs centaines d’années dans les jardins de Happo-En à Shirogane.

L’immeuble en vague De Beers à Ginza imite la courbe du bonsai. Il s’agit seulement de mon interprétation pour ce billet, je ne connais pas les intentions de Jun Mitsui, l’architecte concepteur de cet édifice pour une grande marque de joaillerie. En visionant les photos que j’ai prise le mois dernier, j’y voyais une certaine ressemblance, où le building imite des formes et mouvements naturels. Si ce n’est pas la forme du bonsai de Happo-en, il s’agit peut être d’une vague du pacifique ou une distortion sismique plus douce au regard que celle du NC Building de Peter Eisenman.

Le titre intriguant de ce billet provient de Good Lies du groupe allemand the Notwist, une musique rock que j’écoute beaucoup ces derniers temps.

ビーロク

b6(ビーロク) est un petit complexe commercial à Harajuku par NISHIMORI Rikuo (Nishimori Architects and Associates). Il y a plusieurs aspects que j’apprécie dans ce batiment, notamment la connection avec les arbres en fond comme si l’immeuble s’enfoncait dans la forêt, perdait ses limites dans la végétation à l’arrière. b6 emprunte les arbres des terrains adjacents pour ombrager un espace jardin sur les toits avec vue sur le ciel. Je suis passé rapidement et tôt, et donc malheureusement pas pu en profiter. Ce jardin à l’ecart de la rue Meiji, toujours occupée au niveau de Harajuku, doit très certainement offrir un calme reposant en s’écartant un peu du brouhaha de la rue. L’immeuble dans son ensemble est ouvert sur l’extérieur dès le patio à l’entrée. Les couloirs entre les magasins de la galerie marchande sont recouverts en partie d’un toit de verre. Le design rétro-futuriste est également joli avec ses ouvertures arrondies façon spatial.

dgc-woodland

Les forêts de l’allemand Daniel Gustav Cramer sont denses et impénétrables. Approchées de près, le vert se mélange et donne un ensemble mystérieux. On croit pouvoir y entrer sans oser. Il y a une force incroyable qui sort de ces photographies de forêt. Il s’agit de la série Woodland de l’auteur que je découvre un peu par hazard en me promenant sur la toile.

Depuis l’immeuble tubulaire de Tange

En passant rapidement à Ginza, je fais un détour vers le Shizuoka Press and Broadcasting Offices près de la station de Shimbashi. Je suis passé très souvent devant ce mini-immeuble mais à moto et sans prendre le temps de m’arrêter, d’en faire le tour et de le prendre en photo. Cet immeuble date de 1967, créé par Kenzo Tange un an après la structure brutaliste du centre Yamanashi Press and Broadcasting. Cette petite tour moderne en coin de rue se présente comme un arbre, avec son large cylindre sur lequel viennent se poser des boîtes contenant des bureaux. Cette ramification laisse penser que cet immeuble est à structure variable, évolutif avec possibilité de croissance organique, comme une plante, suivant l’idée du courant métaboliste.

archigram

Kenzo Tange avec son plan pour Tokyo de 1960 (photo à droite ci-dessus: la ville s’étend sur la baie de Tokyo, sur un axe central ramifié) a été une influence pour ce mouvement métaboliste, sans en faire directement partie. Le travail spéculatif des Métabolistes au Japon dans les années 1960 se croise avec celui du groupe anglais architectural d’avant-garde Archigram. Archigram prend son inspiration dans les nouvelles technologies pour créer des projets innovants et visionnaires, une réalité futuriste et expérimentale utopique, faite de villes nomades en forme de machines capables de se déplacer, des maisons capsules mobiles et interchangeables pouvant se greffer sur une tour de capsules, des mégastructures se branchant sur des réseaux tubulaires… Les Métabolistes et Archigram s’influencent mutuellement, on reconnait chez le métaboliste Kisho Kurokawa ce concept de capsules interchangeables empilées dans son Nakagin Capsule Tower. Je vois d’ailleurs dans le Shizuoka Press and Broadcasting Offices de Tange des similarités avec la mégastructure tubulaire d’Archigram, en image ci-dessus à gauche. Une différence entre ces deux courants cependant est que les idées d’Archigram sont restées au stade de concept, tandis que les métabolistes ont réalisés quelques immeubles, à moindre échelle, sans le grandiose des villes dans les airs ou sur la mer imaginées sur le papier ou en maquette.

neo-tokyo

Le groupe Archigram intégrait également dans leur vision fantastique une culture pop flirtant souvent avec le comics book, dans les illustrations qu’ils produisèrent de leur ensembles urbains. Au Japon, il aurait été passionant de retrouver les créations métabolistes sur support manga, avec mise en situation de leur visions utopiques. On se contentera de rendu 3D sur le site de 10plus1: le Joint Core System de Arata Isozaki et le Plan pour Tokyo 1960. Cela me fait d’ailleurs penser au manga Akira, c’est intéressant de voir que ce manga de Katsuhiro Otomo de 1988, reprend cette idée de Kenzo Tange de ville sur la baie de Tokyo (image provenant de Akira ci-dessus). La science fiction de Akira nous montre une ville nommée Neo Tokyo, construite sur la baie en 2019 suite à une explosion nucléaire sur la « vieille ville » de Tokyo en 1982. Cette vision apocalyptique est une image récurrente, que l’on rencontre également dans d’autres manga comme Neon Genesis Evangelion de Hideaki Anno où Tokyo renait plusieurs fois pour devenir Tokyo-3, ville retractable sous le sol, déplacée à Hakone. Tokyo y est une ville éphémère, condamnée à être détruite et reconstruite sans cesse, on doit peut être y voir des réminiscences du grand tremblement de terre de Tokyo en 1923, ou des bombes nucléaires sur le Japon à Hiroshima/Nagasaki.

rem

Alors que j’écris ces lignes et dans le même esprit de liaison culture pop et architecture, je découvre cette article amusant et intéressant de A Life Without Buildings sur les liens et influences possibles entre Star Wars et l’architecture. Sur l’image ci-dessus tiré du blog, l’auteur nous invite à imaginer les ressemblances entre le véhicule Sandcrawler et l’immeuble Casa da Música de Rem Koolhaas au Portugal, tout en nous indiquant qu’en réalité le Sandcrawler s’inspirait bien d’architecture, d’un hotel en Tunisie. Les trois articles suprenants à voir sur A Life Without Buildings sont les suivants: Rem Koolhaas, Tunisia, and Sandcrawlers, Otto Wagner and the Millenium Falcon et What’s Up With All The Death Stars?.

kikuake

Dans le même style, j’ai toujours pensé que le musée métaboliste Edo-Tokyo de Kiyonori Kikutake ressemblait au AT-AT Walker de Star Wars. L’inspiration de Kikutake vient en fait des toitures traditionnelles japonaises, mais il est bon de laisser parfois voguer son imagination.