des formes enchevêtrées

Je revisite rapidement les formes enchevêtrées du Sunny Hills de Kengo Kuma. Rapidement car je suis en vélo et je ne perds pas de temps pour faire un détour vers Jingumae pour aller voir une fresque murale aperçue rapidement en voiture un peu plus tôt dans la journée. Il faisait un temps des plus agréables pendant le long week-end dernier pour se promener en vélo. La fresque murale est de Zio Ziegler, artiste peintre et sculpteur américain vivant actuellement à San Francisco. Elle se trouve sur un des murs du magasin BEAMS à Harajuku et vient apparemment accompagner une série de chaussures Vans reprenant ces motifs graphiques.

Je tente très peu les photographies de nuit à part cette fois à Kabukichō avec Eddie. Et quand je me lance dans les photographies urbaines de nuit, c’est plutôt en noir et blanc. Des photographes de rues comme Lukasz Palka et Masashi Wakui sont vraiment excellents pour leurs photographies prises dans le Tokyo nocturne, notamment dans les quartiers lumineux et animés de Shinjuku. Il y a très certainement un travail de post-production important sur le rendu des couleurs, pour cet effet bleuté notamment sur les photographies de Masashi Wakui. Ce type de filtres rend très bien quand on n’en abuse pas et qu’il y a un bon équilibre, ce qui est le cas à mon avis sur les photographies de Masashi Wakui. Sur son blog, Lukasz Palka publie un article intéressant sur un sujet que je mentionnais dans certains de mes billets précédents, à savoir « photographies et médias sociaux », ou comment éviter la course aux « likes » en restant authentique. Il y a une comparaison bien vue qui m’a bien amusé entre le nattō et le popcorn, où le popcorn serait bien entendu ce qui s’apprécie dans son immédiateté et rapidement comme les photographies que l’on trouve en masse sur les réseaux sociaux (attention à l’indigestion) et le nattō, plus difficile d’accès et complexe. Bien que l’auteur ne dise pas clairement dans quelle catégorie il souhaite appartenir, on devine fortement un attrait pour le nattō, bien qu’il semble difficile de s’échapper de l’eye candy. C’est d’ailleurs un peu la limite de ce genre de démonstrations. Une chose est sûre en ce qui me concerne, je ne sais pas faire de l’eye candy, tout simplement car je ne m’y connais qu’assez peu en techniques avancées photographiques et je ne me verrais pas attendre dans une rue, avec un trépied, le moment décisif. Je préfère le mouvement. Mais ceci étant dit, j’apprécie l’approche suivie par Lukasz Palka, notamment cette série sur les toits des buildings. À vrai dire, je me fais du mal en regardant ces photographies, car ça donne envie de rechercher la photographie « marquante », dont on se souviendra. Je n’ai malheureusement pas ce talent ni le sens de la dedication nécessaire à ce genre d’exercice. À vrai dire, un certain nombre des photographies de Lukasz Palka montrent un Tokyo actif et animé, tandis que mes photographies montrent un Tokyo ennuyeux et sans éclats. Ou plutôt, l’éclat est presqu’indicernable à moins qu’on y regarde bien. Je discute, je discute, mais c’est déjà l’heure de dîner et je reprendrais bien un peu de nattō ce soir.

Swirling whirling to the skies of other places

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La Golden Week cette année fut active. Nous avons beaucoup marché en famille dans les montagnes de Kamakura, en se perdant un peu parfois pour trouver les entrées des pistes de randonnées. A Kamakura, les zones de villes et de forêts montagneuses se mélangent. Nos parcours partaient de Kita-Kamakura pour arriver vers le centre de Kamakura, non loin de Tsurugaoka Hachimangu. Nous avons démarré une des marches depuis le temple Kenchō-ji à Kita-Kamakura. Il faut d’abord entrer à l’intérieur de l’ensemble de temples que forment Kenchō-ji. Au passage, on remarque une très belle porte dorée, qui vient d’être rénovée récemment à mon souvenir. Nous grimpons la montagne derrière les temples pour rejoindre le tracé de la piste de randonnée. A Kamakura, si on connaît un peu son chemin, on peut accéder à certains temples gratuitement en y accédant par la montagne. Pour le temple Engakuji à Kita-Kamakura, c’est assez facile et il n’y a pas de surveillance, mais pour Kenchō-ji, on veille en haut de la montagne à ce que chaque visiteur venant de la montagne se soit bien acquitté de son billet d’entrée au temple (le contrôle a l’air assez souple cependant). A Kamakura en période de Golden Week, nous ne sommes évidemment pas les seuls à avoir l’idée de se promener dans les montagnes. On ne se bouscule pas quand même, et le parcours est agréable. Sur les hauteurs de Kenchō-ji, à environ 150 mètres (on n’est pas très haut certes), on a une belle vue sur les temples émergeant de la forêt et sur la baie de Sagami au loin. Après quelques heures, nous ressortons de la forêt vers le sanctuaire de Kamakura-gū. Un groupe s’y faisait prendre en photo en kimono, peut être pour une célébration interne au sanctuaire.

Quelques jours auparavant, une autre randonnée dans les montagnes de Kamakura nous avait amené jusqu’au temple Meigetsu-in (réputé pour ses hortensia au mois de juin). Tout près de l’entrée du temple, une maison individuelle attire tout de suite mon attention par son design, notamment la forme angulaire de son toit et les lamelles de bois sur la façade. Je pense tout de suite à une création de Kengo Kuma, ce qui est apparemment le cas (mais j’en ai pas la certitude). J’adore ces découvertes architecturales inattendues, ce qui est d’autant plus rare et difficile à trouver à Kamakura. On peut également faire quelques découvertes inattendues dans certains temples à Kamakura, comme des dessins plutôt contemporains de personnages proches du manga. J’avais pu voir ce type de peintures dans un autre temple à Kamakura il y a quelque temps.

Entre ces deux « périples », nous avons passé une journée à Yokohama, à Minato Mirai, en haut de la tour Lundmark, histoire de re-vérifier que la terre est bien ronde. Mais pour cette vérification, l’objectif Grand angle Fish Eye que j’utilisais aidait beaucoup.

faces walls

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Je reviens sur la Killer Street en constatant que les images imprimées sur le musée Watarium vieillissent assez mal, car l’impression plaquée sur les murs se décolle. Les photos de cette série sont prises quelque part entre Shibuya et Harajuku. On y aperçoit également le Omotesando One de Kengo Kuma.

on Sunny Hills

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Ce nouveau projet de Kengo Kuma a Minami Aoyama s’inspire d’une autre de ses créations à Fukuoka, le Starbucks Coffee at Dazaifutenmangu. On y retrouve le même agencement de tiges de bois de 6 cms de section accolées à un structure architecturale plus classique. La différence est qu’ici, ce panier de bois, en quelque sorte, vient recouvrir le bâtiment tandis que la structure de bois est à l’intérieur pour le Starbucks de Fukuoka. D’après le site Designboom, Kengo Kuma utilise une méthode traditionnelle d’agencement du bois appelée ‘jiigoku-gumi’.

Ce bâtiment se nomme Sunny Hills et se trouve en face de l’hôtel Floracion. C’est un bâtiment assez surprenant et j’aime beaucoup la petite pointe de verdure sur la terrasse à l’étage. Ca serait pas mal d’ailleurs d’intégrer encore plus de verdure dans cette structure de bois pour adoucir l’ensemble. Je me demande quand même comment le bois est traité et comment l’ensemble va résister au passage du temps. Enfin, le bois n’est ici qu’une surface qui pourra être remplacée sans trop de difficulté si nécessaire. Ah, j’aime faire ce genre de découverte architecturale à Tokyo.

Shibuya changing

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Si on peut dire que Marunouchi est le territoire de Mitsubishi Estate, que Akasaka-Roppongi-Toranomon est celui de Mori Building, la station de Shibuya et les proches alentours sont celui de Tokyu. Le groupe Tokyu comprend des lignes de chemins de fer, des department stores, des hôtels, de l’immobilier, entre autres. A Shibuya, Tokyu possède un certain nombre de landmarks comme la tour Cerulean, l’immeuble Department Store Tokyu au dessus de la gare de Shibuya et Mark City juste à côté. En face de la gare, j’ai assez souvent pris en photo, notamment en cours de construction, le nouvel immeuble Hikarie construit au dessus de la station de la ligne Fukutoshin, que l’on doit à Tadao Ando. Tokyu gère également Bunkamura composé de salle de concert, théâtre et musée (une architecture en collaboration avec le francais Jean Michel Vilmotte) et la tour 109 (par l’architecte Minoru Takeyama). Il y a quelques autres immeubles dans le « parc » Tokyu comme on peut le voir sur la carte ci-dessous.

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Le renouvellement du paysage urbain au centre de Shibuya a donc démarré avec la ligne Fukutoshin et la gare de métro correspondante, juste au dessous de la tour Hikarie terminée en avril 2012. L’étape suivante a été la mise en souterrain de la ligne Toyoko en mars 2013. Cette ligne passe désormais sous terre à partir de la station de Daikanyama et n’emprunte plus une voie ferrée suspendue. La suite du renouveau de la gare de Shibuya passe par 3 projets de re-développement de grande envergure: le re-développement de la station de Shibuya, celui de la zone sud de la station (le district 21 de Shibuya 3-chome) et la zone de Dogenzaka.

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Le développement urbain de la station de Shibuya est le plus important et se compose de 3 tours adjacentes et d’un réaménagement de la place de Hachiko donnant sur le grand carrefour de Shibuya. La plus haute tour, la tour Est de 46 étages, fera face à Hikarie et sera relié par le passage piéton existant (nouvellement construit d’ailleurs). Les deux autres tours reliés sont de tailles plus modestes, 10 étages pour la tour centrale et 13 étages pour la tour Ouest.

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La construction démarrera en 2013 pour une ouverture prévue en 2020 (grande tour Est) et 2027 (tour centrale et Ouest). Je me demande d’ailleurs si ce planning tout en longueur sera respecté, considérant les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. On trouvera dans ces tours reliées à la station, des bureaux, magasins, parking… Rénover cette vieille station de Shibuya, en améliorer les connexions et le réseau piéton, fera très certainement beaucoup de bien. On ne peut pas dire que l’immeuble Tokyu existant possède un cachet ou un intérêt particulier, ou que les différentes lignes de métro/train (Ginza, JR Yamanote, Toyoko, Fukutoshin) soient particulièrement bien interconnectées. Je crois comprendre que Tokyu et JR East feront appel à Kengo Kuma pour la conception d’une partie de ce re-développement (les bas étages) ainsi qu’à SANAA pour le design d’un espace ouvert vers l’extérieur au 4ème étage. Kengo Kuma était d’ailleurs déjà intervenu sur la rénovation d’une façade de la gare actuelle de Shibuya. A suivre, mais on a de toute façon quelques années devant nous avant de voir aboutir ce grand projet.

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La deuxième grande partie de ce projet est le re-développment de la partie Sud de la station de Shibuya, actuellement accessible depuis une petite rue parallèle à la rue Meiji après avoir traversé la petite rivière bétonnée de Shibuya. Sur le plan ci-dessous, il s’agit du District 21 de Shibuya 3-chome, situé entre la rue Meiji et la ligne JR Yamanote.

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Pas forcément facile de se représenter ce grand ensemble. J’ai essayé sur la carte google ci-dessous de replacer les pièces du nouveau puzzle à construire.

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La nouvelle tour au Sud de la station de Shibuya fera 33 étages et se composera de bureaux, magasins, un hôtel et parkings. La construction commencera également en 2013 pour se terminer plus tôt que le reste de la station, en 2017. Cette tour et le réaménagement des alentours ont pour but de re-dynamiser cette partie de Shibuya, coupée du reste de la station par la route 246 et la rue Meiji. Rétablir cette connexion est apparemment un des buts de ce re-développement. Un point assez intéressant est la réhabilitation d’une partie de la rivière de Shibuya en bas de la tour en une zone de promenade verte. On a du mal à imaginer, en pensant à l’état actuel de cette rivière de béton comment Tokyu va rendre cet espace agréable, mais je demande à voir. Ce travail de réaménagement de la rivière de Shibuya me rappelle l’étude Tokyo Fibercity 2050 de Hidetoshi Ohno, qui tentait de redonner des zones vertes à Tokyo. Sur la proposition de Fibercity 2050, la petite rivière de Shibuya était entourée d’arbustes, avec un réseau de passerelles piétonnes croisées au dessus. Le projet de Tokyu semble moins complexe et plus classique, peut être un peu plus dans le style de la rivière de Meguro.

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La troisième et dernière partie de ce projet est le re-dévelopmment de Dogenzaka 1-chome, où se trouve le Tokyu Plaza, séparé de la station de Shibuya par une partie de la station de bus.

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En fait, en repensant à ce projet gigantesque, ce qui m’intrigue le plus, c’est la manière dont ils vont réaménager la rivière de Shibuya. Dans le centre de Tokyo, les petites rivières ont tendance à être bétonnées et même à disparaître. C’est le cas par exemple de la rivière Imorikawa qui part de Aoyama Gakuin, près de Omotesando, pour redescendre vers la rivière de Shibuya au niveau de la rue Meiji à Hiroo 1-chome. En me promenant à Hiroo, j’avais été intrigué par une petite rue cachée en bas d’un escalier au nom de rivière (Imorikawa donc). Après quelques recherches, cette petite rue était autrefois une rivière, avant l’ère des Tokugawa. On trouve même des sites internet qui retracent en photos le tracé de cette rivière en donnant des indices de sa présence passée. Ce sont des chasseurs de rivières perdues, et c’est assez fascinant.