ヌー民生活❸

Au petit déjeuner de l’hôtel le lendemain matin, on nous propose un repas japonais avec bien sûr des udon, accompagnant un poisson grillé et plein d’autres petites choses. J’ai pris l’habitude du poisson le matin, mais les udon sont plus inhabituels. Le petit déjeuner nous nourrit bien pour la longue journée qui nous attend. Nous ne reprenons l’avion pour Tokyo qu’à 20:20. Nous passons d’abord une partie de la matinée à se promener dans le parc Ritsurin (栗林公園) dont l’entrée Nord se trouve idéalement à proximité de notre hôtel. On dit qu’il compte parmi les plus beaux jardins japonais traditionnels du pays. C’est bien entendu un site incontournable de Takamatsu. Le jardin est vaste et il faudrait plusieurs heures pour en faire le tour dans tous ses recoins. Une bonne heure nous permet de voir les zones les plus belles notamment la partie Sud avec son jardin japonais classique. Le jardin paysager a environ 400 ans d’histoire et est classé comme site historique. La conception du jardin repose sur le principe que les vues sont différentes à chaque pas et que les paysages changent constamment en marchant. Les lieux sont visuellement très intéressants avec chemins sinueux, étangs agrémentés de petites îles et traversés par des petits ponts en bois, collines artificielles permettant des vues d’ensemble idéales sur l’ensemble du domaine. Ce décor est idyllique mais il fallait quand même faire abstraction du groupe de touristes se prenant en photo sous toutes les poses imaginables. Nous n’avons pas profité de la maison de thé Kikugetsu-tei pour boire un thé matcha avec vue sur les étangs, mais nous avons grandement profité de notre balade contemplative parmi les arbres parfaitement taillés et entretenus. Mon fils et moi avons eu la même idée de vouvoir venir ici souvent si on habitait à proximité, pour pouvoir y lire dans un coin tranquille du parc. Mais on s’est en fait rapidement rendu compte qu’il n’y a pas de bancs pour s’asseoir. Il ne s’agit pas d’un jardin public. Il faut payer pour entrer, avec possibilité d’un passe à l’année. Après avoir acheté notre billet, le gardien voulait absolument nous parler pour nous expliquer un peu l’histoire du parc. On a apprécié tout en ayant un peu peur que son explication nous prenne un temps précieux, car après cette visite, nous avons l’intention de prendre le train local pour un trajet d’environ une heure pour le sanctuaire Kotohira-gū (金刀比羅宮), que l’on surnomme également Konpira-san.

La gare de train est à quelques minutes du parc Ritsurin. Les trains ne circulent pas fréquemment, environ toutes les demi-heures, et nous manquons d’une ou deux minutes celui dans lequel nous voulions monter malgré un petit sprint de dernière minute. Courir est une seconde nature pour mon fils mais c’est malheureusement loin d’être le cas pour moi. On se promène autour de la gare en attendant notre petit train jaune de la ligne Kotoden (ことでん). On peut s’asseoir sur les banquettes tout en longueur chauffées. Il nous faudra environ une heure pour rejoindre la gare de Kotohira. Le train file à travers la campagne à toute vitesse mais s’arrête à toutes les gares. Je ne dirais pas qu’on est bercé mais on pourrait facilement s’endormir. Ce n’est pas mon cas, mais le fiston succombe à la fatigue du jour d’avant. Assis dans le petit train autour de nous, je reconnais par leurs casquettes et bonnets noirs des membres du peuple des gnous, les Nū-min (ヌー民), qui semblent avoir eu l’idée de faire la même visite que nous le jour après le concert. Le rythme du train ne me fait pas dormir mais me donne envie d’écouter un peu de musique tout en regardant à travers les vitres du train le paysage composé d’un mélange de plaines et de petites montagnes volcaniques. Je n’écoute pas des morceaux de King Gnu, mais tout autre chose. Depuis quelques semaines, le morceau Hiru no Yume (晝の夢 – Daydreaming) de Hiroyuki Namba (難波 弘之) m’accompagne inlassablement. Le morceau, datant de 1983, a quelque chose d’hypnotisant qui me poursuit. Il me permet de m’arrêter sur les choses pour les apprécier, dans un moment en suspension entre réalité et illusion. Les nappes de synthé et la voix de Hiroyuki Namba sont douces et enveloppantes, créant un espace intérieur intime et introspectif. On a l’impression que le temps se dilate en écoutant cette musique. Elle correspond tout à fait à l’ambiance contemplative de cette journée. Hiroyuki Namba était présent sur la playlist de la fameuse émission NTS Liquid Mirror d’Olive Kimoto intitulée An 80’s Japanese Retrospective, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois, mais avec un morceau différent. J’écoute ensuite le très étonnant nouvel album de Sheena Ringo dont je parlerais certainement prochainement car il mérite un billet en bonne et due forme.

Nous arrivons à la gare de Kotohira (琴平) juste avant midi. La petite ville est tranquille, ce qui m’étonne d’abord un peu car le grand sanctuaire Kompira-san est le plus populaire de toute l’île de Shikoku. La journée d’hier étant mouvementée et riche en émotions, on avait de toute façon besoin de calme, loin de la foule. Le sanctuaire Kotohira-gū, surnommé Konpira-san, est situé sur les pentes du Mont Zōzu. Ce qui distingue particulièrement Kotohira-gū est son accès se faisant par une ascension de 785 marches menant au sanctuaire principal. Il faut grimper en tout 1368 marches pour atteindre le sanctuaire intérieur niché plus haut dans la montagne. Cette ascension est loin d’être insurmontable mais est quand même assez physique car les escaliers ont une forte inclinaison. Cette montée me rappelle un peu celle du sanctuaire Afuri (大山阿夫利神社 ) sur les hauteurs de la montagne Ōyama à Kanagawa, mais elle est ici d’un autre ordre. On y retrouve par contre pareillement les petits commerces de souvenirs en tout genre. En montant progressivement les marches, ponctuées par des allées et des zones de repos, l’ambiance se fait ensuite plus calme et contemplative à mesure que l’on s’élève. On dit que cette ascension à pieds, et l’effort physique qu’elle demande, symbolise un cheminement progressif vers la purification et l’élévation. Le sanctuaire possède une histoire de plus de mille ans. Durant l’époque d’Edo, les pèlerinages à Konpira étaient très populaires. Le sanctuaire est dédié à la divinité Ōmononushi qui protège les marins et les voyageurs, ce qui explique sa popularité dans une région étroitement liée à la mer intérieure de Seto. On découvre d’abord le sanctuaire principal se dévoilant progressivement derrière les escaliers. Sa présence est impressionnante. On montant un peu plus haut, on a une vue panoramique sur la plaine de Sanuki. On y distingue notamment la montagne Sanukifuji (讃岐富士), surnom de la montagne volcanique Inoyama (飯野山) en raison de sa ressemblance avec le Mont Fuji.

Après avoir collecté le sceau goshuin, une prière devant le sanctuaire s’impose. Alors que je patiente quelques secondes, un étranger qui semble être d’origine chinoise m’aborde soudainement. Il veut m’expliquer en anglais les mouvements de prière dans un sanctuaire japonais. Je l’écoute sans l’arrêter pour ne pas être trop désobligeant. J’essaie de ne pas trop faire attention à ce qu’il me dit mais il insiste. Je finis par lui dire que je sais déjà tout cela, avec j’imagine un sourire un peu agacé. L’intention n’est pas mauvaise mais m’a quand même semblé déplacée. Pour quelle raison imaginait-il que ce sanctuaire au fin fond de Shikoku pouvait être le premier que je visite. On aurait pu rigoler du fait que ça fait déjà 27 ans que je vis au Japon, mais je n’en ai pas eu le courage. Le nombre d’années n’est pas écrit sur mon visage. Ceci est un symptôme de ce pays où on peut être pris pour un novice débarquant tout juste de l’avion alors que l’on vit ici depuis très longtemps. Après avoir passé un peu de temps sur les hauteurs du sanctuaire, nous prenons notre temps pour redescendre les milles marches du retour. La fatigue commence à me gagner. Nous prenons notre déjeuner assez tard dans un restaurant de udon à l’entrée de la grande allée menant à Konpira-san. Nous avons un peu hésité sur les udon, mais comme c’est ici la spécialité, les restaurants sont nombreux. Nous explorons ensuite un peu la petite ville de Kotohira (qui n’a même pas l’appellation de ville d’ailleurs) en marchant vers la station.

Le retour en train vers Ritsurin prend une bonne heure, qui nous permet d’observer le paysage sous l’angle opposé. Après avoir regagné notre hôtel pour récupérer notre petite valise, on se dirige vers l’arrêt du bus limousine nous ramenant vers l’aéroport. Nous ne sommes pas en retard, mais le bus est plein à craquer et on a un peu peur de ne pas pouvoir s’y asseoir. D’autres fans de King Gnu nous entourent. Certains regardant les vidéos qu’ils ont pris sur leur smartphone le jour d’avant. J’apprendrais plus tard que le fait de pouvoir filmer pendant cette tournée avait été annoncé dans les news. Dans ce bus du retour, on trouve même une grande serviette à l’effigie de cette tournée accrochée comme un poster à l’arrière du fauteuil du conducteur du bus. Est ce que le conducteur est fan du groupe et a été au concert? Ou est ce un oubli d’un des passagers du bus? Je ne le saurais pas mais je prends au moins une photo souvenir. Notre avion part à 20h20 et nous avons un peu de temps pour dîner. Les udon du restaurant à l’étage de l’aéroport sont en rupture de stock, ce qui nous donne l’occasion de manger autre chose, des hot dogs qui sont la seule option disponible. Le retour se passe sans encombre mais les vents sont forts et le vol est un peu turbulent. On se fait malmener comme sur certains morceaux de King Gnu.

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