Into the spiral

En descendant la spirale du building du même nom à Aoyama, on aperçoit un personnage bizarre. Lorsqu’il n’y a pas d’exposition, Spiral montre ce que je pense être sa collection permanente. Ce portrait, certainement de la série 肖像・赤, est de l’artiste japonais Yasumasa Morimura. Sa spécialité est de détourner des oeuvres célèbres en se mettant en scène. Sans vraiment apprécier ses oeuvres, ce visage rouge étrange est quand même marquant.

Architecture en angles

Deux immeubles à Minami Aoyama jouent sur les angles et pointent vers le ciel. Le deuxième bâtiment, la tête en bas sur la photo est particulièrement aiguisé. C’est un beau bâtiment de béton. Je ne connais malheureusement pas l’architecte.

Je découvre au hasard d’un butinage internet les photos de Benoît Vollmer et surtout sa série Ex Nihilo. Il explore les stations de sports d’hiver hors saison et ses ensembles construits à la fin des années 70. J’aime tout particulièrement les deux photos ci-dessus: un étrange bâtiment, comme un animal fantastique au bord d’une route et un immeuble semblant posé en équilibre improbable sur une pente de montagne. Sur d’autres photos, il nous montre des ensembles vides, des espaces sans âmes qui vivent et sans neige comme une ville fantôme. On pourrait même croire ces stations abandonnées s’il n’y avait pas la présence de quelques voitures sur une des photos (c’est presque dommage d’ailleurs). Les photos de cette série sont vraiment très belles. J’avais en fait découvert ce photographe à travers le premier numéro de la revue photographique en ligne Regards que je vous conseille de visionner. Le deuxième numéro nous montre notamment des photos de Lucie & Simon, les photos intimes vues du plafond ou du ciel de la série Scenes of life.

Pour compléter le billet d’il y a quelques semaines sur les re-penseurs de paysages urbains, je découvre le travail de Xavier Delory, photographe et artiste visuel belge. Les deux compositions photographiques ci-dessus sont tirées de la série Formes urbaines et s’intitulent Dom-Ino. Les immeubles sont complètement aplatis et se résument pratiquement à une façade, à une surface en deux dimensions. Il suffirait d’un coup de vent pour faire tomber ces surfaces comme un domino géant. Je vois quelques similitudes avec le travail de Filip Dujardin, mais je ne me lasse pas de ce travail de mutation du paysage urbain.

Ice

Un bloc de glace pour se rafraîchir. Il fait très chaud en ce moment à Tokyo, 35 degrés environ. Peut être que fixer la glace pendant quelques instants permettra de se rafraîchir un peu, à moins qu’on ne soit obligé de rêver des montagnes enneigées d’Islande.

Je connaissais les photos d’architecture du photographe danois Kim Høltermand à l’époque où il utilisait Indexhibit. Si je me souviens bien, c’est d’ailleurs son site de l’époque qui m’avait incité à utiliser ce même système de galerie minimaliste pour mes photos de la série Made in Tokyo Series. Il utilise désormais un nouveau système plein écran pour ses photos, notamment une superbe série intitulée Icelands. Il donne un rendu particulier à ses photos, un noir et blanc légèrement orangé qui réchauffe un peu les surfaces enneigées. Son système de galerie n’étant pas des plus pratiques à la navigation, je vous conseille plutôt de visionner son portfolio sur Behance Network. On retrouve la série Icelands, des textures et de l’architecture jouant avec la lumière sur Horten, Black Diamond, Church of the Holy Cross, ou des objets insolites et spatiaux comme la Hyllie Water Tower. En découvrant sa série Seawater Lido, je suis d’ailleurs très supris de constater que Kim Høltermand est l’auteur de la photographie de couverture de l’album de Aufgang. J’avoue que cette couverture de disque m’avait amené à écouter l’album et j’avais beaucoup aimé ce mélange expérimental réussi de piano et de sons électroniques, le tout en pleine tension.

Une voilure et des ouvertures

Une voilure toute en courbe se lie à une colonne vertébrale centrale. Nous étions dans ce bâtiment grandiose pour un spectacle pour enfants et j’ai profité des entractes pour faire un petit tour avec Zoa et en même temps faire quelques photos, de la voilure, des détails des murs… Les yeux avisés auront peut être reconnu l’intérieur du grand gymnase Kokuritsu Yoyogi Kyōgi-jō de Kenzo Tange, le Gymnase Olympique de Yoyogi construit pour les Jeux d’été 1964 à Tokyo. En janvier 2009, j’avais exploré l’extérieur du grand stade sans voir l’intérieur qui était bien entendu fermé. Par contre, profitant d’un événement sportif, j’avais eu la chance de visiter l’intérieur superbe du petit stade. Il faisait sombre à l’intérieur du grand stade mais on pouvait tout de même appréhender la structure de la voilure et son raccord aux deux câbles centraux supportés par les piliers de béton aux deux extrémités du stade.

Sur quelques parois à proximité de l’entrée principale du stade, on peut apercevoir ces drôles d’ouverture sous la voilure. Il s’agit peut être de conduits d’aération. Le mur de béton est percé à plusieurs endroits pour laisser passer ces cylindres de métal qui pointent comme des canons. C’est un design assez radical pour des aérations. Ce stade relève définitivement plus de l’oeuvre d’art que de l’infrastructure sportive. J’avoue que j’aime beaucoup ce genre d’approche.

Pour terminer une vue sur l’entrée, placée dans le décalage des deux demi-cercles formant le stade. J’avais déjà photographié l’extérieur, voici donc l’intérieur. La voilure prend un plis de presque 90 degrés au niveau de l’entrée et du raccord avec les piliers noirs. J’aurais voulu prendre plus de temps pour observer tout ça, mais ce n’était pas non plus le but initial de la visite.

Speaker et altérations urbaines

Cette bouche d’aération d’un bâtiment administratif à Shibuya me fait penser à un haut parleur. Je prends assez peu de photos en ce moment. Peu d’occasions se sont présentées au mois de juin, ainsi qu’une petite perte récurrente de motivation. La saison des pluies qui bat son plein n’arrange rien, bien que l’année dernière, j’avais bien profité de cette saison pour prendre des photos pendant les périodes d’accalmies. C’est en général pendant ces périodes là que je me remets à réfléchir au style de mes photos en me posant des questions: faire de la straight photography comme la grande majorité des photographes amateurs de la blogosphère japon, ou continuer les travaux de montages et compositions photographiques qui construisent un peu plus certainement mon identité. Au final, la réflexion est toujours un peu vaine et je continue mon sillon sans changements majeures. Quand même, j’ai dans l’idée dernièrement de construire des entités, des groupes de quelques photos agencées pour former une entité. Je m’étais essayé avec la petite série Polaris.

En parlant de montages photographiques, on trouve parfois par hasard sur internet des merveilles. Le travail de composition du photographe belge Filip Dujardin est vraiment impressionnant. Il invente des nouveaux visages urbains en créant des buildings improbables, défiant parfois la gravité. Il juxtapose des surfaces et éléments de buildings pour créer des structures complexes, difficiles à comprendre. J’aime beaucoup ce travail d’altération du paysage urbain. Je le pratique aussi à ma façon, sans pour autant atteindre ce résultat. On se prend parfois à rêver que ces bâtiments existent pour le plaisir du photographe.

On reste dans l’irréel avec l’artiste Nicolas Moulin, tout en se déplaçant à Paris, un Paris sans signe de vie, déserté où le rez de chaussée et premier étage des immeubles sont fermés par des plaques de béton. Nicolas Moulin vide la ville et donne à voir un paysage urbain angoissant. On s’interroge également en regardant ces images, on se demande ce qui a pu se produire dans ces lieux, pourquoi tous ces bâtiments ont ils perdus leur fonctions. Est ce que Paris s’est transformée de ville musée en musée-ville? Est ce que l’on prépare la ville à une course automobile intra-muros? Cette série de photographies retouchées sur ordinateur est disponible dans un recueil intitulé Vider Paris. En transposant à Tokyo, on peut penser aux photographies de Masataka Nakano sur le fameux Tokyo Nobody. Sauf que sur ce dernier, la légende dit qu’il n’y a pas de retouches par ordinateur.

Toujours par le même artiste, je découvre d’autres créations encore plus radicales, comme ces formes de bunkers se jetant dans la mer et en extension d’un paysage naturel. Il construit également en images des structures industrielles impossibles. Tout comme les images de Paris, ces constructions sont inquiétantes et fascinantes. Son dossier en pdf nous donne un tour d’horizon de ses créations. Pour revenir aux blocs de béton disproportionnés de ces montages, j’avais cette même envie d’altération de la ville et du paysage en commençant ma modeste série d’immeubles disproportionnés. Mais, j’avoue être vraiment impressionné par la force qui se dégage de ces blocs de béton.