Yayoi Kusama Museum

Le musée dédié à Kusama Yayoi (草間彌生) a ouvert ses portes en 2017. On le trouve dans le quartier de Bentenchō à Shinjuku. Je voulais le visiter depuis longtemps mais le fait d’avoir à faire une réservation préalable nous a fait patienter. On s’est dit qu’on allait attendre plusieurs mois après l’ouverture avant d’essayer de le visiter et les mois ont passé jusqu’à maintenant. La crise sanitaire nous a désormais habitué à réserver à l’avance tous nos déplacements dans des musées mais a eu tout de même comme conséquence une diminution de nos visites récentes. On se décide souvent le jour même et il est en général déjà trop tard. Pour ce musée de Kusama Yayoi, réserver le jour d’avant (même le soir d’avant) était suffisant pour obtenir quelques places. Il semble par contre difficile de réserver pour le jour même, en particulier un jour de week-end.

Le musée conçu par Kume Sekkei est tout en hauteur et est dans l’ensemble assez petit. On est loin d’y voir ici regroupée une rétrospective complète de l’artiste, qui a beaucoup créé et qui crée encore maintenant à l’âge de 92 ans. On trouve les sculptures végétales colorées de Kusama Yayoi un peu partout dans le pays. Une de ses créations les plus connues est la citrouille jaune à poix noirs posée sur une jetée abandonnée de l’île de Naoshima, et qui a d’ailleurs été emportée par les eaux lors d’un typhon le 9 Août 2021. Il en existe une similaire à Hakata dans la ville de Fukuoka. Les installations de Kusama Yayoi sont parfois éphémères. Nous avions vu des sculptures de formes rondes rouges à poix blancs en haut de Roppongi Hills pour la première exposition que nous avions vu de l’artiste. L’exposition s’appelait Kusamatrix et se déroulait en 2004. Des formes similaires étaient soudainement apparues quatre ans plus tard dans les jardins de Tokyo Mid-Town. Nous avions également aperçu des citrouilles blanches à poix rouges dans le grand hall du Department Store Ginza6 en Juin 2017. Cette même année, se déroulait une grande rétrospective de Kusama Yayoi au musée NACT à Nogizaka. Il y avait de très nombreuses peintures au format typique carré et des sculptures colorées de fleurs. Cette exposition intitulée My Eternal Soul (わが永遠の魂) nous faisait entrer dans le monde fantastique de Kusama Yayoi d’une bien belle façon. Il y a également un musée permanent montrant des œuvres de l’artiste à Matsumoto dans la préfecture de Gifu, sa ville de naissance, mais nous n’y sommes jamais allés.

J’étais très curieux de découvrir ce musée à Bentenchō non seulement pour les œuvres d’art qu’il contient mais également pour l’architecture du bâtiment en lui-même. On ne pouvait malheureusement pas prendre de photos aux deuxième et troisième étages, les principaux étages d’exposition du musée. C’est bien dommage car la qualité de l’espace intérieur est remarquable, surtout le troisième étage possédant un très haut plafond. Les murs blancs à l’extérieur le sont également à l’intérieur ce qui donne un espace lumineux même si les stores sont fermés. J’imagine que la lumière doit être éblouissante si on ouvre complètement ces rideaux. Les murs du bâtiment sont arrondis aux coins et on retrouve cette configuration à l’intérieur. Les marches de l’escalier sont collées sur ce mur comme des plaques. On peut continuer à apprécier les œuvres de l’artiste tout en grimpant les marchés de l’escalier. Le système de réservation limite beaucoup le nombre de personnes pouvant entrer simultanément à l’intérieur du musée, ce qui facilite grandement la visite, surtout pour l’espace d’art collaboratif au quatrième étage. Le visiteur pouvait coller des fleurs jaunes données à l’entrée à l’intérieur de cette pièce meublée. Nous n’étions pas les premiers et il était plutôt compliqué de trouver un espace libre pour coller une petite fleur supplémentaire. Ce type d’espace collaboratif est assez typique de l’art de Kusama Yayoi. Pendant la période olympique, il y en avait un similaire à l’intérieur d’un bâtiment administratif de Shibuya. L’exposition en cours se concentre sur les œuvres monochromes, noir et blanc ou à couleur unique (comme ces fleurs jaunes). L’exposition s’intitule ‘Midway Between Mystery and Symbol: Yayoi Kusama’s Monochrome’. Certaines des œuvres sont anciennes mais d’autres beaucoup plus récentes. La peinture carrée appelée ‘STAIRWAY TO HEAVEN’ qui sert de présentation pour l’exposition date de 2019. On passe un bien agréable moment dans ce petit musée avec l’impression d’échapper au réel pendant quelques instants. L’exposition est à sens unique, c’est à dire qu’on évolue de salle en salle en montant l’étroit escalier. Un ascenseur nous permet quand même de redescendre à un des étages pour redémarrer notre ascension, ce que nous avons fait. Le haut du building donne accès à une terrasse ouverte sur un ciel bleu s’accordant bien avec une fleur colorée posée là. J’essaie de la prendre dans tous les angles. Je sors l’iPhone de ma poche pour pouvoir prendre une photographie en contre-plongée. Dans ce musée, même l’ascenseur est une œuvre d’art. Les parois qui composent le caisson de l’ascenseur sont toutes couvertes de miroirs avec des poix rouges collés de manière aléatoire. Cette disposition nous pousse forcément à se prendre en photo en selfie par réflection sur les miroirs. La dimension ludique de l’art de Kusama Yayoi est omniprésente. La baie vitrée couverte de poix blancs au rez-de-chaussée à côté de l’entrée me pousse également à imaginer quelle photographie amusante on pourrait faire, en association avec la rue qu’on aperçoit derrière la vitre en transparence.

après les jeux (2)

Juste à côté du stade olympique de Kengo Kuma, il ne faut pas oublier d’aller voir le plus ancien gymnase conçu par Fumihiko Maki. Le Tokyo Metropolitan Gymnasium est plus massif avec le béton et l’acier apparents. Ses courbes sont superbes et je m’amuse même à les comparer avec celles du stade olympique en plaçant les photos les unes après les autres. Je remarque maintenant que les plaquettes d’acier sur le gymnase entrent en résonance avec celles de bois du stade olympique. Le gymnase de Maki date de 1990 mais n’a rien perdu de son élégance et de sa force visuelle. Il faut aussi aller voir de plus près la tuyauterie parallèle à l’arrière du gymnase. Un large pont piéton connecte le gymnase avec la grande place autour du stade et nous invite forcément à prendre quelques minutes pour aller voir ses courbes. Ce n’est bien sûr pas la première fois que je prends ce gymnase en photo. Je me souviens de quelques photographies en Août 2018 alors que le stade olympique était encore en construction et une autre photo montrée sur un billet de Juillet 2011. Cette dernière photo était en fait une superposition avec une photo d’eau bouillante. Je n’ai plus beaucoup d’inspiration pour ce type d’experimentations visuelles, ce qui est bien dommage. Il faudrait d’abord que je prenne en photo des nouveaux ‘matériaux’ (surfaces de béton, nuages, pierres, eau de pluie…) qui me serviront de base pour de futures expérimentations.

après les jeux (1)

Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo paraissent déjà bien loin et on commence déjà à évoquer les prochains à Paris dans 1000 jours et ceux d’hiver à Pékin qui vont démarrer dans quelques mois seulement l’année prochaine. On ne pouvait pas jusqu’à maintenant approcher d’aussi près le grand stade olympique de Kengo Kuma. On peut désormais en faire le tour, ce que j’ai fait tranquillement il y a quelques semaines. On ne peut bien sûr pas entrer à l’intérieur ou monter aux étages. Je ne suis même pas sûr qu’il soit utilisé pour l’instant pour des compétitions sportives ou des évènements. J’aimerais bien que ce type d’endroits soient rendus plus accessibles. Avec toutes les barrières et protections autour du stade pendant la période olympique, je n’avais pas remarqué la végétation plantée à certains endroits. Il y a même un petit ruisseau artificiel. Il est quand même très élégant ce stade, notamment dans l’agencement successif de couches de bois et de plantes.

Petits moments d’architecture (10)

Je n’avais pas poursuivi cette série des petits moments d’architecture depuis longtemps. L’épisode 9 date de l’année dernière et j’ai démarré cette série en Janvier 2008. Je parle la plupart du temps d’architecture sur les billets de ce blog, donc ça ne semble pas vraiment nécessaire de le préciser dans le titre du billet. Je me permets tout de même de reprendre cette série avec un dixième épisode, tout simplement parce que les quelques photos ci-dessus ont été prises le même jour à seulement quelques dizaines de minutes d’intervalle alors que je roulais à vélo à toute vitesse (mais en faisant attention). Cette découverte en peu de temps, plus ou moins par hasard, de ces bâtiments remarquables m’a donné l’impression de voir un concentré d’architecture et j’ai voulu retranscrire cette impression dans ce billet. Le but de ma balade à vélo dans Tokyo était tout d’abord d’aller voir le grand stade olympique que l’on peut désormais approcher de près. J’y reviendrais un peu plus longuement dans deux prochains billets. Mon autre but était de retourner dans le quartier de Sugachō où se trouve l’escalier rouge du film d’animation Your Name. Mais cette fois-ci, je voulais plutôt aller voir les bureaux de l’atelier d’architecture Bow-Wow. House & Atelier Bow-Wow est encastré entre d’autres maisons et immeubles. On a du mal à l’apercevoir car seules deux allées étroites y donnent accès. On ne devine pas non plus depuis l’extérieur, l’espace ouvert composant l’intérieur. Ce petit immeuble date de 2005 et il correspond à l’année où j’ai commencé à m’intéresser à l’architecture tokyoïte. De l’atelier Bow-Wow, je retiens le petit livre jaune Made in Tokyo, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. Le titre de ce livre n’a rien à voir avec le nom de ce blog, car je l’ai nommé quelques années auparavant sans avoir connaissance de ce livre de l’Atelier Bow-Wow. Les deux photographies suivantes montrent une résidence aperçue par hasard dans les rues de Sendagaya. Je l’a connaissais pour l’avoir aperçu récemment en photo sur le site designboom. Cette forme non conventionnelle dans les étages se devine depuis la rue. Cette résidence de béton aux étages légèrement désaxés s’appelle ibis sendagaya et a été conçue par KOMPAS. Les deux dernières photographies nous montrent finalement un superbe bâtiment de béton nommé ARCA par Atsushi Kitagawara, dont j’ai déjà montré plusieurs œuvres architecturales. Ce bâtiment datant de 2009 comprend des espaces de bureaux. Les ouvertures de tailles diverses et aléatoires accrochent tout de suite le regard du passant. Certaines ouvertures sont élégamment accentuées par des matériaux métalliques. En apercevant ARCA depuis le bas d’une pente près du grand stade olympique, je ne peux m’empêcher de faire quelques efforts supplémentaires pour aller le prendre en photo, alors que je suis déjà en retard et qu’il me faut maintenant rentrer à vélo à toute vitesse (mais en faisant attention).

On the Cherry Blossom par Sampei Junichi

On the cherry blossom par l’architecte japonais Sampei Junichi (三幣順一) de l’atelier A.L.X. (ARCHITECT LABEL Xain) est une maison individuelle que je cherchais depuis très longtemps. Je l’avais dans ma liste d’architecture à voir depuis au moins l’année 2013. Je l’ai recherché pendant des années sur Google Map avec les quelques indications que j’avais pu trouver sur le site web de l’architecte, mais sans succès. Je savais seulement qu’elle se trouvait dans le vaste arrondissement de Itabashi dans le Nord de Tokyo, qu’elle était proche d’un petit parc avec des cerisiers (d’où le nom du bâtiment) et qu’il y avait un cimetière assez proche. J’ai eu beau rechercher les espaces ressemblant à des parcs sur Google Map ou explorer les listes de temples bouddhistes pour y trouver un cimetière, la chance n’a pas joué en ma faveur. Enfin, cette recherche m’avait quand même permis de trouver par hasard la maison Penguin House par l’Atelier Tekuto dans le même arrondissement. Le texte de ce billet sur Penguin House mentionnait d’ailleurs cette recherche désespérée. Ce n’était pas la première fois que je jetais une bouteille à la mer à travers un billet, car j’avais également mentionné cette quête impossible sur un billet de 2019. Nicolas B, lecteur régulier de ce blog, a eu l’excellente idée de partir à la recherche de cette maison suite à mon billet sur Penguin House. Il l’a trouvé assez rapidement sur Google Map, ce qui m’épate encore maintenant, et a eu la gentillesse de m’indiquer son adresse. Je le remercie grandement encore une fois. Je le dis à chaque fois, les adresses des maisons individuelles ne sont pas mentionnées sur internet car ce sont bien entendu des propriétés privées. Lorsqu’une maison individuelle devient un peu trop connue, Moriyama House en est un bon exemple, les propriétaires sont obligés d’ajouter des panneaux d’avertissement rappelant qu’il n’est pas autorisé de pénétrer dans les zones privées. Moriyama House est par contre relativement facile d’accès car elle proche du centre de Tokyo, par rapport à la maison On the cherry blossom qui est beaucoup plus excentrée.

Il m’a fallu à peu près une heure pour m’y rendre. Elle est perdue dans une zone résidentielle sans fin qui ressemble à beaucoup d’autres dans Tokyo. Cette zone résidentielle n’a, à première vue, pas de qualité particulière. Après une quinzaine de minutes de marche depuis la station la plus proche, je trouve le cimetière et le temple bouddhiste qui m’étaient donnés comme indication et je trouve finalement On the cherry blossom placée juste devant un petit jardin public. Comme à chaque fois que je pars à la recherche de maisons de ce style, à l’architecture remarquable, une tension nerveuse monte petit à petit en moi, un mélange d’excitation et un certain stress. Le stress serait de constater que la maison a disparu, a été démolie, ce qui n’est pas particulièrement rare à Tokyo (on démolit bien des maisons de SANAA, comme M House). On the cherry blossom est relativement récente, elle a été construite en Avril 2008. Il y avait donc peu de chance qu’elle ne soit plus là. L’autre stress est que les propriétaires soient dehors devant leur maison, rendant la prise de photos difficile (c’était le cas pour Sky House, souvenez-vous). Rien de tout cela heureusement. On the cherry blossom était bien là devant moi. Plantée profondément dans le sol comme un arbre, elle ne risquait pas de bouger. Cette similitude avec une forme végétale, comme celle d’un arbre, m’avait déjà frappé lorsque je l’avais vu pour la première fois en photo dans des magazines, mais cet effet est beaucoup plus fort lorsqu’on voit la maison devant soi. Cette forme en arbre répond en quelque sorte aux deux cerisiers qui sont placés juste devant la maison dans le jardin public. L’espace principal de la maison au dernier étage est même légèrement excentré par rapport à la base pour être orienté vers ces deux cerisiers qui doivent donner une vue idéale lorsqu’ils sont en fleurs. On peut voir ces deux cerisiers sur la dernière et l’avant-dernière photographie du billet.

La base très étroite de la maison impressionne tout de suite, mais on se pose vraiment la question de l’équilibre de l’ensemble lorsqu’on la regarde sous certains angles, comme par exemple sur la sixième photographie du billet. On the cherry blossom se compose de trois étages et d’un sous-sol pour une surface habitable totale de 85.32m2. On peut voir les plans détaillés de la maison sur le site Designboom. Sa structure est en acier renforcé. La maison donne volontairement peu d’ouvertures sur l’extérieur dans les premiers étages. Le rez-de-chaussée très étroit ne contient que l’entrée, une petite pièce et un escalier en colimaçon donnant accès à tous les étages de la maison. L’espace habitable s’accroit graduellement en montant dans les étages. Le premier étage regroupe les chambres, une chambre d’enfant et une chambre principale, un espace d’étude et des toilettes. Il y a peu ou pas d’ouvertures à cet étage là et je n’ai malheureusement vu aucune photo nous montrant cette partie intérieure. Le léger décalage en hauteur entre les pièces de cet étage, que l’on distingue depuis l’extérieur, renforce à mon avis cette impression d’être en face d’un arbre avec plusieurs branches. Le dernier étage est l’espace à vivre avec le salon et la salle à manger, une cuisine, une salle de bain entre autre. Cet espace en haut de la maison est le plus vaste et donne une vue panoramique sur les cerisiers du parc grâce à une large baie vitrée. J’imagine qu’il doit être agréable de prendre son petit déjeuner le matin, à la fin Mars – début Avril, en admirant les cerisiers en fleurs. Je verrais même, dans la forme graduelle de cette structure, une sensation de s’élever au dessus des choses terrestres, une élévation spirituelle en quelque sorte pour nous faire voir de ce monde que la beauté délicate des fleurs de cerisier. Mais je m’égare sans doute un peu. Ceci étant dit, on doit finir par s’habituer à cette vue. Depuis l’extérieur, on pouvait apercevoir que diverses choses étaient entassées devant la baie vitrée, ce qui doit certainement obstruer un peu cette impression de vue panoramique.

L’autre surprise en voyant cette maison était sa couleur légèrement jaunie. Je l’avais vu de couleur très blanche sur les photos de magazines ou sur les photos de Kouichi Torimura sur le site de l’architecte. Je m’attendais à un blanc très sali par les écoulements d’eau de pluie, mais il n’en était rien. Nicolas B, en regardant les images sur Google Street View, me fait remarquer qu’elle a du être repeinte de cette couleur un peu jaunie plusieurs années après sa construction. A vrai dire cette colorisation est assez légère et je trouve que dans son ensemble, la maison est très bien entretenue et n’a pas beaucoup perdue de sa superbe et de son impact visuel initial. Je pensais que voir On the cherry blossom serait un aboutissement dans mes recherches architecturales dans Tokyo, mais je me rends compte qu’il me reste encore beaucoup d’autres maisons remarquables à découvrir dans les recoins cachés de Tokyo. J’apprécie en tout cas énormément qu’on me donne des pistes, c’est une preuve pour moi que le temps que je passe sur ce blog à parler à ma manière d’architecture n’est pas perdu et que mes billets intéressent quelques personnes.