春休み#1〜Toraya Kobo

Je reviens en photographies et en plusieurs épisodes intitulées 春休み (Haru Yasumi ou vacances de printemps) sur les quelques jours passés en dehors de Tokyo, lors d’une semaine de congés au mois de mars. Nous sommes partis en voiture depuis Tokyo jusqu’au lac de Hamanako dans la préfecture de Shizuoka. Je n’ai pas fait les 260kms d’une traite car nous avons fait quelques escales en cours de route. Le premier arrêt était à Gotemba, entre Hakone et le Mont Fuji, dans le quartier de Higashiyama. Un atelier faisant salon de thé de la maison Toraya est installé là dans une forêt privée, sur le terrain de la résidence de l’ancien premier ministre japonais Nobusuke Kishi (1896-1987). La résidence construite en 1969 par l’architecte Isoya Yoshida est située dans un coin du domaine et on peut la visiter. L’atelier Toraya Kobo とらや工房 est un élégant bâtiment de bois tout en courbe. Son design est de Hiroshi Naito comme pour beaucoup de boutiques et salons de thé Toraya. Il fait un peu frais dans ces basses montagnes mais on peut tout de même profiter dans la terrasse extérieure pour déguster les spécialités wagashi de la maison avec un peu de thé. Nous nous assiérons tout de même à l’intérieur. L’endroit est extrêmement calme, perdu dans la nature. On accède au domaine par une ancienne porte au toit de chaume qui donne ensuite sur une forêt de bambous. On a du mal à imaginer qu’un salon de thé se trouve ici dans les bois. Nous reprenons ensuite la route vers le Mont Fuji, après cette courte pause fort agréable.

tempête d’esprit dans l’arène de Ōta-ku

Plusieurs dimanches par mois, Zoa suit des cours de programmation de robot depuis maintenant deux ans et il adore ça. Le robot en question se compose du module Lego Mindstorms EV3 avec une batterie de sondes (tactile, gyroscopique, sensible aux couleurs…) et se connecte par câble USB à un ordinateur. La programmation des mouvements et des réactions du robot en fonction d’évènements détectés par les sondes, placées aux bons endroits sur le model EV3, se fait par un langage de programmation graphique propriétaire basé sur LabVIEW. Après programmation sur l’ordinateur portable, le programme est transféré vers le robot, connecté au câble USB, qui est ensuite prêt à être testé sur un parcours défini. Au mois de Mars, Zoa et 7 autres enfants de la même école de Shinagawa participaient à une petite olympiade à Tokyo. les vainqueurs pouvaient espérer participer à l’olympiade mondiale se déroulant tous les ans dans un pays étranger différent (en Hongrie cette année, je crois). La compétition se fait par groupe de deux ou trois et il y a plusieurs niveaux, de l’école primaire à l’université. Zoa et ses camarades étaient bien entendu au premier niveau de la compétition pour les écoles primaires. Le parcours de compétition est annoncé plusieurs mois à l’avance, donc les participants peuvent préparer leur robot de la bonne manière et le temps pris pour terminer le parcours imposé est décisif. Certaines compétitions introduisent cependant des changements de dernière minute dans le parcours imposé pour corser les choses. Dans le parcours de la compétition, le robot devait prendre certains objets en fonction de couleurs dessinées sur le terrain de jeu, puis déposer ces mêmes objets dans des réceptacles prédéfinis sans les faire tomber. Chaque équipe a droit a deux chances. Même si l’équipe de Zoa avait pu terminé le parcours en entier pendant les séances d’entrainement le matin, leur robot a malheureusement laissé tomber un objet en cours de route à chaque tentative. C’est malheureux mais les robots sont parfois capricieux, en fonction de l’environnement dans lequel ils évoluent. Il n’ira donc pas en compétition finale cette fois-ci, mais d’autres compétitions se présenteront plus tard dans l’année. La programmation de robots pour les enfants est à la mode ces derniers temps au Japon, et c’est une bonne chose car la logique de programmation que les enfants apprennent avec le langage de programmation graphique est la même pour tous les modes de programmation.

La compétition se déroulait dans l’arrondissement de Ōta, à l’intérieur du Ōta City General Gymnasium. Je ne connaissais pas ce bâtiment conçu par les architectes Ishimoto Architectural & Engineering. Le design des piliers de béton à l’oblique est intéressant. La fiche Wikipedia nous dit que l’ingénierie structurelle du bâtiment est de Shigeru Ban, mai j’ai quelques difficultés à confirmer cela. Parfois, j’ai quelques doutes sur les informations mentionnées par Wikipedia. Le gymnase est composé de deux arènes, la principale où se déroulait la compétition de robot et une plus petite à coté. Les deux arènes sont séparées par un espace extérieur recouvert d’un toit aux formes courbes. La ligne du bâtiment est assez belle, même si personnellement je n’aurais pas opté pour ces couleurs un peu ternes et le design en petit damier. Des piliers obliques en béton brut de décoffrage auraient eu beaucoup plus d’impact. J’ai toujours un faible pour le béton brut, surtout quand il est de bonne qualité et qu’il est mélangé avec des vitrages de diverses formes et découpés d’un seul bloc. Prenons comme exemple le somptueux building TOD’s de Toyo Ito, mais l’exposition ici dans un quartier perdu de l’arrondissement de Ōta est bien entendu très différente. Bien que je n’ai pu le voir, le toit du gymnase composé de plaques grises triangulaires est très intéressant et accentue l’aspect futuriste des lieux. En voyant ce design, je pense tout de suite au théâtre Yoshimoto à Jumbocho, un autre building absolument somptueux. Le plafond du gymnase de Ōta reprend en fait ces structures en triangles qui sont du plus bel effet. En temps normal, cette arène est utilisé comme terrain de basket de la ligue japonaise B.League. Le gymnase sera apparemment utilisé comme lieu de préparation et d’entrainement pour certaines épreuves sportives des Jeux Olympiques de 2020.

dans un silence photographique

Pendant une journée ensoleillée du mois de Mars, je suis allé seul au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum près de la station de Meguro. J’y suis déjà allé plusieurs fois-ci dans le passé. Cette fois-ci, c’était pendant ma semaine de congé du mois de Mars. Mari avait déjà vu l’exposition du moment avec sa mère et me l’avait conseillé. Le musée Teien, ancienne résidence du Prince Asaka construite en 1933, est très certainement le plus beau musée de Tokyo, pas spécialement pour son design extérieur mais pour la richesse de l’intérieur dans le style Art Deco. On y trouve le design du français Henri Rapin dans 7 pièces du bâtiment, des chandeliers par René Lalique dans le salon et la grande salle à manger, entre autres artistes. Le problème, je dirais, d’utiliser cet endroit comme musée est qu’il efface par sa splendeur toute exposition artistique que l’on y montre à l’intérieur. Plutôt que de regarder ce qui est exposé, on a tendance à aller plutôt regarder les détails des décorations, des vitrages et diverses sculptures décoratives. L’escalier principal au centre du bâtiment, composé de marbre noir aux couleurs dorées, m’impressionne toujours autant. Je ne suis malheureusement pas spécialiste pour savoir s’il s’agit réellement d’une pierre naturelle, mais je n’ai jamais vu ailleurs un matériau d’une telle force.

Un grand jardin est placé derrière le musée et sa composition n’a apparemment pas changé depuis le temps où ce domaine était utilisé comme résidence impériale. Il y a un vaste espace ouvert au pied de la demeure, agrémenté de quelques sculptures. Si j’avais le temps, je m’assiérais bien sur l’herbe pendant des heures, comme on l’avait fait quelques fois en famille quand Zoa était petit. Comme le parc est assez vaste, se dégage une sensation de calme, comme dans un silence photographique. On peut marcher jusqu’au jardin japonais à l’arrière, agrémenté d’une traditionnelle maison de thé. Une grande partie de l’exposition se passe en fait dans l’annexe récente du musée. On y accède par un passage depuis le bâtiment historique. C’est un espace plus conventionnel et fonctionnel pour un musée. La terrasse donnant sur une partie du parc, au bord des grandes baies vitrées, est très agréable pour un café après la visite. Le café est bien évident idéalement placé à la fin du parcours de visite. On se laisserait très facilement tenté.

Mais revenons à l’exposition intitulée « Le miracle du silence » que j’allais voir ce jour-là. Il s’agissait de collages photographiques par l’artiste japonaise Toshiko Okanoue. Je ne connaissais pas cette artiste des années 50, liée au mouvement surréaliste japonais. Les œuvres présentées sont nombreuses et ont été principalement réalisées pendant une très courte période de 1950 à 1956. Elle a ensuite abandonné toute carrière artistique après son mariage. La matière des collages de Okanoue provient de magazines étrangers de l’époque comme Vogue ou le Harper’s Bazaar. Elle découvre ces revues étrangères après la guerre et mélange des photographies réalistes de l’après-guerre avec des extraits de photographies de mode. Le contraste entre ces deux univers est assez étonnant. Les associations d’images, des têtes déplacées, des paysages désolés avant la reconstruction de l’après-guerre sont en même temps fortes et surprenantes. C’était une belle découverte pour une exposition qui s’est malheureusement déjà achevée le 7 avril.

revenir vers le futur

La timeline de mes billets est un peu discontinue en ce moment car je ne veux pas montrer qu’une continuité de photographies de sakura, alors j’alterne avec un peu d’architecture. Je reviens à Ōokayama sur le campus du Tokyo Institute of Technology. A proximité de la bibliothèque en apesanteur que je montrais dans un billet précédent, se trouve un autre bâtiment assez emblématique, le Centennial Hall of the Tokyo Institute of Technology par l’architecte Kazuo Shinohara. Ce bâtiment futuriste date de 1987. Il a été construit pour célébrer le centenaire de l’institution. C’est un bâtiment iconique très particulier, dont le design est sensé exprimer l’anarchie progressive que l’architecte a pu voir à l’ouvrage dans la manière par laquelle la ville de Tokyo s’est développée. Ce building, situé à l’entrée du campus et facilement visible depuis la gare, est utilisé comme musée de la technologie et comporte également des salles de séminaires et de conférence. La particularité du building est bien sûr cet immense demi-cylindre d’acier de 44 mètres de long, posé au dernier étage. D’un côté, le demi-cylindre pointe sur la station de train de Ōokayama, qui est aussi assez particulière. Cette station est en même temps un hôpital. Ce Tokyu Hospital at the Ōokayama station date de 2007 et est conçu par les mêmes architectes que Tokyo Institute of Technology Library, à savoir Yasuda Koichi Laboratory + Yasuda Atelier. La particularité du bâtiment est qu’il est conçu pour être envahi par la végétation. Je ne suis pas certain que cette idée initiale soit bien mise à l’oeuvre car en regardant cet hôpital après plus de 10 années d’existence, la végétation n’a pas beaucoup progressé sur les façades. J’imagine que l’entretien de ce genre de revêtement de surface vivant n’est pas simple à assurer. Dans les rues de Tokyo, on voit parfois des maisons ou des petits immeubles volontairement ou involontairement recouverts de morceaux de nature donnant l’effet d’un petit bosquet en pleine ville.

La librairie Kinokuniya au rez-de-chaussée du Department Store Seibu de Shibuya, comprend un petit espace d’exposition, souvent dédié à l’univers du manga. Je ne visite pas souvent cet espace, mais je suis attiré cette fois-ci par les images de Neon Genesis Evangelion, série animée que je suivais il y a longtemps en France, sur je ne sais quelle chaine satellite (il me semble, ma mémoire me fait défaut). C’est avec un certain plaisir que je retrouve affiché Ayanami Rei 綾波レイ et quelques autres personnages de Evangelion. De la série Evangelion, j’aimais cette histoire futuriste et mystique, les relations compliquées des personnages, le design élancé des robots Eva, le graphisme des personnages et des lieux et surtout l’urbanisme modulable de la ville réagissant aux menaces extérieures. Alors que j’avais un intérêt pour les manga quand je vivais en France, il a complètement disparu à mon arrivée à Tokyo. A l’époque, avant d’arriver à Tokyo, je pensais que l’imagerie manga serait beaucoup plus présente dans la vie quotidienne japonaise, mais c’était loin d’être le cas. Cela change maintenant avec la volonté du pays de montrer le “Cool Japan”. Après mon arrivée à Tokyo, je me suis assez vite désintéressé de l’univers manga. J’ai tout de même découvert plus tard, par hasard, des séries qui m’ont interpellé comme Knights of Sidonia (シドニアの騎士), reprenant une histoire assez similaire à Evangelion. J’aimais beaucoup l’espace urbain compliqué de la ville montrée dans cette série. J’ai un faible pour les représentations futuristes de ville. J’ai un très vague souvenir d’un film d’animation de la série Macross où on voyait les personnages évoluer dans un espace urbain compact, dans l’espace. Des morceaux d’images imprécises me reviennent en tête. Il faudrait un jour que je trouve le courage d’écrire ici sur la représentation de la ville dans quelques manga emblématiques. Ces derniers temps, je me mets à relire quelques manga. Après la lecture de Dōmu de Katsuhiro Ōtomo, je viens de terminer les 11 volumes de Mother Sarah du même Ōtomo associé à Takumi Nagayasu. Je me mets maintenant à lire le manga cyberpunk Ghost in the Shell 1.5 Human Error Processor de Masamune Shirow. J’adore Ghost in the Shell, mais je n’avais jamais eu la présence d’esprit de lire les volumes 1.5 et 2. J’essaie de corriger ces quelques manquements culturels.

autour de la forteresse de Shōtō

C’est un fait assez rare à vrai dire, mais j’ai une grande quantité de photographies à montrer sans avoir pour l’instant de textes écrits pour les accompagner. Il est possible que je les montre sans légendes dans les billets qui vont suivre, mais pour le moment j’essaie d’y ajouter quelques mots, pour me souvenir du contexte des photographies et parce que j’aime parfois me relire après plusieurs années. De temps en temps, je prends un mois au hasard de ma page d’archives et je relis les textes et revois les photographies de quelques billets. J’aime me remémorer ces instants passés et le fait d’y mentionner l’inspiration musicale du moment me replonge un peu plus dans l’ambiance des lieux. Les photographies ci-dessus sont prises dans le quartier de Shōtō 松濤 à deux pas du centre de Shibuya. J’étais parti à la recherche de M House du groupe d’architectes SANAA qui a été malheureusement détruite et temporairement remplacée par un terrain vague, comme je l’indiquais dans un billet précédent. Les photographies ci-dessus sont donc prises pendant cette période « intermédiaire » où je recherche dans les rues, tel un chasseur, l’objet d’architecture qui m’intéresse, avant d’atteindre le but de mon déplacement. Cette chasse à l’architecture se passe la plupart du temps dans un quartier que je ne connais pas ou peu, mais je connais relativement bien Shōtō, pour m’y être promené plusieurs fois. Du moins, j’ai le sentiment de connaître ce quartier. J’y retrouve bien entendu la galerie TOM, faite de béton brut, par l’architecte Hiroshi Naito, et le musée d’art de Shōtō par l’architecte Seiichi Shirai. Ce sont tous les deux des bâtiments très particuliers que j’aime beaucoup revoir quand je passe dans le coin. Mais lors de ma marche à Shōtō, deux autres bâtiments m’ont impressionné ou plutôt intrigué, celui des deux premières photographies et celui de la troisième. Sur la troisième photographie d’abord, cette maison individuelle est particulière car elle mélange les styles: une structure occidentale faite de briques et une toiture et certaines structures de tradition japonaise. Le résultat est assez étonnant et fonctionne bien, je trouve. L’ajout des fenêtres, ronde ou placée sur une arête de la façade, ajoute un côté moderne inattendu. Mais le choc visuel vient du bâtiment des deux premières photographies. Il est difficile à prendre dans sa totalité en raison de sa taille et de la faible largeur de la rue. Cette maison particulière ressemble à une forteresse moyenâgeuse par la présence d’une énorme porte d’entrée qui fait penser à un pont-levis, par les immenses façades pratiquement exemptes d’ouvertures et par sa ressemblance à une tour de garde. Pour sa couleur, on dirait le château d’un royaume des sables. Je serais très curieux d’en connaître l’architecte et de comprendre comment est arrangé l’intérieur de cette forteresse. Une chose est sûr, les propriétaires de ce domaine fortifié veulent se protéger de l’extérieur. Bien que je n’ai pas pu voir M House, mon passage à Shōtō m’a fait découvrir d’autres architectures qui valent à elles seules le détour.