l7été(1)

En ce lundi férié, je me décide à braver la chaleur de l’après-midi pour aller marcher dans les rues de Tokyo. La nuit d’avant a été difficile car il fallait supporter l’équipe de France à minuit, se recoucher deux heures après à la fin du match, pour se réveiller quelques heures plus tard à 4h30 du matin, pour se préparer à amener Zoa à l’aéroport de Haneda. Depuis lundi tôt le matin, il est parti avec les classes de 5ème année d’école primaire à Nagasaki pour aller nager dans les eaux du pacifique à proximité de Hirado. C’est un sacré voyage d’une semaine qui l’inquiétait beaucoup jusqu’au départ ce lundi matin. De retour de l’aéroport, je n’arrivais plus à me rendormir contrairement à Mari et je me suis donc décidé à aller voir de l’architecture à Roppongi Hills au Mori Art Museum. On y montre jusqu’à Septembre une exposition appelée Japan in Architecture: Genealogies of Its Transformation. Elle nous donne de manière très complète et même trop dense une vue d’ensemble de l’architecture au Japon à travers ses évolutions et transformations. Il y a tellement de choses montrées sous forme de maquettes, photos et reproduction qu’on finit par saturer. Je trouve qu’on s’y perd un peu sans un fil directeur fort. C’est quand même une exposition réservée aux amateurs d’architecture et le passant curieux n’y trouvera pas forcément son bonheur. J’y ai tout de même vu et appris des choses intéressantes comme le fait que la tour Tokyo Sky tree s’inspire des pagodes à 5 étages des temples en utilisant un même pilier central sur toute sa hauteur (ou presque) comme méthode de résistance aux tremblements de terre. On nous montre également à l’aide de maquettes comment le projet métaboliste City in the air de Arata Izosaki s’inspire dans l’agencement des capsules d’habitation sur l’emboîtement du support des toitures du temple Todaiji à Nara. Pouvoir observer attentivement une grande maquette du temple à double hélix Sazaedo à Aizu Wakamatsu était également fort intéressant, tout comme cet étrange bâtiment appelé Gion-kaku par Ito Chuta. Mais, j’accusais la fatigue sur la fin du parcours de l’exposition et je persiste à penser qu’elle aurait gagnée à être plus concise.

Pendant que je marche dans la chaleur depuis la maison jusqu’à Roppongi Hills et sur le chemin du retour, j’écoute la musique de Snail’s house, également appelé Ujico*. L’album est fort à propos car il s’intitule L’été (en français dans le texte). Il s’agit de morceaux instrumentaux principalement avec seulement quelques brides de voix sur le morceau central intitulé Utsura Utsura うつらうつら. Cet album mélange les styles mais est principalement centré autour d’un piano se faisant entourer de sons électroniques très délicats. L’univers musical est très dense avec des pointes de guitares par moments ou des bruits empruntés à la rue comme un son de passage à niveau s’incrustant de manière impeccable dans un des morceaux [vivid green]. Parfois, l’ambiance devient champêtre quand on devine le son des grillons qui me fait penser à une image de campagne japonaise en plein été, comme on pourrait le voir chez Hayao Miyazaki. Dans les rues de Tokyo cet après-midi là, le chant accentué des grillons sur une rue boisée de Hiroo vient se superposer à la musique de Ujico* que j’écoute pourtant à travers des écouteurs. Ce fond sonore naturel s’accorde très bien avec cette musique. La musique instrumentale du très productif Ujico* sur cet album est très belle et minutieuse. On sent un grand souci du détail qui contribue beaucoup à la qualité musicale de l’ensemble. L’album s’écoute en entier et s’achète sur Bandcamp.

Les trois photographies ci-dessus sont volontairement prises au dessus du sol pour s’échapper de la chaleur terrestre. Je passe assez souvent sur cette rue de Nishi-Azabu, mais changer légèrement l’angle de vue me fait découvrir de nouvelles perspectives photographiques.

Moriyama House (2)

Ma première et unique visite de Moriyama House par l’architecte Ryue Nishizawa remonte à il y a plus de 10 ans. Je me décide d’y retourner pour voir comment elle a évolué avec le temps. Je suis en fait assez peu surpris de constater qu’elle n’a pas pris une ride. Les blocs blancs restent immaculés, non affectés par les années passées. Vu que l’architecture de cette maison individuelle perdue dans les quartiers de Kamata a une renommée certaine, cela ne semble pas très étonnant que les propriétaires aient eu cœur à maintenir cet objet architectural emblématique en bonne condition. Les amateurs et photographes d’architecture doivent être assez nombreux à venir autour de Moriyama House, car un petit panneau écrit à la main indiquait dans un anglais un peu confus les endroits où l’on pouvait circuler et prendre des photos. Ce panneau n’était bien entendu pas là il y a dix ans. La structure éclatée en dix blocs blancs de tailles variées est toujours entourée de végétation, de quelques arbustes et des pots de fleurs. La densité de cette végétation n’a pas non plus bougée depuis toutes ces années. La plupart des pièces de l’ensemble ont leurs ouvertures fermées de rideaux, à part une pièce à l’étage laissant deviner un escalier qui mène sur le toit du bloc. En revoyant mon ancien billet de 2007, je me rends compte que les photographies étaient en noir et blanc. J’apporte finalement la couleur sur la série ci-dessus. Voir ces blocs d’une blancheur impeccable me rappelle ceux, plus massifs, du musée d’art contemporain 21st Century Museum of Contemporary Art Kanazawa, par SANAA, que l’on avait été voir l’année dernière. Ces formes simples et nettes sont définitivement fascinantes.

Tree-ness House

Les visiteurs réguliers de Made in Tokyo auront certainement remarqué que je montre beaucoup d’architecture ces derniers temps. Je profite en fait de plusieurs heures disponibles le dimanche après-midi de ces derniers week-ends pour partir sur les traces d’architecture que je voulais prendre en photo depuis quelques temps. Zoa passant plusieurs heures les week-ends pour s’exercer pour son spectacle de danse prochain avec ses acolytes de Ebidan Kids Tokyo, mon emploi du temps du week-end se libérait donc à ces moments, dans la mesure où Mari n’avait pas d’intention particulière de sortir.

Dans la foulée de la découverte de Tokyo Apartment de Sou Fujimoto, je pars à la recherche d’une autre architecture originale aux formes compliquées, Tree-ness House de Akihisa Hirata, que je savais se trouver dans les environs de Ikebukuro. J’avais bien sûr fait des recherches sur les sites internet d’architecture, notamment en regardant la série de superbes photographies de cet immeuble par Vincent Hecht sur Designboom. Sachant que Tree-ness House se trouve à Otsuka, une photographie d’ensemble m’a permis d’identifier son emplacement exact en scrutant les immeubles à l’horizon. Comme l’immeuble ne fut terminé que récemment, il n’apparait pas encore sur Google Map.

Il faut prendre le train depuis Ikebukuro jusqu’à Otsuka et ensuite marcher une quinzaine de minutes. Le soleil commence à faiblir et je suis obligé de forcer le pas pour trouver ce building avant qu’il ne fasse trop sombre. Tree-ness House apparaît après un détour de rue. C’est un ensemble de béton principalement résidentiel mais qui prévoit également un espace commercial au rez-de-chaussée. En haut de longs murs de béton faisant penser au tronc d’un arbre, se dégagent les ouvertures ornées de point de verdure comme les feuilles de cet arbre. Les ouvertures ont une forme complexe. Leurs emplacements ne laissent que difficilement comprendre l’organisation intérieure de la maison, qui se caractérise par des espaces ambigus entre intérieur et extérieur. Les plis aux ouvertures sont étranges et intéressants. Ils sont placées en fonction du contexte de la rue, en hauteur à un niveau au dessus des maisons et immeubles alentours. L’entrée du building ressemble à une fissure dans le bloc massif de béton des premiers étages, comme les fissures naturelles que l’on peut voir parfois dans le tronc des vieux arbres. L’image de l’arbre en architecture est décidément un point commun de mes découvertes architecturales récentes, après la série de maisons et résidence par Sou Fujimoto. Je ne cache pas que j’aime cette interaction entre nature et architecture, surtout quand c’est du béton comme pour Tadao Ando qui construit d’ailleurs ses œuvres architecturales en fonction du contexte naturel. Il y a quelques années, d’une manière beaucoup plus imagée et je l’espère poétique, j’aimais construire des mélanges entre les ensembles urbains et le végétal, dans ma série de compositions graphiques Urbano-végétal (qui se trouve en lien en entête de Made in Tokyo).

l’architecture de Sou Fujimoto: Tokyo Apartment

Je continue tranquillement mes recherches de l’architecture de Sou Fujimoto dans Tokyo avec l’ensemble très particulier Tokyo Apartment. Il s’agit d’une petite résidence de quatre appartements composés de 2 ou 3 pièces sur plusieurs étages. On accède d’une pièce à l’autre par des escaliers internes qui traversent le sol des appartements ou par des escaliers externes posés sur la surface des façades. La forme de l’ensemble est très particulière, faite de petites maisons posées les unes aux dessus des autres, dans ce qui semble être un équilibre précaire. On nous dit que cette résidence ressemble à une petite montagne où l’on grimpe les escaliers extérieurs pour arriver au sommet. C’est vrai que la forme des escaliers nous fait un peu penser à un chemin de montagne contournant des rochers, les rochers étant les blocs blancs des maisons dans le cas ici. Mais, je retrouve plutôt dans Tokyo Apartment l’image de l’arbre que j’avais pu voir dans House H et surtout House NA du même architecte. On retrouve une sorte de ramification et on pense même à des cabanes construites dans un arbre. Tokyo Apartment a été construit en 2009 et tient relativement bien le coup, même si je ne retrouve pas devant moi le blanc immaculé que j’avais pu voir dans les magazines d’architecture à l’époque. L’adresse de Tokyo Apartment n’est pas très difficile à trouver en cherchant un peu sur internet, mais pas très évidente d’accès. Elle se trouve à quelques stations au delà de Ikebukuro et il faut marcher un peu dans les quartiers résidentiels pour la trouver finalement près d’un jardin public. Comme à chaque fois que je pars à la recherche d’architecture remarquable, j’aime ces quelques minutes avant d’atteindre son but. Je sors l’appareil photo discrètement en espérant que les conditions seront suffisamment bonnes pour prendre quelques photographies. Le positionnement du soleil en fin de journée peut jouer des tours parfois. C’est aussi délicat de prendre des photographies si le propriétaire ou les locataires sont présents aux fenêtres ou à l’extérieur. Au moment de la prise de photos, j’ai été un peu gêné par le linge posé sur l’escalier. Pas tant pour l’esthétique de la représentation de l’immeuble, mais pour le côté intime. Mais comme il s’agissait de grandes couvertures et de serviettes, je me suis permis. Pour continuer la visite, le photographe Edmund Sumner nous montre quelques photographies de l’intérieur sur un article de Dezeen.

l’architecture de Sou Fujimoto: House H

Dans la foulée de la découverte de House NA, je pars ensuite à la recherche d’une autre maison individuelle particulière de Sou Fujimoto, House H. Elle se trouve quelque part dans les zones résidentielles de l’immense arrondissement de Setagaya. Comme je le mentionnais précédemment dans mon billet sur House NA, j’avais déduit le lieu où se trouve cette maison à partir d’un article du blog Tokyo Files et de quelques recherches sur Google Maps. Le dimanche matin de la deuxième partie de la Golden Week, après avoir déposé Zoa à une de ses activités du week-end, je pars en vélo dans les rues de Meguro puis de Setagaya pour partir à la recherche de cet autre petit trésor architectural. Il faudra un peu de courage car la route, même à vélo, est un peu longue, mais j’ai un courage à toute épreuve. C’est également très agréable de faire du vélo le dimanche matin dans les rues de Tokyo. Vers 9h, la ville dort encore et les rues sont beaucoup plus calmes qu’à l’accoutumé. En fait, les quartiers résidentiels de Tokyo ne sont pas tranquilles que le matin. L’absence de population visible lorsque l’on se promène dans ces quartiers est particulièrement notable. On se demande parfois où se cachent tous les habitants de ces maisons pendant la journée.

Dans l’arrondissement de Meguro, j’avais repéré une longue coulée verte qui m’amènera assez vite vers Setagaya. J’ai trouvé quelques allés vertes semblables dans Setagaya. Ce sont des chemins pavées pour piétons et vélos coincés entre des rangées de maisons individuelles de hauteur basse. Elles sont en général très calmes et entourées de verdure. Ces couloirs verts me rappellent le concept de partitions vertes du projet pour Tokyo Fibercity 2050 de Hidetoshi Ohno. Je me rends compte que certains concepts de cette étude pour un futur Tokyo sont en fait déjà mis en pratique à certains endroits, et ne demanderaient qu’à être étendus dans la ville.

Après quelques kilomètres à vélo au delà de Sangenjaya, je finis par approcher le quartier où se trouve House H. Je ne la trouverais pas tout de suite. Un peu comme pour Garden and House de Ryue Nishizawa, je passerais même devant sans m’en rendre compte. Mais, elle apparaît tout d’un coup derrière quelques arbres. Elle date de 2009 et après presque dix années, les surfaces de béton restent superbes, à peine affectées par le temps. J’aime beaucoup la conjugaison de la couleur légèrement verte des vitrages avec la couleur claire du béton, donnant un ensemble très lumineux. Il s’agit d’une structure en béton renforcé de trois étages avec quatre pièces par étage. Les rideaux de la maison étant fermés, on ne devine malheureusement pas la structure interne. Quelques photographies sur le site de Iwan Baan (encore lui) nous permettent de comprendre que c’est une maison pleine de trous. En plus des très grandes ouvertures sur les murs extérieurs, des immenses ouvertures sont également présentes sur le sol, les murs et les plafonds de chacune des pièces. On devine ces ouvertures sur les photographies ci-dessus, au dernier étage. Certaines des ouvertures au sol sont évidemment couvertes de plaques de verre, mais d’autres laissent passer plusieurs escaliers en bois à l’oblique reliant les pièces aux étages. Du fait de la transparence, on a l’impression d’un grand espace ouvert communiquant. Comme sur House NA, Sou Fujimoto nous dit qu’il reprend le principe de l’arbre et c’est vrai qu’on a cette impression, même en regardant la maison de l’extérieur, car cette maison apparaît avant tout comme une structure avec des ramifications. Les plaques de verre formant le sol des pièces sont posées comme des feuilles sur les branches en béton renforcé de l’arbre.

Une fois encore, c’est un vrai plaisir de faire ce type de découvertes architecturales. Il faut maintenant que je trouve d’autres maisons à découvrir, ou peut être retournerais-je voir Moriyama House de Ryue Nishizawa, histoire de voir comment elle a évolué avec le temps.