feeling of another world

Un mélange d’architecture de béton, de couleurs nuageuses et de pliages de structures. Je ne me lasse pas de jouer avec les superpositions d’images. L’exercice demande souvent plusieurs essais avant d’obtenir une association qui me convienne vraiment. Lorsque je travaille sur un nouveau billet, il m’arrive très souvent d’effacer les images que je comptais intégrer au billet, car de nouvelles associations d’images ou de couleurs me viennent en tête. Un ciel nuageux ou une ville en mouvement sont des matériaux presque indispensables dans mes créations photographiques. Le béton de ces structures proviennent du parc olympique de Komazawa et de l’aquarium de Churaumi à Okinawa.

Il y a des pointes plus accentuées d’électronique dans le quatrième album dadada ism de YAPOOS, sorti en 1992. Les toutes premières notes du premier morceau Kimi no Dai 君の代 sonnent très actuelles, comme si elles provenaient d’un morceau de J-POP sorti récemment, avant que le morceau diverge vers le style Togawa. Le morceau suivant Virus ヴィールス pousse un peu plus l’électronique composée par Susumu Hirasawa, comme plusieurs autres morceaux de la discographie de YAPOOS et de Jun Togawa. Le morceau est dense musicalement et rempli d’aliénations vocales, comme la contamination virale suggérée par le titre. C’est encore un de ces morceaux de Jun Togawa qui n’est pas simplement chanté mais qui est vécu. C’est d’ailleurs ce qui rend les morceaux de Jun Togawa si prenants à l’écoute. Le morceau suivant 12 no Ichiban oku 12階の一番奥 est beaucoup plus calme et c’est l’un de mes préférés sur l’album. Il y a des petites voix qui ressemblent à celles d’un animal imaginaire (j’imagine une sorte de gizmo), qui viennent parsemer la composition et une musique d’accordéon venant accompagner la voix presque parlée à certains moments. Le rythme du chant est assez particulier et devient très mélodique vers la fin du morceau. Je n’aime en général pas beaucoup le son de l’accordéon mais son insertion dans ce morceau est bienvenue. Le morceau suivant Kyuukoku 急告 reprend rapidement les hostilités avec une batterie puissante et des morceaux de chants torturés, et le cinquième morceau Watashi wa Koukishin no Tsuyoi Onna 私は好奇心の強い女 est beaucoup plus sombre et atmosphérique. Le sixième morceau dadada ism ダダダイズム reprend le titre de l’album. La musique y est beaucoup plus légère et le chant presque parlé-saccadé prend un style que je n’avais jusque là pas entendu sur d’autres morceaux. Des petites voix montent en chœur vers la fin et des cris à la manière d’un Bruce Lee viennent perturber la toute fin du morceau. Le septième morceau NOT DEAD LUNA ressemble à un single et à une mini rétrospective de la vie de Jun Togawa en version très mouvementée. La vidéo, non officielle je pense, suggère cela en montrant des moments passés en concert notamment, mais aussi une scène où elle s’allonge sur une ligne de chemin de fer en attendant un train qui n’arrive heureusement pas. Elle parle beaucoup de mort sur ce morceau mais d’une voix volontairement inadaptée. Il y a certainement un début de présage dans ce morceau, une sorte d’inconfort et d’inadaptation à ce monde comme elle le dit elle même: « There is a feeling I’ve had ever since childhood: that there exist many different « worlds » and I was born in the wrong one, a world I don’t quite fit into. I’ve felt this strong feeling of wrongness all through my life. There is no space for me in this world. Every time I believe I’ve finally found my place, someone comes to me and says « Go away! You’re not supposed to be here. » I mean, I have always had this kind of feeling ». Le morceau suivant VIP Russia Yori Y wo Komete VIP ~ロシアよりYをこめて~ reprend un rythme plus percutant et la voix de Jun Togawa devient plus sombre et menaçante. Chaque morceau, en plus d’être une composition musicale, est également un jeu d’actrice. L’avant dernier morceau Kondoru ga Tondekuru コンドルが飛んでくる reprend une voix ondulante du plus bel effet, comme on pouvait l’entendre dans des morceaux des albums précédents. La conclusion de l’album Theme テーマ se présente comme une musique thème de YAPOOS, avec des accents beaucoup plus rock, voire punk, mais tout de même adoucis par quelques notes de piano. 

une lumière existe ici

Quelques photographies prises le soir autour de Ebisu et de Kichijoji alors que la lumière naturelle passe la main aux lumières artificielles de la ville. Avant que la nuit tombe, je pars en direction du Tokyo Photographic Art Museum à Yebisu Garden Place. Je n’y étais pas allé depuis sa rénovation intérieure. Je ne pouvais pas manquer l’exposition Architecture x Photography – A light existing only here 建築 × 写真 ここのみに在る光, qui s’y déroule en ce moment et jusqu’au 27 janvier 2019. Comme son nom l’indique, l’exposition nous montre des photographies d’architecture organisées en séries avec un accent prononcé sur l’implication de la lumière.

L’exposition démarre aux origines de la photographie car l’architecture, du fait qu’elle soit statique, était un des objets privilégiés des premiers photographes. La complexité du processus de prise d’image à l’époque ne permettait pas de prendre facilement en photographie des sujets en mouvement. Le début de l’exposition nous montre rapidement quelques daguerréotypes, une superbe vue panoramique de Edo depuis la colline de Atagoyama datant de 1865-66 par Felice Beato et bien sûr des photographies du vieux Paris par Eugène Atget et quelques photographies d’habitations dans l’Amérique profonde de Walker Evans. La partie principale de l’exposition commence ensuite, nous montrant des séries photographiques prises exclusivement par des photographes japonais au Japon mais également dans divers lieux d’Asie et d’Europe. Il s’agit, pour beaucoup, de photographies d’architectures célèbres pour leur histoire ou par leurs architectes, mais on trouve également d’autres lieux, tout aussi remarquables, comme les maisons traditionnelles minka dans le village de Shirakawa-gō par le photographe Yukio Futagawa, ou l’ancienne île minière de Hashima surnommée Gunkanjima photographiée dans les années 50 par Ikko Narahara. Les photographies de villes sombres et condensées, pleines de détails, m’impressionnent. Il en est de même pour l’ancien quartier Kowloon Walled City à Hong Kong, désormais détruit. Sur les photographies prises en 1987 par Ryuji Miyamoto, on y découvre des lieux sombres et insalubres, dans lesquels la vie devait être difficile et les conditions sociales éprouvantes. Dans ces lieux là, la lumière se faufile tout de même entre les murs aux étages supérieurs. L’architecture confrontée à la lumière est le sujet principal de cette exposition. Elle peut être forte comme en Italie sur des photographies de villages perchées sur les collines par Naohisa Hara. Elle joue avec les couleurs imprimées sur les murs de l’architecture de Le Corbusier, notamment sur la superbe série de la Chapelle Nôtre Dame du Haut à Ronchamp par Mikiya Takimoto. Cette lumière catalyse la beauté formelle des architectures traditionnelles japonaises du grand sanctuaire d’Ise Jingu, photographié en 1953 par Yoshio Watanabe ou de la villa impériale Katsura, photographié dans ses détails pleins de géométrie par Yasuhiro Ishimoto. Une série sur l’architecture de Kenzo Tange photographiée par Osamu Mukai, une autre sur la Sagrada Familia de Gaudi par Eiko Hosoe et des photographies prises en Belgique et en Allemagne par Toshio Shibata et Kazuo Kitai viennent compléter cette belle exposition qui ravira les amoureux d’architecture.

Ikko NARAHARA – Gunkanjima, 1954-1957

Ryuji MIYAMOTO – Kowloon Walled City, 1987

Yoshio WATANABE – Ise Jingu Grand Shrine, 1953

Yasuhiro ISHIMOTO – Villa Katsura, 1981-1982

Mikiya TAKIMOTO – Le Corbusier, Chapelle Nôtre Dame du Haut, Ronchamp, 2016-2018.

Toujours dans le même musée de la photographie à Ebisu, je parcours également une autre exposition se déroulant au deuxième étage jusqu’au 25 Novembre et intitulée I know something about love 愛について. Je l’ai parcouru plus rapidement car l’exposition m’attirait moins que celle d’architecture pour laquelle j’avais fait le déplacement. Il s’agit ici d’une exposition d’un groupe de femmes photographes provenant de divers pays d’Asie. On y découvre principalement des portraits intimes, des photographies de famille et même des auto-portraits. Insook Kim nous montre des photographies de sa famille coréenne Zainichi vivant à Osaka, tandis que la coréenne Oksun Kim montre des photographies de couples inter-raciaux. Sans parler de la superbe qualité des images, cette dernière série me paraît évidemment très banale. La série de la photographe chinoise Zhe Chen couvrant le thème de l’auto-mutilation met mal à l’aise. Même la photo de l’affiche de l’exposition, pleine de non-dits, fait froid dans le dos. comme une photo volée, la photographie représente une silhouette rouge, féminine peut-être, debout au dessus d’un toit prête à commettre l’irréparable. J’ai bien aimé la série d’auto-portaits de Sudo Ayano se représentant elle-même en personnages idéalisés. Bien que ces photographies ressemblent à des photos d’idoles de magazine, il y a quelque chose d’irréel dans ces photographies, quelque chose d’éteint, qui est assez intéressant.

l7été(8)

Depuis Shinjuku, je passe par Kabukichō au petit matin alors qu’il n’y a presque personne dans les rues à ces heures matinales. Même ceux trop enivrés par la soirée précédente étaient déjà montés dans le premier train du matin. La tour noire Ichiban-Kan par l’architecte Minoru Takeyama se dresse soudainement devant moi à un détour de rue sans que je m’en rende compte. Je ne vois pas celle qui l’accompagne d’habitude, la tour colorée Niban-kan du même architecte. J’ai l’impression qu’elle a été rasée car de nombreux terrains vagues entourent maintenant le quartier. Kabukichō est peut être un plein redéveloppement. Tokyo est de toute façon en éternelle reconstruction. Vous l’aurez peut être remarqué, ce billet fonctionne en symétrie. La tour Ichiban-kan répond à l’immeuble métaboliste New Sky Building de Yōji Watanabe sur la dernière photographie. Je le redécouvre également par hazard, mais cette fois-ci dans son hideuse tenue verte. Quelque drôle d’idée d’avoir recouvert le béton de cette couleur verdâtre. Entre ces deux immeubles, j’insère des stades tout en rondeur, le Tokyo Metropolitan Gymnasium redessiné d’un design futuriste par Fumihiko Maki de 1986 à 1990. Juste à côté, le nouveau grand stade olympique par Kengo Kuma est en bon état d’avancement. Après le projet de Zaha Hadid avorté pour raison de coût, c’est rassurant de voir que cette version plus simple semble en bonne voie pour être prête pour les jeux olympiques de 2020. Au centre de la série, une espèce d’orgue métallique étrange interpelle. Ce sont des tubes attachés à l’arrière du Tokyo Metropolitan Gymnasium, dont j’ignore bien entendu leur fonction mais qui attirent mon regard photographique par leur symétrie parfaite.

Photographies extraites des videos disponibles sur YouTube des morceaux Tonite et Cloud dancer du EP Tonite par ANNA.

On peut dire que je ne chôme pas au niveau des découvertes musicales ces derniers temps. Le week-end dernier, je découvre le EP intitulé Tonite par ANNA sur le label indépendant Big Love Records, sur lequel on trouve également Aya Gloomy dont je parlais il y a quelques temps. ANNA s’appelle en fait Nana Yamato et cet EP sorti le 13 Juillet 2018 est son deuxième. Il s’agit d’un rock indépendant assez minimaliste composé et interprété par elle-seule, à en croire les crédits des vidéos YouTube nous faisant découvrir les 3 morceaux du EP. La voix monocorde de ANNA posé sur un fil de guitare parvient à créer une ambiance sombre et profonde. Les vidéos accompagnant les morceaux sont dans un format VHS plein de dérochages mais représentant une image actuelle de la ville. Cela donne un sentiment de distorsion du temps, tout spécialement intéressant car la chanteuse est jeune mais chante d’une voix très mature, froide et blasée comme si elle en avait déjà trop vu de cette ville. Dans ces vidéos, on la voit marcher vers Shinjuku dans certains endroits que je reconnais, et même jusqu’au stade olympique en construction. Sans le faire exprès, mes photographies de ce billet reprennent certains lieux empruntés par ANNA dans ces vidéos. Le morceau central du EP, Cloud Dancer, est mon préféré, mais avec les deux autres morceaux Tonite et She is the sun, ce EP forment un ensemble qui s’écoute d’une traite comme une petite pépite rock qui ne demande qu’à grandir. Comme d’habitude, on peut se procurer cette musique sur la page Bandcamp de l’artiste.

l7été(7)

J’avais un peu de temps pour moi en ce samedi matin et j’en profite pour pratiquer mon activité préférée qui est de marcher dans les rues de Tokyo avec l’appareil photo dans une main et les écouteurs dans les oreilles. Je prends le métro jusqu’à Shinjuku Sanchōme et je marche pendant plusieurs heures en faisant des courbes et des boucles et même quelques allers retours lorsque l’environnement urbain que je vois devant moi ne me semble pas propice à la photographie. Les séries de photographies qui vont suivre, incluant celles ci-dessus, reprennent dans le désordre chronologique mais dans une logique d’agencement réfléchie, un compte rendu en images de cette marche ininterrompue de presque 3 heures en ce samedi matin.

Depuis Shinjuku, je marche vers le parc Shinjuku Gyoen et je fais le tour par un chemin piéton sous les arbres que je connaissais pas. Je m’enfonce ensuite rapidement dans les rues résidentielles, attirées par des couleurs vives au loin, du jaune, un violet criard. C’est une étrange maison individuelle donnant sur une rue très étroite. Comme souvent, je manque de recul pour la prendre en photographie dans son intégralité. Les couleurs de cette maison me rappelle le Mexique. Sur le retour, je passerais un peu plus au Sud des Amériques, par l’ambassade du Brésil. Elle est décorée d’une fresque que je ne connaissais pas, un étrange mélange de paysages du pays, de plages encombrées longées par les buildings. En fait, en passant par Aoyama, je voulais revoir la maison Small House de Kazuyo Sejima. Il y a un chemin caché, qui existe toujours, qui permet de voir l’arrière de la maison dans son intégralité. Cet étrange décalage des étages m’intrigue toujours autant. On a l’impression que la maison est en équilibre instable. Comme pour la plupart des maisons de Sejima ou de SANAA, elle est ouverte sur l’extérieur par de très grandes baies vitrées, mais les habitants de cette petite maison ne semblent pas très tentés par l’ouverture totale. Je les comprends.

Photographies extraites des videos disponibles sur YouTube des morceaux Geyser et Nobody de l’album Be the cowboy par Mitski.

En marchant pendant ces quelques heures, j’écoutais pour la première fois le nouvel album de Mitski, Be the cowboy. Mitski, de son vrai nom Mitsuki Miyawaki, est une compositrice et interprète nippo-américaine de rock indépendant vivant à New York et chantant en anglais. J’attendais cet album avec une certaine impatience depuis plusieurs semaines, avant sa sortie vendredi dernier, le 17 Août. Je ne connaissais pourtant pas ses albums précédents (il s’agit ici du cinquième), mais j’avais découvert il y a plusieurs semaines sur YouTube le morceau très accrocheur Nobody, qui m’avait emballé par la tristesse joyeuse des paroles, le timbre de voix de Mitski et la vidéo surréaliste. Je découvre peu après le morceau Geyser, moins pop et plus poignant dans son intensité dramatique. Un petit détail m’intrigue dans ce morceau, il s’agit d’un clitch sonore à la 30ème seconde, que l’on pense d’abord involontaire, un problème d’encodage vidéo peut être? Mais, il n’est est rien et cette distorsion rapide du son est bien voulue. C’est un détail mais je me suis dit à ce moment là qu’un album intéressant se profilait à l’horizon. Un nouveau morceau Two slow dancers sort ensuite quelques jours après et confirme qu’un très bel album s’annonce. Le morceau prend son temps. La beauté de la voix de Mitski rivalise avec la beauté du silence des intervalles, le tout porté pour quelques notes de piano. Le morceau gagne ensuite en intensité jusqu’au final. Il s’agit également du morceau qui conclura l’album. Le vendredi matin du 17 Août, je me précipite sur Bandcamp pour me procurer l’album tant attendu mais il n’est pas encore disponible, tandis qu’il était déjà disponible sur iTunes depuis minuit. Il faudra attendre la fin de journée pour pouvoir se le procurer, Bandcamp devant être synchronisé sur la côte Ouest des USA avec 16 heures de retard par rapport à l’heure japonaise. Je découvrirais donc les chansons de Be the cowboy le lendemain matin samedi, profitant de cette matinée pour marcher dans les rues de Tokyo. L’album alterne des morceaux célestes comme A horse named cold air, où la voix de Mitski est une merveille accompagnée d’un environnement musical dépouillé, avec des morceaux beaucoup plus rythmés comme Washing Machine Heart, un de mes morceaux préférés de l’album. Les paroles intimes et pleines d’images ainsi que cette voix pleine de virages, comme mes déambulations dans les rues de Tokyo, font de chacun des morceaux de cet album des petits bijoux musicaux.

audio architecture distortion

Tokyo se distord de manière énigmatique, comme pour ajouter à la complexité des enchevêtrements urbains existants. Je n’avais pas pratiqué ce type de trituration de l’espace depuis quelques temps, mais j’aime m’y remettre de temps en temps. C’est en quelque sorte ma façon de représenter la dualité amour et haine pour cette ville (phase III), la plupart du flot de photographies de ce blog appartenant au premier aspect tandis que ces deconstructions de l’espace prennent le pendant inverse et agissent en quelque sorte comme une soupape d’échappement.

J’ai tout de suite été attiré par le nom de cette exposition au 21_21 Design Sight de Tokyo Mid Town intitulée Audio Architecture, en imaginant la manière dont l’exposition viendrait mettre en relation la musique et l’architecture. Le thème de l’exposition était un peu différent de ce que j’imaginais car il s’agissait plutôt d’architecture musicale. Le directeur d’exposition Yugo Nakamura avait pour ambition de construire un espace inspiré d’un morceau de musique créé spécialement pour cette occasion par Keigo Oyamada aka Cornelius. Cet espace est conçu par le designer d’intérieur Masamichi Katayama, le graphisme par Masakazu Kitayama et le morceau de musique de Cornelius est illustré par les vidéos de 8 artistes, montrées dans un espace tout en longueur. Le spectateur s’assoit à même la scène ou à l’arrière sur des escaliers dans le noir le long du grand écran de projection. Les 8 vidéos sont projetés en continu les unes après les autres sur ce grand écran. Comme on est assis sur la scène, l’effet d’immersion est assez saisissant. Toutes les vidéos accompagnent un seul et unique morceau qui se répète sans cesse, et c’est un peu dommage car après la quatrième ou cinquième vidéo, on finit par saturer un peu de cette musique qui se répète. Ou alors, il faut être fan de Cornelius, ce qui n’est pas tout à fait mon cas. Le musicien a une certaine notoriété et une communauté de fans, certainement depuis son précédent groupe appartenant à la mouvance Shibuya-Kei. En ce qui me concerne, la voix de Oyamada et cette musique, certes très technique et travaillée, m’ont toujours laissé un peu froid et ne provoque pas en moi d’émotion particulière. Les vidéos sont de qualité et d’intérêt variables. J’aime beaucoup la première vidéo, celle de Keita Onishi avec ces formes simples en trois dimensions, car elle remplit bien le cahier des charges en interagissant de manière synchronisée avec la musique ou avec les paroles du morceau. Les paroles sont d’ailleurs assez basiques, composées de doublets aux sens opposés (« Light / Shadow », « Chaos / Order », « Sound / Silence »…). Alors que je m’attendais à ce que toutes les autres vidéos interagissent d’une manière similaire mais à leur façon avec le rythme du morceau et ses mots, ce n’était pas tout à fait le cas. J’avais même l’impression que plus on avançait dans les vidéos, plus elles se désolidarisaient de la musique, au point où je ne voyais plus vraiment la relation entre la vidéo et la musique, qui est sensée être le support de la vidéo. Sur les 8 vidéos présentées, j’aime beaucoup les quatre premières, notamment une vidéo avec des lignes de lumières filantes par Hiroaki Umeda, une autre avec des formes rondes brouillonnes de couleur rougeâtre qui se mélangent devant nous (Kazumasa Teshigawara) ou encore la vidéo par Ryo Orikasa montrant des formes géométriques fluorescentes flottant dans l’espace noir. Une autre salle de l’exposition, la première salle en fait, nous montrait une version live du morceau dans un studio d’enregistrement.

Extraits des vidéos par Keita Onishi et Kazumasa Teshigawara disponibles sur ma page Youtube – les enregistrements d’une quinzaine de secondes étaient autorisées.

Au final, je garde un avis assez mitigé sur cette exposition. J’aurais aimé y voir une interaction plus évidente et poignante entre musique et vidéo qui créerait un ensemble indissociable. Le morceau de Cornelius n’est pas désagréable à l’écoute et à la limite expérimental par moment (coupure au milieu du morceau, et cacophonie bruitiste à un moment du morceau), ce qui n’est pas pour me déplaire, mais j’aurais aimé pouvoir écouter d’autres morceaux, par d’autres musiciens invités pour varier les plaisirs et ne pas tomber dans l’ennui en se forçant un peu à rester jusqu’à la fin des 8 vidéos.

Photographies extraites des videos des morceaux Gantz Graf par Autechre et T69 Collapse par Aphex Twin, disponibles sur Youtube.

Quand on parle d’architecture musicale, Autechre me vient tout de suite en tête car leur musique est une construction complexe d’éléments sonores et de couches de sonorités. Je dirais d’ailleurs qu’Autechre est proche du style architectural deconstructiviste et si je devais les comparer à un architecte, je penserais tout de suite à Frank Gehry. L’approche architecturale de la musique d’Autechre et même d’Aphex Twin est beaucoup plus puissante que ce que j’ai pu écouter pendant l’exposition Audio Architecture. Également, la manière dont les éléments graphiques interagissent avec la musique dans la vidéo Gantz Graf d’Autechre est tout simplement impressionnante. Je suis comme hypnotisé à chaque fois que je regarde cette vidéo, par la précision des mouvements calqués sur la musique et la beauté organique de cette machine froide qui semble pourtant bien vivante et même luttant pour survivre. D’une même manière, la vidéo non officielle créée par un fan du morceau plyPhon des mêmes Autechre est également d’un excellent niveau en terme de synchronisation entre images et musique. L’assemblage de formes architecturales qui se construisent petit à petit y est percutant. Le tout nouveau morceau d’aphex Twin intitulé T69 Collapse joue aussi beaucoup avec l’architecture. Les formes se distordent au rythme des sons électroniques et c’est du plus bel effet. On a même un peu de mal à suivre le rythme des images, tant ça bouge. Quel plaisir de retrouver Aphex Twin! Syro, sorti en 2014, reste pour moi un des meilleurs albums de musique électronique. Aphex Twin est un véritable architecte sonore. En fait, avant d’aller voir cette exposition Audio Architecture, j’avais ces images fortes en tête des vidéos d’Autechre et d’Aphex Twin, et j’attendais peut être trop d’une exposition avec un titre pareil. J’aurais tant voulu y voir une installation vidéo musicale qui m’inspire et m’enthousiasme mais la musique de Cornelius n’était malheureusement pas à même de créer un choc émotionnel, et les logistiques d’espaces par Katayama étaient certainement trop fonctionnelles et pas assez artistiques à mon avis.

En parlant de Frank Gehry, la dernière fois que je suis venu dans cette galerie d’exposition 21_21 Design Sight, c’était en Novembre 2015 pour l’exposition Gehry has an idea. J’aime revoir cette architecture biseautée et pratiquement souterraine de Tadao Ando. Après l’exposition, je m’attarde quelques minutes dans le hall au sous-sol pour observer le béton, notamment cet escalier qui semble en lévitation et la lumière qui pénètre depuis les hauteurs dans l’enceinte du hall par de grandes baies vitrées. Je trouve que le graphisme « Audio Architecture » dessiné par Masakazu Kitayama fonctionne bien dans la pénombre de la partie intérieure du hall de la galerie. Une fois à l’extérieur, je constate que le bâtiment reste impeccable. Le béton et la toiture biseautée en pente sont inaltérés par le temps et les intempéries.

Dans la même journée, je suis passé voir l’exposition de Hiroto Ikeuchi au dernier étage du Department Store Seibu à Shibuya. Je connaissais déjà les masques cyberpunk créés par Ikeuchi, pour les avoir vu il a plus d’un an en exposition au même endroit. Je suis d’ailleurs attentivement les évolutions de son travail à travers Twitter. Il utilise divers objets électroniques qu’il assemble de manière à créer des genres de masques ou de casques tout droit sortis d’un film d’anticipation. La beauté et le « réalisme » de ces objets de science fiction sont saisissants. Sur Twitter, il montre régulièrement les objets qu’il crée portés par des modèles souvent féminins. J’aime beaucoup l’esthétique futuriste de ces objets. それだけで十分だった。