garden of dragons

L’année approche de sa fin ce qui est à chaque fois pour moi l’occasion de regarder un peu les statistiques de Made in Tokyo. J’ai publié cette année 126 billets, au jour où j’écris ces lignes, ce qui est moins que l’année dernière et que les sept dernières années. Chaque billet est par contre plus long avec en moyenne 1057 mots par billet, ce qui fait plus d’une centaine de mots en plus par rapport à l’année dernière. J’ai donc écrit plus que l’année dernière au total, mais sur un nombre plus restreint de billets. Le nombre de commentaires est en remarquable baisse, à 148 sur l’année, mais le nombre de « like » est beaucoup plus important. Si l’on fait la somme des « like » et des commentaires sur les billets, on arrive à peu près au niveau de l’année dernière. Je pense qu’il est naturellement plus facile de laisser un « like » qu’un commentaire. Ça laisse au moins une notification de passage, ce qui est tout à fait appréciable. Le nombre de visite annuelle à 22600 est par contre en nette augmentation et le plus haut niveau de ces dix dernières années. Il faut croire que les blogs ne sont pas encore tout à fait morts. Enfin, j’ai toujours un peu de difficulté à savoir quelle est la proportion de personnes réelles visitant Made in Tokyo, sachant que les robots d’Intelligence Artificielle tels que ChatGpt doivent également visiter régulièrement les pages internet. Je ne saurais dire si ces visites sont comptabilisées dans le nombre total de vues mentionné ci-dessus.

Les quelques photographies accompagnant ce billet ont été prises à Enoshima, une de nos destinations classiques de la fin d’année. Nous sommes en fait d’abord passé à Shichirigahama pour y déjeuner. Dans le quartier résidentiel, se trouve un fameux restaurant de curry japonais appelé Sangosho. Ce n’est pas la première fois que nous venons manger dans ce restaurant mais nous allons en général au deuxième restaurant de l’enseigne situé au bord de l’océan. Le quartier est situé sur une colline dont les rues donnent sur l’océan. Nous accédons à ce quartier en voiture par une petite route étroite en pente et en virages, qui est un raccourci méconnu depuis Kamakurayama. Nous n’avions pas emprunté cette petite route depuis très longtemps. Nous filons ensuite vers la presqu’île d’Enoshima. Le sanctuaire principal est déjà paré pour les festivités de la nouvelle année. La météo n’est pas clémente, le ciel est très nuageux. Le dragon est une des divinités principales des sanctuaires de l’île. Un des petits autels de la presqu’île lui est dédié, surmonté d’une statue sombre et menaçante. Aujourd’hui, on devine même les dragons dans le ciel nuageux à travers des éclats de lumière formant une courbe que j’imagine être une queue de dragon. Je suis moi-même du signe zodiacal du dragon, tout comme Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), né en 1952, sauf que nous sommes bien sûr pas du même cycle. Il faudrait à ce propos que je commence une liste des artistes que j’aime qui sont du signe du dragon. J’avais déjà mentionné Kenichi Asai (浅井健一) et Seiji Kameda (亀田誠治) mais sur les cinq membres de Tokyo Jihen, trois sont du signe du dragon (Ichiyō Izawa, Toshiki Hata et donc Seiji Kameda).

Revenir à Enoshima me rappelle donc vers la musique de Ryuichi Sakamoto qui m’a en quelque sorte accompagné toute l’année depuis cette mémorable visite en Janvier de l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) qui lui était consacré. Je réécoute l’émission Liquid Mirror d’Avril 2023 consacrée à Ryuichi Sakamoto, en découvrant sous une nouvelle oreille des morceaux qui m’avaient échappé lors de ma première écoute. Il y a d’abord l’étrange morceau techno-pop Neo-Plant de Koharu Kisaragi (如月小春) sur l’album Tokai no Seikatsu (都会の生活) sorti en 1986 composé par Ryuichi Sakamoto, puis le morceau électronique expérimental The Garden Of Poppies sur son troisième album solo Left Handed Dream (左うでの夢) sorti en 1981. Ce morceau me fait continuer avec Venezia du même album. La playlist continue avec l’excellent Curtains de Yukihiro Takahashi (高橋幸宏) sur son troisième album solo Neuromantic sorti en 1981. C’est le seul morceau de cet album composé par Ryuichi Sakamoto. Sur l’album Neuromantic, le morceau Curtains suit un autre excellent morceau, Drip Dry Eyes que j’ai déjà depuis quelques temps dans ma playlist étendue des musiciens du Yellow Magic Orchestra. La surprise sur la playlist de l’épisode de Liquid Mirror est le morceau de Pierre Barouh intitulé Le Pollen avec David Sylvian et Yukihiro Takahashi. Ils sont réunis dans un restaurant et on les entend mentionner tout à tour leurs personnes préférés, qu’ils ou elles soient artistes, écrivains, cinéastes ou autres. Pierre Barouh ponctue cette énumération de noms par un refrain qui se répète: « Aujourd’hui, je suis ce que je suis. Nous sommes qui nous sommes. Et tout ca, c’est la somme du pollen dont on s’est nourri ». Tous ces auteurs et personnes proches représentent en quelque sorte le pollen qui vient nourrir leurs propres inspirations et créations. Le morceau Le Pollen provient d’un album du même nom enregistré par Pierre Barouh en Juillet 1982 à Tokyo, au studio Nippon Columbia, à la suite d’une invitation du label japonais à venir travailler sur place. Pierre Barouh était déjà un compositeur célèbre en France à cette époque mais il saisit cette opportunité comme une expérience musicale ouverte et exploratoire qui réunira un ensemble de musiciens japonais et internationaux de premier plan, parmi lesquels des figures de la scène expérimentale et new wave comme Yukihiro Takahashi, Ryuichi Sakamoto ainsi que David Sylvian du groupe britannique Japan. De fil en aiguille, ce morceau m’amène ensuite vers une des collaborations de Ryuichi Sakamoto avec David Sylvian intitulée Bamboo Houses et sortie en 1982. On entend également la voix de David Sylvian sur l’intensément émotionnel morceau Life, Life sur l’album async de Ryuichi Sakamoto.

it’s all the same thing in a certain light

Enoshima (江の島), à l’extrémité de l’île appelée Chigo-ga-Fuchi (稚児が淵).

Autrefois, au temple Kōtoku-in de Kenchō-ji à Kamakura, vivait un moine nommé Jikyū Zenshu (自休蔵主). Un jour, Jikyū entreprit un pèlerinage de cent jours à Enoshima. C’est là qu’il rencontra un jeune chigo, un jeune et beau novice, nommé Shiragiku (白菊), également venu en pèlerinage. Shiragiku étudiait les lettres au temple Sōjō-in du sanctuaire Tsurugaoka à Kamakura. Dès ce jour, Jikyū ne put chasser Shiragiku de son esprit. Il lui adressa à maintes reprises des lettres empreintes de passion, mais ne reçut jamais de réponse. Pris au piège par les sentiments de plus en plus pressants de Jikyū, Shiragiku se retrouva acculé, poussé au bord du gouffre.

Une nuit, en se rendant à Enoshima, Shiragiku écrivit un poème sur un éventail qu’il remit au passeur de l’île, en lui disant: « Si quelqu’un vient me chercher, montrez-lui ceci », et il se jeta du promontoire dans la mer.

Quand Jikyū, venu à la recherche de Shiragiku, ouvrit l’éventail, il y lut les poèmes suivants: « Si quelqu’un me cherche au village des souvenirs de Shiragiku, dis-lui que mon cœur s’est noyé dans les flots d’Enoshima ». « Mes peines, je les ai confiées à Enoshima, et ma vie, je l’ai abandonné parmi les herbes marines sous les vagues ».

À la lecture de ces vers, Jikyū composa ce poème à son tour: « Dans la mer profonde de la tendresse de Shiragiku,, heureux suis-je de plonger avec lui dans les flots d’Enoshima ». Et il se laissa lui aussi emporter par les flots.

Jusqu’au début de l’ère Taishō, on pouvait encore voir en ce lieu la stèle de Shiragiku, dressée face à l’océan, racontant l’histoire de ce lieu nommé le gouffre du jeune novice, Chigo-ga-Fuchi (稚児が淵).

Once upon a time, was I a silent child who’s seen it all before?

Blonde Redhead est un groupe new-yorkais établi en 1993, composé d’un trio cosmopolite avec les jumeaux italiens Simone et Amedeo Pace, respectivement batteur et guitariste, et la chanteuse japonaise Kazu Makino. Le nom du groupe m’est familier depuis longtemps et je connais peut-être déjà certains de leurs morceaux sans m’en souvenir. Je découvre par l’émission Very Good Trip de France Inter le morceau Before tiré de leur album Sit Down for Dinner sorti en Septembre 2023, dans une version plus récente remaniée avec les jeunes chœurs de Brooklyn. Je préfère en fait l’originale que j’écoute beaucoup ces derniers jours. Le morceau a une grande sensibilité pleine d’une douleur que l’on ressent à travers la voix voilée de Kazu Makino. On ressent une alchimie à la fois un peu étrange et rêveuse entre cette voix éthérée et l’élégance des textures mélangée à la fluidité des guitares. Je n’ai pas encore écouté l’album en entier, mais j’y trouve déjà d’autres morceaux qui m’attirent beaucoup comme celui intitulé Kiss Her Kiss Her.

Dans la même émission de Very Good Trip, j’accroche également immédiatement au morceau de Destroyer intitulé Hydroplaning Off the Edge of the World sur son album Dan’s Boogie sorti en Mars 2025. Je connaissais déjà quelques morceaux de l’artiste canadien Destroyer, aka Dan Bejar, découvert autour de l’année 2010. Dans un autre épisode de l’émission, je découvre ensuite Never Enough de Turnstile, que j’avais déjà évoqué pour leur album Glow On, et Angel du groupe américain Mspaint. Ces morceaux sont tous les trois fabuleux dans leur genre, pour leur atmosphère très aboutie et pour le phrasé du chant particulièrement addictif, parlé pour Destroyer, rock à tendance punk pour Turnstile et rap vindicatif pour Mspaint. Et pour terminer cette petite playlist rock américaine, j’écoute aussi beaucoup le morceau What Do I Know du trio de Seattle Deep Sea Diver sur leur album Billboard Heart sorti en Février 2025. Ce petit écart hors des musiques japonaises me fait beaucoup de bien et me rappelle qu’il ne faut que je perde de vue les nouveautés alternatives outre-pacifique.

もう一度コンティニューしたいよ

Enoshima (江ノ島) est une de nos destinations désormais classiques des débuts ou fins d’année, et j’ai donc montré plusieurs fois des photographies similaires prises à cette même période de l’année. Le Mont Fuji n’a pas daigné se montrer cette fois-ci car le ciel est resté très nuageux, mais nous irons le voir de près un autre jour et j’en montrerais pour sûr quelques photographies. Nous sommes le 3 Janvier 2024 et la foule n’était heureusement pas aussi dense que je l’avais imaginé. Après le déjeuner et un tour du sanctuaire, nous redescendons de la petite montagne formant Enoshima par un chemin de côté en dehors de l’étroite rue principale encombrée. J’aime beaucoup ce chemin piéton tout en escaliers car il zigzague entre les maisons des habitants. J’imagine toujours quelle peut être la vie sur cette île lorsque tous les touristes sont partis et que l’île redevient complètement calme. J’imagine aussi ce que peuvent donner le vent fort et la pluie intense des typhons lorsqu’ils viennent percuter les contours de l’île. En redescendant de l’île, en direction du petit port de plaisance, j’aime repasser dans la rue où se trouve un petit restaurant dans lesquelles ont été tournées des scènes du film Notre petite sœur (海街diary) réalisé par Hirokazu Koreeda. Le film sorti en 2015 raconte l’histoire de trois sœurs Sachi, Yoshino et Chika Kōda (interprétées par Haruka Ayase, Masami Nagasawa et Kaho) vivant dans la maison de leurs grands-parents à Kamakura, et accueillant leur demi-sœur, Suzu Asano (Suzu Hirose). Le film prend son temps dans différents lieux de Kamakura et Enoshima, ce qui me plait vraiment beaucoup. Un site web liste d’ailleurs avec beaucoup de précision les différents lieux de tournage.

Les deux dernières photographies du billet ont été prises au sanctuaire Mitsumine (三峯神社), perdu dans les profondeurs montagneuses de Chichibu dans la préfecture de Saitama. Le sanctuaire est superbe, magnifiquement décoré et implanté dans la forêt en haut d’une montagne. Nous y sommes déjà allés une fois en août 2022. Il faut environ 2h45 de route en voiture pour s’y rendre, ce qui inclut environ 1h20 d’autoroute jusqu’à Yorii à l’entrée de Chichibu puis une autre 1h20 pour traverser Chichibu en longeant par moment la rivière Arakawa (celle qui vient se jeter dans la baie de Tokyo en fin de parcours). La route est très sinueuse et parfois étroite lorsqu’elle traverse un barrage en circulation alternée. Aller jusqu’au sanctuaire de Mitsumine est éprouvant mais vaut clairement le déplacement. Enfin, il faut quand même mieux éviter la période du nouvel an, car nous avons eu la désagréable surprise d’avoir à attendre plus d’une heure avant de pouvoir stationner dans le parking du sanctuaire. Nous avons cette fois-ci participé à une cérémonie de purification Oharai (お祓い). Il s’agit d’un rituel ancien pratiqué par un ou plusieurs prêtres shintō à l’intérieur du haiden (拝殿), une des pièces du sanctuaire situé devant le honden (本殿), bâtiment le plus sacré d’un sanctuaire shinto, exclusivement destiné à l’usage de la divinité vénérée dans le sanctuaire et fermée au public. Nous avons déjà assisté plusieurs fois à ce type de rituel, notamment dans le sanctuaire d’Enoshima, lors des années néfastes qu’on appellent Yakudoshi (厄年). Dans le sanctuaire Mitsumine, je suis assis juste en dessous d’une sculpture de dragon, le signe zodiacal chinois de cette année 2024 et de mon année de naissance. Le rituel dure une trentaine de minutes, c’est un moment précieux dont on se souvient.

Avec l’album Surf Bungaku Kamakura d’Asian Kung-Fu Generation, l’album éponyme de DAOKO (ダヲコ) sorti en 2015 est un de mes albums de chevet en ce moment. De cet album, je ne connaissais en fait que deux morceaux, celui tout simplement intitulé Music (ミュージック) et Suisei (水星). J’avais d’abord découvert la version de Suisei par tofubeats avec Onomatope Daijin (オノマトペ大臣) pour le chant rappé. J’aimais en fait tellement cette version que j’avais porté une attention limitée à la version rappée par DAOKO, présente sur cet album et également composée par tofubeats. C’était une erreur car la version de DAOKO est tout aussi excellente, avec en plus la légèreté et la délicatesse vocale de DAOKO. Ce sentiment d’élégance me reste en tête en écoutant la totalité de l’album. La voix de DAOKO est très présente, tantôt à la limite du kawaii et d’autre fois plus affirmée, mais son rap ne force pas le trait. Il vient en quelque sorte nous effleurer les oreilles. S’il fallait donner un nom de style improbable à cet album, je dirais qu’il s’agit d’ASMR rap. C’est le morceau Ichibanhoshi (一番星) qui m’a d’abord amené vers cet album et je me suis rapidement rendu compte de toutes ses qualités dès la première écoute. L’électronique n’y est pas particulièrement dense ou compliquée mais elle touche juste. L’album fait intervenir plusieurs musiciens qui se partagent la composition des morceaux, à savoir Hideya Kojima (小島英也) aka ORESAMA, PARKGOLF, Kikuo (きくお) et tofubeats comme je le mentionnais ci-dessus. On trouve dans ces compositions tout le charme de l’électronique indé, un brin expérimentale car elle ne donne pas le sentiment d’être surproduite, au contraire des albums qui suivront mais c’est une progression naturelle. Un morceau comme le huitième intitulé Iya (嫌) me donne à chaque fois ce sentiment. Dès le début du morceau, j’adore l’atmosphère sonore légèrement mélancolique que produit PARKGOLF. Il y a également le dernier morceau intitulé Takai Kabe ni ha Ikusen no Door (高い壁には幾千のドア) composé par un Akito Bros (Akito Katayose & 5ive from cos/mes) et qui est assez sublime. Je suis du coup retombé sous le charme de la musique de DAOKO.

Le cheminement qui m’amène vers cet album de DAOKO est intéressant. Ma liste de suivi sur Twitter inclut le compte Pretty Vacant Jap. Je n’aime pas beaucoup le nom mais il me fait régulièrement découvrir des choses intéressantes de l’histoire de la pop culture japonaise sous la forme de photographies ou de courtes vidéos. Je suis loin de regarder toutes les vidéos qui y sont montrées, mais je suis attiré par celle-ci montrant une chanteuse dansant inlassablement d’une manière naturelle. Il s’agit de Chisato Moritaka (森高千里) interprétant Yoru no Entotsu (夜の煙突) avec le groupe Carnation, morceau présent sur son quatrième album Hijitsuryokuha Sengen (非実力派宣言) sorti en Juillet 1989. J’avais aperçu Chisato Moritaka par hasard dans un supermarché d’Ebisu il y a 15 ou 20 ans. Je ne l’aurais reconnu seul et Mari m’a indiqué qui c’était. Son nom m’est resté en mémoire pendant tout ce temps sans que je m’intéresse vraiment à sa musique, qui était principalement populaire dans les années 80. Ce petit extrait vidéo sur Twitter m’amène à regarder la vidéo entière sur YouTube qui finit par me fasciner. Il y a une énergie communicative qui se dégage dans son chant et ses mouvements semblant infatigables. Chisato Moritaka ne chante pas très bien, et elle le sait car ses défauts en tant qu’idole sont même les sujets abordés sur certains morceaux de l’album Hijitsuryokuha Sengen, qu’on peut traduire comme « déclaration de non-qualification ». L’empreinte année 80 des morceaux de cet album est vraiment très présente avec parfois des excès de synthétiseurs, mais c’est ce son là en particulier qui m’attire pour une raison qui m’échappe un peu et m’amène à acheter l’album au Disk Union de Shibuya. Il faut aussi dire que j’aime beaucoup la photographie et le design de sa couverture, avec son côté rétro-futuriste. Au Disk Union de Shibuya, je ne peux m’empêcher de penser que le jeune vendeur me regarde d’un air insistant et interrogateur, comme s’il avait un commentaire à faire sur mon achat. Il n’en est rien bien sûr, mais les vendeurs ont en général une attitude plus neutre que le jeune homme que j’ai devant moi. En fait, je pense que si j’étais vendeur chez Disk Union, je ne pourrais m’empêcher de faire des commentaires sur les achats des clients devant moi, en particulier quand il s’agit de bons albums que j’aurais conseillé si on m’avait demandé mon avis non-qualifié. Finalement, de cet album, je n’aime vraiment que quatre ou cinq morceaux dont ceux intitulés Korekkiri Bye Bye (これっきりバイバ), Kondo Watashi Doko ka Tsurete itte Kudasai yo (今度私どこか連れていって下さいよ), Hijitsuryokuha Sengen (非実力派宣), Yoru no Entotsu (夜の煙突) et quelques autres. A part Yoru no Entotsu qui est plutôt rock, mes préférences vont vers les morceaux qui sont denses en sons électroniques très typés années 80. Et dans les morceaux d’autres albums, j’aime beaucoup le morceau The Mi-ha (ザ・ミーハー) et surtout The Stress (ザ・ストレス) et sa vidéo aux airs parodiques dans un restaurant de ramen dans lequel Moritaka est serveuse. Dans le morceau The Mi-ha, elle répète sans arrêt avec plein d’auto-dérision qu’elle n’est pas une lady et qu’elle est juste une Mi-ha (お嬢様じゃないの わたしただのミーハー!). Le mot Mi-ha est un terme argot faisant référence aux jeunes personnes en général peu éduquées qui sont obsédées par des modes et des tendances vulgaires. Ces deux morceaux sont en fait des versions remaniées présentes sur un album intitulé The Moritaka (ザ・森高) sorti en Juillet 1991, avec une couverture un peu dans l’esprit de Hijitsuryokuha Sengen. Je n’irais pas jusqu’à acheter l’album The Moritaka car il n’y a vraiment que ces deux morceaux qui me plaisent. Chisato Moritaka a arrêté sa carrière en 1999 suite à son mariage avec l’acteur Yōsuke Eguchi (江口 洋介). Elle fait tout de même quelques apparitions télévisées et des concerts liés à des événements particuliers, et en 2013, elle collabore avec le DJ Tofubeats en chantant sur le single Don’t Stop The Music. Je me souviens avoir écouté plusieurs fois ce single à l’époque de sa sortie au moment même où j’écoutais le morceau Suisei. Écouter maintenant ces morceaux de Chisato Moritaka, m’a en fait rappelé à Tofubeats et au morceau Suisei, qui m’a ensuite incité à réécouter la version de DAOKO et de fil en aiguille fait découvrir tout son album. Et j’ai maintenant une envie irrésistible d’écouter tous les albums de DAOKO, car je ne connais en fait que des morceaux éparpillés sur plusieurs d’entre eux.

sous les lumières d’un soir d’hiver

J’étais surpris par la présence de nombreux policiers dans l’enceinte du grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu à Kamakura. Ils étaient présents pour se préparer à l’afflux du Premier de l’An et des deux jours qui suivent où nombreux seront ceux qui viendront faire leur première prière de l’année. Je me souviens, pour y être passé il y a très longtemps, que la foule y est vraiment importante. Comme on peut le distinguer sur la quatrième photographie, des pupitres surélevés ont été mis en place à différents points de la grande allée du sanctuaire. Les policiers s’entraînent tour à tour à énoncer les conseils de sécurité et autres interdictions qu’ils devront répéter sans cesse les premiers jours de l’année. Nous n’étions pas venu à Tsurugaoka Hachimangu depuis de nombreuses années, depuis Novembre 2019 si la mémoire de ce blog ne me fait pas défaut. Rien n’a vraiment changé depuis notre mariage il y a presque vingt ans, sauf l’arbre géant près des escaliers, tombé il y a plusieurs années. Un nouvel arbre y pousse désormais. La vue depuis la partie haute du sanctuaire perchée sur la colline boisée est toujours aussi remarquable. On aperçoit presque l’océan tout au bout de l’avenue ponctuée par trois grandes portes torii (si mon compte est bon). Sur la cinquième photographie, le Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum n’a pas non plus changé depuis sa rénovation. Il y a plusieurs années de cela, alors que ce musée s’appelait encore Museum of Modern Art Kamakura, son existence avait été menacée. Il se trouve sur les terres du sanctuaire et le contrat arrivait à expiration. Le bâtiment a été initialement conçu par Junzo Sakakura en 1951. On peut se satisfaire du fait que des accords peuvent parfois être trouvés pour conserver des éléments importants de l’architecture moderne japonaise. J’imagine que conserver ce bâtiment doit aussi joué en la faveur du sanctuaire pour prétendre à une classification au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qu’il n’a pas encore malheureusement réussi à obtenir. Nous marchons ensuite jusqu’à l’océan pour l’atteindre juste avant que le soleil se couche. Depuis la plage de Yuigahama (由比ヶ浜), on ne peut malheureusement pas apercevoir l’île d’Enoshima, ni le Mont Fuji, car la vue est bloquée par l’avancée de terre d’Inamuragasaki (稲村ヶ崎). Nous aurons très certainement l’occasion d’aller à Enoshima pendant les premiers jours de l’année. Nous aimons tout particulièrement les plages du Shonan.

près du rocher de Tateishi

Ma deuxième requête pour la Golden Week, outre la visite du ryokan de Tokyo Jihen à Yorii, était d’aller au bord de mer. J’avais cette envie presque irrésistible de voir l’océan. On peut bien sûr le voir depuis la baie de Tokyo, mais j’avais besoin d’un espace ouvert vaste devant moi. On hésitait entre le bord de mer de Chiba et celui de Miura, de l’autre côté de la baie en traversant un brin de mer. On se décide pour la péninsule de Miura et on s’arrêtera quelques heures près du rocher de Tateishi. C’est un endroit que nous connaissons déjà pour l’avoir visiter en 2006. On peut marcher sur les rochers à la recherche de coquillages tout autour du rock géant de Tateishi. L’arbre posé sur une petite colline de terre fait aussi figure de symbole du lieu, au même titre que le rocher géant. Je me souviens d’une photo prise en 2006 d’une dame se tenant debout seule au pied de cet arbre. Je ne retrouve pas cette même ambiance de solitude cette fois-ci. En cette journée du 3 Mai, le ciel clair pousse le sourire des enfants et de leurs parents. J’observe ce petit monde pendant que Zoa joue aux équilibristes sur les rochers en pianotant sur son iPhone et que Mari regarde au loin au pied de l’arbre avant de nous rejoindre. Nous conduirons ensuite un peu plus loin jusqu’à la station de Misakiguchi, au terminus de la la ligne de train Keikyu. Zoa voulait rentrer en train et on sait qu’il prendra beaucoup moins de temps que nous pour rentrer. On sent que le retour en voiture sera long si l’on prend l’autoroute Yoko-Yoko (Yokohama-Yokosuka) donc on fait des détours vers Hayama pour poursuivre vers Kamakura et Ōfuna, avant de prendre les voies rapides et autoroutes Yokohama Shindō et Daisan Keihin. Ce sont des lieux que nous connaissons très bien et on ressent le besoin régulier d’y revenir. Peut-être pourrais je vivre au bord de mer à Hayama. Il nous faudra quand même trois heures de route pour rentrer. Et le lendemain, on reprenais la route pour Yorii.