somewhere nowhere (1)

La pluie incessante qui m’empêche de sortir pour prendre des nouvelles photographies me contraint à aller chercher dans mes archives des photographies plus anciennes, certaines que je n’avais pas pu placer dans un précédent billet car elles ne s’y intégraient pas bien. Il y a eu 15 jours de pluie sur les 20 premiers jours de septembre. Quand on regarde les statistiques depuis le mois d’Août, on compte un total de 30 jours de pluie sur les 51 derniers jours. Le front pluvieux d’automne (秋雨前線) reste exceptionnellement longuement bloqué près du Japon, et les typhons apportent continuellement de l’air humide venant de l’Océan Pacifique. Les pluies se succèdent presque sans répit. Je ne déteste pas la pluie mais ça commence à faire un peu long.

J’avais mentionné dans un précédent billet l’artiste électronique australienne Ninajirachi (Nina Wilson), et par extension j’écoute maintenant underscores, de son vrai nom April Harper Grey, originaire de San Francisco. Elle forme avec Ninajirachi et quelques autres une scène non-officiellement nommée Girl EDM. Le terme assez récent vient directement de Ninajirachi, car c’était le titre de son EP datant de 2024. Sans être un genre musical à proprement parler, Girl EDM désigne une scène féminine émergente de la musique électronique portant une esthétique sonore similaire et proche de la computer pop. On reconnaît des similitudes entre Ninajirachi et underscores mélangeant l’EDM du début des années 2000 avec des sensibilités actuelles proches entre autres de l’hyperpop. De la compositrice underscores, j’écoute le dernier album intitulé U sorti en Mars 2026 qui m’accroche dès le premier morceau, qui doit être le meilleur de l’album. Tell Me (U Want It) a une construction très particulière comme un chaos contrôlé, avec une approche très pop contrebalancée par une structure assez complexe pleine de soubresauts. J’adore en particulier quand elle se lance dans des phrasés rapides, même s’ils sont de courte durée car le morceau se court-circuite ensuite lui-même. Le morceau tout simplement intitulé Music est en comparaison plus simple de composition mais garde cette même tension émotionnelle qui me plaît beaucoup. Sur l’album, les structures sonores nous semblent parfois familières mais elles sont grandement remodelées, avec souvent l’ajout de portions de sons étonnants, comme des bribes de voix. Le morceau Hollywood Forever est également assez atypique pour l’interruption soudaine d’une grande masse EDM qui vient couper le morceau en deux pour le faire basculer vers un rythme très mélancolique très bien penser. Sur le septième morceau Do It, l’apport de courts passages secs de guitare m’a tout de suite fait penser au morceau She Wants to Move du groupe N.E.R.D. sur leur album Fly or Die (2004), mais il ne s’agit pas d’un sample et je doute même qu’il s’agisse d’une influence. Il m’arrive régulièrement de déceler ce genre de similitudes dans des morceaux récents, mais retrouver la correspondance exacte n’est parfois pas aisé, surtout quand l’impression de ressemblance est assez flou et se joue seulement sur un changement de ton particulier à l’intérieur d’un morceau. Ne pas trouver la correspondance que je recherche pourrait presque me rendre fou, mais je sais heureusement quand il est temps de stopper les recherches.

Je reviens vers l’artiste électronique underground new-yorkaise James K, de son vrai nom Jamie Krasner, car j’ai été très impressionné par le morceau Wake où elle chantait sur une composition de Priori. J’avais découvert ce morceau dans un épisode récent de Liquid Mirror. James K est une habituée des playlists d’Olive Kimoto, car j’avais également découvert sur Liquid Mirror le morceau Doom Bikini présent sur son album Friend sorti en 2025. Je me replonge maintenant dans l’univers atmosphérique proche de la dream pop de cet album avec quelques autres morceaux, notamment le sublime Play. J’aime aussi beaucoup le très beau morceau Hypersoft Lovejinx Junkdream qui nous amène à la frontière du rêve. Cet univers couvert de textures numériques floues semble en fait être Tokyo, car les images de la vidéo y sont tournées. Dans les crédits de la vidéo, j’ai été assez surpris de voir le nom de Hana Watanabe du duo électronique Tamanaramen (たまならめん). Elle filme en fait la vidéo avec James K et y apparaît même à plusieurs reprises, ce qui laisse penser que les deux artistes sont proches. Dans le duo audiovisuel Tamanaramen composé des sœurs Hana et Pikam (ou Hikam), la sœur aînée Hana est l’artiste visuelle et VJ tandis que Hikam est chanteuse, productrice et sound designer. Je n’avais pas écouté la musique du groupe depuis un petit moment et c’est l’occasion de la redécouvrir avec le très ludique Sofa Dance sorti cette année sur leur EP Limehouse. Ce morceau de house minimal est hypnotique et aérien. La voix murmurée et les paroles simples de Hikam tournant en boucle dans le morceau finissent par s’imprégner dans notre cerveau, au point où on aimerait que le morceau dure plus longtemps. L’intérêt du morceau vient également des nappes électroniques qui se suivent comme des phases légèrement différentes. Visuellement, on remarque bien entendu cette étrange danse où les sœurs Watanabe tournent mécaniquement leurs têtes pour faire voler leurs cheveux. Dans les coulisses du festival Summer Sonic 2026, on voit même Steve Aoki se prêter au jeu. Il faut dire qu’il a la tignasse de cheveux qui le permet.

Je connais assez bien les sorties solo des trois artistes électroniques e5, killwiz et 嚩ᴴᴬᴷᵁ dont je parle assez régulièrement dans mes billets, mais voilà qu’elles reprennent leur projet en groupe sous le nom Dr.Anon avec un EP de six titres intitulé second opinion sorti le 26 Août 2026. Je retiens surtout le cinquième morceau TerroRe:Star où elles chantent (et rappe pour e5) toutes les trois. Je trouve que ce morceau composé et produit par nekoRB est le mieux construit du EP car il ne part pas trop dans les excès hyperpop et les qualités des voix des trois se complètent bien. Comme toujours, la voix de 嚩ᴴᴬᴷᵁ est celle qui est la plus difficile à appréhender mais c’est aussi celle qui m’intéresse le plus. Pour la petite histoire, suite à ma proposition de titre pour un de ses morceaux en solo, elle m’a finalement remercié mais le dit morceau n’a toujours pas trouver de titre définitif. Sur cet EP, je remarque également le morceau KIRAE produit par VLOT, qui est annoncé comme étant interprété par Killwiz et Ponika. Il s’agit bien de la même personne car Ponika était son précédent nom de scène lors de ses débuts avec Dr.Anon. Lorsqu’on la voit maintenant sur la vidéo du morceau et qu’on la compare à la première époque de Dr.Anon lors des courts interviews sur Neet Tokyo (ニートTokyo), c’est le jour et la nuit. C’est d’ailleurs l’image d’un changement qu’elle donne en se dédoublant sur la vidéo de KIRAE avec l’ancienne Ponika (en brune) et la nouvelle Killwiz (en blonde) beaucoup plus sûre d’elle-même. Musicalement parlant, ce morceau reste assez proche des sorties récentes de Killwiz en solo. Dans la même constellation digicore, j’écoute aussi beaucoup le morceau fact react de la compositrice et interprète utumiycom. Ce nom, certes étrange, m’était en fait déjà familier car elle a assuré le mixage et le mastering de plusieurs morceaux du EP Another Seraph de nyamura, dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet. Le morceau fact react, sorti en 2024 et donc avant Another Seraph, est clairement très proche de l’univers musical de nyamura, avec une voix à la fois fragile et affirmée.

Le magazine AVYSS, notamment son premier numéro papier, parle régulièrement de l’artiste alternative Yoyou, originaire de Kanagawa, qui vient de sortir son premier album Yoyou Narino (余裕なりの) le 9 septembre 2026. J’en écoute deux morceaux que j’aime beaucoup, Pm (夕方) et Joro (ジョーロ), tous les deux composés par Ninaa, dans une ambiance hip-hop électronique intime, brumeuse et flottante. Pour terminer dans des courants beaucoup plus mainstream mais toujours avec cette ambiance glitch-pop et hyperpop électronique, j’ai été très agréablement surpris par la direction prise par Giselle (Aeri) du groupe k-pop aespa sur son titre solo BYEB4HELLO sorti sur une compilation de singles solo des membres du groupe intitulée SYNK : COMPLaeXITY 2026. Le morceau évolue dans des sons pop lumineux avec une structure plus mélodique que ce qu’on peut souvent entendre sur des morceaux hyperpop plus radicaux. On ne peut pas dire que Giselle se soit vraiment échappée du groupe aespa, mais l’empreinte K-pop est quasiment inexistante sur ce morceau.

晴れがコンティニュアム・ポップ

Entre deux pluies, les chaleurs reviennent au pas de course mais ne m’empêchent pas de marcher en écoutant d’autres styles de musiques que le rock. Je prends beaucoup moins de photographies en ce moment car nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de sortir hors de Tokyo le week-end. Prendre peu de photographies a l’avantage de me donner un peu le temps pour repasser en revue ce que j’ai pris ces derniers mois. Il y a en général un grand nombre de photographies que je mets à l’écart après une première revue le jour même où je les ai prise mais qui mériteraient peut être d’être réhabilitées. Autant je peux mettre une semaine entière pour écrire un billet, autant la sélection et le traitement des photographies est rapide, peut être même trop rapide pour me laisser assez de temps à la réflexion. Je me dis qu’il y aura toujours un moment futur où j’y retournerais. Avoir peu de nouvelles photographies à montrer est aussi pour moi une opportunité de modifier et triturer certaines d’entre elles. Je fais beaucoup moins de ce que j’appelais des compositions graphiques et ça me manque parfois. Pourtant, je prends régulièrement en photos des motifs urbains ou naturels, le ciel et les nuages, qui pourraient ensuite m’être utile pour de futurs compositions superposant des couches d’images. La série de photographies de ce billet prise à Daikanyama n’a rien des compositions graphiques que je viens d’évoquer. Ce sont les dernières photographies que j’ai prises au mois d’Août au moment d’écrire ces lignes. La perspective de ne plus rien à avoir à montrer ensuite me ravit tout autant qu’elle m’inquiète.

La seule musique K-Pop que j’écoute et apprécie est celle du groupe aespa, dont j’ai d’ailleurs déjà parlé sur ces pages à quatre ou cinq reprises à l’occasion de nouveaux singles. J’ai bien sûr écouté leur deuxième album Lemonade, sorti il y a quelques mois après un long teasing marketing de deux ou trois mois sur les réseaux sociaux, mais je n’en avais pas encore parlé. J’y repense maintenant car Aeri Uchinaga (内永枝利), connue sous le nom de Giselle (지젤) dans le groupe aespa, intervient sur NTS Radio pour nous faire découvrir pendant une heure son univers musical. J’en suis assez étonné dans le bon sens car j’y retrouve certaines musiques qui font également partie de mon univers musical, que ça soit les Pixies avec l’incontournable Where is My Mind? (Surfer Rosa, 1988), Smashing Pumpkins avec Luna (Siamese Dream, 1993), Hole avec Asking for it (Live Through This, 1994). Sa playlist est assez éclectique car on y trouve également le très beau Reflection Eternal de Nujabes (Metaphorical Music, 2003), MGMT avec Kids (Oracular Spectacular, 2007), que j’ai quelque part sur mon iPod mais que je n’ai pas écouté depuis longtemps, ou encore un classique comme No Ordinary Love de Sade (Love Deluxe, 1992). Du haut de ses 25 ans, elle a dû découvrir toutes ces musiques bien après leur sortie. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à choisir la musique qui m’a construit dans les morceaux et albums que j’ai pu vivre au moment de leur sortie, mais ça m’intéresse beaucoup qu’elle prenne ses sources musicales dans des musiques qui me parlent et qui sont très éloignées (voire à des années lumière) de la K-Pop qu’elle pratique avec aespa. J’ai donc également écouté le nouvel album d’aespa mais pas en totalité. Je m’arrête sur le premier single WDA (Wild Different Animal) en featuring avec G-Dragon, puis le deuxième single-titre d’album Lemonade et le troisième qui conclut l’album, Switchblade avec un featuring de Ty Dolla $ign. Ces morceaux sont très travaillés et efficaces comme l’exige la K-Pop, mais je ressens chez aespa quelque chose de différent des autres groupes de K-pop et qui m’attire sur un grand nombre de leurs morceaux. La musique d’aespa pleine de textures, de basses et d’effets futuristes ressemble à une machine électronique et les voix du groupe placées à l’intérieur ont quelque chose de presque inhumain. Il y a quelque chose de très mécanique dans leurs chants qui se relaient à la perfection dans cette machine bien huilée. La composition musicale et l’apparence visuelle du groupe se veulent spectaculaire et incisive mais n’hésitent pas en même temps à ajouter des petites touches de kitsch et d’humour dérisoire volontaire, comme si une rébellion interne couvait à l’intérieur de cette belle machine. Dans ma réflexion, je me demande si ce n’est pas volontaire que le « Switch it up » du refrain de leur morceau Switchblade ressemble lorsqu’il est prononcé rapidement au « Sushiro » de la chaîne de restaurant de sushi portant ce nom. Ce doit être seulement du Sora mimi (空耳) de ma part, mais je pense qu’une grande partie du public japonais a dû faire le rapprochement. aespa a en tout cas déjà chanté partiellement en japonais, sur le single Attitude notamment. Parmi tous les morceaux musicalement agressifs de leur nouvel album Lemonade, on trouve également un morceau plus posé et rêveur, Camouflage, qui compte parmi ceux que je préfère. Certains pourront comprendre que j’aime ce titre Camouflage, 迷彩 (Meisai) en japonais, pour une autre raison.

Écouter la playlist de Aeri/Giselle sur NTS radio me rappelle que je n’ai pas écouté les épisodes de Liquid Mirror de ces derniers mois. Je me lance dans celui publié la 18 Août 2026. C’est un excellent cru explorant comme d’habitude de manière éclectique ’toutes les intersections de l’éthéré naviguant du shoegaze et de la dream pop à la musique électronique et expérimentale’. Le premier morceau Miro’s cat de King Softy (feat. Spivak) matérialise bien cette musique éthérée remplie d’étrange. Sans surprise, on retrouve dans cette nouvelle playlist quelques très beaux morceaux de Cocteau Twins, Olive Kimoto étant clairement fan du groupe. Un des morceaux qui me plait le plus dans cette playlist est, encore une fois, un morceau d’Olive Kimoto elle-même accompagnant cette fois-ci Locust, le projet du musicien électronique britannique Mark Van Hoen. Le morceau White Light de Locust est magnifique, dans le plus pur esprit de ce qu’on peut écouter de plus beau sur Liquid Mirror. J’ai l’impression qu’elle a intégré le groupe mais je ne sais si c’est de manière permanente. Peut-être pas en fait car le nouvel album de Locust qui s’intitulera Spectral+ et sortira le 11 Septembre 2026 inclut plusieurs voix dont celle d’Olive Kimoto. Björk revient aussi régulièrement dans les playlists mensuelles de Liquid Mirror, avec cette fois-ci le morceau B-side du single Isobel, I Go Humble (Post, 1995). Et dire qu’un morceau aussi beau n’apparaissait que sur la version japonaise de Post en titre bonus. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà entendu un morceau de Sade dans les playlists de Liquid Mirror. Celui-ci intitulé Like a Tatoo est certes fortement remixé. C’est au passage un parallèle très intéressant avec la playlist de Aeri/Giselle. Il y a beaucoup de pépites dans cette playlist, comme le morceau Wake de Priori & James K (This but more, 2024), trop beau pour être réel, ou encore Unicorn (Shimmering, Warm & Bright, 1992) des norvégiens, originaires de Tromsø, de Bel Canto. Cette musique mélange les textures électroniques, voix aériennes et étrangeté pop. J’aime aussi le final plus électronique avec Sunset Bell featuring Jennifer Wilde (Flux, 1998) du groupe américain Love Spirals Downwards et Ouverture (Nachthorn, 2022) du musicien français, installé à Bruxelles, Maxime Denuc. Ce qui est très intéressant sur ce deuxième morceau, c’est que Maxime Denuc utilise des sons d’orgue comme matière sonore. Il utilise l’orgue de l’église Saint-Antoine à Düsseldorf comme un synthétiseur en le contrôlant par MIDI. Cette approche me rappelle la musicienne Kali Malone qui compose pour orgue à tuyaux mais avec un traitement et une sensibilité proche de la musique électronique. Il me faudrait décidément beaucoup plus de temps pour explorer toutes les perspectives sonores qu’apporte Liquid Mirror.

—— Post-scriptum (continuum pop) ——

J’ai souvent le sentiment de faire des grands écarts dans mes choix musicaux, mais il est par contre assez rare que je regroupe des styles aussi différents dans un même billet, même si l’on pourrait parler ici d’un même ’continuum pop’, entre l’hyperpop d’un côté et la dream pop de l’autre. Je me demande souvent quelles sont les caractéristiques élémentaires qui m’attirent dans ces musiques pourtant très différentes. Ces goûts musicaux qui semblent éloignés en surface ont peut-être des points communs plus profonds. Je ne pense pas être attaché à un genre musical particulier, car je réagis plutôt à des sensations. Peu importe le genre, je serais particulièrement réceptif à une atmosphère sensible et intrigante, à une certaine qualité de voix venant habiter la musique, aux contrastes et à la tension qui se dressent entre calme et agressivité, douceur et étrangeté, pop et expérimentation. J’ai souvent des difficultés à reconnaître les genres musicaux, contrairement à certaines publications musicales que je peux lire et qui semblent pointer si facilement le moindre sous-genre. Ces classifications nous aident à appréhender une musique, mais n’ont finalement pas beaucoup d’importance. Ce sont plutôt les zones intermédiaires qui m’intéressent, là où les catégories entre les genres deviennent floues, lorsqu’un ou une artiste déplace une frontière par rapport au genre dans lequel on l’a classé. Les nouvelles découvertes musicales me passionnent, surtout lorsqu’elles m’amènent vers des territoires moins connus. La découverte est une valeur en elle-même. C’est un processus qui a une importance particulière: partir d’un morceau ou d’un son particulier, rechercher qui l’a produit, découvrir un musicien ou une musicienne qui amène ensuite à découvrir une scène, puis un ou une autre artiste qui utilise une technique comparable. Ces découvertes se nourrissent de recherches incessantes qui construisent presque spontanément des arbres de liens et parentés musicales. C’est une forme de pensée associative, couvrant parfois plusieurs décennies, qui m’a suivi depuis les débuts de mon ’éducation musicale’. Je n’établis pas de hiérarchie forte dans ces découvertes musicales entre ce qui est ancien, et qui serait forcément important, et un jeune groupe ou artiste qui vient d’apparaître sur une scène locale. Ma curiosité et mon intérêt resteront comparables tant que le groupe ou l’artiste en question sera en mesure d’apporter ces sensations particulières qui m’attirent indépendamment des genres.

Je ne suis peut-être pas réellement éclectique dans mes goûts musicaux, et peut-être sont-ils en fait très cohérents, traversant plusieurs genres tout en partageant plusieurs constantes: une attirance pour l’étrangeté et la transgression des normes, même lorsqu’elle est légère, une appréciation des atmosphères personnelles et des textures qui ne sacrifient pas l’approche mélodique. À une musique techniquement impressionnante, je préférerai toujours une texture singulière. J’aime assez naturellement aller vers des musiques expérimentales, mais l’accroche mélodique a en même temps une importance primordiale, même si elle est très discrète. Je suis clairement sensible aux mélodies mélancoliques, mais lorsqu’elles ne sont pas chargées de pathos et qu’elles n’atteignent pas un sentiment de tristesse forcée. La mélancolie ne doit pas être trop démonstrative mais fragile, fugitive et légèrement inaccessible. Le décalage, quand un élément n’est pas exactement là où on l’attend, est peut-être le point qui m’est le plus important. Ça peut être, par exemple, une note ou une voix en décalage, un rythme ou une structure inhabituel, un contraste entre élégance et brutalité. J’ai souvent envie de mentionner dans mes textes ces petits déplacements marquants en relevant les minutes et les secondes exactes où ils interviennent, mais je me retiens. Une musique peut être extrêmement travaillée et sophistiquée, mais il faut qu’il y ait une aspérité, une atmosphère qui nous emporte au-delà du raisonnable. Le fait de reconnaître certaines qualités musicales indépendamment de leur genre permet de faire cohabiter des artistes très différents sans que cela soit réellement contradictoire. Mon goût musical est de ce fait plutôt transversal, moins organisé autour des genres que sur un équilibre entre ordre et désordre, beauté et étrangeté, familiarité et découverte. C’est probablement là que se trouve sa véritable cohérence.

始まりの合図鳴らしてしまったの

Le réveillon du 31 Décembre 2025 comptait dans les plus tranquilles qu’on ait passé, en regardant comme d’habitude l’émission de la NHK Kōhaku Uta Gassen (NHK紅白歌合戦). Cette année, j’ai pu regarder l’émission depuis le début, ce qui est plutôt rare car on loupe toujours le début en raison de courses de dernière minute. Cette année était un peu différente car le fiston n’était pas à la maison, assistant avec un de ses copains aux concerts du Nouvel An Countdown 2026 à Makuhari Messe. Nous avions ouvert une bouteille de champagne qui n’a pas suffit pour la soirée, mais j’avais naturellement prévu ce cas de figure. L’émission Kōhaku ne m’a pourtant pas beaucoup intéressé mais j’ai apprécié le fait de n’en avoir aucune attente particulière. Je voulais voir aespa, qui est le seul groupe de K-Pop du moment qui m’intéresse, mais elles n’étaient que trois sur scène car Ningning était bizarrement tombée malade, ce qui ressemble beaucoup à un contre-coup de la polémique sur la lampe atomique qu’elle a montré sur un de ses réseaux sociaux. Je voulais également voir AiNA The End pour son morceau On the Way (革命道中) composé, écrit et arrangé par Shin Sakiura. Sa prestation lors du Japan Record Awards (日本レコード大賞) était par contre plus intéressante, notamment parce qu’on a appris que sa petite sœur faisait partie des danseuses l’accompagnant. C’est un détail que le présentateur de la cérémonie, Shinichirō Azumi (安住紳一郎), avait pris le temps de préciser dans le flot programmé de la cérémonie. Je trouve que Kōhaku présenté par Hiroiki Ariyoshi (有吉弘行) ne prend plus ce genre de petites libertés. Même Haruka Ayase (綾瀬はるか) dont on aime et attend pourtant les petits écarts involontaires et les imprévus, semblait un peu trop stoïque.

Un des problèmes de Kōhaku est qu’elle arrive après toutes les autres émissions musicales de fin d’année, que nous regardons pour la plupart, et on a eu le temps de se lasser d’écouter les mêmes morceaux. On pouvait quand même apprécier le passage du groupe HANA avec leur créatrice Chanmina (ちゃんみな). Leur prestation lors du Japan Record Awards était quand même beaucoup plus marquante, en pleurs après avoir reçu le prix des meilleures nouvelles artistes. Le passage de Sakanaction (サカナクション) était remarquable pour leur excellent single Kaijū (怪獣), qui date quand même un peu maintenant, mais ils n’étaient pas vraiment obligés d’interpréter Shin Takarajima (新宝島) en medley. Ce Kōhaku était la dernière représentation du groupe Perfume. Comme je suis volontairement complètement passé à côté de toute leur carrière, je n’ai aucune émotion particulière sur leur mise en pause indéfinie, mais j’espère au moins que Nocchi continuera en solo. C’est ce que Sheena Ringo avait essayé de lui faire comprendre en l’invitant seule sur le single 初KO勝ち. Je me demande même si ce n’est pas Ringo qui a semé la zizanie dans le groupe, mais il s’agit là d’une pure supposition non vérifiée. De Perfume, j’ai toujours apprécié Nocchi mais eu beaucoup de mal avec les deux autres (qu’il ne faut mieux pas entendre parler). Une bonne surprise était la dernière de Hiromi Go (郷ひろみ) qui a finalement eu la présence d’esprit de comprendre qu’après 38 passages à Kōhaku, il était temps de laisser sa place aux jeunes générations. Il était malgré tout un point de repère et passage obligé de l’émission qui nous permettait à chaque fois de commenter sur le fait qu’il ne vieillit plus malgré les années qui passent. On pouvait faire ce même commentaire sur Seiko Matsuda (松田聖子) qui clôturait l’émission après quelques années d’absence, suite au décès de sa fille. Loin d’apprécier ses chansons, sa présence sur scène attire pour sûr les regards, comme ça pouvait être le cas pour la légende vivante du rock Eikichi Yazawa (矢沢永吉) qui a surpris et impressionné tout le monde en arrivant sur la scène du grand hall de la NHK, un peu à la manière du groupe B’z l’année dernière. C’était certainement le meilleur moment de l’émission, avec le passage d’Aimyon (あいみょん) qui a une nouvelle coupe de cheveux courte qui lui va vraiment très bien et un nouveau morceau intitulé Belt of Venus (ビーナスベルト) que j’aime beaucoup même si ça reste du Aimyon des plus classiques. J’écoute beaucoup ce morceau qui me fait du bien, sans que je puisse vraiment en expliquer la raison.

La soirée d’un peu plus de quatre heures passe très vite lorsque l’on commente chaque passage. On ne s’est finalement pas ennuyé jusqu’à l’émission Yuku Toshi Kuru Toshi (ゆく年くる年) annonçant les dernières minutes de l’année au milieu de sanctuaires de divers lieux au Japon. J’aime quand cette émission montre des sanctuaires perdus sous la neige en forêt de montagne, mais cette configuration manquait malheureusement à l’appel. Cette courte émission nous met toujours en condition pour sortir nous mêmes dans le froid une fois minuit passé, en direction du sanctuaire le plus proche. Il y a toujours foule et le gobelet d’amazake gracieusement offert sur place est toujours le bienvenu. Même le petit bol de shiruko valait le détour cette année. Je pense que la qualité intrinsèque de ces boissons chaudes augmentent proportionnellement aux températures froides extérieures. Il y a une longue file d’attente pour la première prière de l’année au sanctuaire mais nous préférons revenir le lendemain.

En cette dernière journée de l’année, nous avons mangé des soba un peu plus tôt dans la soirée, comme le veulent les traditions. Nous avons choisi un restaurant de soba historique du style Edo, le Toranomon Osakaya Sunaba (虎ノ門大阪屋砂場) situé près des tours de Toranomon Hills. Le restaurant a été fondé en 1872 et le bâtiment actuel date de 1923. Il s’agit d’une propriété culturelle enregistrée comme importante et son emplacement encastré entre des immeubles récents rend l’endroit tout à fait unique. Il aura fallu attendre un peu moins d’une heure dans le froid pour avoir une place car les réservations n’étaient pas possibles le 31 Décembre. Nous avons donc beaucoup apprécié les soba une fois installés au chaud dans le vieux restaurant.

孤独な一日が静かに押し寄せる

Kameari (亀有), le Samedi 7 Juin 2025.

Tous les ans lorsque l’été étouffant démarre, je me demande comment je vais aborder les nouveaux billets de Made in Tokyo, car l’inspiration est en général en berne et le nombre de visiteurs est également inférieur aux autres mois. Je parcours alors les archives des mois d’été des années précédentes pour me rendre compte que j’étais quand même relativement actif. Je prends alors mon courage à deux mains, tout en réfléchissant à un mode de publication estival. Je me suis décidé pour un modèle de billet avec deux photographies suivies de sous-titres, comme pour les quelques billets récents, mais le fait d’énoncer ici le format de ce modèle de billet m’en fera peut-être changer bientôt. Les deux photographies ci-dessus ont été prises dans le quartier de Kameari (亀有) au Nord Est de Tokyo alors que je me dirigeais depuis la station d’Ayase vers le SKWAT Kameari Art Center.

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025. Kugahara (久ヶ原), le Dimanche 15 Juin 2025.

Le monstre coloré de la première photographie est posé devant la boutique 6%DOKIDOKI emblématique d’Harajuku. Elle a été fondée en 1995 par Sebastian Masuda, qui est lui-même une figure centrale du mouvement kawaii, ayant grandement contribué à définir l’identité visuelle de Kyary Pamyu Pamyu, notamment pour les décors de ses vidéos. La notoriété de la boutique s’est entre autres propagée par ses vendeuses au look excentrique très coloré jouant également les modèles, comme par exemple Yuka Mizuhara, la sœur de l’actrice et modèle Kiko Mizuhara. Elles ont également beaucoup contribué à la notoriété visuelle du magasin en apparaissant dans les magazines comme FRUiTS, que j’ai deja mentionné sur ces pages.

Je possède d’ailleurs un numéro du magazine FRUiTS, le 166 du mois de Mai 2011 avec justement Kyary en couverture. Je ne l’avais bien entendu pas choisi par hasard. Voir Kyary en photo à cette époque me rappelle un épisode de l’émission vidéo web Otaku-Verse Zero d’Août 2011 animée par Yū Asakawa (浅川悠), actrice de doublage (qu’on appelle seiyū) et Patrick Macias, Otaku notoire mais revendiqué. Kyary y était interviewée lors d’un événement organisé par Sebastian Masuda dans le Department Store de PARCO (l’ancien maintenant remplacé par le complexe actuel). C’était le tout début de sa carrière, car elle n’avait sorti que son premier single PONPONPON qui était très vite devenu un succès. Et en évoquant Patrick Macias, je pense en avoir déjà parlé mais je continue à écouter assidûment le podcast hebdomadaire Pure TokyoScope qu’il anime avec Matt Alt. On y parle beaucoup de culture Otaku, sur laquelle je ne suis pas toujours familier comme l’univers du Tokusatsu dont la star est Godzilla, mais le ton humoristique des émissions m’amuse toujours beaucoup et j’y reviens chaque semaine. Je n’ai pas d’appétit particulier pour les vieux films de monstres japonais, ni pour les robots à la Gundam, mais je garde quelques souvenirs très éparses d’un film d’animation Macross que l’on m’avait prêté il y a très longtemps en cassette VHS. Je ne sais pas de quel épisode il s’agit mais je me souviens très bien d’une scène dans les espaces futuristes d’un immense vaisseau-ville spatial. Cette scène m’avait fasciné mais j’en ai complètement perdu la trace à part ces quelques images floues qui traînent dans un recoin de mon cerveau, derrière une porte que j’ai du mal à ouvrir. Il me manque parfois la clé me donnant accès à mes propres souvenirs. Ce blog me permet d’en conserver quelques uns avant qu’ils ne finissent par disparaître un jour ou l’autre.

Et dans la playlist du mois de juillet, qu’ajoute-t-on, me demanderiez-vous peut-être d’un air impatient?  Je reviens une nouvelle fois vers le groupe XAMIYA composé d’Airi Kamiya et de Xansei avec deux nouveaux singles dont celui intitulé GG sorti le 30 Mai 2025. Ce single assez court mélange un esprit rock avec une electro-pop faite de synthétiseurs un peu rétro. Le rythme est extrêmement accrocheur avec une percussion assez mécanique et une basse très présente, et le chant de Kamiya un peu punk sur les bords. J’écoute ensuite le sixième single du duo intitulé Futari, sorti le 11 Juillet. Ce nouveau morceau est très différent de GG, plus posé avec une mélancolie légère et intime. Musicalement, le morceau est très bien dosé, avec une instrumentalisation assez minimaliste au tempo modéré et une chaleur palpable. Il y a quelque chose de très naturel et d’évident dans le chant de Kamiya, ce qui me plait beaucoup sur ces deux morceaux. Et allez savoir pourquoi, ma playlist se tourne ensuite vers quelques morceaux de K-Pop, en commençant par celui intitulé Earthquake par JISOO, en solo échappée du groupe Blackpink. Je n’ai jamais apprécié Blackpink mais cet earthquake de JISOO est quand même assez excellent. Et je poursuis ensuite avec Dirty Work du groupe aespa. Le morceau n’est certes pas aussi marquant que Supernova ou Whiplash mais j’aime son atmosphère hip-hop assez froide et industrielle. Je bifurque ensuite vers l’artiste sino-américaine Lexie Liu et son single Pop Girl sorti en Mars 2025. J’accroche immédiatement au rythme electro-pop très prononcé et joueur. Ces petits moments de pop mainstream insouciante dans ma playlist font beaucoup de bien.

Je découvre tout récemment la chanteuse Hong-Kongaise Li Zelong (李澤瓏) avec un single intitulé Habit (習癖) sorti l’année dernière, en Juin 2024. Elle chante en fait en japonais sur ce morceau et est distribuée par Avex Hong Kong. Je l’ai découverte à travers un groupe Discord dédié à Sheena Ringo qui notait que Li Zelong avait interprété sur son compte Instagram une reprise au piano et au chant du morceau Poltergeists (ポルターガイスト) de l’album KSK de Sheena Ringo. Sa reprise étant très convaincante, je suis partie à la recherche de sa musique sur YouTube pour tomber assez rapidement sur ce morceau intitulé Habit (習癖). Ma grande surprise était de constater que ce morceau a été écrit, composé, arrangé et produit par Seiji Kameda. Je note même une certaine ressemblance ou mimétisme dans certaines sonorités de sa voix (notamment sur les paroles 静かに押し寄せる) et dans sa manière d’être dans la vidéo du morceau qui me rappelle Ringo au début des années 2000. Le morceau est en tout cas très bon et c’est un grand plaisir de découvrir ce genre de petites perles musicales.

目が眩むほど光る dimension おやすみ異世界

Je n’avais pas pris de photos depuis le 38ème étage de la tour de Yebisu Garden Place depuis très longtemps. En prenant les photographies ci-dessus, j’avais en tête celles prises il y a plus de 15 ans sous le titre Pattern Recognition. Les vitrages de la tour viennent refléter la ville comme des miroirs et m’avaient donné cette impression d’être un mécanisme de reconnaissance automatique de motifs. Un des points d’observation aménagés du haut de la tour donne une vue en direction de Roppongi, Akasaka et la Tour de Tokyo. Près des ascenseurs, les grandes baies vitrées en angle sont plus intéressantes, car elles permettent à certains endroits cet effet de miroir. Ce point de vue nous montre Shibuya puis Shinjuku au loin. Nous avons déjeuné dans cette tour pour un anniversaire. L’emplacement de notre table nous donnait une autre vue encore.

De gauche à droite: 嚩ᴴᴬᴷᵁ, cyber milk ちゃん, MANON, nyamura et devant KAMIYA, pour le singe GALFY4 produit par Masayoshi Iimori (マサヨシイイモリ).

J’aime faire des grands écarts musicaux en ce moment car ce qui va suivre est très différent de la musique que j’évoquais dans les deux derniers billets. Je reviens en fait très volontiers vers les atmosphères intenses et souvent maximalistes de l’hyper-pop japonaise. Une première excellente découverte est le single GALFY4 de KAMIYA avec plusieurs autres interprètes dont 嚩ᴴᴬᴷᵁ, MANON, nyamura et cyber milk ちゃん. Je suis arrivé sur ce morceau en faisant des recherches sur YouTube de collaborations musicales de 嚩ᴴᴬᴷᵁ avec d’autres artistes de ce même univers électronique et pop excentrique. Sur le morceau GALFY4, les cinq interprètes se relaient au chant en commençant et terminant par KAMIYA qui est l’artiste menant le morceau dans son ensemble. Elle est suivie de cyber milk ちゃん, nyamura, 嚩ᴴᴬᴷᵁ et MANON. La production du morceau est assurée par Masayoshi Iimori (マサヨシイイモリ), dont j’ai déjà plusieurs fois parlé sur Made in Tokyo pour sa participation à certains morceaux de 4s4ki. Il apporte sur ce morceau des sons influencés par l’Euro Beat avec toute l’extravagance sonore de l’Hyper Pop. J’adore la manière par laquelle il vient ajouter un rythme un peu haché qui agit comme un révélateur sur la voix neutre et détachée de cyber milk ちゃん. nyamura continue ensuite avec un ton de voix un peu similaire mais avec un auto-tune renforcé qui donne des effets intéressants sur certaines fins de ses phrases. On reconnaît ensuite immédiatement la voix de 嚩ᴴᴬᴷᵁ qui poursuit ensuite brillamment le morceau en se fondant assez bien avec le style de voix de nyamura. On trouve une certaine constante qui se casse par l’intervention beaucoup plus agressive de MANON. Je ne me lasse pas de ce morceau que j’ai écouté des dizaines de fois.

Le single GALFY4 me pousse même à écouter quelques autres morceaux de cette formation, en démarrant par cyber milk ちゃん, dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à maintenant. J’écoute son single intitulé Sunkissed sorti en Juin 2024. Sa voix éthérée est très particulière car extrêmement modifiée et donne une impression d’être en dehors de toute réalité. Le rythme du morceau riche en basse sourde est assez lent, mais son phrasé est rapide et continu composé de successions de rimes. Cette atmosphère sonore m’attire beaucoup. J’y trouve quelque chose d’estival comme le suggère le titre du morceau et la vidéo qui l’accompagne, tournée au bord de l’océan. Je me tourne ensuite vers la musique de nyamura avec son dernier morceau When the Linalia Blooms (リナリアが咲いて) sorti le 1er Février 2025. Le personnage de la couverture du single me rappelle un peu les princesses du manga Ah My Goddess! (ああっ女神さまっ) dont j’avais vu certaines OVA (Original Video Animation) au début des années 1990 sur une cassette VHS qui se copiait de personne en personne car les OVAs n’étaient pas aussi disponibles à l’époque qu’elles le sont actuellement. Le morceau When the Linalia Blooms est basé sur les sons d’une guitare acoustique sur lesquels vient se poser la voix de nyamura pleine d’ondulations vocales. Une constante de tous ses morceaux est l’utilisation de l’auto-tune qui vient lisser les voix mais n’enlève rien à la beauté des morceaux. Il faut dire que cet auto-tune n’est pas exagéré et parfois même assez subtil. Il vient même contribuer à une atmosphère onirique comme sur son très beau morceau you are my curse sorti en Juin 2023. Ces deux morceaux de nyamura sont magnifiques. Dans un style assez similaire à celui de nyamura, j’écoute également le très beau Kill Me With a Lie (嘘で殺して⋆。˚✩) d’angelize, dont je ne sais pratiquement rien. Le rythme devient plus agressif avec deux morceaux de la franco-japonaise MANON. Je connais son premier morceau xxFANCYPOOLxx, tiré de son premier album Teenage Diary sorti en Juillet 2018, depuis longtemps, peut-être même depuis sa sortie. Elle avait 15 ans à cette époque et ce morceau de hip-hop léger évoque des épisodes de la vie quotidienne d’une jeune icône en devenir de la jeunesse japonaise. Le morceau sample le titre Lolita Ya Ya de Nelson Riddle tiré de la musique du film Lolita de Stanley Kubrick. Il possède une certaine drôlerie contagieuse et représente bien le brin de folie qui circule dans la musique de MANON. J’écoute également son dernier single intitulé Nobody Like きゅん sorti le 19 Décembre 2024, qui a une approche rock assez déstructurée. Ses morceaux ont une qualité underground et une grande liberté qui me plaisent beaucoup, comme l’excellent L.M.S.N (pour Let’s Make Some Noise) avec Kyunchi sorti en 2023. Le morceau démarre par un beat sourd comme si on pénétrait dans un club en sous-sol en pleine nuit. Le hip-hop qui vient accompagner ce beat très marqué est très accrocheur se laisse ensuite emporter par des sons techno jusqu’au slogan Let’s Make Some Noise servant de refrain et d’hymne pour le dance floor. Je reviens ensuite sur le EP Imaginary Friend de 嚩ᴴᴬᴷᵁ que j’avais précédemment évoqué car j’ai beaucoup écouté son dernier morceau intitulé 489. J’écoute maintenant beaucoup le EP en entier et il me donne encore une fois l’impression d’entrer dans un tout autre monde. Il faut bien sûr accrocher à la voix très modifié et aiguë à la limite du kawaiisme de Haku. Le contraste entre sa voix et l’électronique hyper-pop est vraiment prenant et est pour moi tout à fait fascinant. Le quatrième morceau OYASUMI (おやすみ), produit par KOTONOHOUSE, est un très bon exemple de ce contraste commençant doucement avec une voix presque chuchotée qui vient se crasher peu après avec une composition électronique particulièrement brutale. J’aime beaucoup cet EP mais je me dis qu’il n’est peut-être pas facile d’accès pour les néophytes de ce type d’atmosphère (comme un certain nombre de morceaux de cette sélection d’ailleurs).

Je n’écoute pas beaucoup de musique K-Pop mais je reste curieux des sorties du groupe aespa (에스파), depuis Supernova et Whiplash. Le single hot mess n’est pas le plus récent du groupe mais il attire mon attention car il est en partie chanté en japonais. Rappelons que l’une des quatre membres du groupe, Giselle, est japonaise même si son nom de scène ne le suggère pas vraiment. Il y a une dynamique particulièrement soutenue dans ce morceau. Mais même si le morceau est en partie chanté en japonais, il conserve la plupart des codes de la K-Pop. La raison pour laquelle j’aime certains morceaux d’aespa par rapport à ceux d’autres groupes K-Pop reste pour moi un peu mystérieux. Je pense que la combinaison de leurs quatre voix fonctionne très bien, et leur interprétation de Supernova pour The First Take ne contredira pas cela. La vidéo de hot mess a également une inspiration japonaise. Sur certaines scènes de la vidéo, les quatre membres du groupe viennent envahir la ville comme des Eva ou des Anges de Néon Genesis Evangelion. Elles n’écrasent heureusement pas tout sur leur passage. J’écoute également le morceau RulerxRuler du duo REIRIE dont la vidéo a également la particularité de les montrer envahissant Tokyo, le grand carrefour de Shibuya pour être précis. Le single RulerxRuler est plus proche d’un morceau d’idole mais passé à l’accélérateur, avec un rythme exagérément poussé à l’excès, ce qui rend le morceau très interessant, voire même addictif. J’aime beaucoup la dynamique du morceau qui bouscule tout sur son passage. Il y a une agressivité certaine dans cette musique, en décalage assez net avec les morceaux classiques d’idoles, qu’elles ne sont à priori plus.

Pour terminer cette sélection qui était d’abord pour moi assez disruptive mais qui entre maintenant dans ma zone de confort à force d’écoutes après des journées difficiles, je reviens vers le hip-hop japonais avec un morceau assez décapant intitulé Boss Bitch par la rappeuse 7 (ナナ). J’adore sa voix très convaincante qui possède une certaine nonchalance tout en étant très maîtrisée. Son flot sans interruptions s’impose immédiatement pour un hip-hop dont on a ensuite du mal à se detacher tant son rythme nous reste en tête. Il s’agit du deuxième morceau du EP intitulé 7 sorti en Novembre 2023. 7 a 24 ans et est originaire de la préfecture de Wakayama. Elle est devenue rappeuse après avoir vu un concert d’Awich qui a joué comme un électrochoc alors qu’elle vivait en Neet (ニートpour Not in Education, Employment, or Training) à cette époque de sa vie (comme nyamura d’ailleurs). Je trouve qu’on reconnait tout de suite cette inspiration d’Awich dans le morceau Boss Bitch. Avant de découvrir ce morceau, les algorithmes de YouTube, qui me recommandent assez souvent ce que j’ai envie d’écouter, m’ont amené vers le morceau PARALLEL (パラレル) produit par Chaki Zuku et interprété par Liza, une autre jeune rappeuse japonaise de 23 ans née en Russie. Ce morceau est un duo de Liza (à ne pas confondre avec LiSA) avec 7. Il a un certain humour dans ce morceau qui est malheureusement très court, faisant moins de deux minutes. Voici encore une fois de nombreuses nouvelles pistes musicales qui s’ouvrent à moi.