face B

Certains reconnaîtront peut-être la voiture rouge orangée de la deuxième photographie, car elle m’avait beaucoup inspiré sur un précédent billet que j’avais intitulé take the fender to the red car and hit the road to nowhereland. En relisant ce billet écrit il y a un peu plus de deux ans, je me rends compte que je peux parfois être très inspiré. La musique que j’écoutais à ce moment là et les guitares Fender vues dans la grande boutique d’Harajuku ont très certainement participé à cette inspiration. Les guitares Fender étaient d’ailleurs un des nombreux sujets de discussion avec Nicolas que j’ai eu grand plaisir à retrouver lors de son passage quasi-annuel (enfin pas tout à fait) à Tokyo. C’était l’occasion de parler de vives voix des choses diverses et variées qui nous passionnent, notamment de musiques et du Japon, assis à une table à l’étage d’un petit izakaya de Shinjuku. Je ne sais plus si on a parlé à cette occasion de séries télévisées japonaises, ou si c’était plus tard par messages interposés. J’ai en tout cas terminé la première saison de la série VIVANT (ヴィヴァン) dont on parle tant en ce moment en raison de la diffusion de la deuxième saison. La première saison réalisée et scénarisée par Katsuo Fukuzawa (福澤克雄) et initialement diffusée par TBS en 2023 m’a clairement tenu en haleine. Katsuo Fukuzawa est connu pour avoir réalisé la série Hanzawa Naoki, avec également l’acteur Masato Sakai (堺雅人). Je ne l’avais pas vu à l’époque malgré son énorme succès car j’avais été refroidi par une impression de sur-jeu permanent des acteurs. Ce n’est peut être qu’une impression car je n’ai au final pas regardé cette série, mais cette impression était la raison pour laquelle j’ai mis autant de temps à me plonger dans VIVANT. J’ai été agréablement surpris par le jeu des acteurs, une belle brochette d’acteurs et d’actrices, il faut bien le dire, car on y retrouve Masato Sakai dans le rôle principal, Hiroshi Abe (阿部寛) dans le rôle d’un agent police tenace au sourire malicieux, Fumi Nikaidō (二階堂ふみ) et Kōji Yakusho (役所広司) entre beaucoup d’autres. Les rebondissements incessants m’ont pourtant un peu désorientés, le réalisateur manipulant à plusieurs reprises l’avis que peut avoir le public sur certains des personnages clés. Ces rebondissements sont intéressants et surprenants, mais me donnent un peu l’impression que le scénario a été écrit épisode après épisode, et qu’on hésite souvent à donner le mauvais rôle à des acteurs unanimement reconnus, genre Kōji Yakusho, enfin son personnage, celui qui nous avait touché la même année dans le film Perfect Days de Wim Wenders, peut-il vraiment être mauvais? Cette série reste épique et je comprends tout à fait qu’elle puisse compter parmi les grands moments télévisés. Les excellentes séries japonaises, souvent exclusives aux plateformes de streaming, sont assez nombreuses. Je repense bien sûr à Tokyo Swindlers (地面師たち, Jimenshitachi), Sins of Kujo (九条の大罪, Kujō no Taizai), The Hell You Fall Into (地獄に堕ちるわよ, Jigoku ni Ochiru wa yo) et la série Gannibal (ガンニバル) réalisée par Shinzō Katayama (片山慎三).

De ce dernier réalisateur et dans la même lignée du thriller horrifique, j’ai beaucoup aimé la récente série en huit épisodes Human Vapor (ガス人間). Je n’avais pas un bon apriori car le titre me laissait imaginer une histoire de super-héros, mais il n’en est rien. Human Vapor de Shinzo Katayama réactualise un classique de la science-fiction japonaise de la Toho, The Human Vapor (ガス人間第一号), film de 1960 réalisé par Ishirō Honda, le réalisateur de Godzilla. Il ne s’agit cependant pas d’une adaptation directe mais d’une histoire entièrement nouvelle. La série sortie le 2 juillet 2026 se base sur une coopération japano-coréenne avec un scénario de Yeon Sang-ho (연상호) et Ryu Yong-jae (류용재). Les acteurs et actrices sont par contre tous japonais. La série est centrée sur le duo Shun Oguri (小栗旬), jouant un inspecteur de police, et Yu Aoi (蒼井優), interprétant une journaliste menant sa propre enquête sur le fameux homme vapeur brillamment interprété par UTA. UTA Uchida (内田雅樂) est avant tout un mannequin de mode et cette série est son premier rôle d’acteur. Rien de très surprenant de le voir à l’écran car il est le fils de l’acteur Masahiro Motoki (本木雅弘) et de l’écrivaine Yayako Uchida (内田也哉子), elle-même fille de la grande actrice Kirin Kiki (樹木希林) et de la figure du rock Yūya Uchida (内田裕也). La série se base sur un deuxième duo composé d’un frère et d’une sœur youtubeurs interprétés par Suzu Hirose (広瀬すず) et Kento Hayashi (林遣都), menant également leur propre enquête sur les mystères de l’homme de gaz. J’ai été surpris par le personnage de Suzu Hirose car je ne l’ai d’abord pas reconnu. Dans la série, on remarque aussi la binôme policière de Shun Oguri pour son look à la garçonne avec cheveux courts et son air déterminé. Elle est interprétée par Haruka Imou (芋生悠). J’avais découvert cette actrice il y a huit ans dans la vidéo du morceau Kick in the world de Haru Nemuri, thème central d’un court métrage intitulé The eternal / spring réalisé par Takudai Koyama (児山拓大). Elle y interprétait le rôle de la guitariste et chanteuse d’un groupe fictif appelé Utopia, dans un faux documentaire suivant la formation du groupe et la création de ses morceaux. C’était un des premiers rôles de Haruka Imou. L’intrigue de Human Vapor est passionnante. L’histoire commence par la mort étrange d’un professeur victime d’un phénomène inexplicable pendant une émission de télévision en direct. Le responsable de sa mort est un homme capable de transformer son corps en gaz, et donc de passer à travers les obstacles et de disparaître sans laisser de traces. L’inspecteur Kenji Okamoto (Shun Oguri) et la journaliste Kyoko Kono (Yu Aoi) tentent de comprendre qui est cet homme et pourquoi il tue, et leur enquête les conduit progressivement vers un ancien projet secret étrange et malsain conduit dans les montagnes de Yamanashi.

Lors de notre rencontre à Shinjuku, Nicolas a eu la gentille attention de m’offrir un album en CD pour mon anniversaire, déniché dans le Disk Union que je lui avais recommandé à Shinjuku. Je découvre donc l’excellent EP Emissions du groupe ROSSO sorti en 2006. ROSSO est un projet formé autour de Yūsuke Chiba (チバユウスケ) du groupe Thee Michelle Gun Elephant (TMGE) au chant et à la guitare et Toshiyuki Terui (照井利幸) de Blankey Jet City à la basse. Cette formation démarra en 2001 avec MASATO à la batterie puis se transforma après la séparation de TMGE avec le remplacement du batteur par Minoru Sato (サトウミノル) et avec l’ajout d’un deuxième guitariste Akinobu Imai (イマイアキノブ), tous les deux anciens membres du groupe Friction. J’aime beaucoup ce que j’écoute sur les quatre morceaux, souvent assez longs, du EP. Le chant tout en tension de Yūsuke Chiba nous rappelle bien sûr Thee Michelle Gun Elephant, mais l’ambiance musicale est en fait assez différente. TMGE est frontal et nerveux alors que ROSSO est plus atmosphérique dans son approche. Le long morceau de plus de 10 minutes Hakkō (発光) qui conclut le EP est un bon exemple. C’est un des plus beaux morceaux du EP Emissions, un des plus sombres et hypnotiques, avec une guitare Gretsch G6119 Tennessee Rose émettant des accords se détachant dans l’espace comme des éclats de lumière. Cette ambiance me rappelle un peu ce que j’ai pu écouter dans les projets solo de Benji. J’adore de toute façon la voix habitée de Chiba qui dégage une rage profonde quand elle se déclenche. Sur Emissions, j’ai tout de suite été très attiré par un autre très long morceau de dix minutes, le deuxième intitulé ROOSTER. Chiba le chante comme une fable hallucinée, composée d’images étranges d’un coq (le ‘rooster’ du titre) dont le narrateur arracherait les plumes une à une pour y écrire des messages et d’antennes capables de capter les pensées et les messages venus d’ailleurs mais qui surveillent plutôt l’arrivée éventuelle de missiles. Dans son histoire qu’il narre avec un débit presque parlé, cette manière de laisser dériver les mots et les images apparemment absurdes et poétiques me rappellerait même Jim Morrison. Il y a un passage de ROOSTER qui a particulièrement attiré mon attention, celui avec le paon à la fin de la deuxième partie. Dans les paroles, Chiba évoque d’abord une fille, vêtue d’une robe teinte à l’orange, descendant une colline et trouvant une des plumes envoyées par le narrateur sur laquelle est écrit le message « LOVE & PEACE ». Elle y répond avec un minuscule « FUCK YOU », puis, dans sa maison, demande à sa mère quand le paon viendra enfin. 「ねぇクジャクはいつになったら飛んでくるの?」 (Dis, quand est-ce que le paon viendra voler jusqu’ici ?). Ce passage joue sur l’absurde et l’inquiétant, sans apporter d’explication précise. Le paon semble représenter quelque chose d’attendu mais qui n’arrive jamais.

L’invocation soudaine du paon dans cette histoire irréelle m’intrigue beaucoup, tout comme j’ai toujours été intrigué par l’utilisation du paon dans l’imagerie créée par Sheena Ringo pour accompagner son groupe Tokyo Jihen. Le paon évoque pour moi la courte nouvelle de Yukio Mishima (三島由紀夫) intitulée Les paons (孔雀, Kujaku). J’ai lu cette nouvelle en France, bien avant de venir vivre à Tokyo. Elle était publiée dans le Tome III d’une Anthologie de Nouvelles Japonaises (1955-1970) éditée chez Philippe Picquier. C’est la première oeuvre que j’ai lu de Yukio Mishima, avant même le Pavillon d’Or. Je pense que ce tome III d’Anthologie de Nouvelles Japonaises m’avait été offert mais je ne me souviens plus exactement en quelles circonstances. Les Paons ouvre ce recueil contenant douze nouvelles. On y suit un personnage narcissique très affecté par le déclin de sa propre jeunesse et de sa beauté physique. Il développe un comportement de plus en plus cruel qui l’amène à commettre l’acte barbare de massacrer sauvagement les paons d’un parc. Sa fascination pour la splendeur visuelle de ces oiseaux et la jalousie obsessionnelle qu’il développe face à la perfection esthétique de la nature le pousse à détruire ce qu’il admire. L’écriture de Mishima m’avait beaucoup impressionné. Elle m’impressionne toujours sans pourtant avoir aucune affinité avec certaines déviances qui l’ont amené à l’irréparable à la fin de sa vie. Dans ce même recueil, je me souviens également avoir été marqué par la nouvelle Les Crabes (カニ) écrite par Junzō Shōno (庄野潤三) en 1959. Je ne me souviens plus de l’histoire mais il me reste des images d’une famille de Tokyo louant une petite maison de vacances au bord de la mer pour l’été. Nous sommes sur la côte de la péninsule de Miura ou de la grande zone côtière du Shōnan qui inclut Kamakura. Je ne savais pas encore à l’époque que je côtoierais autant le Shōnan. C’est amusant de constater comment la mémoire fonctionne parfois car je me souviens très bien du personnage de Kumagai, l’ami un peu original du protagoniste. À chaque fois, encore maintenant, que je rencontre quelqu’un appelé Kumagai, je repense de manière un peu nostalgique à la maison de vacances au bord de la mer de cette nouvelle. Cette maison estivale au bord de l’océan et le massacre de paons magnifiques sont les deux scènes antagonistes de cette anthologie qui me restent assez clairement en mémoire.

J’indiquais ci-dessus que l’utilisation du paon comme symbole de Tokyo Jihen m’a depuis longtemps intrigué. Une des raisons est que j’ai toujours imaginé un possible lien entre Sheena Ringo et Yukio Mishima. Il n’y a cependant aucune déclaration de Ringo qui puisse faire penser qu’il existe une référence cachée entre le paon de Tokyo Jihen et Mishima. Le paon de Sheena Ringo semble plutôt partir d’une origine bouddhiste qu’elle a d’ailleurs expliqué avec le morceau Kujaku (孔雀), qui ouvre l’album Music (音楽) de Tokyo Jihen en 2021. Elle a elle-même établi un lien avec le morceau Tori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚) qui ouvre son album Sandokushi (三毒史, 2019). Le coq, le serpent et le porc correspondent aux trois poisons dans la tradition bouddhique (le désir, la colère et l’ignorance), tandis que le paon représente la capacité à absorber ces poisons et à les transformer. Cette idée est assez proche de la manière dont Ringo construit sa musique, mélangeant constamment des éléments très différents, du rock au jazz, de la musique pop aux références classiques et à l’électronique. Elle ne cherche pas à effacer les contradictions, mais plutôt à en faire quelque chose de nouveau. Le paon devient ainsi une assez belle image de cette façon de créer. La grande différence est que chez Yukio Mishima le paon est amené à être détruit en raison de sa beauté, tandis que le paon est pour Sheena Ringo le symbole d’une construction collective de beauté, alliant les forces de chaque membre du groupe. La représentation du paon amène donc à deux interprétations totalement opposées. Je garde cependant toujours en tête cette étrange coïncidence du 25 Novembre. Yukio Mishima est mort le 25 Novembre 1970, tandis que Ringo est née le 25 Novembre 1978. Là encore, bien qu’il n’y ait aucune déclaration mettant en avant cette coïncidence, on sait que Ringo est très sensible à ce genre de liens du destin. Après tout, on peut facilement rapprocher l’intérêt de Ringo pour les tenues de scène Gucci au fait que son directeur artistique était entre 2015 à 2022 Alessandro Michele, né également un 25 novembre. Bien qu’il n’y ait pas de rapprochements explicites, je trouve quand même certaines correspondances dans l’approche artistique, théâtrale comme peut l’être la beauté ostentatoire du paon. Les deux accordent beaucoup d’importance à la construction de l’apparence et à la transformation du corps en quelque chose allant au delà d’une simple réalité physique. Mishima l’a fait de manière très consciente avec son propre corps et son image publique. Ringo, de son côté, a toujours joué avec les personnages, les costumes et les différentes apparences de sa carrière. Je vois ici une correspondance esthétique, mais qui à mon avis ce limite à cela.

Avant l’écoute de ROSSO mais après ma première rencontre avec Thee Michelle Gun Elephant (on peut aussi les appeler avec le raccourci Michelle) sur l’album High Time de 1996 mentionné dans un billet précédent, j’ai continué ma découverte progressive du groupe avec Sabrina Heaven sorti en 2003. L’album reste fidèle à ce que je connais de Michelle sur High Time avec des guitares très présentes et souvent très rapides et nerveuses pour un son sec et brutal. La batterie aussi est nerveuse, et la basse lourde. Quand à la voix de Yūsuke Chiba, elle ne se laisse pas impressionner un seul instant par ses déferlantes sonores. Sa voix rugueuse est souvent éraillée mais possède également un petit quelque chose de théâtral. Certains morceaux comme Taiyō o Tsukande Shimatta (太陽をつかんでしまった) et Gypsy Sandy (ジプシー・サンディー) nous accrochent tout de suite. Les morceaux s’enchaînent sans répits, les guitares du morceau Metallic (メタリック) par exemple vont à toute allure, mais quand le rythme ralentit un peu sur Maria to Inu no Yoru (マリアと犬の夜), je repense encore aux Doors. C’est surtout le clavier, qui apporte cette couleur beaucoup plus psychédélique et sixties, qui me rappelle les Doors, mais la voix de Chiba, quand elle s’apaise, a cet aspect poétique, incarnant une poésie sombre et étrange. Vers la fin de l’album, le morceau Marion (マリオン) m’attire tout de suite. La ligne de guitare et la tension mélancolique du morceau me font un peu penser à Teenage Angst de Placebo sur leur premier album, mais Michelle garde fortement son empreinte. Thunderbird Hills (サンダーバード・ヒルズ) part ensuite vers des terrains plus expérimentaux avec des guitares qui semblent improviser leurs envolées et toujours cette pointe de psychédélisme. J’imaginerais bien Kenichi Asai (浅井健一) accompagner Chiba sur ce morceau. Les deux hommes se connaissent d’ailleurs bien et les groupes Blankey Jet City et Michelle sont proches. Benji et Chiba utilisent d’ailleurs tous les deux des guitares Gretsch. On s’était posé la question avec Nicolas de savoir si Sheena Ringo avait des affinités avec Thee Michelle Gun Elephant. Ringo, Michelle et Blankey ont au moins joué sur la même scène du festival Rising Sun de Ezo à Hokkaido en 1999. On ne croyait pas si bien dire car il existe un petit extrait vidéo d’une interview du festival où la jeune Ringo, âgée de 20 ans, s’exclamait 「ミッシェル見なきゃ!」 (Il faut que je vois Michelle !). Le festival de Ezo en 1999 avait quand même une très belle affiche avec Blankey Jet City, Thee Michelle Gun Elephant, UA, Number Girl, Supercar et Sheena Ringo entre autres.

images sans paroles (γ)

Il y aurait bien des choses à dire sur quelques unes de ces images, mais je préfère une fois encore les laisser vierges de tout commentaire de ma part. Je dois cependant fortement me retenir car elles me poussent à écrire rien qu’en les regardant, écrire par exemple sur le contraste du béton blanc d’un ancien bâtiment qui semble résister aux façades de verre envahissantes des immeubles tout autour.

Côté musique, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo qui est décidément très active ces derniers mois. Après son single under experiment (実験中) sorti en digital au mois de Juillet dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet, voici le deuxième intitulé Hakujitsu no moto (白日のもと) sorti le 6 Août 2025, tous les deux regroupés sur un CD double face A sorti ce même jour. Je suis bien sûr allé l’acheter le jour de sa sortie au Tower Records le plus proche, celui de Shibuya en l’occurence. Tout comme under experiment, ce deuxième single Hakujitsu no moto garde un esprit rock très marqué bien que moins bruitiste que le premier (quoique). Ce single est dans la lignée directe du single A Life Supreme (至上人生) sorti il y a dix ans, notamment dans son approche vocale, sans pourtant être aussi marquant. C’est un morceau tout à fait convaincant et j’adore entendre Ringo reprendre clairement le chemin des guitares. Ce single a été composé comme thème de fin du film Kinki chihō no aru basho ni tsuite (近畿地方のある場所について) réalisé par Kōji Shiraishi (白石晃士) et sorti le 8 août 2025. Il s’agit d’un film d’horreur réalisé par un spécialiste du genre. La vidéo réalisée par Yuichi Kodama accompagnant le single ne reprend pas d’images liées au film, mais est d’une ’coolitude’ remarquable, tout à fait à l’image du morceau.

Ce retour marqué vers les guitares électriques sur ses deux derniers singles fait comme écho à un article du magazine web Ongaku Natalie (音楽ナタリー), publié le 25 juillet 2025, dans lequel il est demandé à plusieurs musiciens d’évoquer une chanson marquante du groupe Blankey Jet City. Cet article est en fait consacré à deux groupes, Blankey Jet City et Thee Michelle Gun Elephant, qui même après leur dissolution il y a plus de vingt ans, continuent d’exercer une influence importante sur la scène musicale rock japonaise actuelle. Sheena Ringo y évoque un morceau marquant de Blankey Jet City, un maxi-single en fait, qui a eu pour elle un impact émotionnel profond. Elle choisit le maxi-single Gasoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた) sorti en 1997 et voici ce qu’elle nous en dit:

このマキシシングルには、鮮烈な表題曲のみならず、嫌われ者、ピンクの若いブタという、危ないセッションが収められています。しらふのつもりが、いつの間にかガンギマリにされます。お三方だけがもたらしてくれる効き目の強いこと、そして長いこと。ひとたび聴けば、言葉を介する意味は独りでに失せ、感受性が毛羽立って来ます。たとえば「ロックとはなんぞや」そんな愚問へは黙って本作を挙げればよいのです。

Ce maxi-single contient non seulement un titre principal saisissant, mais aussi des sessions dangereuses telles que Kiraware mono (嫌われ者) et Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On croit demeurer lucide, et pourtant, sans s’en apercevoir, on se retrouve submergé, totalement possédé. L’effet puissant et durable que seuls ces trois musiciens peuvent susciter est saisissant. Dès la première écoute, le sens des mots s’évanouit de lui-même, et la sensibilité s’éveille, hérissée. Ainsi, face à la question naïve « Qu’est-ce que le rock ? », il suffit simplement de désigner cette œuvre, en silence.

そもそもである。彼らの眩しい作品群から、たった一曲のみ選べだなんて。私含む音楽屋にとってこんなむごい仕打ちがあるだろうか、いやない。BLANKEY JET CITYに曝露された時期がまだ少女期だった自分は、いまなお体が蝕まれている。そう感じます。私のアイデンティティは浅井健一氏の描く女性像により仕上げられました。命の根幹たる場所へ浪漫を据える姿勢、そのためなら枝葉を切り落とすのも辞さぬ勇気です。

Dès le départ, demander de ne choisir qu’un seul morceau dans l’éblouissant répertoire de ce groupe… Peut-on imaginer pire cruauté pour nous, gens de musique ? Non, certainement pas. Exposée à Blankey Jet City alors que j’étais encore une adolescente, je ressens encore aujourd’hui l’empreinte profonde qu’ils ont laissée en moi. C’est ce que je ressens au plus profond. Mon identité s’est façonnée à travers la figure féminine telle que dépeinte par Kenichi Asai (浅井健一). Son attitude consistant à ancrer le romantisme au cœur même de l’existence, et le courage qu’il montre, prêt à sacrifier le superflu pour cela, m’ont profondément marquée.

Le choix de Sheena Ringo de ce maxi single n’est pas une surprise, notamment pour le morceau Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On en avait longuement discuté dans les commentaires très pointus du billet intitulé se perdre dans un vert profond, le vert profond étant celui de Fukamidori (深緑) d’Ajico. Je ne reviendrais donc pas sur l’admiration profonde de Ringo pour Blankey et Kenichi Asai. On ne peut qu’être d’accord sur son choix et sur la difficulté de trouver un titre préféré de la vaste discographie du groupe. J’aime en tout cas beaucoup ces trois morceaux, dont Gasoline no Yurekata présent sur l’album Love Flash Fever de 1997. En ce qui me concerne, je pense que c’est le morceau D.I.J. Pistol (D.I.J.のピストル) de C.B.Jim (1993) qui m’a d’abord attiré vers la musique du groupe. Je n’ai pas encore tous les albums de Blankey Jet City, de son groupe Sherbets ou en solo, mais je pioche régulièrement dans sa vaste discographie, sans malheureusement prendre toujours le temps d’en parler ici. Le dernier CD que j’ai acheté au Disk Union du coin est l’album solo CHELSEA sorti en 2007, pendant de l’album Red Snake Shock Service sorti en même temps. Sur CHELSEA, rien que le premier long morceau Ai Shiteru (愛してる) a une beauté profonde, qui nous laisse vulnérable (裸で生まれて裸で死んでゆく).

Et en parlant de l’activité de Sheena Ringo en ce moment, évoquons également la très intéressante vidéo, toujours réalisée par Yuichi Kodama, pour la Face B Este Nuevo Problema (松に鶴) de son single La velada legendaria (芒に月). L’acteur Hamao Noritaka (濱尾ノリタカ) en est le principal protagoniste mais une mini-Ringo le poursuit dans ses moindres mouvements dans le très beau décor de l’hôtel Botanical Pool Club à Chiba.

Et en parlant de film d’horreur japonais, évoquons également les deux saisons de la série Gannibal (ガンニバル) réalisée par Shinzo Katayama et basée sur un manga du même nom de Masaaki Ninomiya, jouée entre autres par Yuya Yagira, Riho Yoshioka et Show Kasamatsu. Cette histoire à la fois passionnante et effrayante se déroule dans un village isolé cachant des sombres secrets liés à d’anciennes pratiques et révélés après la mystérieuse disparition d’un habitant sur laquelle enquête un officier nouvellement en poste.

Shibuya za rock

Les deuxième et troisième photographies de ce billet sont prises depuis un des derniers étages du Department Store PARCO de Shibuya. La troisième photographie montre une vue en contre-plongée de l’ancien Cinéma Rise reconverti en salles de concert WWW et WWWX. J’ai toujours aimé ce petit bâtiment atypique conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara et je suis particulièrement satisfait de voir qu’il a pu trouver une seconde vie après la fermeture du cinéma. Tokyo est en général sans pitié pour les vieux buildings qui faiblissent même s’ils ont été créés par des architectes reconnus. Je suis en fait venu au PARCO pour voir une petite exposition consacrée au magazine mensuel gratuit Kaze to Rock (風とロック). L’exposition intitulée Kaze to Rock to PARCO: Minna Waratteru (風とロックとPARCO:みんな笑ってる) se déroulait du 28 Avril au 8 Mai 2023 au PARCO Museum Tokyo situé au quatrième étage de PARCO. Je pensais d’abord que cette galerie se trouvait au dernier étage d’où le petit détour qui m’a permis de prendre les photographies ci-dessus. La galerie est en fait perdue au milieu des boutiques du grand magasin. J’avais déjà très brièvement évoqué le magazine Kaze to Rock après avoir acheté le livres de photographies de Mika Ninagawa car on y montrait une photographie de Sheena Ringo accompagnée des acteurs Shun Oguri, Lily Franky et Kenichi Matsuyama. Cette photographie était en fait tirée d’une édition spéciale du magazine Kaze to Rock sortie en Novembre 2006 et intitulée Kaze to Rock to United Arrows (風とロックとユナイテッドアローズ).

Le magazine Kaze to Rock a été créé en 2005 par le directeur créatif Michihiko Yanai (箭内道彦). Michihiko Yanai est originaire de Koriyama dans la prefecture de Fukushima. Après des études de design à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il travaille d’abord pour la grande agence publicitaire Hakuhodo et devient ensuite indépendant en 2003, créant sa propre agence Kaze to Rock Co. Limited qui est toujours active. Ce nom n’est pas choisi par hasard car en plus d’être professeur à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il est également guitariste dans un groupe de rock, animateur d’émissions radio, organisateur d’évènements musicaux, entre autres. On lui doit notamment la fameuse campagne publicitaire au long court « No Music No Life » pour Tower Records. Il n’y a pas de doutes que Michihiko Yanai vit et respire pour cette musique rock, et c’est dans ce contexte là qu’il a créé le magazine mensuel Kaze to Rock en 2005, sans but lucratif et même à perte car il s’agit d’un magazine gratuit. A vrai dire, je ne sais pas où il est distribué car je ne l’ai jamais vu disponible, au Tower Records par exemple, mais il y a en tout 100 numéros publiés. Vu le nombre de numéros, la publication n’est certainement pas régulière. En tant que rédacteur en chef du magazine, Michihiko Yanai semble choisir sans contrainte les artistes et groupes dont il veut parler sur ses pages. On reconnaît tout de suite cette liberté créative dans le format du magazine donnant une grande place aux photographies. L’exposition permet de feuilleter un grand nombre de numéros du magazine et je remarque que les pages de photos consacrés au groupe ou à l’artiste en couverture sont très importantes, de quarante a cinquante pages environ suivant le numéro. Cela fait ressembler ce magazine à un véritable livre d’art plutôt qu’à un magazine classique que l’on trouverait en librairie. Outre la possibilité de feuilleter ces magazines, l’exposition montre de nombreuses photographies sur écrans géants dans plusieurs pièces avec des éléments d’explication et de chronologie.

Une des raisons pour laquelle j’ai fait le déplacement était de voir deux numéros du magazine consacrés à Sheena Ringo et à Tokyo Jihen, car je savais qu’ils étaient visibles parmi les magazines présentés à l’exposition. J’ai pris mon temps pour les feuilleter pendant l’exposition. On ne pouvait malheureusement (ou heureusement) pas les prendre en photo. J’ai tout de suite été interpellé par la qualité des photographies qu’on y montrait. Beaucoup de photos se ressemblent, comme des versions différentes d’une même situation, mais sont prises sous des angles différents et avec des expressions du visage semblant être prises sur le vif. Certaines photographies font des plans resserrés sur des objets ou des parties du corps. Ce ne sont clairement pas des photos qu’on trouverait dans un magazine musical traditionnel. J’ai eu forcément très envie de me procurer ces numéros que j’ai trouvé assez facilement sur Mercari pour pas très chers. La plupart des photographies des deux magazines m’étaient inconnues et je les feuillette tranquillement et avec beaucoup d’attention comme des petits trésors. Le numéro avec Tokyo Jihen est celui du 1er Septembre 2007, ce qui correspond à la sortie de l’album Variety (娯楽). Les photographies sont prises par Kazunari Tajima (田島一成) qui a déjà capturer le groupe pour le numéro de Mars 2010 du magazine Switch. Kazunari Tajima a également photographié Sheena Ringo pour le numéro de Février 2003 de Rockin On Japan à l’occasion de la sortie de son troisième album KSK. C’est également un magazine que j’ai dans ma petite collection. Le numéro de Kaze to Rock consacré à Sheena Ringo est celui du 1er Juin 2009. Ce numéro correspond à la période où elle revenait vers sa carrière solo en sortant l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ). Les photographies sont également superbes, notamment celles en plan serré dont une est utilisée en couverture du magazine. Elles sont du photographe Jin Ohashi (大橋仁), qui a également pris en photo Sheena Ringo pour le magazine Switch du mois d’Avril 2000 sur une série intitulée In the Room. Sur ces deux magazines, j’aime aussi beaucoup le titrage avec une police de caractère très stylisée. L’organisation même du magazine me fait penser à un fanzine et je pense que c’est le souhait de son créateur car il a fait le choix de ne parler que des artistes qu’il aime. Feuilleter ces magazines me relance dans l’idée de faire ce genre de fanzine, si j’en avais le temps, le courage et surtout l’inspiration.

Continuons encore un petit peu en musique avec un autre album de Blankey Jet City que j’écoute beaucoup en ce moment, Love Flash Fever sorti en 1997. J’ai acheté cet album au Disk Union de Shimo-Kitazawa en même que l’album solo de Kenichi Asai, Red Snake Shock Service, dont je parlais récemment. Vous l’aurez peu être compris, je suis actuellement dans une période rock très pointue allant de Kenichi Asai et ses groupes jusqu’à Buck-Tick que je continue à beaucoup écouter depuis quelques mois. Cette profusion de guitares explique mon besoin de me dégourdir de temps en temps les oreilles avec une musique plus pop, comme celle mentionnée dans le billet précédent. De cet album Love Flash Fever, je connaissais déjà plusieurs morceaux déjà présents sur la compilation Blankey Jet City 1997-2000, à savoir Gazoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた), Planetarium (プラネタリウム), Spaghetti Hair et Dennis Hopper (デニスホッパー). Ces morceaux comptent dans les meilleurs de l’album mais celui que je préfère est le deuxième intitulé Pudding. Il n’est étonnement pas présent sur la composition mentionnée ci-dessus. Il s’agit d’un morceau plein de la furie typique du groupe. Il y a une urgence et une frénésie assez géniale, accompagnée par des riffs de guitares particulièrement incisifs et Kenichi Asai accélérant démesurément son phrasé. J’aime aussi beaucoup le quatrième morceau Minagoroshi no Trumpet (皆殺しのトランペット) car il a une composition singulière démarrant par un monologue de Kenichi Asai accompagné par un son de trompette et une basse, pour se transformer dans une deuxième partie vers une composition plus classique. J’aime beaucoup l’atmosphère sombre de ce morceau ponctuée par des cris d’Asai. L’ambiance est très différente du morceau que je mentionnais précédemment, et ils forment à eux deux les pics de cet album. Enfin, il y a beaucoup d’autres très bons morceaux sur cet album, comme le cinquième intitulé Kanjō (感情) toujours avec cette rage naturelle et ses émotions fortes, qui se sont ensuite un peu apaisées plus tard sur ses albums solo. Et il y a ce morceau intitulé Dennis Hopper où le chant de Kenichi Asai n’est pas des plus faciles à apprécier aux premiers abords. Mais la deuxième partie du morceau est assez fantastique et me donne à chaque fois des frissons.

天国の住所を教えて

J’ai effectué quelques modifications sur la page En savoir plus du blog en ajoutant une troisième partie sur les trésors cachés de Made in Tokyo. J’en avais déjà parlé au moins une fois sur un billet, j’ai créé pendant quelques années de Mars 2020 à Octobre 2022 une dizaine de billets cachés, seulement accessibles à partir de certains billets publiés sur le blog en cliquant sur une des photographies montrées dans ces billets. Je donne maintenant les liens directs des billets cachés sur cette page pour ceux et celles qui seraient intéressés.

Les trois premières photographies du billet ont été prises le même jour que le billet précédent montrant le marathon de Tokyo. On y voit d’abord le théâtre Kabuki à Higashi-Ginza, rénové il y a quelques années et désormais transpercé en son cœur par un immense building monolithique montant jusqu’aux cieux. Sur la deuxième photographie, il s’agit de l’entrée du sanctuaire Namiyoke (波除神社) que j’avais déjà montré sur ce blog. Il se trouve dans un coin de l’ancien marché à poissons de Tsukiji. La troisième photographie montre un des nombreux ponts métalliques traversant la rivière Sumida. Les deux dernières photographies sont un peu plus anciennes et ont été prises en direction d’Azabu Jūban.

Cette semaine se concluait la compétition mondiale de baseball WBC2023 (World Baseball Classic 2023) consacrant le Japon en champion du monde pour la troisième fois. Ça n’était pas arrivé depuis 14 ans et les médias japonais ne se privaient pas de nous le rappeler sans cesse pour faire monter l’excitation des foules pour cet événement sportif d’envergure. J’ai regardé beaucoup de matches de baseball à la télévision et une seule fois dans le stade de Yokohama, mais je n’ai pourtant jamais vraiment compris les règles. Je rejoins tout à fait les commentaires de mahl sur son billet à ce propos, qu’il n’est pas bienvenu de montrer son désintérêt pour ce sport au Japon. Toujours est-il que j’ai toujours un intérêt particulier pour les compétitions sportives ayant des enjeux internationaux, et j’ai donc regardé en famille quelques uns des matches montrés à la télévision sauf la finale qui était le matin un jour de semaine. Je me suis laissé prendre au jeu, mais je n’ai toujours pas complètement compris les règles pleines de subtilités que je ne soupçonnais pas. J’ai toujours pensé que l’objectif était de faire des homerun à tout prix, comme quoi mon intérêt pour ce sport ne reste que très superficiel. Ce qui m’intéressait beaucoup plus c’était l’engouement généralisé de la population pour cette compétition et pour ces joueurs. J’ai tout de même envie d’aller voir un match au Tokyo Dome, ce que je n’ai jamais fait. Les matches sont longs et on a beaucoup de temps pour s’ennuyer mais le bruit incessant ne permet pourtant pas de rêvasser et de penser à autre chose.

Coïncidence intéressante, l’album de Blankey Jet City que j’écoute justement en ce moment prend en couverture le thème du baseball. Il s’agit de l’album sorti le 24 Juin 1998 intitulé Romeo’s Heart (ロメオの心臓). Je l’ai trouvé au magasin Disk Union de Shimokitazawa en même temps que l’album de Goddess in the Morning. Les deux CDs étaient même placés l’un à côté de l’autre sur la même étagère et cette coïncidence m’a donné envie d’acheter également cet album de Blankey. D’autant plus que le single Romeo (ロメオ), le huitième morceau de l’album, est un des morceaux que je préfère du groupe et j’ai toujours une grande curiosité pour la musique de la toute fin des années 90 correspondant à mon arrivée au Japon. C’est également à la toute fin des années 90 que Sheena Ringo interviewait dans son émission radio de Cross FM le leader du groupe, Kenichi Asai, pour lequel elle avait à cette époque une fascination apparemment sans borne rationnelle. J’étais donc intéressé d’écouter sur quelle base musicale elle construisait sa fascination. Je n’ai pas éprouvé de grande surprise en découvrant cet album Romeo’s Heart car je connaissais en fait déjà trois morceaux, Romeo (ロメオ) donc, Akai Tambourine (赤いタンバリン) et l’instrumental Furui Tōdai (古い灯台). Ces trois titres sont disponibles sur une des compilations Best-Of intitulé BLANKEY JET CITY 1997‐2000 que j’ai déjà beaucoup écouté. Ces morceaux restent les moments clés de l’album, assez emblématiques du style musical de Blankey Jet City, mais j’ai été très surpris par la beauté mélancolique de deux morceaux se faisant écho à la fin de l’album: Dobu Nezumi (ドブネズミ) et le dernier morceau instrumental Hakka Nezumi (ハツカネズミ). L’ambiance de ces deux morceaux se rapproche plus à mon avis de celle du groupe Ajico qu’il a créé avec UA que de la trame classique de la musique rock énergétique de Blankey Jet City. Mais j’aime aussi énormément l’énergie spontanée que dégage la musique rock du groupe, la manière de chanter si particulière de Kenichi Asai et le sens du riff de guitare. Le morceau My girlfriend died (彼女は死んだ) en est un bon exemple parmi tant d’autres. Le cinquième morceau Kimi no Te no Hira ni (君の手のひらに) m’a également surpris par son apaisement et sa profondeur mélancolique qui n’est pas sans me rappeler par moments le morceau Creep de Radiohead sorti quelques années auparavant en 1993. Ce morceau prouve que Blankey Jet City ne joue pas seulement dans l’urgence bien que ça soit l’image qu’on ait à priori du groupe. J’ai maintenant très envie d’écouter les autres albums du groupe si je les trouve aux différents Disk Union de Tokyo.

à la dérobée maintenant

J’ai beaucoup marché dans le quartier de Meguro, d’où proviennent la plupart des photographies de ce billet (sauf l’avant dernière prise dans le centre de Roppongi), avec le très vague objectif de retrouver une maison de béton aperçue et prise en photo il y a longtemps. Je ne me souviens plus exactement du lieu et je ne l’ai malheureusement pas retrouvé. Ce n’était en fait qu’un prétexte pour marcher tout en écoutant les albums compilations de Blankey Jet City que je mentionnais dans le billet précédent. Il y a quelque chose de stimulant dans la musique du groupe (un morceau comme I Love Tokyo par exemple), qui a pour effet de me pousser à continuer à marcher, simplement pour pouvoir écouter les morceaux suivants. J’ai marché plus de deux heures sans pourtant terminer l’écoute en entier. J’essaie d’emprunter des rues que je ne connais pas, celles plus calmes à l’écart de la grande artère Yamate passant devant la gare de Naka-Meguro. J’y trouve souvent des maisons particulières comme celles de la première et de la dernière photographie, sans forcément reconnaître leurs architectes. C’est en ce moment la saison de floraison des hortensias. Elles sont nombreuses et égayent les rues de Tokyo. En les prenant en photo, je me demande toujours si je ne devrais pas les prendre en noir et blanc. Je pense que le noir et blanc me manque et il faudrait que j’y revienne bientôt. J’ai d’ailleurs toujours une pellicule argentique en cours sur l’appareil photo EOS1 qu’il faudrait que je termine. Je ne me souviens d’ailleurs plus de quand datent les photos déjà prises. Le développement argentique (que je ne fais pas moi-même) à cet avantage de procurer un effet de surprise lorsque l’on voit les photographies pour la première fois.

Il ne reste plus que quelques jours à attendre avant la sortie du nouvel album Music (音楽) de Tokyo Jihen. Pour nous faire gentiment attendre, le groupe nous conviait à une émission en direct sur YouTube destinée à presenter morceau après morceau le nouvel album. L’émission était intitulée Tokyo Jihen no Hanakin Night Ajito Nau (東京事変の花金ナイト 「アジトなう。」) et se déroulait le vendredi 4 Juin à 9h du soir pour un peu plus d’une heure. C’était une première pour Tokyo Jihen de se montrer en direct dans ce genre de situation. Plus de 50,000 personnes s’étaient connectées sur YouTube et je ne pouvais pas manquer cet événement. En fait, j’étais très curieux de voir quelle allait être la dynamique de ce talk-show autour de la présentation de l’album. Le décor ressemblait à celui d’un bar et les cinq membres du groupe étaient disposés en rond. D’après les crédits à la fin de l’émission, le lieu serait le rez-de-chaussée du nouvel hôtel Aloft à Ginza. Ils portaient tous des tenues colorées assez surprenantes au premier abord. Le thème des costumes était plus ou moins inspiré par une imagerie de commando avec des faux fusils placés dans le décor. Ils n’ont pas expliqué le pourquoi de ces tenues, mais les explications superflues ne sont de toute façon pas forcément nécessaires. Sheena avait un casque en plastique sur la tête, ce qui lui donnait un air charmant car plutôt déplacé par rapport à la tenue qu’elle portait.

L’ambiance était détendue, assez loin des interviews télévisées très formatées. Sheena menait principalement la discussion mais Kameda et Izawa étaient également assez bavards, surtout par rapport à Ukigumo et Hata qui sont moins à l’aise sur ce genre d’exercice. Le fait que l’émission était un peu flottante par moment la rendait intéressante et même accueillante, car elle n’était pas orientée marketing même si un des buts était de présenter le nouvel album. En fait, ils semblaient tous les cinq très humbles sur le travail accompli, sans utiliser les superlatifs exagérés qu’on entend souvent dans les exercices de promotion. C’est certainement dû au fait qu’ils n’étaient que tous les cinq devant les caméras, sans intervention d’un interviewer extérieur au groupe. L’album entier passait en fond et chaque membre du groupe donnait quelques anecdotes à leur propos. On pouvait donc entendre les nouveaux morceaux mais c’était pour moi difficile de se concentrer pour écouter leur conversation tout en essayant d’écouter le morceau. Comme ils ne faisaient pas de pause pour nous laisser écouter, je n’ai pas pu vraiment me faire un avis sur les nouveaux morceaux, mais les courts passages qu’on pouvait entendre me semblaient très intéressants. C’est amusant car Ukigumo fait la remarque au début de l’émission, en se demandant s’il ne faut pas mieux se taire et laisser jouer les morceaux.

L’émission était de toute façon orientée sur la discussion plutôt qu’une écoute concentrée du nouvel album. On apprend que certains morceaux datent d’il y a trois ans. A cette époque, Tokyo Jihen se réunissait en cachette car c’était avant l’annonce de leur réformation. Izawa, qui est souvent appelé par son surnom Watchi (わっち ) pendant l’émission, nous apprend que la première réunion a eu lieu en Juin 2017 où ils ont commencé à réfléchir au fait de se réunir. Sheena nous dit que certains fans avaient décelé des indices de la réformation de Tokyo Jihen dès son dernier album solo Sandokushi, car il y aurait un lien entre les symboles des trois poisons utilisés dans Sandokushi et le paon, symbole de Tokyo Jihen. Sur la petite table à côté de Sheena pendant l’émission, on trouve d’ailleurs des figurines en porcelaine Herend représentant un cochon, un serpent et un poulet, les symboles qu’on pouvait voir dans Sandokushi notamment sur le premier morceau Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚), accompagné d’un paon. Ces animaux en porcelaine posés sur la table font en quelque sorte le lien entre le dernier album solo de Sheena et le redémarrage de Tokyo Jihen. C’est un clin d’oeil bien vu. La discussion pendant l’émission se concentre beaucoup sur les morceaux, mais donnent quelques anecdotes, notamment le fait que Sheena ne boit plus d’alcool depuis 10 ans ou que son fils aîné apprend la batterie avec Hata. Kameda mentionne également le fait qu’il change sa raie de côté quand il fait partie de Tokyo Jihen, ce qui fait dire à Sheena que, pendant Jihen, chaque membre du groupe prend un autre visage (事変の時、事変の顔). C’est amusant comme Sheena continue à appeler Kameda, Shishō (maître), mais c’était la première fois que j’entendais Kameda appeler Sheena, Rin-chan, car on l’appelle plutôt Ringo-chan dans le groupe.

On apprend aussi qu’Izawa et Hata ont besoin de beaucoup de temps pour s’entrainer sur chaque morceau et que la partition de piano sur Ao no ID (青のID) composée par Sheena était particulièrement difficile à maîtriser. Le groupe évoque aussi le morceau Inochi no Tobari (命の帳) qui a demandé beaucoup de travail, avec de nombreux changements en cours de route, notamment la partition de piano. Pour le morceau Yaminaru Shiro (闇なる白), Ukigumo évoque l’approche disruptive d’Izawa dans sa composition musicale ce qui rend le chant en duo avec Sheena assez complexe. Il compare le chant à deux sur ce morceau à une course de voitures qui roulent en s’entrechoquant les unes aux autres pour se dépasser l’une l’autre. Je n’avais pas remarqué que les trois morceaux centraux du nouvel album avaient des titres faisant référence à une couleur, comme l’explique Sheena. Ao no ID (青のID), puis Yaminaru Shiro (闇なる白) et Aka no Dōmei (赤の同盟) nous donnent les couleurs Bleu-Blanc-Rouge (Tiens donc, un petit clin d’oeil français?). Ukigumo n’est clairement pas super à l’aise devant la caméra, et peu bavard, mais il nous fait quand même part d’un épisode au moment du tournage de Ryokushu (緑酒) où il recherchait un restaurant de tempura sans succès. Sa manière de l’évoquer pousse à sourire car il est pince-sans-rire. On le remarque aussi au moment où il fait exprès de poser une question plus profonde sur l’album alors que l’ambiance générale de la discussion est plutôt légère.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance de cette émission car on s’y sentait bien. Kameda regardait de temps en temps la page YouTube pour voir les commentaires, mais c’était tout simplement impossible de suivre le flot incessant de ces commentaires qui défilent à grande vitesse à l’écran. Personnellement, je ne les ai pas regardé car ces commentaires n’apportent en général pas grand chose d’intéressant. Je jetais par contre un œil au nombre de personnes connectées, car plus de 50k, c’est quand même impressionnant et ça fait plaisir à voir. A ce propos, après s’être remémoré en souriant l’episode Heavy Metal sur le morceau Kenka Jōtō (喧嘩上等) sur la tournée Just can’t help it, Sheena évoque l’envie de revoir le public en concert. Il n’y a cependant pas eu d’annonces particulières en ce sens. Il faudra attendre encore un peu. A la toute fin de la vidéo, on pouvait voir pour la première fois un teaser de l’album avec une petite partie du premier morceau 孔雀 (Kujaku) aux airs rappés (une première pour Sheena) et une partie plus longue du dernier morceau 一服 (Ippuku) mélangeant les voix, notamment celle d’Ukigumo. Je ne peux d’ailleurs plus me l’enlever de la tête, ce qui doit être bon signe. La vidéo de ce teaser est disponible sur YouTube. A noter qu’elle contient une DMC Delorean mais le groupe n’y apparait pas, à part Sheena à travers un vieil écran cathodique. La vidéo montre en fait les danseuses Sakra et Chinatsu du groupe SIS d’Osaka. Sheena est bien présente avec elles mais elle est à peine reconnaissable. L’émission sur YouTube était donc diffusée en direct mais elle n’est plus disponible dans les archives de la chaîne YouTube de Tokyo Jihen, ce qui est peu dommage car on ne peut plus la revoir (sur YouTube mais on peut la trouver ailleurs). Elle sera peut-être ajoutée plus tard. C’est en tout cas une excellente idée de faire ce genre d’émission, qui nous rapproche un peu du groupe et nous permet de constater une fois de plus qu’ils sont très complices, vus les sourires fréquents qui ont égayé l’émission. En même temps, ils ont gardé la distance nécessaire par rapport au public, sans se laisser emporter par les commentaires en direct sur YouTube. A la fin de l’émission (qui avait la référence #0), on nous annonce qu’il y en aura d’autres, à partir du 11 Juin à 10h du soir, mais je ne pense pas que ça soit avec le groupe complet. C’est une affaire à suivre, juste après la sortie de l’album le 9 Juin.