dans un élan de poésie mal contrôlé

J’écoute en ce moment beaucoup l’album 1. Outside (The Nathan Adler Diaries: A Hyper Cycle) de David Bowie, sorti en 1995. Je reviens régulièrement vers la musique de Bowie, car elle m’attire lors de moments d’égarement. Après avoir écouté Scary Monsters (and Super Creeps) (1980), puis Low (1977), Blackstar (2016), Heroes (1977) et Lodger (1979), c’est le sixième album que j’explore. Après la trilogie berlinoise (Low, Heroes et Lodger), David Bowie retrouve Brian Eno sur Outside. L’album n’est pas facile, mais je pense qu’il s’agit de mon préféré, du moins jusqu’à maintenant. Il n’est pas facile car il s’agit d’un album-concept racontant une histoire criminelle, très décousue il faut bien le dire, avec quelques passages parlés par différents personnages. On y trouve notamment le sublime morceau I’m Deranged, qui servait de générique d’ouverture et de fin du film Lost Highway de David Lynch (dont j’ai souvent parlé sur ces pages).

Les morceaux de l’album se tournent souvent vers l’expérimental, et le piano d’ambiance jazz de Mike Garson, qui accompagne plusieurs morceaux, semble souvent improvisé et avant-gardiste. Le morceau A Small Plot of Land a une intensité fantastique, la voix de Bowie y étant habitée, avec un crescendo qui transcende tout. L’album est très long, comprenant 19 morceaux pour 1h15. Il est tellement particulier qu’on ne souhaite qu’une chose: continuer pour écouter la suite. Les interludes parlés, intitulés Segue, que je pensais passer lors de mes écoutes successives, ont cette capacité d’attraction qui nous fait les écouter, notamment parce qu’ils s’intègrent complètement dans le déroulé de l’album. Cet album contient tout de même quelques singles, comme Hallo Spaceboy, que je connaissais déjà. Parmi les morceaux qui accaparent toute mon attention à chaque écoute, il y a aussi No Control, notamment pour son final qui fait un lien avec I’m Deranged plus tard dans l’album. Le titre de ce morceau me rappelle à chaque fois She’s Lost Control de Joy Division sur Unknown Pleasures (1979). The Voyeur of Utter Destruction (As Beauty) est un autre morceau absolument sublime de cet album, musicalement remarquable, et la voix de Bowie y est une fois de plus inimitable. Écouter cet album m’a également donné envie de revenir vers le long morceau polymorphe Blackstar, issu de l’album du même nom. On y entend du saxophone, et je me dis que c’est peut-être le seul instrument qui manque sur Outside.

Comme je me perds un peu en ce moment sur ce que je dois montrer et sur les qualités de ce que je montre, j’ai demandé à ChatGpt ce qu’il pensait de mes photographies. Voici ce qu’il me répond (j’ai remplacé mon nom par « L’auteur » dans sa réponse).

L’auteur a un style très particulier et reconnaissable, qui reflète à la fois un œil d’architecte et une sensibilité poétique à l’espace urbain. Voici mon analyse:

Esthétique et style:
* Architecture et géométrie: Il a un goût marqué pour les lignes, les courbes et les angles des bâtiments. Ses compositions captent souvent des perspectives inhabituelles ou des symétries discrètes, donnant un aspect presque graphique à la ville.
* Jeux de lumière et d’ombre: La lumière naturelle et les ombres urbaines sont centrales dans son travail. Il réussit à transformer des scènes ordinaires en compositions dramatiques ou abstraites, presque minimalistes par moments.
* Poétique du quotidien: Même des éléments banals — une passerelle, un poteau, un mur — deviennent des motifs visuels fascinants sous son regard. On sent qu’il observe Tokyo avec curiosité et patience, à la manière d’un flâneur moderne.
* Couleur et sobriété: Il alterne souvent entre couleurs saturées et palettes plus froides/minimalistes. Cela crée un contraste entre l’énergie de la ville et une certaine sérénité visuelle.

Ce que cela transmet:
* Tokyo comme personnage: Sa ville n’est pas seulement un décor, elle devient un protagoniste avec son rythme, sa densité et ses textures.
* Observation et contemplation: Ses images donnent envie de ralentir et de regarder attentivement les détails autour de soi.
* Équilibre entre réalisme et abstraction: Même des scènes très réalistes peuvent se transformer en motifs quasi abstraits grâce à sa composition.

En résumé, son travail est à la fois rigoureux et poétique, graphique et vivant. C’est le genre de photographie qui parle autant aux passionnés d’architecture qu’aux amateurs d’art visuel.

Je me demande comment l’outil arrive à formuler cette analyse car il ne me semble pas avoir lu ces éléments sur mon propre blog ou ailleurs. Son analyse donne un point de vue positif, qu’on ne peut recevoir que d’une manière neutre quand il provient d’une machine, mais il n’empêche qu’il parvient à résumer mieux que moi sans doute ce sur quoi je porte mon attention sur Made in Tokyo. Du moins, tout ce qu’il écrit au sujet de mes photographies correspond en tout point à l’esthétique que je veux suivre et aux impressions que je veux transmettre (quand je suis inspiré bien sûr ce qui n’arrive pas tous les jours non plus).

dis:HYSTERIA what3vr

Le Tokyo International Forum (東京国際フォーラム), conçu par Rafael Viñoly et construit en 1996, compte parmi les plus beaux bâtiments de Tokyo. Je ne résiste pas à l’envie de monter de temps en temps au dernier étage pour admirer son architecture de verre, ses puissantes poutres blanches, la courbure de sa voûte métallique, et ses passerelles légères qui semblent si fragiles lorsqu’on les parcourt. Une partie du forum est en rénovation, et certains passages ne sont pas accessibles. Je ne sais pas si cette inaccessibilité est due aux travaux de rénovation ou si, indépendamment de cela, les va-et-vient sont désormais limités à certains étages du forum, ce qui serait bien dommage.

Je continue, sans hystérie particulière, à marcher dans le quartier de Yurakuchō, puis vers Ginza et devant la gare de Tokyo. Les affiches de cinéma sont celles montrées sur la devanture de l’ancien cinéma Marunouchi Toei, qui a fermé ses portes le 27 juillet. Parmi les affiches, je reconnais celle du film Shōnen Merikensack (少年メリケンサック), que j’ai revu une deuxième fois très récemment. Dans ce film, réalisé par Kankurō Kudō (宮藤官九郎) et sorti en salles en 2008, Kanna, interprétée par Aoi Miyazaki (宮﨑あおい), est employée dans une maison de disques et sur le point d’être licenciée. Elle fait la découverte inespérée, sur Internet, d’un jeune groupe punk appelé Shonen Merikensack, qui semble tout à fait prometteur. Mais il s’avère que cette vidéo date de plusieurs dizaines d’années et que Shonen Merikensack n’est donc pas un nouveau groupe. Il s’agit d’anciens musiciens des années 80, aujourd’hui vieillissants et ratés, ayant raccroché les guitares. Malgré cela, la maison de disques organise une tournée, et Kanna est contrainte de devenir leur manager. Le film a un ton humoristique parfois décalé et est tout à fait plaisant, sans être vraiment transcendant. J’aime beaucoup les histoires de groupes de musique, surtout quand ils sont atypiques, donc je me laisse facilement entraîner par ce genre de films. D’autant plus que le personnage de Kanna, en jeune femme plutôt sérieuse mais coincée dans une situation absurde, est particulièrement amusant. Ce qui est également amusant dans ce film est de voir de vrais musiciens — Kazunobu Mineta (de Ging Nang Boyz), Gen Hoshino et Pierre Taki (du groupe électronique Denki Groove, avec Takkyu Ishino) — y jouer de petits rôles.

Je me pose beaucoup de contraintes dans ce que j’écris sur ce blog, notamment celle de n’écrire que sur les choses que j’apprécie, plutôt que de passer du temps à critiquer et à me plaindre, même si les sujets ne manquent pas (ceux qui font des POV sur Instagram, par exemple, ou ceux qui mettent régulièrement en valeur leur comportement irréprochable par rapport aux autres à travers de courtes scènes de vie). Je n’aimerais pourtant pas gâcher l’enthousiasme de ceux qui l’ont encore. Il y a tant de choses à apprécier qu’il serait dommage de passer trop de temps à disserter sur ce qui ne l’est pas. Il faudrait que je revienne un jour un peu plus longuement sur mes contraintes d’écriture, dont plusieurs doivent être inconscientes.

Après avoir évoqué les nouveaux EP et album de killwiz et e5, je ne pouvais pas manquer celui de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, car elle les fait également intervenir en duo sur ce nouvel EP Seventh Heaven, sorti le 24 juillet 2025. Je l’ai découvert par son sixième et dernier morceau, intitulé Typhoon, avec un étrange rappeur nommé Peanuts Kun (ピーナッツくん), caché à l’intérieur d’un immense costume de cacahuète (!?). Malgré cette incongruité visuelle, ce morceau s’avère être le meilleur du EP. La construction des morceaux oscille entre l’hyper-pop et le hip-hop, dans un style un peu différent de son EP précédent. Les morceaux de cet EP sont en fait tous des collaborations. J’aime aussi beaucoup le morceau under land, avec Airi Kamiya, désormais membre du duo Xamiya, que j’ai déjà évoqué plusieurs fois sur ces pages. Il est composé et produit par Sasuke Haraguchi. Le morceau est complètement atypique et part dans plusieurs directions sans grande coordination, ce qui en fait une petite pièce d’électronique expérimentale assez remarquable mais plutôt difficile à apprécier pleinement. C’est en tout cas un des morceaux que je préfère de ce EP. Le morceau Crack avec killwiz est, en comparaison, beaucoup plus apaisé et facile d’approche, mais ce n’est donc pas celui qui attire l’attention au premier abord. Le cinquième morceau yumesekai, avec e5, est un beau morceau composé par KOTONOHOUSE. Ceci étant dit, il ne révolutionne pas vraiment le genre, tout comme le premier, intitulé Rinne (輪廻), avec une certaine TORIENA que je ne connaissais pas. Je ne connaissais pas non plus 142clawz, qui intervient sur le quatrième morceau 5ever 3motion, beaucoup plus disruptif. L’ensemble du EP se tient très bien, même si j’ai une nette préférence lorsque 嚩ᴴᴬᴷᵁ part en décalage, comme sur under land et Typhoon, ce qui me semble mieux correspondre à son état d’être (enfin bon, je ne la connais pas non plus). Dans la même mouvance, 嚩ᴴᴬᴷᵁ aurait très bien pu inviter cyber milk ちゃん, qui sort un EP de deux titres intitulé ikillikill (tout un programme). Elle y chante avec la voix éthérée qu’on lui connaît, emportée par des sons électroniques disruptifs sur Kabukichō Love (歌舞伎町♡ラブ), produit par NGA, qui a également produit pour killwiz (comme quoi ce monde se recoupe). J’aime beaucoup ce morceau, mais j’adore le sublime NGLO (pour Never Gonna Log Out) pour son phrasé rapide et répété et les sons EDM dubstep agressifs produits par Red Motion.

drifting through the countryside

En photographies ci-dessus, voici deux facettes du Japon que j’aime, celui des villes quand l’architecture désordonnée parfois chaotique voit soudainement du brutalisme s’imposer en plein cœur du quartier chic de Ginza, et celui des campagnes verdoyantes qui accaparent la totalité de notre champ de vision. Cette deuxième photographie a été prise entre Sano et Ashikaga dans la préfecture de Tochigi. Les scènes d’ouverture dans les rizières du film All About Lily Chou-Chou ont été filmées à Ashikaga. Il ne s’agit pas tout à fait de cet endroit, mais d’une autre rizière proche qui lui ressemble beaucoup, située au Sud du parc floral d’Ashikaga. Dans le film de Shunji Iwai, Yūichi Hasumi y écoute le morceau Arabesque (アラベスク) de Lily Chou-Chou sur un lecteur CD portable Sony avec écouteurs. Google maps indique le lieu du tournage sous le nom All About Lily Chou-Chou Field, comme quoi il s’agit d’un film culte. Certains font même le déplacement pour retrouver les lieux des différentes scènes du film. Il est certain que si on revient vers Ashikaga, j’essaierais d’aller à l’endroit exact où ont été tournées les scènes d’ouverture.

Je pensais avoir déjà vu le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) réalisé par Nobuhiro Yamashita (山下敦弘) en 2005, mais le regarder récemment m’a confirmé que non. Il faisait partie des films japonais évoquant l’âge de la jeunesse (青春) et la musique rock que je voulais voir depuis longtemps. L’histoire se déroule dans un lycée japonais de la banlieue d’Hachiōji, à l’approche du festival scolaire appelé Bunkasai (文化祭). Un groupe de lycéennes avait prévu de jouer ses propres compositions pour ce festival, mais des tensions internes ont fait capoter leur projet à la dernière minute. Les trois filles restantes de la formation originale ne perdent pas espoir et décident de reformer un groupe en recrutant une étudiante coréenne nouvellement arrivée, nommée Son, pour être la chanteuse, même si son japonais est encore hésitant. Après quelques tergiversations, elles choisissent de reprendre des morceaux du groupe punk The Blue Hearts (ブルーハーツ), dont l’emblématique morceau Linda Linda (リンダ リンダ) qui donne son nom au film. Le film suit leurs répétitions, leurs maladresses et leur amitié qui se construit jusqu’au concert final. Outre le morceau Linda Linda, le groupe de lycéennes reprend également les morceaux Boku no Migi Te (僕の右手) et Owaranai Uta (終わらない歌) des Blue Hearts. Le groupe prend le nom Paran Maum (파란 마음), qui est une traduction en Coréen de Blue Hearts, et se compose de Son, jouée par Bae Doona (배두나), l’étudiante coréenne chanteuse du groupe, Kei Tachibana interprétée par Yū Kashii (香椎由宇), la guitariste, Nozomi Shirakawa, jouée par Shiori Sekine (関根史織), la bassiste et Kyoko Yamada, jouée par Aki Maeda (前田亜季), la batteuse du groupe. Un fait intéressant à noter est que Shiori Sekine est réellement musicienne, étant bassiste du groupe Base Ball Bear. Un fait plus intéressant est que Shiori Sekine a joué avec Sheena Ringo dans la formation spéciale Elopers pour l’émission Music Station du 15 Octobre 2021 (je l’évoquais dans un billet) aux côtés d’AiNA the End, Yuu du groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) et Hona Ikoka du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女). Avec Ringo à la guitare, AiNA chantait Gunjō Biyori (群青日和), un des titres emblématiques de Tokyo Jihen. Un fait encore plus intéressant est que Sheena Ringo est évoqué dans le film Linda Linda Linda. Alors que le groupe cherche des artistes ou groupes pour en faire des reprises pour le festival du lycée, la batteuse Kyoko mentionne Sheena Ringo, mais la guitariste Kei lui répond immédiatement que ça sera trop difficile à apprendre en trois jours et elles mettent rapidement cette idée de côté pour finalement se tourner vers le punk rock des Blue Hearts. Nozomi, interprétée par Shiori Sekine, qui regarde cette scène dans le film ne sait pas encore qu’elle jouera avec Sheena Ringo 16 ans plus tard. Un autre fait tout à fait intéressant est que la bande originale du film, outre les trois morceaux des Blue Hearts, a été composée par James Iha des Smashing Pumpkins. Les morceaux instrumentaux qu’il a composé accompagnent les scènes de répétition, les errances des quatre filles dans le lycée et les moments plus intimistes. James Iha, de son nom complet James Yoshinobu Iha (イハ・ヨシノブ), est américain d’origine japonaise (qu’on appelle Nisei, c’est à dire de deuxième génération), né de parents immigrés japonais installés aux États-Unis. Le film a en fait une deuxième bande originale intitulée We Are Paranmaum, qui comprend les trois chansons complètes des Blue Hearts mentionnées ci-dessus, enregistrées par les actrices du film, mais également trois inédits dont l’excellent Aoi Kokoro (蒼い心). J’écoute donc ce EP de six titres et j’ai fini par apprécier la légère maladresse du chant de Bae Doona, qui n’est pas vraiment problématique quand il s’agit de punk rock. Je n’ai jamais vraiment été attiré par la musique des Blue Hearts mais j’écoute ensuite leur album éponyme de 1987. Même sans être amateur des morceaux du groupe, il est difficile au Japon d’échapper au morceau Linda Linda (リンダリンダ), notamment au karaoke, car il y a toujours quelqu’un qui choisira ce morceau plutôt facile à chanter en groupe. Le film Linda Linda Linda a le statut de film culte. On y trouve un naturel certain qui a dû rappeler à beaucoup de japonais leurs propres festivals Bunkasai de leurs lycées. Personnellement, je ne connais ces festivals que de loin à travers ceux de l’école de mon fils qui est justement lycéen. J’imagine très bien qu’ils ont un effet de rite de passage, et c’est toute l’idée montrée par le film. On sent que les quatre lycéennes sortiront changées de cette expérience éprouvante mais gratifiante de répétition et de représentation devant un public réceptif à leur musique certes maladroite mais extrêmement sincère.

Sur ma playlist musicale de fin d’été, je reviens vers le groupe Yureru ha Yūrei (揺れるは幽霊) que j’avais découvert au début de cette année avec un single intitulé Point Nemo (ポイント・ネモ), dont j’avais parlé dans un précédent billet. J’écoute maintenant le très beau morceau intitulé echoes of fading girl sorti le 6 Août 2025. J’aime beaucoup ce post-rock orienté Shoegaze avec des mélodies mélancoliques et introspectives. Le morceau a été composé par le guitariste Hidaka (日高) et la composition est extrêmement bien maîtrisée. J’adore la voix un peu vaporeuse et rêveuse de Sako (佐古). Tout comme Crab Club (蟹蟹) dont je parlais dans mon précédent billet, Yureru ha Yūrei est un groupe de rock alternatif originaire d’Okayama, et la vidéo avec une ambiance évoquant un film d’adolescence a été également réalisé par le même STUDIO TEPEMOK. Il y a donc un filon rock à Okayama, préfecture qui ne se limite pas musicalement à Fujii Kaze (藤井風). Ce dernier vient d’ailleurs de sortir un nouvel album que l’on acheté (ça sera peut-être le sujet d’un autre billet).

Je découvre ensuite Bukkoro Momoka (ぶっ恋呂百花) avec un single intitulé Anata wo Izanau (貴方を誘う) sorti cette année sur son album Yuurei no yō ni (幽霊のように). Il y a décidément beaucoup d’allusion aux fantômes (幽霊) dans ma playlist rock alternatif. Bukkoro Momoka, de son vrai nom Momoka Kinoshita (木下百花), est originaire de la préfecture de Hyōgo et a fait partie du groupe d’idoles NMB48 basé à Namba (Osaka) avant de partir pour se lancer en solo. Elle utilise ce nom de scène Bukkoro Momoka depuis 2023 et écrit, compose et arrange ses morceaux. L’ambiance, encore une fois mélancolique et introspective, de ce morceau est certainement très éloignée de ce qu’elle chantait à l’époque de NMB48, comme quoi les artistes ne sont pas cloisonnés dans des boites hermétiques, ce qui fait toujours plaisir à voir. Le rythme du morceau Anata wo Izanau est lent et la voix de Momoka très expressive, présente au plus près des oreilles de l’auditeur. Une autre grande qualité du morceau tient au passage de guitare par le guitariste originaire de Fukuoka, Shinichi Itō (伊東真一). A mi-morceau, il se lance dans un long solo incisif de guitare semblant improvisé et à la limite de l’expérimental. Ce passage renforce l’émotion qui se dégage du morceau, dans l’ensemble très travaillé engageant des chœurs en deuxième partie de morceau.

images sans paroles (ε)

Le titre de cette série de billets impose que je ne parle pas des photographies que je montre mais comme d’habitude, je finis par me fatiguer moi-même de mes propres règles et j’aime m’en affranchir. Ces photographies ont été prises à plusieurs endroits de Tokyo, mais quelques unes d’entre elles proviennent de Ginza, dont l’iconique tour du Shizuoka Press and Broadcasting Center, construite en 1967 par Kenzo Tange. Ce bâtiment constitue la première concrétisation spatiale des idées métabolistes de Tange sur la croissance structurelle d’inspiration organique. La première photographie montre la superbe façade du Ginza Place conçu par Klein Dytham Architecture (KDa) et construit en 2016 à l’angle du carrefour de Ginza 4-Chōme. La façade de ce bâtiment de onze étages est composée de 5,315 panneaux préfabriqués en aluminium inspirés du sukashibori (透かし彫り). Le sukashibori est une technique artisanale japonaise de sculpture qui consiste en un travail de découpe créant des motifs ouverts dans une matière. Ces motifs laissent passer la lumière et l’air produisant des jeux d’ombre et de transparence. Ils sont souvent floraux, végétaux ou géométriques comme pour cette architecture contemporaine. Toujours à Ginza, j’avais déjà vu les chats astronautes de l’artiste Kenji Yanobe flottant avec leur vaisseau spatial faisant référence à la Tour du Soleil de Taro Okamoto au milieu du grand atrium central de Ginza Six. Cette installation intitulée BIG CAT BANG sera apparemment exposée jusqu’à la fin de l’été 2025. Je n’avais par contre pas remarqué une autre sculpture de chat à l’entrée du grand magasin. Ça aurait été dommage de la manquer. Je me demande bien ce que vont devenir ces chats voyageurs de l’espace après la fin de l’exposition de Ginza Six. Ils mériteraient une exposition permanente.

Au détour d’une rue d’Hiroo, j’aperçois une caméra de surveillance tombée au sol. Je regarde en l’air mais je ne vois pas de mur et de poteau desquels elle aurait pu tomber. Cela restera un mystère. On les remarque à peine mais si on fait un peu attention, on s’aperçoit très vite qu’on est filmé en permanence dans tous les coins de Tokyo. J’ai un peu de mal à comprendre que ce type de dispositif ne soit pas généralisé dans certains pays ayant en ce moment des soucis de sécurité intérieure. Les fameuses toilettes de l’arrondissement de Shibuya sont en ce moment recouverte de photographies d’elles-mêmes, pour une drôle de « mise en abîme ». Cette expression tellement utilisée dans le language des critiques littéraires et cinématographiques m’agacent un peu sans que je sache vraiment pourquoi. Enfin cette expression ne m’agace pas autant que le mot familier « dinguerie » qu’on entend de plus en plus, ou le fait d’utiliser la préposition « sur » au lieu de « à » pour des lieux (par exemple, j’habite sur Kyoto). Cette utilisation incorrecte donne l’impression d’une domination, ou d’un contrôle qui n’a pas leu d’être, sur l’espace, de suggérer une présence active plutôt que passive.

La dernière photographie montre une affiche du dernier single de Daoko intitulé Zense ha Busho (前世は武将). Elle montrait sur son compte Instagram une photo de cette affiche placée sur un mur temporaire d’un site de construction. J’ai vite reconnu le lieu à Shibuya, dans le quartier à Udagawachō, près du disquaire Manhattan Records. Je connais bien cette rue car j’aime venir vérifier si des nouvelles fresques ont été dessinées sur une des façades de ce disquaire. Je l’ai souvent prise en photo. Cette fois-ci, un petit groupe d’une dizaine de personnes se tenaient debout devant la fresque et j’ai remarqué une caméra. J’imagine qu’on était en train d’y tourner une scène d’émission télévisée, mais le tournage semblait être en pause. Parmi eux, je reconnais Noritake Kinashi (木梨 憲武) du duo comique Tunnels (ザ・トンネルズ). Il regarde dans ma direction de l’autre côté de la rue. J’hésite à lui faire un bonjour de la main, car je pense qu’il regardait plutôt dans le vide devant lui. Le single Zense ha Busho de Daoko est sympathique mais est loin d’être mon préféré de l’artiste. L’aspect kawaii de la voix de Daoko sur ce morceau et le jeu de guitare de Seiichi Nagai (永井聖一), guitariste du groupe Sōtaisei Riron (相対性理論) et membre de son groupe QUBIT, ne sont pas désagréable et finissent par convaincre après plusieurs écoutes. Comme elle le dit elle-même, ce morceau a un côté Pop espiègle au goût kitsch post-Shibuya-kei. Après avoir écouté ce morceau, YouTube me propose un autre single de Daoko, Rinko (燐光) sorti il y a trois ans en 2022. Ce morceau n’est pas présent sur un album et je ne le connaissais pas. Je suis beaucoup plus convaincu par la beauté orchestrale majestueuse de ce morceau fort d’une émotion mélancolique. Il a été composé par Shōhei Amimori (網守将平). Ce n’est pas toujours facile de suivre Daoko dans toutes ses activités musicales car elle est très active, notamment en collaboration avec d’autres musiciens et musiciennes.

J’avais par exemple manqué ce très beau duo avec Seiko Ōmori (大森靖子) intitulé Chikyū Saigo no Futari (地球最後のふたり) sur l’album kitixxxgaia de Seiko Ōmori sorti en 2017. J’adore la fusion entre les styles des deux artistes, Daoko apportant une partie hip-hop qu’elle maîtrise très bien. Le piano accompagnant le refrain est excellent donnant une dynamique remarquable au morceau. Du coup, j’écoute quelques autres titres de cet album kitixxxgaia, notamment le puissant single Dogma Magma (ドグマ・マグマ), que je connais déjà depuis longtemps. Ce single contient toute l’essence artistique et la démesure de Seiko Ōmori. Les nombreux changements de tempo et d’intensité du morceau créent une atmosphère à la fois théâtrale et chaotique qui est tout à fait passionnante. L’énergie déborde également dans tous les sens sur le morceau suivant Hikokuminteki Hero (非国民的ヒーロー) qui est un duo vocal avec Noko (の子), le leader du groupe Shinsei Kamattechan (神聖かまってちゃん). Il y a un esprit de rébellion punk dans ce morceau mêlant rock alternatif et éléments électroniques. J’adore particulièrement le final du morceau où le chant de Seiko semble inarrêtable, emportée par son propre mouvement et par les cris de Noko. Comme sur le premier morceau, celui-ci est teinté de provocation, illustrant la lutte contre les attentes sociétales et la quête de liberté individuelle. De l’album, je n’apprécie pas tous les morceaux, mais je m’arrête sur le douzième intitulé Kimi ni Todoku na (君に届くな), avec une approche orchestrée beaucoup plus posée. Son style y reste tout à fait unique. Je change ensuite d’album pour écouter le single Zettai Kanojo (絶対彼女) de l’album Zettai Shōjo (絶対少女) sorti en 2013. Ce n’est pas un morceau que je découvre car je l’écoute de temps en temps. Ce morceau Pop est beaucoup plus structuré que ceux mentionnés précédemment et est immédiatement accrocheur. On y trouve toujours ces parties parlés où Seiko semble s’adresser à elle-même.

Le nouveau single KURU KURU HARAJUKU de Kyary Pamyu Pamyu (きゃりーぱみゅぱみゅ), sorti le 18 juillet 2025, est une excellente surprise. Il est bien entendu composé, écrit et produit par Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ), producteur de longue date de Kyary. Ce nouveau single marque le retour de Kyary après une pause de plus d’un an marquée par une naissance. Ce morceau a une approche très électronique, très techno qui me rappelle un peu l’ambiance de l’excellent Dodonpa (どどんぱ) sur l’album CANDYRACER de 2021, atypique dans la discographie de Kyary. Je trouve que Yasutaka Nakata est particulièrement inspiré et offre à Kyary des morceaux différents qui lui vont bien car elle parvient à garder son identité très marquée. Je la suivrais volontiers si son prochain album est entièrement dans ce style. J’ai de toute façon un faible pour Kyary depuis ses débuts et l’album plus récent Japamyu (じゃぱみゅ) sorti en 2018. Yasutaka Nakata m’a complètement bluffé sur le morceau 88888888, sorti le 29 août 2025, du groupe d’idoles PiKi (ピキ) formé en 2025 sous le label KAWAII LAB fondé par Misa Kimura. PiKi est un duo composé d’un transfuge de deux groupes de KAWAII LAB, à savoir Karen Matsumoto (松本かれん) du groupe FRUITS ZIPPER et Haruka Sakuraba (桜庭遥花) de CUTIE STREET. Rien ne laissait présager un morceau intéressant sauf que Yasutaka Nakata a composé à sa manière, en les faisant chanter en chuchotements sur une musique électronique Dark Pop à la limite du witch house. C’est tout à fait inattendu et le morceau est tout bonnement excellent. PiKi passait à l’émission télévisée Music Station le Vendredi 29 Août 2025. Alors que je m’étais assoupi devant la télé pendant une partie de l’émission, les sons electro sombres de 88888888 m’ont soudainement réveillé. Le morceau semble avoir un lien avec la fameuse sortie 8 (8番出口) qu’on arrive pas à trouver.

On change de registre avec le nouveau single Crave de Minami Hoshikuma (星熊南巫) sorti le 16 Août 2025. Elle s’est échappée le temps d’un morceau de son groupe d’idoles alternatives Wagamama Rakia (我儘ラキア), mais ce n’est pas son premier single solo. La production du morceau est très lourde et intense en guitares donnant un ton sombre à l’ensemble. La voix comme toujours puissante de Minami arrive à s’en dégager pour apporter à l’ensemble quelque chose d’aérien. Et pour terminer cette excellente petite sélection, avouons-le, je découvre la musique solo de Yurina Hirate (平手友梨奈). Yurina Hirate était il y a quelques années la force motrice du feu-groupe d’idoles Keyakizaka46 (欅坂46), y apportant un style de performance intense très différent de l’image habituelle des idoles. Je n’ai jamais pu accrocher à un morceau du groupe mais j’imaginais bien un jour pouvoir apprécier la musique de Yurina Hirate. J’étais très distraitement attentif à ses sorties et tout à fait convaincu par son nouveau single. Le single I’m human est très beau avec une ambiance sombre et intense, et une dramaturgie renforcée par les images de la vidéo qui l’accompagne. Cette vidéo évoque la peur des comportements de masse et une certaine solitude humaine.

petits moments d’architecture (13)

Continuons encore un peu les petits moments estivaux d’architecture, si vous le voulez bien. La pluie inattendue de ce mois d’Août a l’avantage d’adoucir un peu les températures mais compromet un peu nos plans de sortie pendant le long week-end de mi-mois. Je profite de quelques heures devant moi avant la prochaine averse pour me diriger vers Nishi-Shinbashi. Près de Toranomon, se dresse un immeuble fin de 35 mètres nommé Arakawa Building. Il a été conçu par Nikken Sekkei en 2018, comportant des bureaux et magasins ainsi que la résidence du propriétaire du building. L’ensemble de couleur grise unie donne l’apparence d’un labyrinthe difforme avec des blocs ’deko boko’. Sa particularité est bien entendu l’escalier de secours visible tournant autour de la façade, comme élément principal du design extérieur. L’idée de ce design est de créer un bâtiment plus ouvert sur la ville, par rapport aux façades uniformes des tours qui isolent souvent les étages supérieurs de la rue. Ce building se distingue grâce à ses escaliers extérieurs formant des sortes de balcons permettant aux usagers d’en quelque sorte se reconnecter à l’espace urbain et aux passants d’apercevoir la vie intérieure du bâtiment. Ce concept n’est pas nouveau et j’ai pu constater des créations architecturales assez similaires sur le Sauna Reset Pint de l’architecte Akihisa Hirata à Asakusa ainsi que sur le 12 KANDA conçu par sinato et l’atelier NANJO à Kanda Sudachō. D’une manière un peu différente le petit hôtel Siro conçu par Mount Fuji Architects Studio à Ikebukuro mettait aussi en avant ses escaliers arrondis de métal ouverts sur la rue.

Ginza n’est qu’à une petite trentaine de minutes à pieds. Je décide d’y aller pour aller voir ce qui a changé. Je revois l’immeuble Louis Vuitton aux surfaces bleutées mais changeantes conçues par Jun Aoki. Le nouveau magasin du joaillier Tiffany reprend une façade assez similaire avec des gradients du bleu au blanc. Il s’agit en fait également d’une conception de Jun Aoki. Cette boutique Tiffany est apparemment la plus grande d’Asie et a ouvert ses portes le 11 Juillet 2025. Un peu plus loin, j’avais noté une surface intéressante pour le nouveau magasin Cartier, mais je n’ai pas trouvé de qui était le design. Ginza donne le sentiment que les grandes marques de luxe cherchent à tout prix à se faire remarquer, mais le design très fluide tend au final a une certaine ressemblance.