雨ならロック

Il pleut beaucoup à Tokyo ces dernières semaines d’été. Il pleut presque tous les jours. On ne va pas trop s’en plaindre car la pluie rafraîchit un peu les températures qui sont en général difficilement supportables en plein été. L’humidité est forte mais on reste dans le domaine du supportable, du moins lorsque l’on ne vit pas dans les zones sinistrées suite aux violentes pluies et aux inondations autour de Tokyo. Nous voyons à la télévision des zones inondées à Chiba et Saitama, que nous connaissons pour y être déjà allés, en raison d’averses soudaines et prolongées qu’on appelle ici Guerilla (ゲリラ豪雨). Sur les deux photographies, la pluie saisie à travers des baies vitrées est celle qui est tombée pendant plusieurs heures et de manière pacifique sur Tokyo Mid-Town. Quand il pleut, j’ai envie d’écouter du rock, celui teinté de mélancolie. Je ne déteste pas la pluie, ni la mélancolie qui envahit souvent la musique rock que j’ėcoute. J’aime plutôt la pluie quand elle ne m’empêche pas d’aller marcher dehors en prenant des photographies, mais j’aime aussi marcher sous la pluie en écoutant de la musique rock, notamment celle qui va suivre.

Depuis notre retour à Tokyo, je suis reparti à la recherche du son rock alternatif japonais que j’aime tant, et j’ai assez vite retrouvé sur mon chemin le groupe Kurayamisaka (くらやみざか) avec leur dernier single Summer film, accompagné d’un deuxième morceau intitulé Hamabe ni Chiru (浜辺に散る). Depuis leur premier album Kurayamisaka yori ai wo komete que j’avais découvert l’année dernière, Kurayamisaka semble avoir obtenu une reconnaissance dépassant les cadres du rock indépendant. Je les ai vu jouer lors de l’émission télévisée THE MUSIC DAY 2026 diffusée le Samedi 4 juillet 2026 sur NTV, pendant la tranche horaire de l’après-midi vers 14h. Kurayamisaka interprétait le morceau farewell tiré de leur premier mini-album (EP) intitulé kimi wo omotte iru, sorti en octobre 2022. Sur Summer film, les premiers accords de guitare donnant la sensation d’être légèrement désaccordés me rappellent tout de suite Sonic Youth. Mais ces guitares montent rapidement en puissance. La voix pop à la diction claire de Sachi Naitō (内藤さち) survole le tout. Cette approche pop dans le chant sur des guitares massives est un des points distinctifs de Kurayamisaka, et ça fonctionne vraiment bien sur Summer film. Sachi chante d’une manière très expressive sur ce morceau faisant presque six minutes avec un final à deux voix posées sur des guitares de plus en plus noisy. Tout ceci fonctionne tellement bien que ce single en serait presque parfait. Sur le deuxième morceau Hamabe ni Chiru (浜辺に散る), ce n’est plus Sachi Naitō qui chante mais le guitariste du groupe Shōtarō Shimizu (清水正太郎). C’est une excellente surprise car il a une voix un peu nasale qui me rappelle assez celle de Gotch. Et comme le titre du morceau parle de plage, je pense immédiatement à celles du Shōnan, de Kamakura à Fujisawa immortalisées sur l’album Surf Bungaku Kamakura (サーフ ブンガク カマクラ) d’ASIAN KUNG-FU GENERATION.

Écoutons ensuite le sublime morceau Wakare (別れ) concluant le EP kudaru (くだる) du groupe hiragi no (ひらぎの). hiragi no est un jeune groupe de rock alternatif originaire de Kyoto formé en 2026. kudaru est leur premier EP, publié le 17 juin 2026. Le groupe hiragi no se compose de cinq membres: Anon Sano (佐野愛音) au chant, à la guitare et à l’écriture, Yuta Okuhara (奥原佑太) à la guitare et à la composition, Yujiro Kobayashi (小林勇二郎) également à la guitare, Syuya Kobata (小畑柊也) à la basse et Soichiro Sakiyama (サキヤマ ソウイチロウ) à la batterie. Leur formation à trois guitares produit un son ample entre shoegaze et dream pop. Les guitares y sont très mélodiques teintées de mélancolie accompagnée par la voix d’abord fragile d’Anon Sano, mais gagnant progressivement en puissance jusqu’à un final à couper le souffle. Le contraste entre la masse des guitares et la voix à la fois puissante et délicate d’Anon Sano est absolument fabuleuse. Au point de catharsis à la fin de Wakare, on a l’impression que sa voix occupe tout le spectre sonore audible pendant quelques brefs instants. Ce final me donne les larmes aux yeux à chaque écoute.

Sur le morceau Clara (クララ) du EP claras de yukiguni (雪国), le chant de Eiichi Kyo (京英一) est aussi doux que la neige tombant délicatement sur les terres bordant la mer du Japon. Le nom du groupe fait forcément allusion au roman Yukiguni (雪国, Pays de neige) de Yasunari Kawabata (川端康成), mais le groupe n’est pourtant pas originaire des régions enneigées du Nord du Japon. Le trio est de Tokyo et les images de la vidéo accompagnant le morceau sont plutôt celles d’un été en bord de ville. Je connaissais déjà l’approche très contemplative du groupe sur le morceau Tokyo dont j’ai déjà parlé. Le single Clara avance doucement sous un ciel lourd d’été, mais les mélodies de guitares restent légères et harmonieuses. La voix du chanteur est presque féminine. On écoute cette musique en se laissant porter par le temps qui passe. Je trouve une approche très japonaise dans la musique du groupe. Ce morceau en particulier est emprunt du mono no aware (物の哀れ), la conscience mélancolique de la fragilité et de l’impermanence des choses, produisant simultanément tristesse et beauté.

J’écoute ensuite le single Natsu, Bōjitsu (夏、某日) de la compositrice et interprète yuna. (柚凪。) originaire de Funabashi dans la préfecture de Chiba. Yuna. se produit sous son nom actuel depuis Juin 2025, mais elle a commencé sa carrière musicale sous le nom 703gōshitsu (703号室). Elle a eu un gros succès avec le titre Nisemono Yūsha (偽物勇者) que je ne connaissais pas et qui a une approche beaucoup plus pop que Natsu, Bōjitsu (et beaucoup moins intéressante à mon avis). Son changement de nom d’artiste correspond en fait à une nouvelle direction artistique s’écartant de la J-Pop pour une approche plus alternative et sensible. On ressent une forte émotion dans sa voix d’abord légèrement tremblotante, puis prenant ensuite beaucoup de force et d’ampleur avec une aisance déconcertante. On s’éloigne ici du rock contemplatif. Les guitares sont certes très présentes mais n’accaparent pas vraiment toute l’attention. C’est vraiment la voix très affirmée de Yuna., au service d’une mélodie pop immédiatement accrocheuse, qui m’attire beaucoup sur ce morceau.

Dans un style un peu similaire où le chant rock est très affirmé, j’écoute également un des derniers singles du groupe Hakubi intitulé (Not) For Me ou 「こんなロックはいらない」 en japonais. J’ai déjà parlé plusieurs fois de ce duo et même si je ne suis pas leur actualité d’une manière très assidue, j’aime me laisser emporter par leur musique rock émotionnelle. Le morceau (Not) For Me ne cherche pas à révolutionner le genre mais la force de Hakubi est d’arriver à maintenir une tension constante, avec l’interprétation de Katagiri prenant une dimension presque cathartique. Le titre japonais du morceau, répété dans les paroles, qu’on traduirait par « je n’aime plus ce rock » est très surprenant et intriguant venant d’un groupe de rock. Katagiri n’exprime pas tant un rejet du rock et de ce qu’il est devenu, mais plutôt une évolution d’elle-même par rapport au rock qu’elle appréciait tant étant plus jeune et qu’elle souffre de voir être devenu autre chose pour elle.

Pour terminer cette petite playlist de musiques indépendantes, je quitte le rock qu’on écoute sous la pluie pour des compositions plus électroniques, celles du groupe LAUSBUB (ラウスバブ) avec un single intitulé Sign sorti le 10 juin 2026. LAUSBUB est un duo originaire de Sapporo brouillant les frontières entre rock alternatif, électro et musique expérimentale. C’est un jeune groupe formé en 2020 et composé par deux lycéennes du même lycée: Riko Iwai (岩井莉子) à la guitare, synthétiseur, à la programmation et Mei Takahashi (髙橋芽以) au chant et à la guitare. Il n’est pas rare au Japon que les groupes rock ou autres commencent au lycée ou à l’université dans les clubs de musique. Le nom du groupe LAUSBUB signifie « petit chenapan » en allemand (ou garnement, polisson, petit fripon, petit diable, petit cornichon… et j’en passe). Je ne sais pas exactement les raisons derrière le choix de ce nom, mais dans une interview pour le magazine Fender, les deux musiciennes mentionnaient une influence forte d’artistes japonais comme YMO et Cornelius, mais aussi de la musique allemande de Kraftwerk et DAF (Deutsch-Amerikanische Freundschaft). L’histoire ne raconte malheureusement pas si Kraftwerk étaient également des « petits chenapans », mais j’en doute fortement. Le morceau Sign a en tout cas quelque chose d’en même temps ludique et complexe dans la manière de chanter de Mei Takahashi. La mélodie pop est accrocheuse, se mélange à des textures sonores parfois proches du shoegaze et garde ce petit quelque d’avant-garde électronique qui me plait énormément. La voix flottante, presque détachée, de Mei me rappelle par moments celle d’Utae sur un morceau comme Dystopia même si Utae part vers un style plus proche de la dream pop. On retrouve cette impression de flottement dans la vidéo accompagnant le morceau Sign de LAUSBUB. La vidéo qui prend son temps pour montrer les silences et les moments vides m’a tout de suite intrigué jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle avait été réalisée par Rikiya Imaizumi (今泉力哉). 「さすがですね!」 me suis-je dit. Son cinéma a une sensibilité très particulière faite de quotidien, de flottement émotionnel, de mélancolie discrète et de personnages un peu décalés, sans chercher à surdramatiser, ce qui correspond bien à ce morceau Sign à la légèreté mélancolique et l’étrangeté douce. Sign a en fait été composé à la demande du réalisateur pour la série Chloe & Emma (クロエマ) qu’il a réalisé pour Amazon Prime, avec Hana Sugisaki (杉咲 花) et Mikako Tabe (多部 未華子) dans les rôles principaux. Hana Sugisaki a déjà joué récemment dans un drama de Rikiya Imaizumi intitulé Fuyu no nanka sa, Haru no nanka ne (冬のなんかさ、春のなんかね) que j’avais beaucoup aimé. Chloe et Emma est basé sur un manga écrit et illustré par Tsunami Umino (海野 つなみ). Je me lancerais certainement dans le visionnage de Chloe & Emma une fois la première saison de Vivant terminée. Je me suis finalement décidé à regarder cette série dont on parle tant, d’autant plus que la deuxième saison vient de démarrer à la télévision.

街の声は届かない

Hatsune Miku (初音ミク) observe le carrefour de Shibuya avec ses grands yeux mais n’entend pas la foule qui grouille à travers les vitrages du magasin Tsutaya où elle se trouve prisonnière. J’aime me promener régulièrement dans les rues encombrées de Shibuya car on y voit régulièrement ce genre de grandes affiches prenant d’assaut toute notre attention visuelle. La photographie que je préfère de ce billet est la dernière montrant un étrange halo lumineux. Il m’a d’abord surpris avant que je comprenne de quoi il s’agissait. J’ai bien sûr tout de suite pensé à la présence d’un esprit qui aurait voulu communiquer avec moi de manière visuelle, mais je me suis rendu compte qu’il s’agissait tout simplement de la réflection de la lumière du soleil dans un miroir routier de forme arrondie. Ce petit effet de lumière inattendu contribue en tout cas à la poésie urbaine que je recherche en marchant sans cesse dans les rues de Tokyo.

Hitsuji Bungaku (羊文学) vient de sortir un excellent nouveau single intitulé Koe (声), qui confirme encore une fois tout le bien et le respect que j’ai envers ce groupe, qui continue à tracer sa route en poursuivant son style sans se faire perturber par les influences du moment. Le morceau commence doucement par des accords de guitare acoustique accompagnés par la voix de Moeka Shiotsuka (塩塚モエカ) qui transmet comme toujours une tension palpable. La vidéo où l’on voit Moeka assise dans l’habitacle fermé d’une voiture étrangère est très belle. Elle transmet un sentiment d’isolation où les voix de la ville qui l’entoure sont inaudibles. Cette voiture est une superbe Mustang noire, ce qui m’a beaucoup surpris et même un peu amusé car j’avais justement eu l’idée d’utiliser une Mustang noire pour les images de la série photographique imaginaire entourant le groupe Lunar Waves dans mon billet « dans une réalité parallèle proche du chaos« . A noter que j’avais créé ces images avec la Mustang noire et publié ce billet avant la sortie de la vidéo du single Koe de Hitsuji Bungaku, ce qui constitue une coïncidence très intéressante voire un peu troublante. Hitsuji Bingaku a annoncé il y a quelques jours un nouveau concert au début du mois de Mai 2025 dans la salle Toyosu Pit avec le groupe Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ), dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. Ce concert s’intitule Japon Vol.1 Hitsuji Bungaku x Ging Nang Boyz (じゃぽんVol.1 羊文学x銀杏BOYZ) et fête l’anniversaire des dix ans de la salle, que je connais d’ailleurs déjà pour y avoir vu le groupe Tricot pour la première fois. J’ai tenté ma chance pour obtenir un billet mais il me faudra attendre le résultat de la loterie qui devrait tomber dans quelques jours. J’ai fait ma demande de billet dans les dix minutes qui suivaient l’ouverture de la billetterie, mais j’imagine que les places vont être difficiles à obtenir vu le succès de Hitsuji Bungaku. Le single Koe se trouve par exemple en deuxième position du classement hebdomadaire Tokio Hot 100, et sert de thème pour un drama télévisé intitulé 119 Emergency Call (119エマージェンシーコール). Bien qu’ils soient pleinement rock, la perspective de voir des groupes aussi opposés que Hitsuji Bingaku et Ging Nang Boyz m’attire en tout cas beaucoup.

Je découvre ensuite le groupe downy (ダウニー), qui n’a rien à voir avec une marque de shampoing, car il s’agit d’un groupe post-rock japonais. La formation se compose de six membres: Robin Aoki (青木ロビン) au chant et à la guitare, Yutaka Aoki (青木裕) également à la guitare, Kazuhiro Nakamata (仲俣和宏) à la basse, Takahiko Akiyama (秋山隆彦) à la batterie, SUNNOVA (サンノバ) aux claviers et samplers et finalement le producteur d’images et VJ Zakuro (柘榴). Le morceau intitulé Eclipse (日蝕), que je découvre, ressemble à une longue complainte. Robin Aoki répète les mots Hazeru yōna Rasen (爆ぜる様な螺旋), signifiant « Spirale explosive », d’une manière obsessionnelle comme s’il était possédé par cette spirale à laquelle il fait référence. La vidéo contribue au sentiment très étrange qui entoure ce morceau tout à fait fascinant. J’apprends que le groupe apporte beaucoup d’importance aux images, ce que l’on comprend bien par la présence permanente d’un producteur d’images au sein du groupe. Celles-ci ont été construites avec l’assistance de intelligence artificielle, ce qui se remarque très vite car les transformations d’images ne sont pas naturelles. Je comprends tout à fait l’intérêt de l’intelligence artificielle quand il s’agit de concevoir des vidéos que l’on aurait beaucoup de mal à créer de manière « artisanale ». Il faut une évidente inspiration pour pouvoir guider l’IA vers ce genre de compositions d’images. Je pense que les débats sur l’utilisation de l’IA ne se posent plus vraiment lorsqu’on crée ce genre d’images qu’on ne pas l’habitude de voir.

J’avais parlé du groupe Hakubi dans un billet récent et c’est un vrai plaisir de les retrouver sur un autre très bon single intitulé Another World (もう一つの世界) (Alt ver.). Le morceau Another World a une composition rock puissante en guitare assez classique, mais immédiatement convaincante. On y retrouve toujours cette passion que la chanteuse Katagiri (片桐) arrive merveilleusement bien à nous transmettre par son chant. Elle s’engage complètement dans son interprétation et ce genre d’implication sans retenue me plait toujours beaucoup. La vidéo remplie de neige est de saison car les tempêtes de neige sont annoncées sur une bonne partie du Japon. La vidéo a été tournée à Shibetsu (士別) à Hokkaido sur une colline appelée Hitsuji to Kumo no Oka (羊と雲の丘). Je me dis que cet endroit aurait été également idéal pour une vidéo de Hitsuji Bungaku.

Le morceau Spica par Suichu Spica (水中スピカ) est une autre belle découverte rock. Suichu Spica est un groupe de math rock originaire de Kyoto mais actuellement basé à Tokyo. Il se compose de quatre membres: Chiai (千愛) au chant et à la guitare, Takehisa Noguchi (野口岳寿) à la guitare, Jun Uchida (内田潤) à la basse et Ryoichi Ohashi (大橋諒一) à la batterie. Ce long morceau, sorti en Décembre 2024, nous transporte pendant plus de 7 minutes vers d’autres horizons. L’approche très mélodique du chant de Chiai se mélange vraiment bien avec l’instrumentation math rock. Cette association un peu typique d’une mouvance pop avec un morceau qui pourrait très bien être instrumental est vraiment exquise. C’est un morceau superbe en touts points, tout comme peut l’être la vidéo tournée dans une forêt profonde. Pour terminer, je retrouve le groupe Yuragi (揺らぎ) dont j’ai souvent parlé sur ces pages et qui est pour moi une valeur dans le petit monde du rock japonais à tendance Dream pop et Shoegaze. Miraco chante en anglais sur le morceau Our, extrait de leur troisième album In Your Languages. Le rythme de la batterie et des guitares est très marqué donnant une certaine tension qui est contrebalancée par la voix de Miraco qui dégage une mélancolie touchante. Et quand le rythme s’apaise, on est accompagné par une guitare acoustique qui nous apporte un peu de répit avant un déchaînement de guitares proche des sons alternatifs américains des 90s. Que de superbes morceaux dans cette série musicale rock!

the streets #14

Quelques photographies prises dans le désordre à différents endroits de Tokyo mais notamment à Shibuya, Waseda, Naka-Meguro et Ebisu. Le grand panneau publicitaire de la première photographie se trouve à côté du grand magasin PARCO sur la rue en pente Kōen Dōri dans le centre de Shibuya. En regardant après coup cette première photographie sur l’ordinateur, je me suis dis que je l’avais prise légèrement de travers. Ce petit défaut m’arrive régulièrement et je me sens le besoin de rectifier l’angle de prise de vue, même si ce n’est parfois pas toujours nécessaire et au point de ne plus savoir vraiment qu’elle doit être la vue correcte. C’est le cas pour cette première photographie car j’avais fixé mon cadre en prenant la rue en pente devant moi comme ligne de référence horizontale. Le panneau publicitaire géant apparaissait en conséquence avec un angle qui ne me semblait pas naturel, et au final aucune des versions de cette photographie ne me convient vraiment. Dans un degré bien différent, une série de photographies vue sur Instagram rend bien cet effet de désorientation sur une rue résidentielle en pente. Sur la deuxième photographie, nous revenons vers le Meguro Sky Garden, un long jardin circulaire placé au dessus du grand échangeur autoroutier d’Ikejiri-Ohashi. Je l’ai déjà pris en photo plusieurs fois mais je n’y étais pas revenu depuis longtemps, car je trouvais qu’il avait un peu perdu de sa tranquillité la dernière fois où j’y étais allé. En fin d’après-midi, il n’y avait presque personne à part deux ou trois promeneurs de chiens qui promenaient en toute logique leurs chiens. Je n’avais pris la pieuvre rouge du petit parc Tako (タコ公園) à Ebisu depuis longtemps. Cette pieuvre n’est pas celle originellement construite pour le parc, elle a été renouvelée il y a plusieurs années et à perdu au passage un peu de son intérêt. En tout cas, l’ancienne et la nouvelle pieuvre d’Ebisu ne sont pas aussi sophistiquées que celle que l’on peut voir dans une vidéo du groupe PEDRO dont je parle brièvement ci-dessous. Celle de la vidéo se trouve au bord le la piscine géante du parc prefectural de Futtsu à Chiba (千葉県立富津公園). Ça devrait certainement être une bonne idée d’aller la voir un jour ou l’autre, même en hiver.

Extraits des vidéos des morceaux Crawl (クロール) du groupe Hakubi et Tokimeki (ときめき) de a子.

Continuons donc en musique avec un excellent morceau rock intitulé Crawl (クロール) par le groupe Hakubi. Le groupe originaire de Kyoto est un duo composé de Katagiri (片桐) au chant et à la guitare et d’Aru Yasukawa (ヤスカワ アル) à la basse. Ce morceau a une excellente dynamique qui est parfaitement retranscrite dans la vidéo qui bouge sans arrêt. La voix puissante de Katagiri est vraiment convaincante, tout comme les riffs de guitare agressifs qui sont très présents dès les premiers accords. J’aime particulièrement le moment au milieu du morceau où le ton de la guitare change soudainement et se fait plus sombre tandis que la voix devient plus rapide. Cette maitrise fait vraiment plaisir à écouter. Je suis toujours très attentivement la carrière d’a子 qui vient de sortir un nouveau single intitulé Tokimeki (ときめき, heart race) le 13 Novembre 2024. Je ne suis jamais déçu par les nouvelles sorties musicales de a子. Même si ce nouveau morceau commence un peu doucement, on est très vite accroché par le refrain pop. a子 a un sens de la composition qui fait mouche à chaque fois, avec toujours ces petits décalages bienvenus, comme par exemple le découpage d’un gâteau de mariage à la tronçonneuse (qui est déconseillé) que l’on peut voir dans la vidéo. On ne retrouvera bien sûr pas de sons coupés à la tronçonneuse sur ce nouveau single car tout est parfaitement arrangé, mais il reste tout de même que son approche de la pop est atypique et je pense que sa voix est le principal facteur qui la différencie de tous/toutes les autres. Il y a quelques mois, j’avais été agréablement surpris de la voir apparaître au classement des 30 under 30 du magazine Forbes Japan, classement qui entend mettre en avant 30 personnes de moins de 30 ans qui changent le monde (「世界を変える30歳未満」30人). Je ne sais pas si ce genre de classement a beaucoup de sens car c’est tout à fait subjectif, même si a子 s’est fait un peu connaître à l’étranger par le festival SXSW aux US. C’est en tout cas une belle reconnaissance.

Extrait de la vidéo du morceau New World de Jazztronik feat. ELAIZA.

Je suis également très attentif ces derniers temps aux nouveaux morceaux d’Elaiza Ikeda (池田エライザ). J’écoute beaucoup le morceau New World qui est en fait d’un groupe nommé Jazztronik avec Elaiza au chant. Comme son nom le suggère très fortement, Jazztronik est orienté jazz. Le groupe est basé à Tokyo et se compose en fait d’un seul membre permanent, Ryota Nozaki (野崎良太) qui est pianiste, DJ et producteur. J’imagine qu’il s’entoure d’autres musiciens en fonction des besoins. Jazztronik existe depuis 1998 et a seulement sorti quelques albums et EPs. C’est un morceau très beau, très fluide, dès les premières notes de piano, qui me fait dire qu’Elaiza a cette capacité d’évoluer vers différents styles musicaux. On aimerait que Sheena Ringo lui écrive un morceau à l’avenir. Elaiza a déjà fait des appels du pied en ce sens dans le passé. Toujours dans les ambiances jazz, j’aime aussi beaucoup le nouveau morceau de Punipuni Denki (ぷにぷに電機) intitulé Chipped avec un featuring de Paul Grant, qui est musicien multi-instrumentiste et producteur californien dont les productions prennent inspiration dans le jazz, le R&B et le Hip-hop. Cette collaboration japano-américaine est intéressante et quelque chose me dit que ce type de collaboration internationale va se développer petit à petit. Le morceau est très paisible, voire reposant, comme un dimanche après-midi ensoleillé passé les pieds nus dans un parc de Tokyo ou de Californie.

Extraits des vidéos des morceaux I cannot Rain de &Tilly x Color Theory et Summer (夏) de PEDRO.

Pour changer un peu d’horizon, je découvre le très beau morceau I cannot Rain du groupe originaire de Prague &Tilly, accompagné par les synthétiseurs de Color Theory, aka Brian Hazard. J’aime beaucoup les sons rétro des synthétiseurs et le duo de voix doux et vaporeux de &Tilly. Ces sons rétro me ramènent vers une musique électronique que j’écoutais au tout début des années 2000 et que j’avais un peu oublié, Dirty Dancing de Swayzak (2002) et Alien Radio de Slam (2001). Pour revenir finalement au Japon et à la photographie de pieuvre échouée dans un jardin public, j’écoute quelques morceaux rock plus ou moins récents du groupe PEDRO mené par Ayuni D (アユニ・D) avec Hisako Tabuchi (田渕ひさ子) à la guitare. Du dernier album Iji to Hikari (意地と光) sorti le 6 Novembre 2024, j’écoute beaucoup les singles Lovely Baby (ラブリーベイビー) et Aise (愛せ). Le morceau Summer (夏), qui n’est soudainement plus de saison malgré un très long été cette année, n’est pas inclus sur un album mais sur un CD accompagnant la première édition du LIVE Blu-ray/DVD Life and Memories » (生活と記憶) de PEDRO sorti pendant l’été 2021. La vidéo avec la pieuvre tentaculaire a été tournée par Masaki Okita (大喜多正毅) qui avait déjà réalisé la vidéo du morceau Orchestra de BISH, un des morceaux emblématiques des débuts du groupe sur l’album KILLER BISH sorti en 2016.