世界はこの鼓動と釣り合っている

Avant chaque début d’année, je me pose toujours la question du premier morceau de musique que je vais écouter le matin du premier Janvier alors que je suis à peine réveillé, comme si celui-ci avait une influence sur le déroulement de l’année qui démarre. Pour ce premier de l’année 2026, j’ai écouté un morceau du groupe japonais d’indie rock Laura Day Romance, qui s’intitule sour (後味悪いや) et qui conclut leur album Nemuru – bridges (合歓る – bridges) sorti le 24 Décembre 2025. J’avais déjà parlé de ce groupe il y a un peu moins d’un an pour leur album Nemuru – walls (合歓る – walls) qui était le premier épisode d’une série de deux albums intitulés Nemuru. Laura Day Romance est un trio originaire de Tokyo qui s’est constitué à l’université en 2017, au sein d’un cercle musical, ce qui est assez classique pour les jeunes groupes japonais. Le trio se compose de Kagetsu Inoue (井上花月) au chant avec Jin Suzuki (鈴木迅) à la guitare et Yuta Isomoto (礒本雄太) à la batterie. J’aime l’élégance poétique du chant de Kagetsu, la subtilité des arrangements musicaux créant une musique délicate dans une ambiance intime et émotionnelle. De l’album, je poursuis avec plusieurs autres morceaux également très bons, comme le single lighter (ライター) qui se base sur une mélodie pop lumineuse et les morceaux Koibitohe (恋人へ) et orange and white (白と橙). L’atmosphère sensible, claire et en suspension de ces morceaux me semblait bien convenir pour m’accompagner en ce début de nouvelle année.

La douceur de ce moment musical du début d’année contraste avec la congestion visuelle des deux premières photographies du billet prises dans les rues d’Harajuku à la fin de l’année dernière. Quelques jours après m’être remis de la grippe qui m’a bloqué au lit pendant plusieurs jours, j’ai eu envie de marcher jusqu’à Shinjuku, comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Je ne passe que très rarement par la rue Takeshita qui remonte jusqu’à la gare d’Harajuku. J’ai eu envie de reprendre cette rue en ayant en tête une photographie prise il y a presque quinze ans, en Mars 2011, quelques semaines après le grand tremblement de terre de Tōhoku. Je garde un souvenir assez clair de cette photographie car elle marquait un semblant de retour à la normale où l’envie de marcher m’avait repris, tout comme en cette fin d’année 2025. Une fois dégagé de la foule d’Harajuku, j’entre dans le quartier de Sendagaya en direction de Kita-Sando. Marcher dans ces rues d’Harajuku puis de Sendagaya pendant cette période du Nouvel An me rappelle des moments il y a sept ans où j’y écoutais l’album Technique of Relief (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Même après toutes ces années, cette musique qui m’avait beaucoup marqué reste très attaché à ces lieux. Je me dis parfois que je pourrais presque lier chaque lieu tokyoïte parcouru à une photographie et à une musique particulière.

En passant par Sendagaya, je marche volontairement devant les bureaux de béton de l’agence de design Wonderwall fondée par Masamichi Katayama (片山正通). Je voulais voir comment la plante posée sur un rocher avait grandi. Je suis Masamichi Katayama sur Instagram depuis plusieurs années, car il parle souvent de ses nombreux centres d’intérêts comme le cinéma ou les concerts, en particulier ceux de Sakanaction auxquels il assiste systématiquement. En passant devant les baies vitrées donnant sur une grande salle de réunion au rez-de-chaussée, je j’aperçois assis seul de dos. Sa physionomie est immédiatement reconnaissable mais je ne m’attarde pas pour ne pas donner l’impression d’espionner la scène. Il semble absorber par son téléphone portable. Peut-être écrit il son message de fin d’année. Je passe ensuite devant la galerie et librairie d’architecture Gallery GA qui est malheureusement déjà fermée en cette fin d’année. Le rythme ralentit lors des derniers jours de l’année. Ma volonté de marcher jusqu’à Shinjuku s’amenuise et je termine finalement ma marche à Kita-Sando.

(passages flottants) (courbes de fin d’été)

Depuis le passage Yurakucho Concourse, qui perd petit à petit ses lettres (de noblesse), je gagne ensuite Harajuku pour aller voir un nouveau bâtiment, le Harajuku Quest, conçu par Shohei Shigematsu, associé principal du cabinet d’architecture Office for Metropolitan Architecture (OMA). OMA est l’agence d’architecture basée à Rotterdam de l’architecte Rem Koolhaas. Il s’agit en fait d’une reconstruction du bâtiment du même nom, engagée par le promoteur NTT Urban Development. L’aile de la déesse grecque Niké, installée sur la façade de verre aux lignes courbes, nous laisse fortement penser qu’une grande marque de sport va occuper une bonne partie des lieux (il faudra vérifier). Harajuku Quest n’était pas encore ouvert lors de mon passage, mais on peut au moins apprécier ses lignes courbes et obliques depuis la rue. Lorsque je descends jusqu’à Harajuku depuis Omotesando, j’aime bien passer devant une petite galerie d’art contemporain, qui vient d’ailleurs tout juste de changer de nom depuis le mois de septembre. Elle s’appelle maintenant (ano) (gallery) et est accompagnée d’une boutique nommée (ano) (mise). L’espace a été inauguré le 5 septembre 2025, et sa première exposition met en avant les affiches artistiques du collectif Ukiyotokyo (浮世東京) Graphical Tokyo.

J’avais déjà parlé de la chanteuse chinoise Li Zelong (李泽珑) pour son single Habits (習癖), écrit, composé et arrangé par Seiji Kameda, qu’elle chante en japonais avec une influence certaine de Sheena Ringo. Je me tourne maintenant vers trois autres singles sortis en 2022, avec d’abord 出什麼牌最危險 (Chū Shénme Pái Zuì Wēixiǎn, qu’on peut traduire par Which Card Is the Most Dangerous), sorti le 21 octobre 2022, qu’elle chante en japonais et en mandarin. Le morceau pop est très vif, et j’aime beaucoup la manière rapide avec laquelle elle alterne les deux langues avec beaucoup de dextérité (on sent quand même un peu son accent en japonais). Je suis surpris ces derniers temps, depuis Faye Wong, d’aimer la musicalité du mandarin ou du cantonais. Le single 你的秋冬是我的春夏 (Nǐ de Qiūdōng Shì Wǒ de Chūnxià, qu’on peut traduire par Your Autumn and Winter Are My Spring and Summer), sorti le 12 octobre 2022, est entièrement chanté en mandarin. Ce morceau est plus posé, mid-tempo, par rapport au précédent. Il y a ensuite le plus frénétique 背著誰流淚 (Bèizhe Shuí Liúlèi, qu’on traduira par Crying Behind Someone’s Back), qui sonne comme les morceaux d’electro-pop du début des années 2020. Ce morceau est sorti le 23 septembre 2022. Malgré leurs différences, j’entrevois ces trois singles de Li Zelong comme un petit ensemble cohérent, exprimant plusieurs facettes d’une même émotion, parfois pleine d’une énergie et d’une tension joyeuse, parfois beaucoup plus mélancolique. Je pense que les similarités des photographies de couverture jouent sur cette cohérence. On est ici à la croisée des chemins entre la Cantopop indie et la J-POP. Il faut aussi rappeler que Li Zelong est distribué par la branche de Hong Kong de la maison de disques japonaise Avex.

Je suis depuis quelque temps Li Zelong sur Instagram, car elle passait la période estivale à Tokyo, et j’étais curieux de voir d’éventuels indices d’une nouvelle collaboration avec Seiji Kameda (mais je n’en ai trouvé aucun). La coïncidence veut que je découvre ces trois singles de 2022 au moment où elle reprend l’avion pour Shanghai. Li Zelong marque plusieurs fois sur Instagram son appréciation pour la musique de Tokyo Jihen et Sheena Ringo, avec une petite reprise dansante, en tenue d’infirmière, du morceau Netsuai Hakkaku-chū (熱愛発覚中) de l’album Ukina (浮き名) de Sheena Ringo, avec son amie la bassiste ReRe (阿惹妹妹), et en s’habillant de l’emblématique yukata blanc de Tokyo Jihen lors des feux d’artifice estivaux.

avec un cœur léger

Je pense que c’est la première fois que j’entre à l’intérieur du complexe commercial WITH HARAJUKU (ウィズ原宿), qui a pourtant ouvert ses portes en juin 2020. Il se trouve juste en face de la station d’Harajuku et comporte des espaces de terrasse à un des étages donnant d’un côté une vue dégagée sur la forêt dense du grand sanctuaire de Meiji Jingū, et de l’autre une vue sur le dédale de rues étroites d’Harajuku et d’Ura-Harajuku. L’architecte du bâtiment est Toyo Ito avec Takenaka Corporation. On y trouve une statue, nommée la “Statue de Harajuku”, positionnée sur la terrasse, le regard tourné vers la gare d’Harajuku et la forêt de Meiji Jingū. Elle a été conçue par l’artiste français Xavier Veilhan, qui a déjà exposé ses statues colorées et unies dans les rues de Tokyo.

De fil en aiguille, en m’intéressant à la musique de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de killwiz, j’ai découvert le hip-hop alternatif de e5 (prononcé Ego en anglais) avec son premier album MODE POP, sorti le 24 septembre 2025. Je l’ai acheté sur iTunes dès sa sortie car je connaissais déjà trois singles qui me plaisaient au plus haut point: SPIDER SILK, WUNACOOL puis DIVE JOB. J’ai même été jusqu’à regarder une émission Twitch, sur laquelle e5 était invitée, qui présentait en direct son nouvel album au moment exact de sa sortie sur les plateformes audio. e5 s’est entourée de quelques producteurs pour certains des treize morceaux de son album, mais en a également produit plusieurs elle-même. On y trouve bien sûr un duo avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ, intitulé FROG JUMP 宇宙, et un avec killwiz, intitulé I AM HERE. L’esprit général de l’album MODE POP est celui du hip-hop mais il gravite également autour de l’hyper-pop, notamment pour ces deux morceaux avec les deux membres de son ancien groupe Dr.Anon, ainsi que celui intitulé KANTAN avec la musicienne coréenne Collie Wave. J’adore l’ambiance un peu mélancolique et introspective de cet album, qui part souvent de sujets simples comme WUNACOOL, inspiré d’un médicament anti-démangeaisons (ウナクール), et HOT KAIRO, qui évoque un petit sac chauffant (カイロ) que l’on met dans les poches pour se réchauffer en hiver. L’album a un ton intime et sincère, mais s’aventure également vers des sons plus lourds et marquants, comme le beat très puissant du deuxième morceau KIVVY.

Ce qui me plaît également beaucoup, c’est que l’album s’organise sur une symétrie autour d’un morceau central instrumental intitulé ZEROPOINT (le septième morceau). Le premier morceau, intitulé HAJIME (début), fait écho au dernier, OWARI (fin). Le cinquième, WHERE I AM, est en symétrie avec le neuvième, I AM HERE. e5 mentionnait dans l’émission Twitch une correspondance entre le troisième morceau, SNOOZEMODE, et le onzième, DIVE JOB, mais elle me paraît à priori moins évidente, du moins visuellement. La symétrie ne va pas jusqu’à faire correspondre la longueur de chaque titre comme pourrait l’imaginer Sheena Ringo, mais je ne peux m’empêcher de voir ici une inspiration ringoesque. MODE POP devient ainsi une sorte d’album-concept très cohérent e5 abouti pour un premier album. Autre petit détail ringoesque: sur la vidéo du morceau WUNACOOL qui se déroule à Chiba sur l’étrange structure en escaliers de Futtsu, e5 est accompagnée d’une fille appelée Shiina Appletea (椎名アップルティー) qui est calligraphe créant d’étranges lettrages. L’association entre le nom Shiina et la Pomme m’intrigue forcément un peu.

Le studio de production Vivision du réalisateur Yuichi Kodama (児玉裕一) propose de temps en temps à la vente un certain nombre de produits dérivés. Il n’y a pas de boutique en tant que telle, plutôt des pop-up stores. Yuichi Kodama étant le mari de Sheena Ringo et ayant réalisé un grand nombre de ses vidéos musicales ainsi que celles de Tokyo Jihen, les produits dérivés estampillés Vivision attirent forcément les fans de Ringo. Il faut noter quand même qu’il a également réalisé pour de nombreux autres artistes, comme Vaundy. Son laptop, qu’il amène apparemment partout avec lui, est d’ailleurs orné d’un sticker de Vaundy, outre ceux liés à l’univers qu’il crée avec Sheena Ringo. Les pop-up stores de Vivision sont très éphémères. Plusieurs ont eu lieu au Tower Records de Shinjuku, mais j’y suis à chaque fois allé un peu trop tard et une bonne partie des produits étaient déjà en rupture de stock. Ils doivent certainement être produits en petites séries. J’avais noté qu’un pop-up store se déroulait au magasin de vêtements Desperado, près de la gare de Shibuya, et je m’y suis dirigé ce samedi 27 septembre en début d’après-midi. Je savais que Yuichi Kodama était sur place la semaine dernière, le jour d’ouverture de sa boutique éphémère, également composée d’une partie exposant certains de ses trésors personnels. J’avais des doutes quant à sa présence ce samedi car le dernier jour de cette boutique était plutôt le lendemain. J’ai eu la surprise et le plaisir de le voir dans le magasin.

En entrant, on ne peut que remarquer sa superbe DMC-12 DeLorean qu’il a achetée il y a longtemps pour environ 10 millions de yens. Je prends bien sûr en photo la voiture sous tous les angles, elle est extrêmement bien entretenue, et je me décide à entrer dans le magasin tout en me demandant comment je pourrais lui adresser la parole. Mais j’étais également venu pour acheter un stylo de sa marque Vivision (et des chaussettes au passage). Je ne suis pas le seul dans l’espace dédié à Vivision dans la boutique. J’attends que Yuichi Kodama soit seul pour lui dire bonjour, ce qui semble le surprendre un peu au premier abord, et je lui demande si on peut prendre une photo ensemble, ce qu’il accepte volontiers. On se place sur un petit banc devant la vitrine ornée de différents objets Vivision et à côté de la DeLorean. Il me demande d’abord si j’étais venu car j’appréciais la musique de Sheena Ringo, ce que je confirme bien sûr avec enthousiasme, tout en lui glissant que j’aime aussi beaucoup ses vidéos. Nous discutons un peu des concerts que j’ai vu, de mon nombre d’années à Tokyo, tout en prenant un selfie. Il me dit qu’il fera part à Ringo de mon enthousiasme. Je le crois sur parole sur le moment. J’imagine qu’ils doivent discuter à la maison de ce qu’ils ont fait de leurs journées respectives, parler des étranges personnes rencontrées. Il me montre ensuite sa DeLorean devant nous, notamment le moteur à l’arrière et l’espace où se trouvent normalement les propulseurs dans Retour vers le Futur. Je tente une plaisanterie en voulant confirmer avec lui que ce n’est pas le modèle qui voyage dans le futur, mais mon humour hésitant ne fonctionne pas très bien. Il m’indique en tout cas qu’il la conduit très souvent. Ces quelques minutes passent très vite et sont bien agréables. J’aurais voulu lui demander plein d’autres choses, mais je vois déjà que deux autres personnes veulent suivre mon exemple en demandant une photo, ce qu’ils n’auraient sans doute pas fait si je n’avais pas demandé en premier. Cette rencontre me met de très bonne humeur pour la suite de la journée.

Pendant cette même journée de samedi, il me restait quelques heures de libre pour aller voir une exposition à la galerie Fuma Contemporary Tokyo dans le quartier d’Irifune. Il s’agissait d’une exposition intitulée INSIGHT PRISM du sculpteur Yoshitoshi Kanemaki (金巻芳俊). C’était en fait la dernière journée de cette exposition et je savais que l’artiste serait sur place. J’avais vu sur Instagram quelques-unes de ses sculptures sur bois jouant sur la répétition de visages et j’étais extrêmement intrigué de voir sa dernière création, composée d’un étrange effet de prisme. En entrant dans la petite galerie composée d’une seule pièce aux murs blancs, au neuvième étage d’un immeuble étroit, on aperçoit tout de suite la sculpture principale INSIGHT PRISM, représentant une jeune femme assise, les mains ouvertes devant elle et le regard survolant nos têtes. Son visage est fractionné en de multiples facettes, comme s’il s’agissait de reflets dans un prisme. Je suis resté de longues minutes devant cette sculpture, comme hypnotisé. Je ne pouvais pas m’empêcher de la regarder et de la prendre en photo sous différents angles, comme s’il s’agissait d’une présence divine inattendue. Dans le petit texte de présentation, Yoshitoshi Kanemaki nous explique que ces sculptures s’inspirent des statues bouddhistes avec plusieurs bras et plusieurs visages. Il s’agit de la plus grande sculpture qu’il a créé dans cette série de prismes. À côté, une autre statue plus petite montre une jeune fille à plusieurs visages et expressions. Il s’agit d’une représentation de nos différentes personnalités et des rôles que l’on joue dans la société, au point où l’on pourrait perdre la trace de notre véritable “soi”.

Un petit coin de la galerie montre différents ouvrages liés à l’artiste, notamment un très beau livre intitulé Tamentahi (タメンタヒ), rétrospective de ses sculptures. Je me décide à l’acheter et lui demande de le signer, ce qu’il accepte volontiers. C’est l’occasion de discuter un peu, car il a l’air de s’intéresser à la manière dont j’ai découvert ses sculptures et de savoir s’il s’agissait de la première fois que je venais à une de ses expositions. Il n’en avait pas exposé depuis deux ans, suite à quelques problèmes médicaux, mais je lui confirme que je reviendrai pour sûr revoir ses sculptures. J’ai en fait pensé à Kanemaki quand nous sommes allés à la branche d’Ibaraki du grand Izumo Taisha de Shimane en Juin. La salle d’exposition qui s’y trouvait montrait une étrange sculpture en bois à trois visages de l’artiste Junichi Mori (森淳一). J’avais à ce moment-là pensé aux sculptures de Yoshitoshi Kanemaki et m’étais convaincu d’aller voir ses œuvres dès que possible. Voilà chose faite. Cette journée était remplie de belles rencontres et m’a donné le cœur léger.

true blue interlude

Je suis plus attentif ces derniers mois aux sorties musicales non-japonaises, grâce notamment au podcast Very Good Trip de France Inter qui m’oriente vers quelques très belles découvertes. Michka Assayas diffuse dans des episodes récents de son émission une rétrospective de titres sortis cette année qui auraient mérité être davantage diffusés. J’écoute d’abord l’épisode consacré à l’electro et j’accroche tout de suite sur le morceau Death & Romance du groupe Magdalena Bay sur leur dernier album Imaginal Disk, sorti le 23 Août 2024. Le nom de ce duo américain composé de Mica Tenenbaum et Matthew Lewin m’était familier, et je le gardais même en tête sans avoir écouté leur musique, car j’en avais entendu parler à plusieurs reprises. La synth pop à tendance rétro et alternative du morceau Death & Romance me plait tout de suite beaucoup et une première écoute de l’album sur Bandcamp me fait tout de suite l’acheter. J’aime beaucoup la manière dont la plupart des morceaux s’enchainent sur l’album sans interruption, ce qui crée un univers continu. J’adore l’approche pop un peu vaporeuse des morceaux qui n’hésite pas à s’en éloigner en cours de route pour des sons plus expérimentaux. Le tout donne un son alternatif mélangeant les styles, avec même des incursions disco sur l’excellent morceau Image. Ce morceau suivi de Death & Romance m’a tout de suite convaincu de la qualité de l’album. La très grande majorité des morceaux de cet album sont excellents, mais certains sortent quand même leur tête par dessus les autres. Outre ceux déjà cités, on peut également noter Vampire in the Corner, Tunnel Vision, entre autres. Ah, j’adore ce genre de découvertes musicales inattendues qui viendraient presque mettre sans dessus-dessous tout ce que j’ai écouté jusqu’à maintenant (et la composition classique de mes billets par la même occasion).

FRUiTS, Sweet Heart & Kabuki

Ces photographies des grands magasins HARAKADO et LaForet sont en fait antérieures à celles montrées dans mon billet intitulé FRUiTS, Stripes & Burn. J’étais passé devant et n’étais pas entré à l’intérieur faute de temps. Je marchais en direction de Shinjuku pour aller voir une exposition dans la galerie de Tokyo Opera City. En voyant les photographies du magazine FRUiTS que l’on voit sur la devanture du LaForet qui montrait des styles vestimentaires parfois très décalés, je me remémore soudainement l’extravagance du Visual Kei qu’on pouvait parfois observer dans les rues de ces quartiers là. Me reviennent maintenant en tête les images d’un groupe d’appartenance Visual Kei (V系) nommé SHAZNA et en particulier son chanteur prenant le nom d’IZAM. Je n’écoutais pas la musique du groupe à l’époque, à la toute fin des années 1990, mais j’ai un souvenir assez net d’IZAM pour son apparence androgyne voire féminine très prononcée. À mon arrivée à Tokyo, je regardais volontiers les émissions musicales du soir, comme Hey! Hey! Hey! Music Champ sur Fuji TV, Utaban (うたばん) sur TBS ou Music Station (Mステ) sur TV Asahi, car c’était les seules que j’arrivais à peu près à comprendre, mon japonais étant plus que rudimentaire. Pendant les premiers mois de l’année 1999, je regardais aussi les émissions du matin mélangeant news et divertissement, mais je me tournais plutôt vers celles de la deuxième catégorie pour me réveiller en douceur. IZAM passait à l’époque tous les matins dans une émission intitulée saku saku MORNING CALL (サクサク モーニングコール) sur la chaîne TVK, qui doit être une chaîne de Kanagawa que l’on reçoit tout de même à Tokyo. Il faisait suite à Puffy comme présentateur principal de l’émission du mois d’Avril à Décembre 1999. Son personnage m’intriguait mais je regardais cette émission que d’un oeil distrait sur la petite télévision cathodique noire posée devant mon lit, pendant que je me préparais.

J’ai quelques souvenirs des morceaux qu’IZAM chantait avec son groupe, mais celui que j’aime écouter en ce moment s’intitule Sweet Heart Memory, sorti en Janvier 1998. Ce groupe me revient en tête maintenant car il a repris ses activités récemment. En l’écoutant, le morceau Sweet Heart Memory me donne une nostalgie certaine de mes premières années à Tokyo. J’écoutais beaucoup l’album Heart de L’Arc~en~Ciel sorti cette même année 1998. On y retrouve le même romantisme attaché au Visual Kei. Le single Loreley de cet album a une beauté saisissante. Il faut bien sûr adhérer au style de chant très maniéré de Hyde. Le morceau que je préfère du groupe reste Ibara no Namida (いばらの涙) sorti sur l’album suivant Ark sorti en 1999, qui est assez sublime de bout en bout avec notamment un solo de guitare inspiré comme on en fait peu maintenant dans la musique rock. La fiche Wikipedia décrivant le style Visual Kei mentionne une influence du théâtre Kabuki. Ça ne m’était pas venu à l’idée, mais c’est vrai qu’on y retrouve une même utilisation démesurée du maquillage, un port de vêtements élaborés et flamboyants, et cette même représentation féminine par des hommes.

Je n’avais pas encore mentionné sur ce blog l’exposition de l’illustrateur Uno Aquirax que j’ai été voir à la galerie d’art de Tokyo Opera City le même jour que l’exposition de Junji Itō (qui remonte quand même au 27 Avril 2024). Je connaissais Uno Aquirax pour certaines de ses illustrations sur l’album Razzle Dazzle de Buck-Tick sorti en Octobre 2010 et sur l’album compilation de collaborations diverses Ukina (浮き名) et l’album de morceaux choisis en live Mitsugetsushō (蜜月抄) de Sheena Ringo, tous les deux sortis en 2013. Les deux illustrations ci-dessus sont les dessins originaux de Mitsugetsushō (à gauche) et Ukina (à droite) avant leurs versions colorées utilisées sur ces deux albums. Uno Aquirax, de son vrai nom Akira Uno (宇野亜喜良) est un illustrateur, artiste graphiste et peintre, né en 1934 et ayant fait partie dans les années 1960-70 de la scène artistique underground japonaise aux côtés de Shūji Terayama avec qui il a plusieurs fois collaboré. Son style est immédiatement reconnaissable, composé en grande partie de portraits fantaisistes de femmes aux formes sensuelles mélangeant souvent les couleurs vives aux traits en noir et blanc. L’exposition montre un grand nombre d’affiches, posées pour certaines d’entre elles sur un des immenses murs des salles de la galerie. Parmi ces affiches, je suis surpris de voir celle de la pièce de théâtre kabuki Sannin Kichisa (三人吉三). Sheena Ringo avait écrit les musiques de cette pièces, en particulier le superbe morceau Tamatebako (玉手箱) datant de 2007 dont j’ai déjà parlé. Les liens entre Uno et Ringo semblent donc assez nombreux.