à l’abri des regards

Après mon passage au nouveau stade olympique, je continue à marcher sans arrêt jusqu’à Jingumae. Il y a encore des rues que je connais pas car je n’avais jamais vu ce grand graph d’un personnage féminin masqué à l’abri des regards. En fait, j’avais déjà vu cette illustration géante en photo sur un blog qui montrait une série de graffitis à Tokyo. Je suis content de tomber dessus par hasard, bien qu’un autre graffeur s’est permis d’écrire des inscriptions inutiles par dessus. C’est dommage mais on sait très bien que ces illustrations sont éphémères. D’ailleurs, j’aurais vraiment voulu voir la geisha dessinée par Tsuchinoko à Shibuya mais ça fait bien longtemps qu’elle a disparu. J’aurais aussi voulu voir le dessin gigantesque du lutteur de sumo Honda de Street Fighter 2 sur la façade de métal d’un entrepôt à Tennozu Isle, mais il avait déjà disparu quand j’y étais passé. Proche de ce graffiti géant à Jingumae, je reprends en photo les blocs superposés de la Villa Bianca conçue par Eiji Horita. Elle tient relativement bien le coup malgré les années mais des travaux qui l’entourent laissent imaginer le pire. La dernière photographie montre la façade en branchages bien connue du building Tod’s par Toyo Ito. Cet immeuble est aussi élégant dans son intégralité qu’il l’est dans les détails. Les formes asymétriques en béton imitant celles des branches des arbres zelkova plantés devant sur l’avenue d’Omotesando, et l’ajustement parfait du verre surtout sur les arêtes font de cette architecture un plaisir pour les yeux et pour le photographe. J’aime beaucoup cette surface composite au point de l’avoir utilisée en la combinant avec une de mes formes organiques futuristes FuturOrga pour mon logo actuel sur les réseaux sociaux.

On attendait une nouvelle composition de Haru Nemuri 春ねむり depuis un petit moment, plus d’un an en fait car son dernier single depuis son album Haru to Shura 春と修羅 date de septembre 2018. C’était le très détonant Kick in the World. Son année 2019 était plutôt consacrée à tourner, notamment à l’étranger où elle est plus populaire dans les milieux qui savent que dans son propre pays. Elle passera même cette année au festival américain South by Southwest SXSW d’Austin au Texas et prolongera avec une petite tournée américaine. J’étais très curieux d’entendre ce qu’allait donner son nouveau morceau Fanfare ファンファーレ, sorti le jour de son anniversaire le 10 janvier. Le style ne change pas beaucoup car on retrouve son phrasé mi parlé mi chanté mélangeant habilement poésie et rap. La musique qui accompagne ses paroles prend par contre un peu plus d’ampleur et accueille des cuivres, comme le titre pouvait nous le faire deviner. Le ton surprend au début mais l’ensemble est cohérent et fonctionne très bien. À vrai dire, j’avais un peu peur qu’elle finisse par se répéter stylistiquement en ne parvenant pas à s’échapper de la force de son album Haru to Shura, mais elle prouve finalement le contraire, en bifurquant légèrement tout en gardant sa marque de fabrique qui reste très originale, à ma connaissance au moins, dans le monde musical alternatif japonais. On pourra peut être espérer un nouvel album cette année.

the streets #1

En marchant dans les méandres de Jingumae, j’essaie de trouver des rues que je n’ai jamais emprunté mais il y en a peu tant j’ai pu marcher dans ce quartier. L’avantage de Tokyo, comme ville changeante, est que revenir dans des lieux connus après plusieurs mois peut révéler des surprises, des changements de décors. Ces changements ne sont pas toujours intéressants pour le photographe quand il s’agit d’un nouvel immeuble tout à fait quelconque planté dans le décor urbain. Mais je découvre très régulièrement des nouveaux bâtiments à l’architecture intéressante dans des lieux pourtant traverser une multitude de fois. Dans cette série de cinq photographies, je n’ai pas trouvé de nouvelles architectures, mais une grande illustration murale montrant des personnages féminins d’inspiration manga que je n’avais pas vu ici auparavant. Qu’ils soient d’inspiration manga ou pas, j’aime beaucoup ces immenses illustrations urbaines, quand elles sont bien exécutées. Celle de la première photographie semble avoir été encadrée dans son exécution pour servir d’illustration pour une façade d’un café. Mais en fait, en faisant quelques recherches, on dirait que ce n’est pas tout à fait le cas. Ces deux dessins d’inspiration manga sont l’oeuvre du graffeur australien @lushsux qui est spécialisé dans la représentation de « meme », ces petits extraits vidéos à priori humoristiques utilisés à l’excès dans les commentaires des réseaux sociaux pour exprimer une réaction. À vrai dire, je suis complètement hermétique à cette culture là, notamment relayée par les chaînes YouTube mais j’avais quand même fait le curieux en regardant au hasard quelques épisodes YouTube de PewDiePie et de Logan Paul (au moment où il était venu au Japon). Je me souviens avoir été interloqué par la manière dont ces chaînes vidéos peuvent broder sur du vide. Ces chaînes perpétuent une forme d’abrutissement que l’on reprochait autrefois à la télévision. Comme ces chaînes YouTube fonctionnent extrêmement bien, je me dis que la population doit avoir besoin de cette forme d’abrutissement (moi-même j’en ai besoin de temps en temps). Je me souviens de PewDiePie commentant certains de ces « meme », souvent ceux créés par ses propres spectateurs, modifiés et re-modifiés jusqu’au point où on ne connaît plus leurs origines. Le « meme » atteint un niveau intellectuel que j’ai beaucoup de mal à apprécier. Je ne nie pas cependant une certaine forme artistique, et je comprends que des artistes de la culture de rue s’en empare. Sur son compte Instagram, on voit que le graffeur @lushsux reprend en illustrations de rues ces figures de la culture YouTube, en mélangeant parfois volontairement les références. Sur l’illustration vue à Jingumae en photographie ci-dessus, un des dessins semble mélanger une image innocente d’un personnage du projet multimédia Love Live! – School Idol Project, dont est issu un « meme » appelé « Niko Niko Nii« , avec l’imagerie, notamment les tatouages sur le visage et les cheveux arc-en-ciel, du rappeur américain peu recommendable 6ix9ine. Cette association est volontairement contradictoire, et même un peu malsaine en y réfléchissant un peu. La contradiction se retrouve également sur l’image à côté représentant le personnage virtuel Hatsune Miku portant une inscription « Ban Anime ». Le graffeur @lushsux était apparemment invité par le magasin de skateboard et d’accessoires FTC situé juste à côté pour la sortie d’une série de vêtements utilisant les motifs du graffeur. Cette série s’appelait @LUSHSUX CAPSULE COLLECTION et était disponible à la vente à partir du 25 Août 2018. L’illustration sur le mur blanc a dû être dessinée le soir de la fête de lancement de cette ligne de vêtements au FTC Shibuya. Le dessin n’était peut être pas autorisé à l’avance car la police a fait une descente après la création de l’illustration, selon le compte Twitter de l’auteur. Ceci étant dit, elle date de presque une année et elle est toujours là à l’identique.

Le dessin de rue se trouve juste en face de l’école de bijouterie Hiko Mizuno College of Jewelry par l’architecte Mitsuru Kiryu. Ce n’est pas la première fois que je prends cet immeuble d’inspiration brutaliste en photographie. Je ne résiste jamais à l’envie de le prendre en photo même si c’est pour répéter à l’identique une photographie déjà prise dans le passé. La structure en colonnes de béton et la cage d’acier coiffant l’édifice, rendent ce bâtiment vraiment unique et rempli de mystères. Il semble sorti d’un film de science-fiction. J’aime quand l’architecture devient œuvre d’art. Je continue du côté de la rue Cat Street pas encore envahie par la foule car nous sommes assez tôt le matin. Au hasard des rues perpendiculaires, je trouve cet étrange sticker d’un chien loup bleu à la langue verte. Les autocollants tout autour n’ont rien à voir avec cette image car « Fancy Breakfast Club » est un restaurant malaisien de Kuala Lumpur désormais fermé et « Movement Drums & Co » est une compagnie de Los Angeles spécialisé dans les éléments de batterie. Comme quoi les décorations de rues sont d’origine très cosmopolite. J’aime bien faire des recherches sur Internet à partir de sticker vus dans la rue, car on trouve parfois des choses très intéressantes comme le sticker « the Beautiful Noise » il y a quelques années. Je voulais ensuite retrouver la petite galerie d’art faite de blocs de béton The Mass, mais elle était encore fermés, les stores baissés, sans aucune activité. La dernière photographie de l’article est prise dans un autre lieu il y a plusieurs semaines à la nuit tombante. Il s’agit d’une maison individuelle moderne dont les façades sont faites de métal gris clair sur lesquelles est venu s’adosser un grand arbre. Cet arbre envahit petit à petit les surfaces de la maison et je pense que les propriétaires laissent volontairement cette invasion se dérouler petit à petit. C’est certainement très subjectif mais le flou ajoute de la force et du mystère à cette invasion végétale. J’aime quand les lieux sont envahis de mystères et j’espère retranscrire cela un petit peu sur ces photographies.

permanently necessary

J’ai d’abord pensé qu’une personne mal intentionnée avait passé la nuit à gribouiller de graffiti la façade de cette boutique à Daikanyama, mais il n’en est rien. Il s’agit en fait d’une re-décoration intentionnelle de cette façade par un certain Ryuji Kamiyama. Les qualités artistiques de cette nouvelle façade sont discutables mais j’aime beaucoup le personnage de fantôme noir se cachant dans un coin.

Je passe souvent devant cette affiche publicitaire à Yurakucho montrant quelques unes des membres du groupe à rallonge Nogizaka46 en tenue de pseudo-rockeuses avec des oreilles de souris. J’ai fini par les prendre en photo au passage.

Je prends souvent quelques minutes quand je suis à Shibuya pour aller voir ce que l’on montre dans la petite galerie d’art du dernier étage du grand magasin Seibu. Cette fois-ci, il s’agissait d’une série appelée Geidai Meets Shibuya, avec divers jeunes artistes de l’école des Beaux Arts de Tokyo. Mon œil est attiré par une représentation d’un être futuriste à mi-chemin entre les sculptures blanches et organiques de Lee Bul et les créatures gigantesques de la série Evangelion.

Je cours régulièrement pendant au moins une heure les week-ends et j’amène bien entendu avec moi mon iPhone pour quelques photos en chemin quand mon œil est attiré par des couleurs ou des formes. Les couleurs de ce petit café sur Cat Street ont tout de suite accroché mon regard.

J’avais déjà pris en photo plusieurs fois ce grand dessin sur un mur de Daikanyama car j’aime beaucoup cet art de rue. J’aimerais voir plus de créations de ce genre dans les rues de Tokyo, dans les rues où personne ne va. Ce serait comme un trésor à découvrir pour les explorateurs urbains.

Je cours maintenant dans le parc de Saigoyama, toujours à Daikanyama. Sur les hauteurs du parc, la vue sur Naka-Meguro est dégagée et c’est agréable de s’y arrêter quelques minutes pour scruter l’horizon. Je recherche des yeux des toitures particulières qui pourraient indiquer un bâtiment intéressant à prendre en photo plus tard, mais je crois bien avoir déjà parcouru pleinement cette zone de la ville et rien de nouveau ne fait surface.

Je n’ai jamais vu l’interieur de l’école Hiko Mizuno à Jingumae. Il doit certainement être fascinant s’il est dans le style des façades brutalistes de l’ensemble. Je ne me lasserais jamais de le prendre en photo lorsque je passe à proximité. C’est un objet énigmatique, conçu par Mitsuru Kiryu, qui attire l’oeil du photographe, indéniablement.

Il y a quelques semaines, j’ai redémarré tranquillement mon compte Instagram. Je ne l’avais pas effacé mais désactivé pendant 8 mois. Il m’a donc suffi de le réactiver en quelques clics. On dirait que les créateurs d’Instagram ont intégré le fait que leur outil pouvait générer des frustrations au point de faire de longues pauses dans son utilisation. Mais comme je l’avais noté dans un billet précédent, Instagram a quand même l’avantage d’apporter un feedback pratiquement immédiat aux photos que l’on y publie, ce qui joue un rôle non négligeable, quoiqu’on en dise, sur la motivation. Je reprends donc cet outil tranquillement sans trop pousser et en gardant en tête que ce blog reste l’espace ultime où je montre mes photos. Je re-publie donc ici les photos déjà montrées sur Instagram, pour la plupart, mais avec un peu plus de contexte.