hypnotic innocence, cathartic existence ~1

Le Samedi 18 Juin 2022.
Kaori Himuro (氷室 薫) a appris à jouer du piano dès son plus jeune âge, poussée par ses parents. Elle ne regrette pas maintenant cet apprentissage forcé bien qu’elle se soit ensuite tournée vers la guitare pour fonder un groupe de rock avec ses camarades du club de musique de son lycée à Nagano, Tak, Kyo Nakamura et Megu. Les quatre ont commencé par jouer des reprises de groupes punk japonais comme The Stalin, mais ont assez rapidement créé leurs propres compositions. Elle écrit les paroles et Nakamura qui chante également avec elle, compose les musiques de la plupart des morceaux. Depuis l’université, elle a déménagé à Tokyo, tout comme les autres membres du groupe ce qui leur a permis de continuer à jouer ensemble de manière très régulière. Leur style s’est progressivement éloigné du punk rock pour un son plus garage qui garde cependant toute l’intensité de leur tout début. Le groupe a changé plusieurs fois de noms bien que les membres de la formation soient identique. Ils s’appellent actuellement In a Cold Room. Megu proposa ce nom en référence au nom de famille de Kaori et en imaginant que la musique du groupe parviendrait par son énergie à réchauffer toutes les salles. Kaori s’est d’abord sentie gênée par cette référence directe mais s’est finalement laissée convaincre par l’enthousiasme des autres. Ils n’ont pour l’instant sorti qu’un EP éponyme qui a eu un certain succès dans les milieux indépendants et qui leur permet de jouer dans quelques petites salles et bars de Shimokitazawa. Elle me raconte cette version courte de son histoire que je note sur mon petit carnet moleskine noir, en imaginant qu’elle se trouve devant moi un peu pressée par le temps car son groupe l’attend pour les répétitions du concert de ce soir. J’ai à peine le temps de souhaiter à Himuro san beaucoup de succès qu’elle s’est déjà évanouie dans les sons saturés de guitares comme une image floue mais persistante.

Le Samedi 7 Mars 2026.
Je repense au rock du groupe punk The Stalin (ザ・スターリン) car l’ancien batteur du groupe Jun Inui (イヌイジュン) tenait une petite conférence dans l’espace événementiel au 6ème étage du Tower Records de Shibuya le 7 Mars 2026 à 19h, à l’occasion de la publication de son livre intitulé PUNK! De l’autre côté de la rébellion: qu’ont chanté The Stalin ? (PUNK! 反逆の向こう側で ザ・スターリンたちはなにを歌ったのか?). Je ne connais pas bien la musique du groupe mais j’étais sur place au moment de cette conférence. Ce n’était pas tout à fait un hasard car je savais que Jun Togawa (戸川純) y intervenait comme invitée. J’étais plus intrigué de voir Jun Togawa que Jun Inui, et je me suis donc demandé si j’allais vraiment essayer d’assister à cette conférence. L’entrée était libre mais je ne me suis pas senti à l’aise pour y entrer ne connaissant pas bien le groupe, d’autant plus que la conférence se déroulait dans un espace fermé d’où il semblait difficile de s’éclipser discrètement. Je n’y ai donc pas assisté mais j’ai tout de même aperçu Jun Togawa au sixième étage du Tower Records se dirigeant péniblement vers la salle de conférence. Elle semble avoir du mal à marcher et se faisait aider d’une personne du staff pour se déplacer. J’avais deviné qu’elle avait du mal à se déplacer car elle est assise lors de ses concerts. Elle est toujours active sur scène, mais j’hésite encore à aller la voir car je sais que sa voix a beaucoup changé et j’ai peur de ne pas retrouver toutes les émotions que j’avais éprouvé en écoutant ses albums solo ou avec Yapoos. Depuis ce passage manqué au Tower Records de Shibuya, j’écoute l’album Mushi (虫) de The Stalin qui doit être à mon avis un des plus emblématiques du groupe, du moins celui dont je connaissais déjà la couverture.

Le groupe The Stalin est l’un des piliers les plus radicaux et influents du punk japonais des années 1980. Il a été fondé par Michiro Endo (遠藤ミチロウ), né en 1950 et mort en 2019. Le nom du groupe en référence à Joseph Stalin est volontairement provocateur car choisi pour choquer et attirer l’attention. Les morceaux que j’écoute sur l’album Mushi sorti en 1983 sont bruts, agressifs et chaotiques dans le plus pur esprit punk. Michiro Endo y crie plus qu’il ne chante, comme des complaintes incessantes. Chaque morceau est condensé en 2 minutes et garde une mélodie de guitare relativement simple mais accrocheuse. J’aime le punk à petites doses mais j’ai quand même du mal à m’accrocher au genre. Le morceau Mushi (虫) qui conclut l’album est par contre assez différent du reste, notamment pour sa longueur de presque dix minutes. Alors que les autres morceaux de l’album sont de pures explosions verbales et musicales, celui-ci est beaucoup plus habité. La voix de Michiro Endo semble crier une douleur intérieure qui le ronge lentement. On a même l’impression qu’il est possédé, enfermé dans un lieu sombre claustrophobique. On n’y retrouve pas la catharsis typique du punk mais la même douleur rampante. C’est très clairement le morceau le plus fort de l’album, une véritable expérience sensorielle. Le morceau est absolument fascinant et même inquiétant. On a le sentiment que Michiro est poursuivi par une force qu’il ne reconnaît pas (おまえなんて知らない、どこかへ飛んでけ) mais qui le ronge progressivement jusqu’à une forme de déshumanisation. Il y évoque devenir un insecte (虫になったらよろしく), ce qui n’est pas sans me rappeler le premier album de Jun Togawa, Tamahimesama (玉姫様), qui évoquait une imagerie un peu similaire. L’image que projette le morceau Mushi est très forte et marquante. Listen at your own risk.

Parmi les flyers que j’ai trouvé au Tower Records de Shibuya, je vois celui du film Street Kingdom: Make Your Own Sound (ストリート・キングダム: 自分の音を鳴らせ) qui nous parle justement de la scène indie rock japonaise de cette époque en évoquant directement la vraie scène punk japonaise et notamment The Stalin. Le film sortira le 27 Mars 2026 et est réalisé par Tomorowo Taguchi (田口 トモロヲ), connu pour être l’acteur principal des films Tetsuo 1 et 2 de Shinya Tsukamoto. Le film se déroule en 1978 à Tokyo, au moment où naît la scène punk japonaise. On suit le photographe Yuichi, interprété par Kazunobu Mineta (峯田 和伸). En plus d’être acteur, il est lui-même frontman du groupe punk Ging Nang Boyz, dont j’ai déjà parlé sur ces pages. Il est fasciné par les Sex Pistols et découvre une scène underground en pleine ébullition, dans des live-houses devenues mythiques comme celle du Loft à Shinjuku. Parmi les groupes ayant inspiré le film, je vois avec plaisir le nom de Zelda dont j’ai également déjà parlé sur ce blog, et une musique de film composée par Yoshihide Otomo. C’est clairement un film que j’ai envie de voir au cinéma, d’autant plus que je suis maintenant un peu plus familier de The Stalin.

頭の中の頭に頭の中の頭が(ある/ない)

J’aime bien regarder les cygnes dans les yeux quand ils sont au repos après une longue journée de labeur sur le grand étang du parc Inokashira près de Kichikōji. Ils témoignent d’aucune fatigue ni de lassitude, du moins je ne parviens pas à la déceler en les regardant plusieurs dizaines de secondes. En les observant tranquillement, on pourrait imaginer une musique d’accompagnement douce et paisible, mais je pense plutôt au punk rock, comme pour essayer de susciter une réaction sur leurs visages figés. Rien n’y fait. La musique que j’écoute en les regardant n’est pourtant pas à remettre en cause. C’est le morceau Deceptacon du groupe irlandais SPRINTS, qui est en fait une reprise du groupe américain Le Tigre fondé par Kathleen Hannah après son premier groupe Bikini Kill. J’avais beaucoup écouté Bikini Kill il y a plusieurs années de cela, à la même période où je découvrais Sleater-Kinney. En recherchant dans mes archives, je suis surpris de ne pas avoir mentionné le documentaire The Punk Singer consacré à Kathleen Hannah sorti en 2013. L’énergie de Deceptacon repris par SPRINTS est plus brute que l’originale, mais la voix de la guitariste et chanteuse Karla Chubb évolue dans un registre similaire à son aînée. Le morceau est très efficace et réveillerait n’importe qui de son sommeil, sauf les cygnes du parc Inokashira. J’ai découvert ce morceau grâce au podcast Very Good Trip de Michka Assayas consacré aux Voix féminines sous l’étoile de Patti Smith, du 2 Février 2026. L’émission me fait découvrir beaucoup de très belles choses, notamment le morceau Boyface du trio londonien PVA sur leur album No More Like This et la voix de Sophie Harris du groupe également londonien Modern Woman sur un morceau intitulé Dashboard Mary. La dramaturgie de cette voix me rappelle celle de Lana Del Rey, mais le morceau part ensuite dans une direction différente, beaucoup plus bruitiste durant laquelle toute la puissance de la voix de Sophie Harris se révèle. Dans une autre émission de Very Good Trop, cette fois-ci consacrée au groove du monde entier, je découvre un morceau vraiment surprenant intitulé Neredesin Sen à l’ambiance rock psychédélique moyen-orientale par Altin Gün. Le groupe est néerlandais, originaire d’Amsterdam, mais turcophone. Muhteşem şarkı.

Les méandres du web et des réseaux sociaux m’amènent vers un nouveau magazine web intitulé Japanese Alternative Magazine (JPN ALT MAG) qui entend remplir un espace vide dans la couverture anglophone de la « hyper-niche-weird-crazy Japanese music », en se concentrant sur tous les genres qui ne sont pas J-pop. L’approche m’a d’abord semblé un peu élitiste, mais le choix de présenter le nouvel album de Kirinji dans leur première sélection du mois de Janvier 2026 me fait dire qu’ils ne doivent pas suivre complètement à la lettre leur cadrage initial. On y trouve certains essais et articles sur le Yellow Magic Orchestra et sur Susumu Hirasawa (平沢進) et son groupe P-model qui me semblent tout à fait intéressants et qu’il me faudra lire bientôt, mais je suis d’abord intrigué par la sélection Japanese Alternative’s Guide to JP New Wave. L’article présente une quinzaine d’albums dans les domaines assez larges de la musique synth pop / électronique, l’avant-garde et le post-punk. Comme toujours avec ce genre de sélections, elles sont subjectives et on ne pourra jamais être complètement d’accord avec ce qui est proposé comme incontournables du genre. J’y trouve tout de même un grand nombre d’albums que j’aime et dont j’ai déjà parlé sur le magazine web Made in Tokyo, d’autres que j’ai écouté dans le passé sans y trouver une accroche et certains qui me sont complètement inconnus, ce qui est pour moi la partie la plus intéressante.

Je ne suis pas très surpris de trouver dans cette sélection l’album Solid State Survivor du Yellow Magic Orchestra, ainsi que des albums de Jun Togawa (戸川純), en solo avec Suki Suki Daisuki (好き好き大好き) et avec le groupe Yapoos sur l’album Yapoos Keikaku (ヤプーズ計画). Pas facile de choisir un album représentatif de Yapoos, mais j’aurais certainement également sélectionné leur premier album Yapoos Keikaku comme porte d’entrée. Suki Suki Daisuki n’est par contre pas mon album préféré de Jun Togawa même si le morceau titre est particulièrement marquant et a certainement joué dans la sélection de cet album plutôt que les autres. Son premier album Tamahime Sama (玉姫様) est je pense plus emblématique. Dans la partie post-punk, je suis très satisfait de voir mentionné l’album Meshi Kuuna! (メシ喰うな!) du groupe INU mené par l’acteur et poète Kō Machida (町田康). Il y a également l’album Aunt Sally du groupe du même nom mené par Phew. Cet album datant de 1979 est considéré comme un classique mais je n’ai jamais réussi à accrocher malgré plusieurs tentatives d’écoute. Je pense tout simplement que le chant de Phew ne m’attire pas. Je me laisse le temps pour une écoute ultérieure. Je pense qu’un album qui ne nous attire pas à un moment donné de notre vie peut être perçu très différemment plus tard. Je conçois certains artistes et groupes comme des portes d’entrée vers des genres. Je suis par exemple persuadé qu’apprécier la musique de Jun Togawa m’a permis de m’ouvrir vers des musiques new wave et avant-garde que je n’aurais peut-être pas pu apprécier sans cette initiation. Plus récemment et dans un style différent, la musique de 4s4ki a ouvert une porte vers toute la scène hyper-pop dont l’excentricité aurait pu d’abord me paraître rebutante. Dans la section Post-punk, je suis plutôt surpris mais également très satisfait de voir Buck-Tick mentionné avec l’album Kurutta Taiyō (狂った太陽). C’est un très bon album, mais la discographie de Buck-Tick est tellement vaste que choisir un seul album est un calvaire. J’aurais personnellement choisi Jūsankai ha Gekkō (十三階は月光), par lequel j’ai découvert le groupe et qui est considéré comme faisant également partie des meilleurs albums du groupe, mais cet album nettement gothique ne doit pas tout à fait correspondre à la revendication New Wave de la sélection musicale de l’article. Dans le style new wave, j’aurais plutôt pensé à leur album TABOO de 1989. J’aurais aussi certainement parlé du groupe G-Schmitt de SYOKO pour sa froideur hypnotique.

Certains choix de la sélection de l’article sont plus audacieux, en particulier le EP de style darkwave Dream of Embryo / Double Plantonic Suicide du groupe Funeral Party. Je connais cet EP pour l’avoir découvert il y a quelques années et en avoir déjà parlé. C’est un objet musical vraiment étrange à la noirceur fascinante. Je ne suis pas sûr que je l’aurais mis dans une sélection représentative de la new wave japonaise, mais l’article a le mérite de ne pas hésiter à s’engouffrer dans des terriers, des « rabbit-hole », ce qui est tout à respectable et cette approche augure du meilleur pour la suite. Je suis également un peu surpris de voir mentionné le EP Bamboo Houses / Bamboo Music de Ryuichi Sakamoto et David Sylvian, car je ne l’imagine pas comme une œuvre majeure bien que j’aime beaucoup le morceau Bamboo Houses dont j’ai également parlé sur ces pages.

Cet article a eu le grand mérite de me faire revenir vers la musique de Susumu Hirasawa avec son groupe P-Model en proposant dans la liste leur premier album In A Model Room. J’avais tenté il y a quelques temps l’écoute de l’album Karkador puis Perspective de P-Model, mais j’avais cependant interrompu mon écoute, n’y trouvant pas matière à me passionner. Je ressens leur album In A Model Room comme une sorte de révélation, qui me fera peut-être revenir vers d’autres albums du groupe. In A Model Room est très condensé et nerveux avec onze morceaux qui s’enchaînent sur un total de seulement 33 minutes dans une ambiance électro-punk tout à fait intrigante car non déniée d’un certain humour. On se demande d’abord ce qu’on est en train d’écouter. Les sons électroniques sont minimalistes et obsédants et les guitares anguleuses. Susumu Hirasawa ne chante pas vraiment, il parle presque mais sa voix est souvent proche du cri d’énervement ou d’impatience. Le rythme électronique frénétique qui accompagne la plupart des morceaux peut même paraître par moments un peu angoissant. Et pourtant, on a envie d’écouter jusqu’au bout car cette musique fascine par son imprévisibilité et finit même par provoquer une certaine addiction. Le morceau que je préfère est The Great Brain car c’est le plus absurde de l’album, le plus « WTF » comme on dirait sans les milieux autorisés. L’album ne manque pas de passages étranges tout en étant très accrocheurs, et c’est ce qui me fait y revenir sans cesse. Certains autres morceaux comme Kameari Pop paraissent en comparaison beaucoup plus normaux. C’est cependant quand le folie s’empare du groupe que leur musique est la plus intéressante. Dans le genre, le morceau Roomrunner qui évoque un superman imaginaire en devient même drolatique.

Voir mentionné le groupe INU de Kō Machida dans cette liste m’a amusé, car un de ses livres intitulé Confession (告白) apparaissait comme par coïncidence dans le drama Fuyu no nanka sa, Haru no nanka ne (冬のなんかさ、春のなんかね) que je regarde toutes les semaines. J’aime vraiment beaucoup cette série pour les situations et les réflexions toujours particulières de ses protagonistes. Le quatrième épisode voit se rencontrer un romancier devenu célèbre et Ayana, interprétée par Hana Sugisaki, également jeune romancière. Les deux ont déjà eu une aventure pendant leurs années universitaires, mais il décida d’une séparation pensant qu’être heureux et en couple ne lui permettra pas d’écrire comme il le souhaiterait. Cette réflexion me rappelle celle de David Gilmour comme quoi on ne peut créer à partir du bonheur. Je l’avais retranscrit dans un précédent billet.

garden of poppies

あけおめ

ことよろ

二◯二六

L’année 2026 sous le signe du cheval vient juste de commencer et je n’ai pas encore réfléchi aux bonnes résolutions à prendre pour cette nouvelle année. Vu que j’ai renouvelé mon abonnement d’hébergement de Made in Tokyo avec une contrainte d’augmentation de l’espace mémoire, je me sens un peu obligé à continuer une année de plus, la vingt-troisième année pour être plus précis. Cette année, j’aimerais pouvoir avoir assez d’inspiration pour continuer à écrire mes petites fictions, que ça soit la suite du mon histoire du Songe à la lumière, que je n’ai pas beaucoup fait avancer pendant l’année 2025, ou les autres histoires courtes qui me viennent à l’esprit. Écrire ces histoires me procure le plus de satisfaction, mais demande à ce que les bonnes conditions soient réunies, ce qui ne se commande malheureusement pas. En attendant cela, je continue à montrer mes photographies dont certaines, comme celles ci-dessus, sont un peu datées car elles ont été prises l’année dernière.

Nous sommes ici dans le jardin du sanctuaire Samukawa (寒川神社) dans la préfecture de Kanagawa. Ce jardin sacré appelé Kantakeyama Shinen (神嶽山神苑) est un jardin traditionnel japonais situé à l’arrière du bâtiment principal du sanctuaire. Il a été rénové et ouvert au public en 2009. Il est accessible aux visiteurs qui ont effectué une prière Oharai (お祓い) au sanctuaire. Ce rituel dans les sanctuaires shintō est pratiqué pour éliminer les impuretés et les calamités afin de se purifier le corps et l’esprit. Cette étape est nécessaire avant d’accéder au jardin auquel on a donné un caractère sacré. L’endroit est très agréable, composé d’un bassin central et d’une maison de thé dans laquelle on peut faire une pause. On peut y déguster du thé matcha tout en profitant de la vue sur le jardin. Le jardin contient également une scène ishibutai, une scène en pierre utilisée pour des spectacles de danses kagura ou de musique traditionnelle gagaku. Il n’y avait malheureusement pas de représentation lors de notre passage. La visite valait le déplacement d’autant plus que nous avons pu profiter des derniers feuillages d’automne dans un calme admirable.

La musique que j’évoque pour ce premier billet de l’année date également un peu car il s’agit d’une compilation du label YEN sortie en 1985 intitulée YEN Sotsugyo Kinen Album (YEN卒業記念アルバム) et venant conclure les activités du label fondé en 1982 au sein d’Alpha Records par Haruomi Hosono (細野晴臣) et Yukihiro Takahashi (高橋幸宏). Ce label avait été créé avec l’ambition de transformer la scène musicale japonaise en lançant les carrières d’artistes au caractère particulièrement affirmé. Cette aventure n’a duré que trois ans et cette compilation constitue l’aboutissement de cette histoire. Il s’agit d’un album commémoratif, qui ressemble à une cérémonie de remise de diplômes sur le premier morceau God Be With You Till We Meet Again (又会う日まで) regroupant tous les artistes du label. La plupart des morceaux sont des versions remixées ou modifiées des originaux qui sont parfois très connus comme le Rydeen du Yellow Magic Orchestra. L’ensemble est pour le moins éclectique car la techno-pop se mélange à des morceaux très orchestrés. On y trouve par exemple Marronnier Dokuhon (マロニエ読本) qui est un des plus beaux morceaux de Guernica (ゲルニカ). Chaque membre de Guernica propose également un morceau en solo. On y trouve une version réenregistrée de Doto no Renai (怒濤の恋愛) de Jun Togawa (戸川純) qui ouvrait son premier album Tama Hime Sama (玉姫様), un superbe morceau instrumental intitulé Adagietto de Koji Ueno (上野耕路) et un autre étrange morceau intitulé Children market in Xian (西安の子供市場) par Keiichi Ōta (太田螢一), également membre fondateur de Guernica. La musique de ce dernier a été composée par Kōji Ueno, et il est interprété par Makito Hayashi (林牧人), alors âgé de 10 ans, membre de la chorale d’enfants Hibari (et désormais pasteur). Son interprétation est magnifique sur une musique aux airs de l’époque Taishō qui inspire également directement Guernica. La suite des morceaux de Ueno et Ōta est un très beau moment de cet album compilation.

Une des curiosités est le morceau Yume Miru Yakusoku (夢見る約束) composé par Haruomi Hosono pour Jun Togawa sur son deuxième album Kyokutou Ian Shouka (極東慰安唱歌). Il est ici interprété par Haruomi Hosono lui-même. L’autre fondateur du label YEN, Yukihiro Takahashi, apporte également un morceau solo à cette compilation, une version remixée de It’s Gonna Work Out sorti initialement sur son quatrième album What, Me Worry? sorti en 1982. J’aime aussi beaucoup l’étrange morceau rap qui suit Beat The Rap par une troupe nommée Super Eccentric Theater (スーパー・エキセントリック・シアター), prenant l’abréviation de SET. Cette compagnie théâtrale a été fondée en 1979 avec comme figures centrales, le comédien Yūji Miyake (三宅裕司) et l’acteur Yōsuke Saitō (斎藤洋介). En 1983, la troupe s’est faite remarquer par Yukihiro Takahashi lors de ces représentations régulières sur la radio Nippon Broadcasting System (株式会社ニッポン放送). Yukihiro Takahashi y animait également l’émission All Night Nippon (オールナイトニッポン) et les a invité comme intervenants régulier dans son émission, créant ainsi un lien entre le YMO et SET. Je n’avais pas remarqué que les sketches sur l’album Service du Yellow Magic Orchestra de 1983 crédité sous le nom SET, faisaient en fait référence au Super Eccentric Theater. Service est peut-être mon album préféré du YMO mais j’avoue ne jamais écouter ces sketches comiques que je trouve un peu déplacés sur un album de musique. Du fait du rapprochement entre le YMO et SET, je comprends du coup bien mieux la présence du comédien Yūji Miyake sur l’album concept Apogee & Perigee (アポジー&ペリジー) Chō-jikū Korodasutan Ryokōki (超時空コロダスタン旅行記) sorti sur le label YEN, dont j’avais parlé dans un billet précédent.

Sur la compilation YEN Sotsugyo Kinen Album, je retrouve également avec un certain délice la Techno kayō de Miharu Koshi (越美晴) avec un morceau intitulé Petit Paradis, tiré de son album TUTU mais chanté en anglais. J’adore aussi sur cette compilation le morceau Kagami no Naka no Jūgatsu (鏡の中の十月) chanté par Tamao Koike (小池玉緒) et composé par les trois du YMO. Sans citer un à un les dix-sept morceaux de cette compilation, je note aussi les morceaux Modern Living de Test Pattern (テストパターン) et POKALA de Inoyama Land (イノヤマランド). J’écoute cette compilation depuis plusieurs mois en y revenant régulièrement, car son éclectisme et son inventivité permettent d’y revenir sans s’en fatiguer.

Écrire ce texte m’a fait revenir avec un certain plaisir sur les quelques billets que j’avais écrit au sujet de Jun Togawa et des groupes dans lesquels elle avait évolué notamment Yapoos et Guernica: (1) like surging waves, (2) that sweet resignation, (3) 隠れてる人間の姿, (4) comme un archange de lumière à Shinjuku, (5) rain watching, (6) feeling of another world, (7) hysterical lights et (8) かめはめ波. J’avais évoqué sur ces huit billets tous ses albums découverts progressivement avec une fascination certaine et une dedication dans l’écriture qui m’impressionne moi-même. J’avais eu cette même force d’inspiration lorsque j’avais commenté de manière très méthodique la totalité des concerts de Sheena Ringo. Jun Togawa se produit toujours en concerts mais j’hésite toujours à y aller, car je préfère inconsciemment peut-être garder en tête sa voix des années 1980.

Si le coquelicot était un morceau de musique, il serait une œuvre saisissante, brève et fragile, qui se déploie entre innocence et mélancolie et s’éteint en laissant un silence plein de sens, ne supportant pas l’écoute distraite, mais touchant directement le cœur, ne cherchant pas à durer mais existant pour être ressentie et s’effacer en laissant une trace intime.

金・木・犀

Chaque année, au début du mois d’Octobre, la ville se couvre d’une odeur douce et persistante, celle du kinmokusei (金木犀), les fleurs d’osmanthus orange qui s’accrochent aux coins de rues. Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte les années précédentes mais j’ai vraiment l’impression cette année d’en voir et sentir à tous les coins de rues de Tokyo. La couleur orangée en vient même à colorer mon objectif lorsque j’aperçois non loin d’un grand arbre de kinmokusei une vieille Toyota Crown qui semble dormir ici depuis les années 1980. Kinmokusei (金木犀) est également un très beau morceau d’AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) dont j’avais déjà parlé à sa sortie en Décembre 2020.

J’avais mentionné un peu plus tôt que je comptais découvrir petit à petit tous les épisodes de l’émission Liquid Mirror de NTS Radio. Je note tout de suite celui du 4 Juin 2019 où Olive Kimoto présente une sélection musicale intitulée An 80’s Japanese Retrospective. Cette sélection contient quelques pépites inattendues en plus des quelques morceaux que je connaissais déjà comme Ballet du Yellow Magic Orchestra (YMO) sur l’album BGM de 1981, Café de Psycho (カフェ・ド・サヰコ) de Guernica (ゲルニカ) sur l’album Kaizō he no Yakudō (改造への躍動) de 1982 et Kiss wo (キスを) de Yapoos sur leur premier album Yapoos Keikaku (ヤプーズ計画) de 1987. On trouve sur cette playlist le morceau Body Snatchers d’Haruomi Hosono (細野晴臣) sur son album S・F・X sorti en 1985. La version Special Mix est un morceau de techno-pop expérimentale très dense pleine de sons numériques samplés qui s’entrechoquent, de rythmiques electro-funk dans un ensemble fragmenté vraiment fascinant. Je pense avoir déjà écouté ce morceau mais je le redécouvre en tout cas cette fois-ci. La grande découverte de la playlist de Liquid Mirror est Miharu Koshi (コシミハル) sur un morceau intitulé Parallelisme (パラレリズ) de son album du même nom sorti en 1984. J’écoute du coup l’album en entier et il me fascine complètement. Miharu Koshi est une disciple d’Haruomi Hosono qui a produit plusieurs de ses albums, dont Parallelisme sorti sur le label Yen Records, fondé par Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi du YMO au sein d’Alfa Records. En fait dans la playlist de Liquid Mirror, on trouve plusieurs artistes ou groupes affiliés à Yen Records, notamment le YMO et Guernica. L’album Parallelisme est typique du style Techno kayō (テクノ歌謡) apparu au début des années 1980, mélangeant des éléments électroniques et synthétiques de la techno et synth-pop occidentale avec des éléments de chanson populaire japonaise dite kayōkyoku (歌謡曲). Cette fusion entre pop japonaise et son électronique donne une grande part à l’experimentation. Aux boîtes à rythmes et aux synthétiseurs, vient s’associer la voix pop féminine, parfois haut perchée et volontairement naïve, de Miharu Koshi. L’ambiance est souvent surréaliste. Le morceau titre Parallelisme est le meilleur de l’album, il est sublime, mais on y trouve de nombreux petits bijoux d’inventivité techno-pop qui est étonnamment d’une grande fraîcheur même si l’album est sorti il y a tout juste quarante ans. L’écoute de cet album est une expérience qu’il faut tenter avec un esprit ouvert car il part dans différentes directions. Miharu Koshi chante en japonais sur cet album mais comme elle parle le français, elle l’intègre par petites doses dans ses morceaux comme sur Parallelisme (« Là-bas, rien n’est comme ici, là-bas tout est différent »). En parcourant visuellement la discographie de Miharu Koshi, je me rends compte que je connaissais la couverture de l’album Écho de Miharu sorti en 1993, que j’avais du voir présenté dans un numéro du magazine Tsunami de Tonkam que je parcourais avec passion au milieu des années 1990. Je ne peux en fait m’empêcher d’écouter Parallelisme, pour la pop électronique sursautante du premier morceau Ryūgūjō no Koibito (龍宮城の恋人), pour la folie douce de Capricious Salad, pour l’inventivité des sons sur de nombreux morceaux comme Image, pour la dynamique imparable de Mefisutoferezu o Sagase! (メフィストフェレスを探せ!) ou les moments plus posés comme sur Tōbōsha (逃亡者). Le quatrième morceau Santa Man no Mori de (サンタマンの森で) est une curiosité car il s’agit d’une reprise électro-pop du morceau Au bois de Saint-Amand de Barbara.

La musique de Miharu Koshi me fait découvrir un autre objet non-identifié du label Yen Records sous le nom de code Apogee & Perigee (アポジー&ペリジー). L’album de ce projet s’intitule Chō-jikū Korodasutan Ryokōki (超時空コロダスタン旅行記) que l’on pourrait traduire par le récit du voyage spatio-temporel à Korodastan. Il s’agit d’un album-concept, réunissant des artistes du label Yen Records, qui se présente comme un récit de science-fiction et de fantaisie spatiale centré sur les personnages robots Apogée et Périgée et leur univers. Dans cette histoire, le robot Apogee est interprété au chant par Yūji Miyake (三宅裕司), tandis que Perigee est interprété par Jun Togawa (戸川純). À l’époque des années 1980, les robots étaient populaires au Japon, alors que l’Exposition scientifique de Tsukuba suscitait l’interêt de la population pour la technologie. Les deux robots Apogee et Perigee étaient en fait déjà célèbres avant la sortie de l’album car ils avaient fait leur apparition dans une publicité pour le whisky japonais Nikka. Le label Yen choisit d’aller plus loin en créant un album imaginaire racontant leur histoire, en rassemblant les artistes liés au label. On retrouve donc Jun Togawa, Kōji Ueno (la moitié de Guernica avec Jun Togawa), Miharu Koshi, Testpattern, entre entres. Cet album est un chef-d’œuvre méconnu, un album culte, que je connaissais de nom et de visuel car je savais que Jun Togawa y avait participé mais que je n’avais jamais écouté jusqu’à maintenant. La première écoute est surprenante. Je ne suis par contre pas surpris par la voix instable de Jun Togawa car je connais la majeure partie de sa discographie. Dans son rôle de Perigee, elle interprète plusieurs morceaux dont le Voyage sur la Lune (月世界旅行) dont la musique est composée par Haruomi Hosono, le Thème de Perigee (ペリジーのテーマ) sur une musique composée par Yōichirō Yoshikawa (吉川洋一郎) et Shinkū Kiss (真空キッス) en duo avec Yūji Miyake dans le rôle d’Apogee. Ce dernier est surtout connu comme comédien. Sa voix sur ce morceau m’a beaucoup intrigué car elle ressemble beaucoup à celle de Susumu Hirasawa (平沢進). J’étais vraiment persuadé qu’il s’agissait d’Hirasawa, peut-être parce que j’aurais aimé qu’il chante avec Jun Togawa, connaissant l’admiration qu’ils ont l’un pour l’autre. Le troisième morceau de l’album intitulé Professeur Parsec (プロフェッサー・パーセク) composé par Kōji Ueno (上野耕路) désarçonne à la première écoute car il est hors-cadre, formant une pièce à la fois étrange et éclatante. Miharu Koshi compose et chante deux morceaux qui sont absolument merveilleux, Animaroid MV II (アニマロイド・MV II~Tragic-Comedie~) et Le Sage à l’envers, Igas (逆さ賢人・イーガス~侏儒迷宮~). Ce sont tous les deux des petits bijoux de techno-pop pure. Le deuxième morceau est accompagné par une chorale d’enfants appelée Ogas (オーガス). Le sixième morceau est le Thème d’Apogee (アポジーのテーマ~スペース・フォクロア~) chanté par Yūji Miyake et Yutaka Fukuoka (福岡ユタカ). Il est aussi étrange que magnifique, et me fait assez vite comprendre pourquoi cet album est considéré comme culte. C’est un des sommets de l’album mais ils sont nombreux. Dans toute son étrangeté, il s’intègre parfaitement dans l’ensemble de l’album qui reste très cohérent, sauf pour le septième morceau Queen Glacier (クイーン・グレイシャー), chanté par Miyuki Hashimoto (橋本みゆき), qui change soudainement de registre pour passer vers du hard rock 80s très typé. On peut se dire à ce moment là que si cet album concept avait été la bande originale d’un véritable film, cette séquence rock aurait pu correspondre à une soudaine scène d’action. Le morceau n’en est pas moins bon et il me fait même replonger dans mes années de collège où des musiques rock un peu similaires étaient très populaires. L’album s’ouvre et se ferme sur un magnifique morceau atmosphérique et épuré du groupe Testpattern intitulé HOPE. L’ouverture se compose en fait d’une narration du metteur en scène Mitsumasa Shinozaki (篠崎光正) qui nous introduit l’histoire des robots Apogee & Perigee. Je ne saurais pas dire les morceaux que je préfère de cet album mais j’ai quand même un petit faible pour les deux chantés par Jun Togawa, Voyage sur la Lune (月世界旅行) et Shinkū Kiss (真空キッス), pour leur accroche pop toute à fait charmante. Que ça soit sur cet album concept ou sur l’album Parallélisme de Miharu Koshi, je suis complètement bluffé par la créativité exceptionnelle de cette musique et par son brin de fantaisie tout à fait unique. De Yen Records, je connaissais déjà quelques albums du YMO, mais j’ai le sentiment qu’une porte nouvelle (spatio-temporelle peut-être) s’ouvre devant moi, même si celle-ci date d’il y a quarante ans.

閏年エンディング ~其ノ伍~

Comme tous les ans pendant cette même période de fin Décembre, on me confie la mission d’aller chercher très tôt le matin au sanctuaire Ana Hashimangu les talismans qui nous protégeront pour la nouvelle année qui arrive. Pour aller jusqu’à la station de Waseda où se trouve le sanctuaire, je passe par la station de Takadanobaba et les quelques minutes nécessaires pour changer de ligne de train me laisse assez de temps pour prendre quelques photos de la grande fresque dédiée à Osamu Tezuka dessinée sous les voies de train. Sur le retour, je descends volontairement à la station Shin-Ōkubo pour aller voir à quoi ressemblent les rues remplies de boutiques coréennes mais il est un peu trop et rien n’est ouvert. En sortant de la station de Shin-Ōkubo, me revient tout de suite en tête une vidéo de l’émission Gokigenyō (ごきげんよう) du 4 Septembre 1991, que j’avais vu sur YouTube il y a quelques années. J’avais regardé cette émission car Jun Togawa en était l’invitée et c’était une période où j’écoutais presqu’exclusivement la musique de Jun Togawa, soit en solo ou avec son groupe Yapoos. Dans cette vidéo, elle revient dans les quartiers de son enfance de Shinjuku à Shin-Ōkubo, en marchant dans les rues de ces quartiers jusqu’à Kabukichō et en y rencontrant parfois des connaissances. J’aime revenir de temps en temps vers cette vidéo pour voir la manière d’être de Jun Togawa, car j’y ressens une sorte d’équilibre instable entre son excentricité naturelle et son besoin de normalité. En marchant depuis Shin-Ōkubo, je n’essaie pas forcément de reconnaître les endroits où Jun Togawa et le présentateur de l’émission ont marché, mais je passe volontairement devant l’école primaire Toyama qui est mentionné dans le morceau intitulé Toyama Shōgakkō Kōka 〜 Aka-gumi no Uta (戸山小学校校歌〜赤組のうた) de son deuxième album Kyokutō Ian Shōka (極東慰安唱歌). Dans la vidéo, elle passe en fait devant le collège Toyama plutôt que l’école primaire. Les quartiers filmés en 1991 et ceux de maintenant ont très certainement beaucoup changé car presque 30 ans se sont écoulés. A la télévision, il n’est pas rare de voir des émissions musicales revenant sur les Eighties, mais je n’y ai jamais entendu de morceaux de Jun Togawa. Elle était pourtant connue à cette époque, même invitée par l’intermédiaire de Takahashi Yukihiro du YMO à l’émission de Tamori, Telephone Shocking de Waratte ii Tomo! (笑っていいとも! テレフォンショッキング) le 4 Juillet 1985. Elle a même été invitée plusieurs fois, mais j’aime beaucoup revoir cet extrait d’émission de 1985, quelques mois avant la sortie de son troisième album Suki Suki Daisuki (好き好き大好き), dont le morceau titre est certainement son morceau le plus connu. Elle a une personnalité très pure mais on devine tout de suite sa fragilité, qui n’apparait pas vraiment dans ses morceaux comme celui que je mentionne ci-dessus. Même si elle prétendait vouloir faire des chansons d’idoles, c’est une musique complètement atypique, qui est également très loin de la city pop en plein succès à cette même époque.