

Uniqlo Park (ユニクロパーク) par Sou Fujimoto, Mitsui Outlet Park Yokohama Bayside, le Dimanche 1er Juin 2025.
Nous sommes déjà venus plusieurs fois dans le centre commercial Mitsui Outlet Park placé au bord de la baie de Negishi, au delà d’Isogo dans la banlieue de Yokohama. Le Uniqlo Park conçu par Sou Fujimoto (藤本壮介) fait partie de ce complexe et donne directement sur la grande Marina Yokohama Bayside (横浜ベイサイドマリーナ) où sont amarrés environ 1 200 bateaux. Avec une capacité totale de 1500 places, cette Marina est une des plus grandes du Japon. Les quelques yachts de grande taille ne semblent pas très actifs le week-end car ils sont tous accostés à leurs emplacements. Les pêcheurs amateurs de petits crabes, surtout des enfants, sont en comparaison beaucoup plus actifs. Je les observe quelques instants d’un air rêveur et interrogatif car je me suis d’abord demandé ce qu’on pouvait bien attraper dans ces rochers. Les petites boites de plastique transparent que portaient certains enfants contenaient bien quelques crabes. Nous n’entrons pas cette fois-ci à l’intérieur de l’Uniqlo Park mais je l’observe également quelques instants. Les enfants l’investissent comme un terrain de jeux, ce qui est une des fonctions importantes de cette architecture, outre celle d’être bien sûr un centre commercial. Cela prouve que la mission de l’architecte est réussie.








Et en parlant de Sou Fujimoto (藤本壮介), je ne voulais bien entendu pas manquer la première grande exposition dédiée à son architecture au Mori Art Museum (森美術館). Cette exposition intitulée The Architecture of Sou Fujimoto: Primordial Future Forest (原初・未来・森) se déroule du 2 Juillet au 9 Novembre 2025. Mon impatience m’a fait y aller dès le premier week-end. De l’architecture de Sou Fujimoto, je garde des souvenirs très précis et précieux de recherches dans le grand Tokyo de quelques unes des maisons individuelles ou résidence emblématiques qu’il a conçu, en particulier Tokyo Apartment, House H et House NA. Je les ai découvertes durant le même mois de Mai 2018, après des recherches parfois ardues. Je garde des souvenirs clairs des moments où ces maisons sont soudainement apparues devant moi, comme des trésors cachés mais pourtant visibles de tous. L’extérieur des maisons conçues par Sou Fujimoto ne donne pas toujours une idée précise de la complexité intérieure et il fallait donc se renseigner en regardant des plans disponibles sur des sites web ou magazines d’architecture. L’exposition au Mori Art Museum montre de très nombreuses maquettes réunies dans une grande salle ouverte, nous permettant de disséquer son architecture, d’en comprendre toute l’approche imaginative et le cheminement de l’architecte. On se rend compte de l’approche disruptive qu’il a de l’espace en imaginant des agencements atypiques ayant souvent une approche organique. On rencontre souvent des formes en arborescence dans son architecture qu’il explique par ses origines. Dans une des interviews vidéos montrées dans une des salles de l’exposition, Sou Fujimoto nous explique qu’il habitait étant jeune à Hokkaido à proximité d’une forêt et que cette nature forestière a clairement influencé son architecture. On le note très clairement sur des bâtiments comme le Omotesando Branches, que j’avais également déjà montré sur les pages de ce blog. La disposition intérieure de la maison NA fonctionne également comme des branchages.


L’exposition ne se limite bien sûr pas qu’à son architecture au Japon. On peut également y voir des maquettes de la résidence L’Arbre Blanc à Montpellier, la House of Music en Hongrie, entre beaucoup d’autres, l’architecte étant également très actif à l’étranger. Les espaces d’exposition du musée Mori permettent la mise en place de grandes installations et celle représentant l’International Center Station Northern Area Complex de Sendai qui verra le jour en 2031 est très impressionnante, tout comme la maquette géante d’une portion de l’anneau en bois de l’exposition universelle d’Osaka actuellement en cours. Cette récente conception pour Osaka a clairement fait connaître Sou Fujimoto du grand public, mais un autre projet emblématique verra le jour près de la gare de Tokyo, l’immense building Tokyo Torch qui sera achevé en Mars 2028. Tokyo Torch fera une hauteur estimée de 385–390 m pour 62 étages, ce qui en fera le plus haut bâtiment du Japon au moment de son ouverture. La conception générale est dirigée par Mitsubishi Jisho Sekkei. Sou Fujimoto est en charge de la partie supérieure inspirée d’une torche et Yuko Nagayama & Associates de la partie basse.

La dernière partie de l’exposition montre une conception nouvelle, datant de 2025, intitulée Forest of Future, Forest of Primordial – Resonant City 2025 study model. Sou Fujimoto et Hiroaki Miyata, scientifique des données et chercheur en sciences médicales et sociales, ont imaginé une ville futuriste composée de structures sphériques interconnectées, sans centre fixe, fonctionnant comme un écosystème forestier. Elle prévoit des déplacements aériens, une énergie naturelle, et une intégration poussée des technologies numériques (Réalité augmentée et Intelligence Artificielle). Cette ville auto-suffisante regrouperait logements, services, lieux de culture, bureaux, espaces naturels et d’agriculture dans un ensemble tridimensionnel de 500m de diamètre. L’objectif est ici de repenser l’urbanisme et les communautés humaines de manière plus organique et flexible. La problématique abordée par ce nouveau modèle est de considérer que les villes modernes, axées sur l’efficacité économique, ont standardisé la vie humaine au détriment de la diversité, du bien-être et de l’environnement. Cette construction d’espace, très certainement utopique, espère repenser l’espace urbain pour favoriser le bonheur de tous, dans toute sa diversité. Ce sont bien entendu des concepts auxquels on a envie d’adhérer et qui font chaud au cœur. Cette grande structure me rappelle un peu celle organique du mouvement métaboliste des années 1960, mais avec une dimension écologique et environnementale en plus ainsi qu’un souci du bien-être humain qu’on avait un peu de mal à déceler dans les projets de structures du Métabolisme. Alors que j’observe avec attention la structure devant moi, un homme en costume noir parle a voix haute derrière moi. A ma grande surprise, je reconnais Sou Fujimoto lui-même. J’imagine qu’il est là parmi les visiteurs pour répondre à leurs éventuelles questions et mon cerveau se met soudainement à turbiner pour trouver quelque chose à lui demander ou lui faire partager toute mon admiration. Mais je me rends compte assez vite qu’il n’est pas seul. Il s’adresse à l’architecte Kazuyo Sejima de SANAA qui le suit de près. Quelle surprise monumentale de voir Sou Fujimoto et Kazuyo Sejima ensemble un Dimanche matin pendant les heures ouvertes du musée. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite à cause de son chapeau mais Ryue Nishizawa est également présent avec eux. Sou Fujimoto est tout simplement en train de leur faire une visite guidée de son exposition. Ceux qui les reconnaissent comme moi ne savent pas où se mettre. Cela ne m’empêchera pourtant pas de faire une ou deux petites photographies discrètes (ci-dessus) alors qu’ils regardent tranquillement les grands écrans d’exposition.
















