海風に響くロックの光

Notre sortie du Samedi nous amène dans le quartier moderne de Minato Mirai à Yokohama, dans le parc Rinko (臨港パーク) situé au bord de la baie, derrière l’immense complexe Pacifico Yokohama (パシフィコ横浜) regroupant des halls de conférence et d’exposition, et le grand hôtel Intercontinental immédiatement reconnaissable par sa forme de voile. J’ai toujours vu la forme de cet hôtel comme une demi-lune, mais il s’agit officiellement d’une voile. La forme de voile est d’ailleurs également utilisée comme motif architectural pour le complexe Pacifico Yokohama que j’ai déjà montré sur ces pages. Notre destination est le nouvel espace Yokohama Timber Wharf ouvert en octobre 2025 à l’intérieur du parc Rinko. La particularité du bâtiment est d’être composé d’une architecture en bois qui s’intègre donc très bien au paysage naturel du parc. Il a été conçu par l’architecte et designer Taiju Yamashita (山下泰樹). On trouve au rez-de-chaussée du bâtiment un café et une boulangerie de la chaîne propriétaire de la boutique spécialisée dans les donuts I’m donut?. La boulangerie s’appelle dacō et opère dans le même espace où on peut manger. L’espace est animé et plutôt convivial malgré la foule. On est assis au bord d’un comptoir courbé en regardant le staff s’affairer devant les machines pour préparer les donuts entre autres bonnes choses. Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence mais le personnel était uniquement féminin ce jour-là . Elles avaient l’air d’apprécier leur travail, avec sourire et plaisanteries, ce qui m’a agréablement étonné. On ressort après le déjeuner pour marcher dans le parc tout en admirant la structure de bois du Timber Wharf. Ce n’est pas le premier bâtiment d’importance construit d’une structure en bois, mais je trouve celui-ci très élégant. Le vent s’est un peu calmé car il était fort à notre arrivée. L’allergie au pollen a démarré la semaine dernière avec les températures qui se font plus douces et les vents forts.

Côté musiques japonaises, mes intérêts du moment se dirigent beaucoup vers des albums plus anciens, des années 1980 et 90, mais je reviens également de temps en temps vers les nouveautés comme les excellents morceaux pop-rock du jeune groupe rock Haku (はく。). Haku est une formation indie rock née en 2019 à Osaka. Le groupe entièrement féminin et d’une moyenne d’âge de 22 ans se compose de quatre membres appelées seulement par leur prénom: Ai (あい) au chant principal et à la guitare rythmique, Nazuna (なずな) à la guitare, Kano (カノ) à la guitare basse et aux chœurs, et Mayu (まゆ) à la batterie. Leur style est très énergique, avec des influences du rock indie britannique et américain. Les mélodies souvent lumineuses et rafraîchissantes. La voix de Ai donne un sentiment de liberté et virevolte sur l’excellent morceau intitulé Fuwa Rin (ふわ輪), que j’ai découvert à la radio sur J-Wave car le groupe y était invité. Je ne me suis rendu compte un peu plus tard que je connaissais en fait déjà ce groupe pour la reprise très inspirée et amusante du morceau Kamu kamo shikamo ni-domo kamo! (かむかもしかもにどもかも) du groupe MONO NO AWARE. Je pense que beaucoup doivent connaître cette reprise décontractée mais très bien maîtrisée car la vidéo était devenue virale sur YouTube et Instagram. Le chanteuse Ai a un don certain pour le parler rapide, qu’elle n’utilise pas beaucoup sur les morceaux que je connais sauf sur le très intense That’s All I Can Say (それしか言えない) sorti en Septembre 2025. J’adore la force et l’émotion qui se dégage de ce morceau. J’écoute également les morceaux Looking through my subtle double eyelids (奥二重で見る) du EP Catch également sorti en 2025 et un morceau un peu plus apaisé intitulé Naive Girl sorti en 2022.

les créatures luminescentes d’Ichiko Aoba

Une fois n’est pas coutume, je me suis décidé au dernier moment d’aller voir Ichiko Aoba (青葉市子) en concert. Alors que Nicolas me disait qu’il avait l’intention d’acheter un de ses disques, je me suis moi-même rappeler que je n’avais pas encore écouté dans son intégralité son dernier album Luminescent Creatures sorti en Février 2025. Je me suis ensuite demandé si elle avait organisé une tournée nationale pour cet album car il est relativement récent. J’ai toujours eu envie d’aller la voir sur scène mais, je ne sais pour quelle raison, cette idée ne s’était pas concrétisée jusqu’à maintenant. Ichiko Aoba a en effet entamé une tournée japonaise qui vient juste de démarrer au Suntory Hall à Akasaka le 13 Août 2025. Je vois par chance qu’il reste quelques places pour le concert à Yokohama au Minato Mirai Hall (横浜みなとみらいホール) le Lundi 18 Août 2025. Comme il s’agit du dernier jour de mes petites vacances estivales, je trouve cette journée tout à fait adaptée pour terminer ces vacances en beauté. J’ai réservé ma place le Dimanche 17 Août pour le lendemain donc, sachant que la date suivante de retour à Tokyo était déjà complète. Il me faut environ une heure pour aller jusqu’à Yokohama Minato Mirai, mais ce long parcours en train m’a permis de me mettre dans l’ambiance du dernier album dont je ne connaissais que quelques morceaux. Comme le laisse clairement deviner son titre, cette tournée intitulée Reflections of Luminescent Creatures supporte directement ce nouvel album. Après les deux dates à Tokyo, celle de Yokohama puis deux à Osaka en Août, elle part vers Fukuoka, Hiroshima, Nagoya et Matsuyama en Septembre, puis Beppu, Sapporo, Kyoto, Morioka, Sendai en Octobre. En Novembre 2025, après deux dates au Japon à Kanazawa et Niigata, elle s’envole pour quelques dates en Amérique du Sud. Cette tournée est en fait mondiale, car Ichiko Aoba passera ensuite au Royal Albert Hall à Londres en Mars 2026 puis à Los Angeles en Avril 2026. Je vois malheureusement, comme d’autres artistes japonais, que les dates en Angleterre sont privilégiées par rapport à Paris, par exemple.

Le fait que la tournée se déroule dans des salles conçues pour la musique classique, avec une acoustique étudiée pour les formations orchestrales, me plaisait beaucoup. J’imagine très bien ces salles être en mesure de transmettre toutes les qualités musicales et les nuances vocales de l’artiste et sa formation. Elle est en effet entourée d’un groupe de musiciens pour cette tournée, parmi lesquels Tarō Umebayashi (梅林太郎) au piano et également co-créateur de l’album Luminescent Creatures. Tarō Umebayashi a en fait également co-composé, arrangé et produit l’album précédent d’Ichiko Aoba, Windswept Adan (アダンの風). Luminescent Creatures fonctionne en fait comme une suite conceptuelle de Windswept Adan, avec cette même atmosphère de paysages naturels marins inspirés des îles d’Okinawa. Depuis Windswept Adan, Tarō Umebayashi est venu enrichir l’univers sonore en apportant des instruments variés, sans pourtant altérer l’approche intimiste et profondément émotionnelle d’Ichiko Aoba. La formation de cette tournée se composait en tout de neufs musiciens entourant Ichiko: Tadashi Machida (町田匡) et Yurina Arai (荒井優利奈) aux violons, Rachel Yui Mikuni (三国レイチェル由依) pour l’alto et Yukinori Kobatake (小畠幸法) au violoncelle, Ikumi Maruchi (丸地郁海) à la contrebasse, Tomoyuki Asakawa (朝川朋之) à la harpe, Inae Jeong (丁仁愛) à la flûte et Manami Kakudō (角銅真実) aux percussions et aux chœurs. Le Minato Mirai Hall est une grande salle de concert d’environ 2000 places. Elle n’est certes pas aussi prestigieuse que le Suntory Hall d’Akasaka même si ces deux salles ont des points communs, comme la disposition en style ’vignoble’ avec le public disposé en terrasses tout autour de la scène et la présence d’un monumental orgue à tuyaux (celui de Minato Mirai ayant une forme de voiles de navire, en clin d’œil au port de Yokohama). Enfin, l’orgue n’était pas utilisée pour ce concert. Des effets de lumière représentant les créatures luminescentes entourant Ichiko y étaient projetés.

Je suis arrivé à Minato Mirai devant le grand hall vers 17h. L’ouverture des portes était à 17h30 pour un début de concert une heure après à 18h30. Ayant pris mon billet très tard, mon emplacement au dernier rang (sixième) du deuxième étage n’est pas idéal mais on a tout de même une bonne vue sur la scène permise par l’inclinaison des rangées. La boutique sur place vend divers goods mais j’avais de toute façon en tête d’acheter le CD de Luminescent Creatures. Il reste une bonne demi-heure avant le début de la représentation et donc assez de temps pour boire un verre de vin blanc à l’étage en observant le public tout autour de moi. Par rapport aux concerts récents auxquels j’ai assisté, le public est ici plus varié et cosmopolite, ce qui ne m’étonne pas vraiment. Tout comme Windswept Adan, l’album Luminescent Creatures a été revu par la presse musicale étrangère, en l’occurence Pitchfork, et sélectionné comme « Best New Music« . La beauté de la musique d’Ichiko Aoba traverse les continents avec la liberté et la fraîcheur d’une petite brise. Je rejoins ensuite ma place, assis entre un homme d’une soixantaine d’années et une jeune fille d’une vingtaine d’années. L’ambiance est calme et apaisée. On entend tout juste le fond sonore composé de bruits légers de cloches fūrin (風鈴). Sur la scène, des longues feuilles de fougère, avec ce qui pourrait être un os de baleine, sont placées devant les instruments et des petits éclairages montées sur des tiges. L’atmosphère pendant le concert nous donnera l’impression d’être au bord de l’océan le soir éclairé par quelques bougies.

Le concert démarre vers 18h30 comme prévu. Les musiciens entrent d’abord sur scène suivis par Ichiko vêtue d’une robe d’un rouge éclatant. Les applaudissements sont chaleureux et accompagneront chaque morceaux du concert. Elles interprète une vingtaine de morceaux pour environ 1h45, le tout ponctué par quelques messages au public. Elle joue la quasi totalité des morceaux du nouvel album Luminescent Creatures et un grand nombre de Windswept Adan, pour mon plus grand plaisir. Certains morceaux comme Porcelain, Sagu Palm’s Song ou encore Luciférine me donnent des frissons dès les premières notes. Quelques morceaux d’Ichiko Aoba sont littéralement beaux à en pleurer, et ça peut être parfois difficile de retenir ces émotions lorsqu’on écoute sa musique, surtout sur ces deux derniers albums qui ont une capacité à nous envelopper entièrement. La mise en scène avec projection d’effets lumineux est à la fois féerique et mystérieuse. Ichiko chante sans jouer d’instruments sur les premiers morceaux de Luminescent Creatures puis se tourne vers un clavier. On l’a verra ensuite jouer de la guitare électrique, une Fender rouge, ce qui était pour moi assez inattendu. Elle ne joue bien sûr pas de riffs endiablés et sa manière de jouer est proche de l’acoustique. Sa guitare acoustique n’est bien entendu pas très loin et elle en jouera en chantant sur de nombreux morceaux. Je me rends compte qu’un grand nombre de morceaux du nouvel album, comme tower ou aurora, me plaisent vraiment beaucoup. On y trouve une subtilité rare, une délicate sensibilité, une évidence qui ne se force pas, une beauté mélancolique qui sait rester légère. J’ai toujours eu le sentiment qu’Ichiko Aoba sera reconnue un jour comme trésor national (日本の宝). Ça peut paraître exagéré mais j’en ai la conviction début longtemps, depuis que j’ai découvert l’album Windswept Adan, qui est celui par lequel je suis entré dans son univers unique. On a en fait l’impression à travers ses morceaux qu’elle a un cœur pur, peut-être à cause de la lumière qui se dégage de son chant malgré la mélancolie souvent présente, et on le ressent même dans ses messages vers le public mélangeant reconnaissance envers tous ceux qui sont venus aujourd’hui et une certaine retenue. Les acclamations de la salle étaient nourries après le dernier morceau, le très beau SONAR du dernier album, pour la faire revenir sur scène avec son groupe. Elle interprète d’abord le morceau Seabed Eden, dans sa version réécrite en français par la musicienne et chanteuse française Pomme (de son vrai nom Claire Pommet). Je connaissais ce morceau mais on avait tout de même un peu de mal à reconnaître la prononciation française. Je ne connaissais pas le morceau suivant Asleep among Endives (アンディーヴと眠って) qui est un très beau single, à priori présent sur aucun album. Dormir parmi les endives, nous dit-elle dans ce morceau. Sur tous ces albums et sur les deux derniers en particulier, on la sent proche de l’environnement naturel qui l’entoure et qui fait partie entière de ses compositions. Sur certains morceaux, elle souffle même dans le micro pour imiter le bruit du vent. Elle fredonne aussi et on a le sentiment qu’elle suit très librement ses envies. Certains morceaux, comme prisomnia ou COLORATURA au début du set, n’ont pas de paroles intelligibles. Ichiko chante des sons et murmure comme des voix que l’on entendrait dans une forêt profonde remplie de créatures mystérieuses. Musicalement, COLORATURA est sublime et nous transporte dans un ailleurs dès les premières notes. De l’album Luminescent Creatures, je ne suis pas certain qu’elle ait interprété le deuxième morceau 24° 3′ 27.0″ N, 123° 47′ 7.5″ E car c’est un morceau court et certains morceaux du set s’enchainaient de manière continue. Ce titre étrange correspond en fait aux coordonnées d’un phare sur l’île de Hateruma (波照間島) au large de l’archipel d’Okinawa, au Sud des îles Iriomote, Taketomi et Ishigaki. Lorsqu’on vérifie sur Google Maps, on constate que ce phare est surnommé ’Ichiko Aoba Lighthouse’ (je ne sais pas s’il s’agit d’une appellation officialisée). Ce phare est le plus méridional du Japon se trouvant sur une île habitée. Ce morceau d’Ichiko Aoba reprend une chanson du folklore de cette île Hateruma. En y repensant, je pense qu’elle a bien interprété ce morceau car elle a évoqué une composition qui n’est pas d’elle, mais je ne sais plus à quel moment il se situait dans la setlist.

Outre le fait de ne pas mettre décidé un peu plus tôt pour pouvoir profiter du concert un peu plus près de la scène, le seul petit regret que je formulerais est la qualité de la climatisation de la salle. Il faisait une petite chaleur moite pas très agréable par moments. J’aurais aimé ne pas être dérangé par cela. Tout était très sobre, par rapport aux concerts que j’ai pu voir précédemment dans des Live Houses. Nous étions ici dans un hall de musique classique, ce qui explique cela. De ce fait, je ne me sentais pas dans l’idée de venir en short et en t-shirt. La majorité des spectateurs semblaient être dans ce même état d’esprit. Les photographies étaient strictement interdites pendant le concert, ce qui est nécessaire, et il n’y avait pas d’affiches à prendre en photo-souvenir à l’entrée du hall. Je me permets donc de montrer certaines photographies prises par Kodai Kobayashi (小林光大) sur ce billet pour illustrer mon propos, en supplément de celles que j’ai pris moi-même dans la salle encore quasiment vide. Et pour compléter ce billet, tout en écoutant Luminescent Creatures en boucle depuis quelques jours, terminons par quelques mots d’Ichiko Aoba adressés au public: « Soyez libres, suivez vos envies, profitez-en pleinement » (自由に、思いのままに、心ゆくまで楽しんでいってください).

Pour référence, je note ci-dessous la setlist du concert de la tournée Reflections of Luminescent Creatures d’Ichiko Aoba au Yokohama Minato Mirai Hall le Lundi 18 Août 2025:

1. pirsomnia, de l’album Luminescent Creatures
2. aurora, de l’album Luminescent Creatures
3. COLORATURA, de l’album Luminescent Creatures
4. Horo (帆衣), de l’album Windswept Adan
5. Parfum d’étoiles, de l’album Windswept Adan
6. mazamun, de l’album Luminescent Creatures
7. tower, de l’album Luminescent Creatures
8. Porcelain, de l’album Windswept Adan
9. FLAG, de l’album Luminescent Creatures
10. Chi no Kaze (血の風), de l’album Windswept Adan
11. Hagupit, de l’album Windswept Adan
12. Easter Lily, de l’album Windswept Adan
13. Sagu Palm’s Song, de l’album Windswept Adan
14. Dawn in the Adan, de l’album Windswept Adan
15. Adan no Shima no Tanjyosai (アダンの島の誕生祭), de l’album Windswept Adan
16. Luciférine, de l’album Luminescent Creatures
17. SONAR, de l’album Luminescent Creatures
18. Seabed Eden (French version, par Pomme), single
19. Asleep among Endives (アンディーヴと眠って), single
20. Wakusei no Namida (惑星の泪), de l’album Luminescent Creatures

l’architecture de Sou Fujimoto: Primordial Future Forest

Uniqlo Park (ユニクロパーク) par Sou Fujimoto, Mitsui Outlet Park Yokohama Bayside, le Dimanche 1er Juin 2025.

Nous sommes déjà venus plusieurs fois dans le centre commercial Mitsui Outlet Park placé au bord de la baie de Negishi, au delà d’Isogo dans la banlieue de Yokohama. Le Uniqlo Park conçu par Sou Fujimoto (藤本壮介) fait partie de ce complexe et donne directement sur la grande Marina Yokohama Bayside (横浜ベイサイドマリーナ) où sont amarrés environ 1 200 bateaux. Avec une capacité totale de 1500 places, cette Marina est une des plus grandes du Japon. Les quelques yachts de grande taille ne semblent pas très actifs le week-end car ils sont tous accostés à leurs emplacements. Les pêcheurs amateurs de petits crabes, surtout des enfants, sont en comparaison beaucoup plus actifs. Je les observe quelques instants d’un air rêveur et interrogatif car je me suis d’abord demandé ce qu’on pouvait bien attraper dans ces rochers. Les petites boites de plastique transparent que portaient certains enfants contenaient bien quelques crabes. Nous n’entrons pas cette fois-ci à l’intérieur de l’Uniqlo Park mais je l’observe également quelques instants. Les enfants l’investissent comme un terrain de jeux, ce qui est une des fonctions importantes de cette architecture, outre celle d’être bien sûr un centre commercial. Cela prouve que la mission de l’architecte est réussie.

Et en parlant de Sou Fujimoto (藤本壮介), je ne voulais bien entendu pas manquer la première grande exposition dédiée à son architecture au Mori Art Museum (森美術館). Cette exposition intitulée The Architecture of Sou Fujimoto: Primordial Future Forest (原初・未来・森) se déroule du 2 Juillet au 9 Novembre 2025. Mon impatience m’a fait y aller dès le premier week-end. De l’architecture de Sou Fujimoto, je garde des souvenirs très précis et précieux de recherches dans le grand Tokyo de quelques unes des maisons individuelles ou résidence emblématiques qu’il a conçu, en particulier Tokyo Apartment, House H et House NA. Je les ai découvertes durant le même mois de Mai 2018, après des recherches parfois ardues. Je garde des souvenirs clairs des moments où ces maisons sont soudainement apparues devant moi, comme des trésors cachés mais pourtant visibles de tous. L’extérieur des maisons conçues par Sou Fujimoto ne donne pas toujours une idée précise de la complexité intérieure et il fallait donc se renseigner en regardant des plans disponibles sur des sites web ou magazines d’architecture. L’exposition au Mori Art Museum montre de très nombreuses maquettes réunies dans une grande salle ouverte, nous permettant de disséquer son architecture, d’en comprendre toute l’approche imaginative et le cheminement de l’architecte. On se rend compte de l’approche disruptive qu’il a de l’espace en imaginant des agencements atypiques ayant souvent une approche organique. On rencontre souvent des formes en arborescence dans son architecture qu’il explique par ses origines. Dans une des interviews vidéos montrées dans une des salles de l’exposition, Sou Fujimoto nous explique qu’il habitait étant jeune à Hokkaido à proximité d’une forêt et que cette nature forestière a clairement influencé son architecture. On le note très clairement sur des bâtiments comme le Omotesando Branches, que j’avais également déjà montré sur les pages de ce blog. La disposition intérieure de la maison NA fonctionne également comme des branchages.

L’exposition ne se limite bien sûr pas qu’à son architecture au Japon. On peut également y voir des maquettes de la résidence L’Arbre Blanc à Montpellier, la House of Music en Hongrie, entre beaucoup d’autres, l’architecte étant également très actif à l’étranger. Les espaces d’exposition du musée Mori permettent la mise en place de grandes installations et celle représentant l’International Center Station Northern Area Complex de Sendai qui verra le jour en 2031 est très impressionnante, tout comme la maquette géante d’une portion de l’anneau en bois de l’exposition universelle d’Osaka actuellement en cours. Cette récente conception pour Osaka a clairement fait connaître Sou Fujimoto du grand public, mais un autre projet emblématique verra le jour près de la gare de Tokyo, l’immense building Tokyo Torch qui sera achevé en Mars 2028. Tokyo Torch fera une hauteur estimée de 385–390 m pour 62 étages, ce qui en fera le plus haut bâtiment du Japon au moment de son ouverture. La conception générale est dirigée par Mitsubishi Jisho Sekkei. Sou Fujimoto est en charge de la partie supérieure inspirée d’une torche et Yuko Nagayama & Associates de la partie basse.

La dernière partie de l’exposition montre une conception nouvelle, datant de 2025, intitulée Forest of Future, Forest of Primordial – Resonant City 2025 study model. Sou Fujimoto et Hiroaki Miyata, scientifique des données et chercheur en sciences médicales et sociales, ont imaginé une ville futuriste composée de structures sphériques interconnectées, sans centre fixe, fonctionnant comme un écosystème forestier. Elle prévoit des déplacements aériens, une énergie naturelle, et une intégration poussée des technologies numériques (Réalité augmentée et Intelligence Artificielle). Cette ville auto-suffisante regrouperait logements, services, lieux de culture, bureaux, espaces naturels et d’agriculture dans un ensemble tridimensionnel de 500m de diamètre. L’objectif est ici de repenser l’urbanisme et les communautés humaines de manière plus organique et flexible. La problématique abordée par ce nouveau modèle est de considérer que les villes modernes, axées sur l’efficacité économique, ont standardisé la vie humaine au détriment de la diversité, du bien-être et de l’environnement. Cette construction d’espace, très certainement utopique, espère repenser l’espace urbain pour favoriser le bonheur de tous, dans toute sa diversité. Ce sont bien entendu des concepts auxquels on a envie d’adhérer et qui font chaud au cœur. Cette grande structure me rappelle un peu celle organique du mouvement métaboliste des années 1960, mais avec une dimension écologique et environnementale en plus ainsi qu’un souci du bien-être humain qu’on avait un peu de mal à déceler dans les projets de structures du Métabolisme. Alors que j’observe avec attention la structure devant moi, un homme en costume noir parle a voix haute derrière moi. A ma grande surprise, je reconnais Sou Fujimoto lui-même. J’imagine qu’il est là parmi les visiteurs pour répondre à leurs éventuelles questions et mon cerveau se met soudainement à turbiner pour trouver quelque chose à lui demander ou lui faire partager toute mon admiration. Mais je me rends compte assez vite qu’il n’est pas seul. Il s’adresse à l’architecte Kazuyo Sejima de SANAA qui le suit de près. Quelle surprise monumentale de voir Sou Fujimoto et Kazuyo Sejima ensemble un Dimanche matin pendant les heures ouvertes du musée. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite à cause de son chapeau mais Ryue Nishizawa est également présent avec eux. Sou Fujimoto est tout simplement en train de leur faire une visite guidée de son exposition. Ceux qui les reconnaissent comme moi ne savent pas où se mettre. Cela ne m’empêchera pourtant pas de faire une ou deux petites photographies discrètes (ci-dessus) alors qu’ils regardent tranquillement les grands écrans d’exposition.

黒く踊る世界

Nous ne sommes pas montés dans cet énorme bateau de croisière accosté au port de Daikoku à Yokohama, mais nous avons apprécié pendant quelques minutes sa grandeur par rapport à tout ce qui l’entourait. J’en ai pris de nombreuses photographies mais je retiens seulement celle-ci prise de face comme une immense barre d’immeuble. Je reconnais un lien visuel avec la photographie qui suit de la barre d’immeuble posée au dessus d’un garage de bus entre les stations d’Ebisu et de Shibuya. Les deux photographies ne convoquent par contre pas tout à fait le même imaginaire. On se téléporte ensuite à l’intérieur de la grande tour du Prince Hotel du parc de Shiba. Cette tour est relativement banale vue de l’extérieur mais est assez impressionnante de l’intérieur depuis le rez-de-chaussée car elle comporte un large espace vide dans lequel circulent le vent et les ascenseurs. Ces ascenseurs sont des points lumineux montant et descendant le long des murs intérieurs. Une passerelle est située au premier étage et traverse cet espace. À chaque fois que je vois cet espace vide un peu futuriste, je pense à la scène de l’Empire contre-attaque sur l’Étoile de la Mort où Dark Vador annonce à Luke Skywalker qu’il est son père (spoiler alerte prescrite). Les deux photographies suivantes sont des scènes très classiques de destruction et de reconstruction, qui laissent parfois penser qu’un ouragan dévastateur vient de traverser la ville. Cette scène contraste avec la simplicité visuelle presque conceptuelle du canal d’aération de la dernière photographie dont j’ai déjà oublié l’emplacement précis. Peut-être était-ce la station de Yokohama.

Je ne connaissais que la carrière solo de Minami Hoshikuma (星熊南巫) mais elle évolue également dans un groupe de filles nommé Wagamama Rakia (我儘ラキア) dont je découvre le single intitulé Rain, qui n’est pas récent car sorti en 2020. Wagamama Rakia n’a apparemment pas sorti de nouveaux morceaux récemment mais elles sont en ce moment en tournée jusqu’à Hong Kong. Minami Hoshikuma est une des fondatrices du groupe qui reprend le principe des groupes d’idoles car il a été construit par un producteur, Ryo Koyama (小山亮), et a changé plusieurs fois de composition. Le groupe a été créé en 2016 à Osaka et se compose actuellement et depuis 2019 de quatre membres dont Hoshikuma Minami (星熊南巫), Rin Kaine (海羽凜), MIRI et L. Hoshikuma Minami est la chanteuse principale du groupe. Elle écrit également les paroles et compose la musique. MIRI (櫻井未莉) est une rappeuse originaire de Shizuoka. Avant de rejoindre Wagamama Rakia en 2019, elle faisait partie d’autres formations d’idoles et a ensuite participé plusieurs fois à des batailles d’improvisation hip-hop, qu’on appelle MC BATTLE ROYALE, notamment à la Sengoku MC Battle (戦極MC BATTLE). J’ai du coup regardé quelques MC Battle auxquelles elle avait participé. Ce genre de bataille peut devenir de véritables confrontations verbales, comme avec le rappeur Dahi (だーひー), ou des associations habiles, comme avec le rappeur BATTLE Shuriken (BATTLE手裏剣). Tout dépend du respect que ces rappeurs ont entre eux. MIRI attaque assez facilement, car elle se fait souvent attaquer sur son passé d’idole, mais contre BATTLE Shuriken, c’était très différent. Lors d’une longue improvisation inspirée par la disparition soudaine d’un compétiteur qu’elle a dû soudainement remplacer, MIRI vient habilement placer quelques mots (知らない) complétant le flot très maîtrisé de Shuriken, ce qui soulève la foule et pousse son compétiteur au respect. Ce passage est particulièrement savoureux et je ne peux m’empêcher de le regarder en boucle. Les battle royales de Sengoku MC BATTLE sont mixtes, mais il existe également d’autres batailles hip-hop uniquement féminines auxquelles MIRI a également participé allant jusqu’en finale contre Akko Gorilla (あっこゴリラ), une rappeuse dont j’ai déjà parlé quelques fois sur ces pages. MIRI apporte donc ce phrasé et cette puissance hip-hop dans les morceaux de Wagamama Rakia et notamment sur ce morceau Rain. La musique de Wagamama Rakia est basé sur des sons de guitares très métal mais l’ambiance est très versatile avec un démarrage très mélodique au piano puis des incursions rap agressives. Le chant de Minami Hoshikuma, accompagné par Rin Kaine et L, est dans l’ensemble très mélodique. Ce style musical me rappelle à chaque fois le morceau Going under d’Evanescence pour son approche brute des guitares et mélodique du chant d’Amy Lee, mais sans les parties rappées. J’aime beaucoup la dynamique du morceau Rain, ce qui m’engage à en écouter d’autres du groupe comme Survive et Why? qui prennent une atmosphère similaire.

Sur mon billet du concert d’4s4ki, je mentionnais que Minami Hoshikuma et 4s4ki devaient être proches, les ayant vu ensemble plusieurs fois en photo sur Instagram, notamment la photo ci-dessus. Je n’avais pas réalisé qu’elles avaient chanté ensemble et que cette photo avait été prise à l’occasion de leur collaboration. Le morceau qui les a réuni est un single sorti en 2024 intitulé To be like Thriller de Takeru (武瑠). Ce morceau fait également intervenir une quatrième voix, celle de IKE. Je ne connaissais pas IKE et Takeru, mais je comprends que ce dernier était le chanteur du groupe rock Visual Kei SuG qui s’est dissout en 2017. To be like Thriller évolue dans des atmosphères similaires, bien qu’un peu gothiques, à ce que j’ai pu écouter chez Wagamama Rakia, mélangeant le hip-hop et des passages plus mélodiques. Je les écoute donc à la suite dans ma petite playlist du mois d’Avril.

Y✷S✷Y

Quelques photographies prises à Yoyogi puis à Shimokitazawa et à Yokohama, en démarrant par le gymnase olympique de Kenzo Tange que j’aime tant revoir et photographier. Il s’y déroulait ce jour-là un concert de LiSA auquel je n’ai pas assisté. Il y avait plusieurs stands à l’extérieur vendant des articles liés à cette tournée et des boissons aux couleurs étranges, qui sont expliquées par le fait que cette tournée s’appelait Cocktail Party. J’aime regarder le public de ce genre de concert pour observer le niveau d’adhesion vestimentaire, qui était assez élevé pour LiSA. Après la petite forêt de bambous bordant le musée Nezu à Aoyama, on passe vers Shimokitazawa. Je remarque toujours la maison avec un pan de mur à l’oblique près de la station de Kitazawa, mais le nom de l’architecte ne me revient pas en tête. Je l’ai noté quelque part, mais l’organisation de mes notes et bookmarks laisse à désirer. J’aime aussi prendre en photo le petit théâtre The Suzunari. Le renouvellement urbanistique de Shimokitazawa n’a heureusement pas encore atteint cette partie du quartier mais il s’approche petit à petit. Je passe régulièrement devant ce théâtre, le magasin Disk Union se trouvant dans la même rue. Les trois dernières photographies sont prises à Yokohama depuis l’hôtel The Kahala, avec une vue sur les toits du centre d’exhibition Pacifico Yokohama (パシフィコ横浜) et l’hôtel Intercontinental en forme de croissant de lune. C’est la première fois que je saisis le quartier de Minato Mirai sous cet angle.

En toute fin d’année, j’aime revenir vers l’année écoulée avec quelques statistiques sur l’activité de Made in Tokyo. Cette année, j’ai publié 138 billets, ce qui est un peu plus que l’année 2023 avec 131 billets en tout. Le nombre de commentaires s’élève, au moment de l’écriture de ce billet, à 199 ce qui est inférieur au 241 de l’année dernière, mais qui reste très important considérant qu’il y a très majoritairement deux personnes qui laissent des commentaires sur Made in Tokyo et qui par conséquent m’aident à continuer ce blog et à avancer tranquillement. J’ai un peu moins écrit dans l’ensemble car la totalité des billets de cette année correspond à environ 125,500 mots. Le nombre de visites est par contre en augmentation progressive avec 19,950 visites cette année, qui est le plus haut niveau depuis 2015 (sachant qu’en 2015, il y avait plus du double de visites). Peut-être que ce nombre atteindra le niveau des 20,000 visites avant la fin de cette année, mais les visiteurs réguliers se seront bien sûr rendu compte que je ne tiens pas ce blog pour atteindre des sommets en terme de visites et de nombre de clics. Cette année, je pense avoir un peu délaissé les réseaux sociaux car je n’ai montré que 18 photos (ou séries de photos) sur Instagram et je ne publie plus rien sur X Twitter depuis le mois de Septembre. A vrai dire, j’utilise beaucoup moins X Twitter qui ne permet plus depuis longtemps d’auto-publier depuis WordPress un lien vers les nouveaux billets. Cette fonction est par contre disponible sur Threads, que je préfère donc maintenant même si le contenu de mon fils Threads a beaucoup de mal à m’intéresser.