to all the near misses

Je suis allé à Shin-Okubo pour une raison très spécifique, faire une visite au sanctuaire Kaichu Inari (皆中稲荷神社). La signification de Kaichu est que toutes les flèches atteignent leur cible, autrement dit, cela signifie que tous les vœux se réalisent. Aller savoir pourquoi, mais une croyance moderne assez répandue auprès des fans de musique donne la réputation à ce sanctuaire de faciliter l’obtention de billets de concerts, notamment pour ceux où les systèmes de loteries sont imposés. Cette réputation s’est apparemment renforcée par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux et les témoignages de fans affirmant avoir obtenu des billets après y être allés. Tout ceci relève bien sûr de croyances irrationnelles, mais je me suis persuadé que je devrais quand même y aller au cas où (j’arrive assez facilement à me laisser influencer par moi-même).

Sheena Ringo a lancé une série de concerts nationaux pour le fan club Ringohan dans des salles de tailles assez réduites, et malgré mes cinq ans de souscription, je n’ai pas réussi à obtenir une place à la loterie. Je ne suis pas le seul dans le cas, car le nombre de membres du fan club a miraculeusement augmenté de manière exponentielle à l’annonce pourtant secrète de cette tournée. C’est bon de savoir qu’après plus de 25 ans de carrière, Ringo attire toujours les foules et les nouveaux fans, mais j’avoue ma frustration de ne pas avoir obtenu de place. Certains artistes privilégient l’ancienneté des abonnés, ceux qui sont membres depuis plus d’un an par exemple, par rapport à ceux qui viennent juste de s’inscrire uniquement pour le concert en question. Je pense aussi que le dimensionnement des salles pour cette tournée n’est pas suffisant. Peut-être que Ringo ne se rend pas compte que la quasi-totalité des membres de son fan club veut assister à ses concerts. C’est d’ailleurs une des raisons principales de mon inscription. Une deuxième tournée de loterie, bien que très limitée, avait été organisée d’où mon passage désespéré au sanctuaire Kaichu Inari, suite au conseil d’un autre malheureux fan de longue date. Acheter un talisman n’a malheureusement pas augmenté mes chances, car la deuxième loterie n’a pas été fructueuse. Il reste le code donné avec la réservation de son nouvel album 禁じ手 qui sortira le 11 Mars 2026 (avec une tracklist tout à fait Ringoesque), mais je pense que mes chances seront encore une fois très limitées. Je n’ai pas encore tiré un trait (à défaut d’une flèche) sur cette tournée, mais j’aurais en tout cas le plaisir de la voir plus tard en Blu-ray quand il sortira. En fait, il y avait une deuxième raison de mon passage au sanctuaire Kaichu Inari, car Mari et moi souhaitons également aller au concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. Rendez-vous compte qu’il faut réserver sa place un an à l’avance! Je ne l’avais pas mentionné mais on a beaucoup écouté son album Prema et le mini-album Pre-Prema qui l’accompagne. Prema est assez différent de ses deux albums précédents, notamment parce qu’il est entièrement en anglais. Le morceau de Prema que je préfère est le superbe Forever Young.

Sur les petites plaquettes Ema disposées dans le sanctuaire, on ne voit en effet que des souhaits d’obtenir des places de concerts, notamment pour le dernier concert-réunion du groupe Arashi, mais également pour les concerts de Snow Man ou de Fujii Kaze. A part ces concerts de Sheena Ringo et Fujii Kaze, je n’ai pas encore décidé des groupes ou artistes que j’aimerais voir cette année. J’avoue avoir un peu de mal à me motiver. J’aimerais en tout cas, un jour, assister à un concert au Nippon Budokan. Une fois sorti du sanctuaire, je reviens vers la station. Il y a foule dans le quartier coréen. Je préfère marcher jusqu’à Shinjuku, je connais assez bien la route.

Dans les nouvelles musiques que j’écoute depuis le début d’année, il y a d’abord le nouveau single LUMEN de Minami Hoshikuma (星熊南巫) sorti le 27 Décembre 2025. On y retrouve l’ambiance intense et dramatique de ses morceaux précédents, démarrant ici par un son lourd et agressif. La batterie est particulièrement puissante et les guitares affirmées mais la voix expressive de Minami ne se laisse jamais déborder. Le titre fait référence à la lumière et on ressent le chant de Minami Hoshikuma comme une bataille contre des forces sombres qui l’entourent. Elle arrive à chaque fois à canaliser des émotions brutes pour créer une musique percutante et émotionnellement intense. Allez savoir quel mystère m’a amené ensuite vers le morceau de Dream Pop NEUANFANG de l’artiste allemande originaire de Bavière S1RENA. Le morceau sorti le 12 Décembre 2025 est chanté en allemand et évolue dans des ambiances contemplatives et rêveuses avant de s’élever vers un beat électronique plus énergique. J’imagine que ce changement de rythme correspond au thème du renouveau introduit par le titre, mais je ne serais pas en mesure de comprendre les paroles. Le morceau a une approche intime et introspective qui me plait vraiment beaucoup. C’est très caricatural, mais je n’imaginais pas que l’allemand pouvait sonner aussi bien. Il faut dire que je n’ai pas beaucoup de musiques allemandes dans la discothèque de mon iPod, à part le morceau Rammstein du groupe Rammstein de la bande originale du film Lost Highway, mais c’est une toute autre histoire parfaitement incomparable au morceau ci-dessus. Toujours est-il que NEUANFANG me donne maintenant envie d’écouter d’autres choses du genre en allemand. La vidéo de NEUANFANG n’est en fait pas complètement étrangère au Japon car S1RENA y montre quelques images furtives du film et de l’anime NANA. Ça me rappelle une nouvelle fois que je n’ai pas encore vu le film NANA sorti en 2005 avec Mika Nakashima et Aoi Miyazaki dans les rôles titre des deux Nana.

Je pars ensuite vers des sons plus électroniques avec le nouveau single Feel Your Breath de 嚩ᴴᴬᴷᵁ sorti le 25 Décembre 2025. L’approche est très sensorielle et sensible mais part en vrille vers la fin avec un énorme son techno, qui caractérise assez bien le sentiment d’instabilité du personnage. Je pense que j’aime de manière consistante toute les créations musicales de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, notamment parce qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre et qu’elle a une approche plutôt non conventionnelle de la musique. Ce morceau est plus apaisé et flottant, dans un style qui me fait un peu penser à 4s4ki, jusqu’à cette déstructuration finale qui vient mettre à mal tout le morceau. Je découvre ensuite l’artiste électronique aymk grâce au magazine web AVYSS qui me fait décidément découvrir beaucoup de choses intéressantes dans le vaste monde des musiques indépendantes voire underground. De la musicienne aymk qui fait absolument tout sur ses singles et albums, de la musique au chant jusqu’au design des couvertures, je découvre une partie (pour l’instant) de son album From Destruction through Transcendence into Reconstruction. Je ne me lancerais pas dans une explication philosophique, notamment nietzschéenne, du titre de son album car AVYSS l’a déjà fait en notant une composition de l’album en trois phases, de la destruction, au franchissement des limites et à la reconstruction, comme le mouvement même de la vie. Pour être très honnête, je ne suis pas en mesure de retrouver ces concepts clairement dans les morceaux que j’écoute de l’album, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. J’écoute pour l’instant trois morceaux Face the Mystery of Being, I’m Your Pet, Anime Girl et Thanatophilia qui ont la qualité indéniable de m’hypnotiser. La voix fortement pitchée de type lolicore d’aymk se mélange aux sons électroniques répétitifs et agressifs comme un instrument. On ne comprend pas exactement les paroles en japonais et anglais, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe est la sensation que l’on ressent lorsqu’on se laisse envahir par cette musique. J’avouerais que je ne suis pas rentrer tout de suite dans cette musique, mais j’ai eu à chaque écoute une envie irrésistible d’y revenir. Je pense qu’il faut tout de même avoir une oreille avertie pour ce genre de sons, car cette musique est sombre. Si on pense au titre du morceau Thanatophilia, il désigne une attirance profonde pour la mort. Il n’empêche que ce morceau est l’un de ceux que je préfère. La vidéo est très intéressante, elle a été tournée dans le palace abandonné Marugen à Atami, que j’ai reconnu pour l’avoir vu en photo sur le blog de Jordy Meow dédié, entre beaucoup d’autres choses, à l’exploration d’édifices abandonnés (qu’on appelle Haikyo). Le lieu à mi-chemin entre grandeur décadente et destruction convient en tout cas assez bien à l’esprit de l’album d’aymk.

Pour terminer cette sélection avec une musique un peu plus légère, je découvre le dernier single Puni (ぷに) de la rappeuse Valknee, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur les pages (nombreuses) de Made in Tokyo. Je ne suis pas très précisément sa carrière, mais il y a quelques années, je suivais assez assidûment son podcast vidéo. Puni est un morceau très ludique relayé par une vidéo très dynamique qui correspond bien au rythme du phrasé rapide de Valknee. Le morceau teinté d’un humour du quotidien assez typique de Valknee est assez court mais ne prend pas de pause, et file dans le paysage urbain comme une petite comète. C’est une petite bombe irrésistible lancée dans nos oreilles. Le morceau est sorti le 7 Janvier 2026, et il va très certainement avoir du succès.

once upon the street (3)

Ce troisième épisode en noir et blanc vient terminer cette petite série avant de revenir vers la couleur. Ces dernières semaines ont été particulièrement fatigantes pour une fin d’année et j’ai eu un peu de mal à trouver le temps d’écrire pendant les jours de semaine. Ça me manque car prendre le temps d’écrire, c’est s’extraire de tout ce qui m’entoure pendant quelques dizaines de minutes. Pour la série de photographies ci-dessus, je m’étais décidé à marcher jusqu’à Takadanobaba, au delà de Shinjuku. Un des objectifs que je m’étais donné était de trouver un immeuble dont la façade semble s’ouvrir comme un rideau. Ce bâtiment que je montre sur la première photographie se nomme Light house par Yamamura Sanz Lavina Architects (YSLA). Marcher ensuite de Takadanobaba jusqu’à Shinjuku me fait passer par le quartier coréen de Shin-Okubo, que je montre très brièvement sur l’avant dernière photo du billet. Les magasins vendant des photos et autres objets à l’effigie des stars de la K-pop sont nombreux, mais j’étais plutôt là pour acheter le déjeuner à emporter. J’imaginais très bien qu’il y aurait foule mais ça restait circulable même s’il fallait prendre son temps à l’approche de la station. Ce petit détour ne m’a pas particulièrement donné envie d’écouter de la K-pop. Je fais le curieux de temps en temps en écoutant par exemple un ou deux morceaux des deux groupes japano-coréens qui passeront à l’émission de NHK Kōhaku cette année, mais ça ne m’intéresse pas beaucoup. Je n’ai pour l’instant que deux morceaux de K-Pop sur mon iPod et j’aime beaucoup les réécouter de temps en temps: 내가 제일 잘 나가 et CAN’T NOBODY de 2NE1. A Shinjuku, les vitrines de la boutique Louis Vuitton du grand magasin Takashimaya montrent des photos en grand format de HoYeon Jung (정호연), modèle et actrice qui jouait le rôle de Kang Sae-byeok (강새벽) dans la série à succès Squid Game sur NetFlix. Beaucoup regretteront de ne plus la voir dans la deuxième saison de la série en préparation, car son personnage n’a pas survécu à la première saison, mais on peut souhaiter qu’elle apparaisse en flashback. Dans le même style d’histoire que Squid Game, je suis très curieux de voir la deuxième saison de la série japonaise Alice in Borderland qui commencera le 22 Décembre 2022 sur NetFlix, et de retrouver les personnages principaux interprétés par Kento Yamazaki (山﨑賢人) dans le rôle de Ryōhei Alice et Tao Tsuchiya (土屋太鳳) dans le rôle de Yuzuha Usagi. La deuxième photographie du billet a été prise à Sangenjaya. La moto de style café racer à gauche avec son drapeau anglais m’avait attiré le regard. La photo suivante montre un détail du petit bâtiment sur la rue Miyuki à Omotesando pour la marque Miu Miu. Cette boutique conçue par les architectes Herzog & De Meuron ressemble à une boîte prête à se refermer. La quatrième photo n’a rien de remarquable en apparence mais elle a la particularité de montrer une toute nouvelle rue à Shinjuku reliant la longue avenue Meiji au parc Shinjuku Gyoen. Je n’ai pas compté le nombre d’années nécessaires pour construire cette route, mais c’était un travail de très longue haleine. Je n’ai plus le souvenir de voir cette zone de Shinjuku sans travaux.

C’est un plaisir de revenir vers l’univers musical d’Etsuko Yakushimaru. Je n’avais pas réalisé qu’elle avait sorti un EP intitulé Existence of Us (僕の存在証明) le 26 Avril 2022 sous une formation appelée Yakushimaru Etsuko Metro Orchestra (やくしまるえつこメトロオーケストラ). Le EP se compose de deux morceaux, celui intitulé Existence of Us et un autre morceau intitulé Our ground zeroes, accompagnés des versions instrumentales. Le premier est plutôt pop avec les qualités mélodiques, symphoniques et un brin fantaisistes que j’aime beaucoup chez Etsuko Yakushimaru. Our ground zeroes est plus éthéré et rêveur. Ces deux morceaux assez différents se complémentent très bien pour créer deux mouvements d’un même ensemble. J’aime beaucoup son approche mélangeant une certaine légèreté dans son chant avec une composition musicale très maîtrisée et sophistiquée. Du coup, l’envie m’a pris de réécouter son EP AfterSchoolDi(e)stra(u)ction (放課後ディストラクション), l’album Radio Onsen Eutopia (2013) et l’excellent album Hi-Fi Anatomia (2009) de son groupe Sōtaisei Riron (相対性理論). Beaucoup de musique imaginative particulièrement réjouissante qu’il serait dommage de ne pas connaître.