頭の中の頭に頭の中の頭が(ある/ない)

J’aime bien regarder les cygnes dans les yeux quand ils sont au repos après une longue journée de labeur sur le grand étang du parc Inokashira près de Kichikōji. Ils témoignent d’aucune fatigue ni de lassitude, du moins je ne parviens pas à la déceler en les regardant plusieurs dizaines de secondes. En les observant tranquillement, on pourrait imaginer une musique d’accompagnement douce et paisible, mais je pense plutôt au punk rock, comme pour essayer de susciter une réaction sur leurs visages figés. Rien n’y fait. La musique que j’écoute en les regardant n’est pourtant pas à remettre en cause. C’est le morceau Deceptacon du groupe irlandais SPRINTS, qui est en fait une reprise du groupe américain Le Tigre fondé par Kathleen Hannah après son premier groupe Bikini Kill. J’avais beaucoup écouté Bikini Kill il y a plusieurs années de cela, à la même période où je découvrais Sleater-Kinney. En recherchant dans mes archives, je suis surpris de ne pas avoir mentionné le documentaire The Punk Singer consacré à Kathleen Hannah sorti en 2013. L’énergie de Deceptacon repris par SPRINTS est plus brute que l’originale, mais la voix de la guitariste et chanteuse Karla Chubb évolue dans un registre similaire à son aînée. Le morceau est très efficace et réveillerait n’importe qui de son sommeil, sauf les cygnes du parc Inokashira. J’ai découvert ce morceau grâce au podcast Very Good Trip de Michka Assayas consacré aux Voix féminines sous l’étoile de Patti Smith, du 2 Février 2026. L’émission me fait découvrir beaucoup de très belles choses, notamment le morceau Boyface du trio londonien PVA sur leur album No More Like This et la voix de Sophie Harris du groupe également londonien Modern Woman sur un morceau intitulé Dashboard Mary. La dramaturgie de cette voix me rappelle celle de Lana Del Rey, mais le morceau part ensuite dans une direction différente, beaucoup plus bruitiste durant laquelle toute la puissance de la voix de Sophie Harris se révèle. Dans une autre émission de Very Good Trop, cette fois-ci consacrée au groove du monde entier, je découvre un morceau vraiment surprenant intitulé Neredesin Sen à l’ambiance rock psychédélique moyen-orientale par Altin Gün. Le groupe est néerlandais, originaire d’Amsterdam, mais turcophone. Muhteşem şarkı.

Les méandres du web et des réseaux sociaux m’amènent vers un nouveau magazine web intitulé Japanese Alternative Magazine (JPN ALT MAG) qui entend remplir un espace vide dans la couverture anglophone de la « hyper-niche-weird-crazy Japanese music », en se concentrant sur tous les genres qui ne sont pas J-pop. L’approche m’a d’abord semblé un peu élitiste, mais le choix de présenter le nouvel album de Kirinji dans leur première sélection du mois de Janvier 2026 me fait dire qu’ils ne doivent pas suivre complètement à la lettre leur cadrage initial. On y trouve certains essais et articles sur le Yellow Magic Orchestra et sur Susumu Hirasawa (平沢進) et son groupe P-model qui me semblent tout à fait intéressants et qu’il me faudra lire bientôt, mais je suis d’abord intrigué par la sélection Japanese Alternative’s Guide to JP New Wave. L’article présente une quinzaine d’albums dans les domaines assez larges de la musique synth pop / électronique, l’avant-garde et le post-punk. Comme toujours avec ce genre de sélections, elles sont subjectives et on ne pourra jamais être complètement d’accord avec ce qui est proposé comme incontournables du genre. J’y trouve tout de même un grand nombre d’albums que j’aime et dont j’ai déjà parlé sur le magazine web Made in Tokyo, d’autres que j’ai écouté dans le passé sans y trouver une accroche et certains qui me sont complètement inconnus, ce qui est pour moi la partie la plus intéressante.

Je ne suis pas très surpris de trouver dans cette sélection l’album Solid State Survivor du Yellow Magic Orchestra, ainsi que des albums de Jun Togawa (戸川純), en solo avec Suki Suki Daisuki (好き好き大好き) et avec le groupe Yapoos sur l’album Yapoos Keikaku (ヤプーズ計画). Pas facile de choisir un album représentatif de Yapoos, mais j’aurais certainement également sélectionné leur premier album Yapoos Keikaku comme porte d’entrée. Suki Suki Daisuki n’est par contre pas mon album préféré de Jun Togawa même si le morceau titre est particulièrement marquant et a certainement joué dans la sélection de cet album plutôt que les autres. Son premier album Tamahime Sama (玉姫様) est je pense plus emblématique. Dans la partie post-punk, je suis très satisfait de voir mentionné l’album Meshi Kuuna! (メシ喰うな!) du groupe INU mené par l’acteur et poète Kō Machida (町田康). Il y a également l’album Aunt Sally du groupe du même nom mené par Phew. Cet album datant de 1979 est considéré comme un classique mais je n’ai jamais réussi à accrocher malgré plusieurs tentatives d’écoute. Je pense tout simplement que le chant de Phew ne m’attire pas. Je me laisse le temps pour une écoute ultérieure. Je pense qu’un album qui ne nous attire pas à un moment donné de notre vie peut être perçu très différemment plus tard. Je conçois certains artistes et groupes comme des portes d’entrée vers des genres. Je suis par exemple persuadé qu’apprécier la musique de Jun Togawa m’a permis de m’ouvrir vers des musiques new wave et avant-garde que je n’aurais peut-être pas pu apprécier sans cette initiation. Plus récemment et dans un style différent, la musique de 4s4ki a ouvert une porte vers toute la scène hyper-pop dont l’excentricité aurait pu d’abord me paraître rebutante. Dans la section Post-punk, je suis plutôt surpris mais également très satisfait de voir Buck-Tick mentionné avec l’album Kurutta Taiyō (狂った太陽). C’est un très bon album, mais la discographie de Buck-Tick est tellement vaste que choisir un seul album est un calvaire. J’aurais personnellement choisi Jūsankai ha Gekkō (十三階は月光), par lequel j’ai découvert le groupe et qui est considéré comme faisant également partie des meilleurs albums du groupe, mais cet album nettement gothique ne doit pas tout à fait correspondre à la revendication New Wave de la sélection musicale de l’article. Dans le style new wave, j’aurais plutôt pensé à leur album TABOO de 1989. J’aurais aussi certainement parlé du groupe G-Schmitt de SYOKO pour sa froideur hypnotique.

Certains choix de la sélection de l’article sont plus audacieux, en particulier le EP de style darkwave Dream of Embryo / Double Plantonic Suicide du groupe Funeral Party. Je connais cet EP pour l’avoir découvert il y a quelques années et en avoir déjà parlé. C’est un objet musical vraiment étrange à la noirceur fascinante. Je ne suis pas sûr que je l’aurais mis dans une sélection représentative de la new wave japonaise, mais l’article a le mérite de ne pas hésiter à s’engouffrer dans des terriers, des « rabbit-hole », ce qui est tout à respectable et cette approche augure du meilleur pour la suite. Je suis également un peu surpris de voir mentionné le EP Bamboo Houses / Bamboo Music de Ryuichi Sakamoto et David Sylvian, car je ne l’imagine pas comme une œuvre majeure bien que j’aime beaucoup le morceau Bamboo Houses dont j’ai également parlé sur ces pages.

Cet article a eu le grand mérite de me faire revenir vers la musique de Susumu Hirasawa avec son groupe P-Model en proposant dans la liste leur premier album In A Model Room. J’avais tenté il y a quelques temps l’écoute de l’album Karkador puis Perspective de P-Model, mais j’avais cependant interrompu mon écoute, n’y trouvant pas matière à me passionner. Je ressens leur album In A Model Room comme une sorte de révélation, qui me fera peut-être revenir vers d’autres albums du groupe. In A Model Room est très condensé et nerveux avec onze morceaux qui s’enchaînent sur un total de seulement 33 minutes dans une ambiance électro-punk tout à fait intrigante car non déniée d’un certain humour. On se demande d’abord ce qu’on est en train d’écouter. Les sons électroniques sont minimalistes et obsédants et les guitares anguleuses. Susumu Hirasawa ne chante pas vraiment, il parle presque mais sa voix est souvent proche du cri d’énervement ou d’impatience. Le rythme électronique frénétique qui accompagne la plupart des morceaux peut même paraître par moments un peu angoissant. Et pourtant, on a envie d’écouter jusqu’au bout car cette musique fascine par son imprévisibilité et finit même par provoquer une certaine addiction. Le morceau que je préfère est The Great Brain car c’est le plus absurde de l’album, le plus « WTF » comme on dirait sans les milieux autorisés. L’album ne manque pas de passages étranges tout en étant très accrocheurs, et c’est ce qui me fait y revenir sans cesse. Certains autres morceaux comme Kameari Pop paraissent en comparaison beaucoup plus normaux. C’est cependant quand le folie s’empare du groupe que leur musique est la plus intéressante. Dans le genre, le morceau Roomrunner qui évoque un superman imaginaire en devient même drolatique.

Voir mentionné le groupe INU de Kō Machida dans cette liste m’a amusé, car un de ses livres intitulé Confession (告白) apparaissait comme par coïncidence dans le drama Fuyu no nanka sa, Haru no nanka ne (冬のなんかさ、春のなんかね) que je regarde toutes les semaines. J’aime vraiment beaucoup cette série pour les situations et les réflexions toujours particulières de ses protagonistes. Le quatrième épisode voit se rencontrer un romancier devenu célèbre et Ayana, interprétée par Hana Sugisaki, également jeune romancière. Les deux ont déjà eu une aventure pendant leurs années universitaires, mais il décida d’une séparation pensant qu’être heureux et en couple ne lui permettra pas d’écrire comme il le souhaiterait. Cette réflexion me rappelle celle de David Gilmour comme quoi on ne peut créer à partir du bonheur. Je l’avais retranscrit dans un précédent billet.

世界はこの鼓動と釣り合っている

Avant chaque début d’année, je me pose toujours la question du premier morceau de musique que je vais écouter le matin du premier Janvier alors que je suis à peine réveillé, comme si celui-ci avait une influence sur le déroulement de l’année qui démarre. Pour ce premier de l’année 2026, j’ai écouté un morceau du groupe japonais d’indie rock Laura Day Romance, qui s’intitule sour (後味悪いや) et qui conclut leur album Nemuru – bridges (合歓る – bridges) sorti le 24 Décembre 2025. J’avais déjà parlé de ce groupe il y a un peu moins d’un an pour leur album Nemuru – walls (合歓る – walls) qui était le premier épisode d’une série de deux albums intitulés Nemuru. Laura Day Romance est un trio originaire de Tokyo qui s’est constitué à l’université en 2017, au sein d’un cercle musical, ce qui est assez classique pour les jeunes groupes japonais. Le trio se compose de Kagetsu Inoue (井上花月) au chant avec Jin Suzuki (鈴木迅) à la guitare et Yuta Isomoto (礒本雄太) à la batterie. J’aime l’élégance poétique du chant de Kagetsu, la subtilité des arrangements musicaux créant une musique délicate dans une ambiance intime et émotionnelle. De l’album, je poursuis avec plusieurs autres morceaux également très bons, comme le single lighter (ライター) qui se base sur une mélodie pop lumineuse et les morceaux Koibitohe (恋人へ) et orange and white (白と橙). L’atmosphère sensible, claire et en suspension de ces morceaux me semblait bien convenir pour m’accompagner en ce début de nouvelle année.

La douceur de ce moment musical du début d’année contraste avec la congestion visuelle des deux premières photographies du billet prises dans les rues d’Harajuku à la fin de l’année dernière. Quelques jours après m’être remis de la grippe qui m’a bloqué au lit pendant plusieurs jours, j’ai eu envie de marcher jusqu’à Shinjuku, comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Je ne passe que très rarement par la rue Takeshita qui remonte jusqu’à la gare d’Harajuku. J’ai eu envie de reprendre cette rue en ayant en tête une photographie prise il y a presque quinze ans, en Mars 2011, quelques semaines après le grand tremblement de terre de Tōhoku. Je garde un souvenir assez clair de cette photographie car elle marquait un semblant de retour à la normale où l’envie de marcher m’avait repris, tout comme en cette fin d’année 2025. Une fois dégagé de la foule d’Harajuku, j’entre dans le quartier de Sendagaya en direction de Kita-Sando. Marcher dans ces rues d’Harajuku puis de Sendagaya pendant cette période du Nouvel An me rappelle des moments il y a sept ans où j’y écoutais l’album Technique of Relief (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Même après toutes ces années, cette musique qui m’avait beaucoup marqué reste très attaché à ces lieux. Je me dis parfois que je pourrais presque lier chaque lieu tokyoïte parcouru à une photographie et à une musique particulière.

En passant par Sendagaya, je marche volontairement devant les bureaux de béton de l’agence de design Wonderwall fondée par Masamichi Katayama (片山正通). Je voulais voir comment la plante posée sur un rocher avait grandi. Je suis Masamichi Katayama sur Instagram depuis plusieurs années, car il parle souvent de ses nombreux centres d’intérêts comme le cinéma ou les concerts, en particulier ceux de Sakanaction auxquels il assiste systématiquement. En passant devant les baies vitrées donnant sur une grande salle de réunion au rez-de-chaussée, je j’aperçois assis seul de dos. Sa physionomie est immédiatement reconnaissable mais je ne m’attarde pas pour ne pas donner l’impression d’espionner la scène. Il semble absorber par son téléphone portable. Peut-être écrit il son message de fin d’année. Je passe ensuite devant la galerie et librairie d’architecture Gallery GA qui est malheureusement déjà fermée en cette fin d’année. Le rythme ralentit lors des derniers jours de l’année. Ma volonté de marcher jusqu’à Shinjuku s’amenuise et je termine finalement ma marche à Kita-Sando.

day number 357

Comme tous les ans à la fin du mois de Décembre, je me rends au sanctuaire Ana Hachimangu situé près de la station de Waseda pour aller y chercher des talismans pour protéger toute la famille. J’y vais très tôt le matin. Quand je dis très tôt, c’est vraiment très tôt car je me lève en général vers 3h30 du matin pour prendre le premier train de la ligne Yamanote à 4h30 environ, pour arriver un peu après 5h à Ana Hachimangu. C’est un rituel que je suis loin d’être le seul à suivre car de très nombreuses autres personnes sont déjà sur place à attendre sagement l’ouverture du sanctuaire. Il faut en général attendre deux heures dans la nuit avant de pouvoir acheter ces fameux talismans. Depuis quelques années, j’ai développé une capacité certaine à attendre sans perdre patience. J’ai bien sûr mes écouteurs dans les oreilles. Je garde un souvenir particulier d’une attente devant et à l’intérieur du sanctuaire en écoutant les trois albums de Guernica (ゲルニカ), le groupe formé par Jun Togawa, le compositeur Koji Ueno et le parolier Keiichi Ohta. Cette musique est tellement particulière que ces moments en Décembre 2018 restent marquants. Le chef d’oeuvre musical de Guernica s’intitule Marronnier Tokuhon (マロニエ読本) et c’est un morceau que j’aime écouter de temps en temps. Cette fois-ci, dans la file d’attente, la musique qui m’accompagne est l’album Melting Moment de POiSON GiRL FRiEND que j’ai découvert un peu plus tôt cette année, alors qu’il date de 1992. En y repensant maintenant, j’aurais pu aussi réécouter Kyūsai no Gihō (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Certains morceaux comme MOON TIME ou STRANGE NIGHT OF THE OMNIFICENCE (万象の奇夜) sont tout particulièrement sublimes. Ce sera pour l’année prochaine, il faut que je m’en souvienne.

Je rentre ensuite à pieds depuis Waseda pour une marche de plus d’une heure et demi. Le hasard des rues me fait passer par Natsumezaka, et je reconnais tout de suite un immeuble conçu par Makoto Takei + Chie Nabeshima / TNA. Il s’agit du petit immeuble que je montre sur la quatrième photo. J’avais découvert cet immeuble nommé Between Natsumezaka (夏目坂の間), construit en 2015, dans le numéro 105 de la revue Japan Architect (JA) consacrée à TNA, qui montre également d’autres maisons que j’ai déjà trouvé dans les rues de Tokyo notamment Tie House et Mosaic House. La particularité de l’immeuble Between Natsumezaka est qu’il est construit le long d’une rue qui est amenée à être élargie dans le futur, ce qui peut prendre de très nombreuses années. Plutôt que de laisser vacant l’espace donnant sur la rue, la proposition de l’architecte a été de construire deux structures juxtaposées à l’avant et à l’arrière avec la possibilité de supprimer la structure donnant sur la rue sans affecter la structure arrière, si la rue venait à être élargie. On remarque d’ailleurs que la majorité des espaces habitables se trouvent dans la structure arrière et que la structure avant est principalement constituée d’espaces ouverts. Huit années se sont écoulées depuis la construction du building et la rue n’a toujours pas été élargie.

En marchant dans les rues du grand Shinjuku, j’écoute dans la playlist de mon iPod deux morceaux d’un jeune groupe de rock indépendant nommé 35.7 (サンジュウゴテンナナ), qu’on peut d’ailleurs apparemment réduire en « Go Ten Nana (ゴテンナナ) ». Le groupe est originaire de Tokyo et se compose de quatre membres: Yū Takahashi (たかはしゆう) au chant et à la guitare, Shuka Kaminohara (かみのはらしゅか) à la guitare, Sakuya (さくや) à la basse et Kona Katakuri (かたくりこな) à la batterie. Je découvre d’abord leur dernier single intitulé Shiawase (しあわせ), qui vient juste de sortir le 19 Décembre 2023. J’aime beaucoup la mélancolie qui s’en dégage et la voix de Yū, notamment sa manière chantante de terminer certains mots. Le morceau prend une tournure très différente dans sa dernière partie très rapide. Ce changement de rythme est assez surprenant et très bien vu. On retrouve une dynamique un peu similaire sur le morceau Shukujitsu Tengoku (祝日天国) sorti en Juillet 2022. Ce morceau a une énergie très communicative et la fraîcheur des amours de jeunesse. Il s’agit pour sûr d’un groupe à suivre de près.

couleurs et alignements

Quelques couleurs glanées à différents endroits de Tokyo sous la lumière forte et le ciel sans nuages d’hiver. Il fait froid mais l’ambiance du tout début d’année est agréable dans un Tokyo en grande partie vide de sa population. A vrai dire, comme je prends assez peu souvent les gens en photographie, on peut avoir l’impression que Tokyo est une ville vide de population à longueur d’année. Sur cette petite série de cinq photographies, j’aime particulièrement la première montrant l’arbre aux enfants こどもの樹 par Tarō Okamoto 岡本 太郎. Cette statue aux têtes colorées est prisonnière de barrières depuis quelques temps déjà. Les couleurs se répètent sur un immeuble de l’avenue Meiji à proximité du croisement de Harujuku, sur des véhicules développés par Toyota stationnés en groupe à l’arrière d’un building, sur un alignement de figurines sur le bord d’une fenêtre quelque part près de Sangūbashi. L’alignement sur cette photographie se poursuit sur la photographie d’affiches de films sur un des murs de béton d’un cinéma indépendant à Shibuya. Sur cette dernière photographie, j’aime surtout le contraste entre le papier fragile et coloré des affiches et le béton massif et grisâtre. Pour m’accompagner en musique en cette froide journée des congés de début d’année, j’écoute la musique de Susumu Hirasawa.

Je connais le compositeur et interprète Susumu Hirasawa 平沢進 depuis que j’ai vu son nom apparaître dans les crédits sur certains morceaux de YAPOOS sur l’album Dadadaism. Il a composé les musiques de deux morceaux Virus et Kondoru ga Tonde kuru sur Dadadaism, mais également des morceaux précédents à cet album comme Virgin Blues. J’écoute l’album Technique of Relief 救済の技法 (Kyuusai no Gihou) sorti en 1998. Il s’agit d’une musique électronique orchestrale extrêmement dense, que je dirais même épique, avec une approche symphonique teintée de world music. C’est un style musical assez différent de ce que j’ai l’habitude d’écouter, très efficace et dynamique sur certains morceaux, poussant à la méditation sur d’autres morceaux, comme sur le quatrième, Ghost Bridge par exemple. Sur ce morceau, j’ai l’impression de connaître cette voix depuis très longtemps, même avant mon arrivée au Japon. C’est une sensation assez bizarre. Il y a parfois dans ces morceaux une tristesse cinématographique, une intensité émotionnelle forte sur des morceaux comme Moon Time. La voix tout en nuances de Hirasawa y est pour beaucoup. Les morceaux sont tous très mélodiques, mélangeant parfois des sonorités sud asiatiques comme sur le morceau Strange Night of the Omnifiscience 万象の奇夜, un autre morceau qui me fait faire une pause dans ce que fait pour apprécier sereinement ces notes. J’ai développé une sorte d’addiction pour cet album que j’ai déjà écouté plus de vingt fois, je pense. Je ne pense pas me lancer dans la découverte méthodique de l’oeuvre musicale de Susumu Hirasawa ou de son groupe P-MODEL avant sa carrière solo, car sa discographie est extrêmement étendue. Je vais piocher au hasard quelques albums, peut être celui qui contient des morceaux de la bande originale du superbe film d’animation Paprika de Satoshi Kon 今敏.