from the railways to a strange house

On démarre par un train longeant une partie du parc Inokashira. C’est un parc que je connais bien mais que nous n’avons pas parcouru depuis longtemps. A chaque fois que je marche dans ce parc, je pense à l’histoire de Kei car c’est près de là qu’elle vit. Je la cherche toujours des yeux mais je sais très bien que je ne la trouverais pas. Ou alors il faudrait un hasard qui serait, comment dire, surnaturel. Marcher dans ce parc me rappelle plutôt qu’il faut que je continue cette histoire dont les épisodes existants sont regroupés sur la page Du songe à la lumière. A vrai dire, je ne force pas l’écriture car le moment venu se fait sentir de lui-même, parfois à des mois d’intervalles. La sensation que j’éprouve en écrivant ces textes de fiction est difficile à décrire. Il y a un mélange de concentration, d’abstraction des choses autour de moi et d’une certaine satisfaction du simple fait de construire une histoire qui ne se limite pas aux faits réels que j’ai pu déjà vivre. Mais ces moments où l’inspiration se manifeste ne se commandent malheureusement pas et sont donc précieux.

Ce jour là, je fais un long tour du parc Inokashira avec Zoa comme à chaque fois. C’est devenu une routine que j’aime beaucoup car c’est un de ces moments où on est que tous les deux. Je me retiens cette fois-ci de lui rappeler les jeux qu’on faisait ici tous les deux quand il était plus petit. Ces moments paraissent bien loin, alors qu’ils se sont passés il y a seulement quelques années. On sait bien que la ligne du temps n’est pas linéaire. Elle fait parfois des courbes et s’attarde, ou fonce en ligne droite et regarder en arrière ne nous montre qu’un souvenir minuscule. Nous ne sommes pas les seuls à retourner aujourd’hui dans ce parc. Les quelques saltimbanques et stands ambulants ont refait leur apparition. Les barques et les pédalos semblent tous occupés. Je les regarde toujours avec la curiosité du ‘photographe’ mais il ne nous est jamais venu à l’idée de monter sur l’un d’entre eux. A une des extrémités du parc, nous bifurquons souvent vers les zones résidentielles pour allonger un peu notre marche. On essaie de choisir des rues différentes à chaque fois mais on finit toujours par rejoindre la voix ferrée de la ligne Inokashira. Une petite rue nous amène devant une étrange maison dont la base est de forme ovale. Elle est entourée d’un seul mur continu sans ouvertures. La forme ovale est découpée en biseau au niveau du toit pour laisser entrer la lumière à l’intérieur de l’espace. Elle est plantée dans un terrain de graviers ressemblant à une mer. L’escalier entourant une partie du mur s’enfonce dans ce terrain de graviers ce qui donne l’impression de voir cette maison émerger de la surface de l’eau. Une vieille Saab turbo rougeâtre est garée à la hâte devant la maison. Les herbes poussant autour de la voiture nous laisse penser qu’elle a été abandonnée ici. C’est n’est certainement pas le cas, mais il s’agit en tout cas d’une bien étrange maison qui contraste avec le reste des habitations du quartier.

On the Cherry Blossom par Sampei Junichi

On the cherry blossom par l’architecte japonais Sampei Junichi (三幣順一) de l’atelier A.L.X. (ARCHITECT LABEL Xain) est une maison individuelle que je cherchais depuis très longtemps. Je l’avais dans ma liste d’architecture à voir depuis au moins l’année 2013. Je l’ai recherché pendant des années sur Google Map avec les quelques indications que j’avais pu trouver sur le site web de l’architecte, mais sans succès. Je savais seulement qu’elle se trouvait dans le vaste arrondissement de Itabashi dans le Nord de Tokyo, qu’elle était proche d’un petit parc avec des cerisiers (d’où le nom du bâtiment) et qu’il y avait un cimetière assez proche. J’ai eu beau rechercher les espaces ressemblant à des parcs sur Google Map ou explorer les listes de temples bouddhistes pour y trouver un cimetière, la chance n’a pas joué en ma faveur. Enfin, cette recherche m’avait quand même permis de trouver par hasard la maison Penguin House par l’Atelier Tekuto dans le même arrondissement. Le texte de ce billet sur Penguin House mentionnait d’ailleurs cette recherche désespérée. Ce n’était pas la première fois que je jetais une bouteille à la mer à travers un billet, car j’avais également mentionné cette quête impossible sur un billet de 2019. Nicolas B, lecteur régulier de ce blog, a eu l’excellente idée de partir à la recherche de cette maison suite à mon billet sur Penguin House. Il l’a trouvé assez rapidement sur Google Map, ce qui m’épate encore maintenant, et a eu la gentillesse de m’indiquer son adresse. Je le remercie grandement encore une fois. Je le dis à chaque fois, les adresses des maisons individuelles ne sont pas mentionnées sur internet car ce sont bien entendu des propriétés privées. Lorsqu’une maison individuelle devient un peu trop connue, Moriyama House en est un bon exemple, les propriétaires sont obligés d’ajouter des panneaux d’avertissement rappelant qu’il n’est pas autorisé de pénétrer dans les zones privées. Moriyama House est par contre relativement facile d’accès car elle proche du centre de Tokyo, par rapport à la maison On the cherry blossom qui est beaucoup plus excentrée.

Il m’a fallu à peu près une heure pour m’y rendre. Elle est perdue dans une zone résidentielle sans fin qui ressemble à beaucoup d’autres dans Tokyo. Cette zone résidentielle n’a, à première vue, pas de qualité particulière. Après une quinzaine de minutes de marche depuis la station la plus proche, je trouve le cimetière et le temple bouddhiste qui m’étaient donnés comme indication et je trouve finalement On the cherry blossom placée juste devant un petit jardin public. Comme à chaque fois que je pars à la recherche de maisons de ce style, à l’architecture remarquable, une tension nerveuse monte petit à petit en moi, un mélange d’excitation et un certain stress. Le stress serait de constater que la maison a disparu, a été démolie, ce qui n’est pas particulièrement rare à Tokyo (on démolit bien des maisons de SANAA, comme M House). On the cherry blossom est relativement récente, elle a été construite en Avril 2008. Il y avait donc peu de chance qu’elle ne soit plus là. L’autre stress est que les propriétaires soient dehors devant leur maison, rendant la prise de photos difficile (c’était le cas pour Sky House, souvenez-vous). Rien de tout cela heureusement. On the cherry blossom était bien là devant moi. Plantée profondément dans le sol comme un arbre, elle ne risquait pas de bouger. Cette similitude avec une forme végétale, comme celle d’un arbre, m’avait déjà frappé lorsque je l’avais vu pour la première fois en photo dans des magazines, mais cet effet est beaucoup plus fort lorsqu’on voit la maison devant soi. Cette forme en arbre répond en quelque sorte aux deux cerisiers qui sont placés juste devant la maison dans le jardin public. L’espace principal de la maison au dernier étage est même légèrement excentré par rapport à la base pour être orienté vers ces deux cerisiers qui doivent donner une vue idéale lorsqu’ils sont en fleurs. On peut voir ces deux cerisiers sur la dernière et l’avant-dernière photographie du billet.

La base très étroite de la maison impressionne tout de suite, mais on se pose vraiment la question de l’équilibre de l’ensemble lorsqu’on la regarde sous certains angles, comme par exemple sur la sixième photographie du billet. On the cherry blossom se compose de trois étages et d’un sous-sol pour une surface habitable totale de 85.32m2. On peut voir les plans détaillés de la maison sur le site Designboom. Sa structure est en acier renforcé. La maison donne volontairement peu d’ouvertures sur l’extérieur dans les premiers étages. Le rez-de-chaussée très étroit ne contient que l’entrée, une petite pièce et un escalier en colimaçon donnant accès à tous les étages de la maison. L’espace habitable s’accroit graduellement en montant dans les étages. Le premier étage regroupe les chambres, une chambre d’enfant et une chambre principale, un espace d’étude et des toilettes. Il y a peu ou pas d’ouvertures à cet étage là et je n’ai malheureusement vu aucune photo nous montrant cette partie intérieure. Le léger décalage en hauteur entre les pièces de cet étage, que l’on distingue depuis l’extérieur, renforce à mon avis cette impression d’être en face d’un arbre avec plusieurs branches. Le dernier étage est l’espace à vivre avec le salon et la salle à manger, une cuisine, une salle de bain entre autre. Cet espace en haut de la maison est le plus vaste et donne une vue panoramique sur les cerisiers du parc grâce à une large baie vitrée. J’imagine qu’il doit être agréable de prendre son petit déjeuner le matin, à la fin Mars – début Avril, en admirant les cerisiers en fleurs. Je verrais même, dans la forme graduelle de cette structure, une sensation de s’élever au dessus des choses terrestres, une élévation spirituelle en quelque sorte pour nous faire voir de ce monde que la beauté délicate des fleurs de cerisier. Mais je m’égare sans doute un peu. Ceci étant dit, on doit finir par s’habituer à cette vue. Depuis l’extérieur, on pouvait apercevoir que diverses choses étaient entassées devant la baie vitrée, ce qui doit certainement obstruer un peu cette impression de vue panoramique.

L’autre surprise en voyant cette maison était sa couleur légèrement jaunie. Je l’avais vu de couleur très blanche sur les photos de magazines ou sur les photos de Kouichi Torimura sur le site de l’architecte. Je m’attendais à un blanc très sali par les écoulements d’eau de pluie, mais il n’en était rien. Nicolas B, en regardant les images sur Google Street View, me fait remarquer qu’elle a du être repeinte de cette couleur un peu jaunie plusieurs années après sa construction. A vrai dire cette colorisation est assez légère et je trouve que dans son ensemble, la maison est très bien entretenue et n’a pas beaucoup perdue de sa superbe et de son impact visuel initial. Je pensais que voir On the cherry blossom serait un aboutissement dans mes recherches architecturales dans Tokyo, mais je me rends compte qu’il me reste encore beaucoup d’autres maisons remarquables à découvrir dans les recoins cachés de Tokyo. J’apprécie en tout cas énormément qu’on me donne des pistes, c’est une preuve pour moi que le temps que je passe sur ce blog à parler à ma manière d’architecture n’est pas perdu et que mes billets intéressent quelques personnes.

from daido to the railways

Passage rapide dans le centre de Aoyama pour y apercevoir aux hasards des rues une affiche géante avec une photographie noir et blanc de Daido Moriyama. Il y aurait-il une exposition du photographe en ce moment? L’affiche donne quelques addresses et on comprend vite qu’il s’agit plutôt de boutiques d’une marque appelée Kolor que je ne connaissais pas. Cette appellation Kolor m’avait d’abord fait penser qu’il s’agissait d’une exposition de photographies couleurs de Moriyama. Il s’avère en fait qu’il a plutôt pris des photos pour la collection Automne/Hiver 2021 de cette marque pour un projet appelé 撮 qui veut dire photographier. On peut voir toutes les photographies sur le site web de la marque Kolor et j’imagine que ces photographies sont montrées dans les boutiques à Minami Aoyama, à Omotesando Hills, à Dover Street Market Ginza, au PARCO de Shibuya et de Shinsaibashi à Osaka. Je trouve les photos dans le plus pur style Moriyama très réussies dans l’ensemble, ceci étant dû en partie au physique plutôt atypique des deux modèles photographiés. Certaines photographies utilisent parfois un effet de superposition qui fonctionne bien je trouve. En continuant à marcher, je prends une nouvelle fois en photo des autocollants de rue. On trouve souvent un ou deux autocollants de la marque Supreme dans l’abondance de stickers amoncelés à certains endroits de la ville. C’est le cas sur le petit camion d’un vendeur ambulant sur la troisième photographie, si on y regarde de très près. Je ne suis pas spécialement amateur de la marque Supreme, mais j’avoue que ces trois planches de skateboard posées les unes à côté des autres ont tout de suite attiré mon regard. Je pense bien que personne aurait l’idée de faire du skateboard avec des planches pareilles et qu’elles doivent plutôt être destinées à être accrochées en décoration sur un mur dans un salon. Éventuellement, on pourrait l’utiliser comme support pour poser une guitare, comme le font très habilement certaines. En fait, si je devais accrocher une planche de skateboard dans le salon, ce que Mari ne me laisserait pas faire de toute façon, je préférerais celle décorée des points rouges de Kusama Yayoi, vendue au MoMA Store à l’intérieur du Loft de Shibuya. Les deux dernières photographies du billet nous font sortir du centre nerveux de Tokyo, en partant de la station Fukutoshin de Shibuya dessinée par Tadao Ando en direction des arrondissements périphériques au Nord à la frontière de Saitama. Ce que j’y découvrirais sera le sujet d’un prochain billet.

all the others stand still

Ces portraits d’inconnus sont actuellement affichés sur les palissades de protection métalliques entourant les vieux appartements de Kita-Aoyama voués à une destruction prochaine. Ces photographies ont été prises grâce à un dispositif de l’artiste français JR, connu pour son art de rue conçu à partir de collages de photographies en noir et blanc parfois géantes et agissant souvent en trompe-l’œil. Les portraits affichés ici font partie du projet d’art participatif Inside Out qui s’est développé dans le monde entier. A Tokyo, les photographies ont été prises près d’un bâtiment administratif de Shibuya pendant la période des Jeux Olympiques et se retrouvent maintenant affichées sur ces palissades. J’imagine que chacune des personnes dont on peut voir la photo a préalablement accepté une autorisation d’affichage de son visage. Je me suis moi-même posé la question de prendre ces affiches en photo et de les montrer ici, mais il s’agit de toute façon de photos montrées dans un espace public. Ce concept étant intéressant, je ne résiste pas à l’envie d’entre montrer quelques unes ici. J’y ai vu en photo au moins une personne que je crois reconnaitre. J’ai également aperçu d’autres portraits de personnes que je ne connaissais qu’à travers leurs comptes Instagram. Comme ils y avaient montré leurs portraits, je les ai reconnu une fois sur place (J’ai une très bonne mémoire visuelle). Utiliser les zones de constructions urbaines pour y montrer une expression artistique est devenu assez commun à Tokyo, et c’est une très bonne chose. A Shinjuku, on montrait des photographies de Daido Moriyama autour de la zone de construction d’une nouvelle grande tour de 48 étages de haut dans le quartier de Kabukichō, à l’emplacement de l’ancien théâtre Shinjuku Tokyu Milano. Le passant est en général le spectateur lorsqu’il regarde les photographies affichées sur ces palissades de zones de travaux, mais dans le cas du projet de JR à Kita-Aoyama, on a l’impression que c’est l’inverse qui se produit et qu’il s’agit plutôt du passant que est observé. Les palissades n’étaient pas complètement remplies d’affiches mais elles sont quand même très nombreuses. J’aime assez l’association entre ces affiches et les vieux appartements. C’est comme si on leur donnait un dernier souffle de vie avant une disparition prochaine.

Images extraites de deux vidéos sur YouTube du groupe Black Boboi: les deux premières images proviennent de la vidéo du morceau Ogre et le deux suivantes du morceau Red Mind. La première image montre de gauche à droite Ermhoi, Julia Shortreed et Utena Kobayashi. Sur la deuxième photo, il s’agit du visage blanchâtre du danseur Yuta Takahashi (髙橋優太).

Utena Kobayashi dont je parlais dans un de mes précédents billets fait également partie d’une formation appelée Black Boboi. Deux autres artistes, Julia Shortreed et Ermhoi, complètent le trio de cette formation. Je n’en suis pas complètement certain mais je pense que le chant sur les morceaux de Black Boboi sont interprétés alternativement par les trois membres du trio, mais on a du mal à vraiment distinguer les voix les unes des autres. Le groupe chante en anglais, ce qui est peut être dû au fait que Julia et Ermhoi sont toutes les deux moitié japonaises. Ceux qui suivent très attentivement ce blog jusque dans ses recoins auront déjà vu mentionné le nom d’Ermhoi, car elle est une des voix remarquables du groupe Millenium Parade mené par Daiki Tsuneta. Elle chante sur plusieurs morceaux de leur album éponyme. C’est intéressant de voir des liens que je ne connaissais pas se créer entre des artistes et des groupes que j’apprécie. A croire qu’il y a un dénominateur commun qui les réunis mais que je n’arrive pas à bien pointer du doigt. La musique de Black Boboi est sombre et hantée. Je n’ai pour l’instant écouté que deux morceaux, Ogre sur leur premier EP de 6 titres intitulé Agate et Red Mind sur un EP de 2 titres sorti quelques mois après Agate en 2019. Cette musique est publiée sur le label indépendant BINDIVIDUAL (pour Binding Individuals) créé par Utena. L’écoute de ces deux morceaux se vit comme une expérience sensorielle, notamment grâce aux vidéos pleines de mystères qui accompagnent les morceaux. On y retrouve une ambiance mystique comme sur la musique solo d’Utena Kobayashi, mais les voix du groupe possèdent une clarté franche assez différente de l’univers plus vaporeux d’Utena en solo. Dans la vidéo du morceau Ogre, les trois membres de Black Boboi sont vêtues de toges blanches avec un maquillage également blanchâtre et une marque noire sur les lèvres. On croirait assister à une procession ou à un rite. Un homme seul danse dans ce même décor blanchâtre. Il est également légèrement maquillé de blanc avec des points noirs sous les yeux et des traits près des yeux. Il danse avec des mouvements lents, se tord parfois comme s’il souffrait ou était possédé. Le danseur se nomme Yuta Takahashi (髙橋優太) et il fait partie d’une troupe appelée Engeki-Jikkenshitsu ◎ Ban’yū Inryoku (演劇実験室◎万有引力). Le nom de cette troupe théâtrale est assez étrange car il signifie Laboratoire expérimental de théâtre – Gravitation universelle et le nom de son directeur, Julius Arnest Caesar, est tout aussi étrange. Son vrai nom est Takaaki Terahara (寺原孝明) et il est compositeur de musique de théâtres et de films japonais. Il s’est fait connaitre pour avoir composé les musiques du film d’animation adapté du shōjo manga Utena, la fillette révolutionnaire (少女革命ウテナ) créé par Chiho Saito (さいとうちほ). Je ne connais pas du tout ce manga mais je trouve amusant le lien certainement sans rapport entre le prénom du personnage du manga et le prénom certes inhabituel d’Utena Kobayashi. Mais je m’égare une fois de plus. revenons plutôt vers la musique de Black Boboi et le deuxième morceau que j’ai écouté et beaucoup apprécié, Red Mind. Le morceau en lui-même et sa vidéo sont plus sombres. On y retrouve également une chorégraphie atypique. On devine une souffrance dans les mouvements saccadés de l’homme marchant à l’intérieur d’un tunnel mal éclairé dans cette vidéo. Il ressemble d’abord à un zombie ou à un fantôme mais ces mouvements deviennent de plus en plus rapides, comme s’ils se libéraient au fur et à mesure du morceau sous les incantations verbales répétées des membres du groupe. En plus de la qualité de la partition musicale, ce sont ces voix qui se mélangent et ressemblent à un rite qui deviennent fascinantes écoute à écoute.

青く冷えてゆく東京

Je pense avoir déjà montré au moins une fois ces bâtiments sur Made in Tokyo, à part la maison noire aux lignes obliques sur la quatrième photographie et la résidence de béton sur la dernière photographie. La petite maison noire avait arrêté notre élan alors que je me promenais à vélo avec Zoa jusqu’au parc olympique de Komazawa en traversant le quartier de Shimouma. Dans ces cas là, Zoa m’autorise à chaque fois à m’arrêter quelques minutes au bord de la route pour prendre des photos. Je retiens parfois mon besoin compulsif de prendre des photos, mais la tentation est trop forte dans certains cas, surtout lorsqu’il y a de l’oblique ou d’une manière générale des formes non conventionnelles. Le bâtiment long et massif sur la dernière photographie se trouve à proximité de la tour Prime Square à Ebisu. Le béton est massif, sans fenêtres sur la rue, et sa texture est superbe. L’architecture que j’aime voir ne correspond pas toujours à l’architecture dans laquelle j’aimerais vivre. J’imagine que les fenêtres se trouvent de l’autre côté car il semble y avoir une cour intérieure. La rue est certes étroite mais n’est pas excessivement empruntée et il n’y pas de très fort vis-à-vis. Je me pose donc la question de la suppression quasi-totale des ouvertures. L’espace creusé dans le béton au rez-de-chaussée est une place de parking et donne accès à une porte qui n’est pas à priori la porte d’entrée principale de chaque habitation à l’intérieur de cette résidence. Elle s’appelle Kōyōsō (向陽荘) mais je n’ai pas trouvé d’autres informations à son sujet. Les autres photographies ont été prises principalement à Yoyogi Uehara et un peu plus loin vers Shōtō. Je marche assez souvent vers Yoyogi Uehara en ce moment, quartier que j’ai beaucoup exploré il y a plusieurs années. Sur l’avant dernière photographie, la lumière du soir vient se refléter doucement sur les parois de l’hôtel Prince Smart Inn à Ebisu. En prenant cette photo, je me rends compte que je pense un peu trop mes photographies en terme d’objet plutôt qu’en terme de lumière. Il faudrait que je garde cela un peu plus en tête, quitte à me diriger vers un peu plus d’abstraction visuelle.

Image montrée sur le compte Twitter de Music Station: AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) à gauche et Sheena Ringo (椎名林檎) à droite, toutes les deux vêtues d’une robe Prada, superbe il faut bien le dire, avant l’interprétation de Gunjō Biyori (群青日和).

Je mentionnais dans un billet récent que j’attendais avec une certaine impatience de voir à la télévision la prestation de la formation spéciale Elopers réunie par Sheena Ringo. C’était le Vendredi 15 Octobre 2021, à l’occasion des 35 années de l’émission musicale Music Station animée sans discontinuer par Tamori. Tamori est d’ailleurs désormais inscrit au livre Guinness des records pour cette longévité inégalée pour une émission se déroulant en direct. Autant j’aime sa présence et sa vivacité d’esprit dans une émission comme Bura Tamori (ブラタモリ) sur NHK, autant il semble un peu ailleurs sur Music Station. Il faut dire qu’il a plus de 70 ans. Je ne critique pas du tout le personnage ceci étant dit, car je pense qu’il aime authentiquement les artistes qui participent à son émission tant qu’ils ou elles lui retournent bien les marques de respect. Tous les artistes ne sont malheureusement pas invités dans cette émission et il est extrêmement rare d’y voir des artistes indépendants s’y produire. Même dans le mainstream, j’ai l’impression qu’il faut avoir la bonne carte pour y participer et ce sont souvent les mêmes têtes que l’on voit. Sheena Ringo est mainstream et possède la carte, et ce depuis ses débuts, donc on la voit assez régulièrement, au moins quand elle ou Tokyo Jihen sortent un nouveau single ou un nouvel album. C’est très loin de me déplaire bien entendu. Elle a tellement la carte qu’elle peut même se permettre de jouer un ancien morceau comme Gunjō Biyori (群青日和) de Tokyo Jihen, sorti il y a plus de 15 ans. Cette émission spéciale de 4 heures fêtant les 35 ans de Music Station comportait de toute façon de nombreuses séquences rétrospectives, donc jouer un morceau classique de Tokyo Jihen était loin d’être hors sujet.

Image montrée sur le compte Twitter de Music Station: La formation Elopers au complet avec de gauche à droite: Sheena Ringo (椎名林檎), Hona Ikoka (ほな・いこか), Yuu (ユウ), AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) et Shiori Sekine (関根史織). Les chemises de style grunge sont, contrairement à ce qu’on pourrait d’abord penser, de la marque Gucci, Celine ou encore Loewe.

Sheena s’était entourée de Yuu (ユウ, Yumi Nakashima) du groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) mais auparavant de GO!GO!7188, Shiori Sekine (関根史織) du groupe Base Ball Bear, Hona Ikoka (ほな・いこか) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女。) et AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) de BiSH. Hona Ikoka était à la batterie, Shiori Sekine à la guitare basse, Yuu et Sheena à la guitare électrique et AiNA seule au chant. La surprise, mais je m’y attendais un peu, était que Sheena ne chantait pas et jouait seulement de la guitare. Elle s’était même placée un peu en retrait dans le coin gauche de la scène, comme pour laisser la place aux autres et notamment à AiNA au chant. J’imagine la pression pour AiNA si Sheena était juste à côté et ce retrait est certainement volontaire. Dans l’interview avec Tamori avant l’interprétation sur scène, AiNA nous explique qu’elle avait demandé cinq fois à Sheena si elle voulait vraiment qu’elle fasse partie du groupe au chant. AiNA est clairement la plus jeune et deux autres membres sont également chanteuses dans leurs groupes respectifs (Yuu et Sheena). Je trouve qu’on remarquait cette pression sur ses épaules notamment au début du morceau, mais AiNA a fini par libérer son chant dans la deuxième partie du morceau. A ce moment là, elle chantait un peu plus à sa manière et c’est ce qu’on attendait. C’est d’ailleurs amusant de voir Sheena sourire légèrement de satisfaction vers la fin du morceau. La voix d’AiNA est loin d’égaler celle de Sheena mais elle est différente, plus torturée peut-être, et elle ne sera pas excellente sur tous les morceaux qui se présentent à elle. Le final de Gunjō Biyori était particulièrement savoureux. La force des trois guitares s’y conjuguaient dans un bruit électrique qui faisait sourire AiNA de soulagement. Ce dernier solo était moins bien exécuté que quand Tokyo Jihen le joue à quatre guitares (Ukigumo, Izawa, Kameda et Sheena) mais il s’en dégageait beaucoup de puissance. J’aimerais bien que ce groupe continue en parallèle de Tokyo Jihen, même de manière très épisodique, et pourquoi ne pas composer des nouveaux morceaux chantés à trois voix (Sheena, Yuu et AiNA)? Il y a là, à mon avis, un potentiel à développer. Sheena nous disait dans l’interview initial de Tamori qu’elle avait découvert AiNA dans cette émission Music Station et avait été impressionné par sa voix. On sait aussi que Kameda avait arrangé les musiques et produit le premier album d’AiNA. Il y a donc fort à parier que ça ne sera pas la dernière collaboration entre ces deux artistes. Ceci étant dit je ne pense pas avoir déjà entendu un morceau en duo entre Sheena et une autre chanteuse. Elle a fait de nombreux duo mais toujours avec des voix masculines fortes et typées (Miyamoto Hiroji par exemple, qui était également présent dans l’émission ce soir là).

Image montrée sur le compte Twitter de Daiki Tsuneta: Le groupe King Gnu au complet avec de gauche à droite: Yū Seki (Batterie), Kazuki Arai (Basse), Daiki Tsuneta (guitare) et Satoru Iguchi (Voix et clavier), ainsi que leurs versions enfants que l’on peut voir dans la vidéo du morceau BOY et sur la scène de Music Station. A noter que satoru Iguchi a le même t-shirt que dans la vidéo de Teenage Forever, ce qui semble créer des liens entre les morceaux.

L’autre groupe que je voulais absolument voir lors de cette émission était King Gnu. Ils passaient juste après Elopers et interprétaient un nouveau morceau intitulé BOY que je n’avais jamais entendu car il sortait le jour même. Dans la vidéo réalisée par Osrin de Perimetron, les membres de King Gnu sont joués par des enfants et la surprise était que ces mêmes enfants étaient présents sur scène à la place de King Gnu pendant l’émission Music Station. Ils étaient d’abord présents près de Tamori pour une courte interview, et le petit garçon jouant le rôle de Satoru Iguchi ne s’est pas démonté en répondant aux questions. Mais comme on lui posait une question enfantine (qu’est ce que tu aimes comme plat), il a eu la bonne répartie de poser exactement la même question avec un air un peu moqueur à un des invités assis à côté de Tamori, sous l’étonnement général. Je n’ai malheureusement pas pu me concentrer sur l’écoute du morceau pendant la prestation, car voir des enfants faire semblant tant bien que mal de jouer sur scène comme King Gnu m’a quand même un peu perturbé. Le groupe intervenait quand même en deuxième partie de morceau, ce qui m’a tout de suite rassuré. J’ai eu peur qu’ils n’apparaissent pas du tout sur scène pendant l’émission. Ils en auraient été capable. Le morceau en lui même est dans la ligne directe des autres morceaux de King Gnu. On n’y trouvera pas une grande originalité mais il est accrocheur dans l’ensemble. Sur la scène, j’ai particulièrement aimé le jeu de guitare de Daiko Tsuneta, tout en distorsions ce qui m’a rappelé l’émission KanJam avec Tokyo Jihen où le sujet des distorsions (歪み) était longuement évoqué (à propos des distorsions à la guitare basse dont Seji Kameda est spécialiste). Après plusieurs écoutes du morceau BOY sur YouTube, je l’aime finalement beaucoup.

L’autre curiosité était un morceau d’une dizaine de minutes de Perfume et Daichi Miura, accompagnés des danseuses et danseurs de ELEVENPLAY et SP Dancers. Je ne suis pas particulièrement amateurs de Daichi Miura (三浦大知) ou de Perfume, mais j’étais très curieux de voir les chorégraphies imaginées par MIKIKO et les effets spéciaux sur scène de Rhizomatiks. Ce n’est pas la première fois que MIKIKO et Rhizomatiks interviennent sur les chorégraphies et l’animation sur scène de Perfume. Le groupe est d’ailleurs connu pour sa qualité scénique. ELEVENPLAY faisait les raccords entre les prestations de Perfume et Daichi Miura, ce qui donnait un ensemble très fluide et beau visuellement. J’en arrive même à apprécier le morceau que Perfume interprétait, leur dernier single Polygon Wave, ce qui est une première pour moi. Mais je suis en ce moment dans une phase où j’aime à peu près toutes les compositions musicales de Yasutaka Nakata, j’y reviendrais certainement un peu plus tard.

Le titre du billet est tiré des paroles de Gunjō Biyori (群青日和) et vient signifier que Tokyo se refroidit, ce qui est tout à fait de saison aujourd’hui.