パビリオン⑦

Parmi tous les pavillons du festival Pavilion Tokyo 2021 qui se trouvent installés temporairement à Tokyo jusqu’au 5 Septembre, je ne voulais pas manquer celui de Kazuyo Sejima dans les jardins du parc Hama-Rikyū (浜離宮恩賜庭園). Par rapport aux autres pavillons situés à proximité immédiate du nouveau stade olympique, l’installation de Sejima intitulée Suimei (水明) se trouve un peu à l’écart. Ce pavillon matérialise un petit cours d’eau avec quelques plantes parsemées à sa surface. Cette installation basée sur l’utilisation de l’eau fait écho à la configuration du parc, entouré par un canal d’eau de mer et situé à l’embouchure de la rivière Sumida sur la baie de Tokyo. On ne peut malheureusement pas approcher à proximité immédiate de l’installation mais assez quand même pour remarquer qu’il y a un petit courant parcourant les courbes de l’installation, comme une rivière ou un canal. Certaines des fleurs à la surface du canal sont posées sur un petit support de plastique. Elles ne sont à priori pas naturelles mais synthétiques. C’est un peu dommage de constater que ces fleurs ne sont pas naturelles, mais j’imagine que les chaleurs estivales actuelles n’auraient pas permis de maintenir ces plantes dans de bonnes conditions pendant de longues heures. Ça aurait certainement enlevé un peu de la poésie du lieu si la plupart des fleurs sur l’installation étaient complètement desséchées. L’installation a quelque chose de très délicat et rafraîchissant, notamment par la matière métallique utilisée, fine et froide survolant de quelques centimètres seulement les herbes du parc. La surface du cours d’eau est réfléchissante et laisse apparaître le ciel et les arbres aux alentours. L’installation de Kazuyo Sejima se trouve à l’ancien emplacement du Enryo-kan, le premier bâtiment de pierre à l’occidentale du Japon, construit en 1869 mais détruit vingt ans plus tard. Ce bâtiment était destiné à l’accueil de dignitaires étrangers.

J’aime beaucoup les jardins du parc Hama-Rikyū car ils sont très bien entretenus. Le fait que l’entrée soit payante, comme pour Shinjuku-Gyoen, explique certainement cela. Le contraste entre la nature luxuriante du parc et les hauts immeubles de Shiodome donne une particularité remarquable à cet endroit. Il y a certes des immeubles visibles depuis la plupart des parcs de Tokyo, mais le contraste est ici saisissant. Dans les parcs de Tokyo, on a en général plutôt envie de s’isoler et de n’apercevoir aucune trace d’urbanisme. Dans le parc Hama-Rikyū, les immeubles font partie intégrante du paysage et de l’ambiance des lieux. Hama-Rikyū était à l’origine une villa du clan Tokugawa, construite sur une zone marécageuse comblée en partie par un terre-plein en 1654. A la période Edo, cette villa était destinée à accueillir les seigneurs daimyo des domaines du Japon en visite obligatoire dans la capitale. La villa est malheureusement détruite lors d’un incendie en 1725, puis les jardins sont rétablis progressivement avec l’ajout de plusieurs maisons de thé. Le domaine passe ensuite sous possession de différents ministères et prend le nom Hama-Rikyū. Le domaine est utilisé à cette époque pour accueillir les visiteurs étrangers importants, puis passera ensuite sous le contrôle de la maison impériale. Il sera ensuite cédé à la ville de Tokyo en 1945, après de nombreux dégâts dus au tremblement de terre de 1923 et aux bombardements de la seconde guerre mondiale. Les jardins sont finalement ouverts au public en 1946.

Je visite le parc un dimanche matin vers 10h. Il y a assez peu de visiteurs ce qui rend la visite agréable. Je suis surpris de croiser un chat qui doit probablement être le maître de ce domaine. Je me dirige vers la grande lagune Shiori-no-ike remplie d’eau de mer et dont le niveau varie avec la marée. Autour de la lagune, plusieurs jardiniers découpent les branches des pins aux formes biscornues. Ils semblent prendre leur temps. Comme un peintre devant son œuvre, le jardinier apporte des petites touches progressives en coupant minutieusement les branchages. Ce rythme lent me pousse à ralentir mes pas pour apprécier un peu plus l’ambiance des lieux. Il ne faut pas hésiter à prendre son temps au parc Hama-Rikyū, pour notamment apprécier les différents points de vue sur la maison de thé de l’île de Nakajima au milieu de la lagune. Sur le chemin du retour, je repasse une dernière fois devant l’installation de Kazuyo Sejima. Il y a maintenant un peu plus de visiteurs. Je suis beaucoup d’amateurs d’architecture sur Instagram et nombreux sont ceux qui sont venus voir comme moi cette installation.

sauver Nakagin

Je n’étais pas passé voir la Nakagin Capsule Tower (中銀カプセルタワービル) depuis très longtemps. Les premières photographies que j’ai pris du building datent de Mars 2007. Je me souviens à l’époque que le destin de cette structure emblématique du mouvement architectural métaboliste était déjà en sursis et qu’une démolition était imminente. Plus de quatorze ans après, Nakagin est toujours debout mais son état général s’est bien dégradé faute d’entretien. La tour conçue par Kisho Kurokawa date de 1972, elle a donc maintenant 49 ans. La structure n’a pas été modifiée pendant toutes ces années à part quelques capsules qui ont été enlevées. Une d’entre elles a par exemple été placée dans le musée d’art moderne de Saitama, également conçu par Kisho Kurokawa. Il faut savoir que Kurokawa prévoyait une durée de vie de 25 ans pour les capsules. Le problème vient de la structure qui n’est plus depuis longtemps aux normes anti-sismiques actuelles. Le manque de maintenance de la structure fait que le building n’est plus à même de survivre. Des plans de démolition refont surface depuis un changement récent de propriétaire et son intention de re-développer le terrain.

Le projet de préservation et de régénération du Nakagin Capsule Tower Building, supporté par le crowdfunding et par Kisho Kurokawa Architects, rénove déjà petit à petit des capsules depuis 2014, en dénaturant parfois le design d’origine qui ressemblait à un intérieur de station orbitale (mais avec un lecteur de K7 et une mini-télé cathodique). Il semble que le projet est maintenant de détacher les capsules une à une et de leur donner une autre vie ailleurs. En y réfléchissant bien, l’architecture métaboliste se voulait modulable et évolutive. Plutôt qu’une destruction de Nakagin, il s’agirait là simplement d’une nouvelle évolution de l’organisation de la tour pour lui donner une nouvelle vie, sauf que les capsules risquent d’être éparpillées un peu partout dans la nature. J’ai vu des propositions de réutilisation des capsules pour former par exemple des villages dans le Japon rural, notamment dans des zones affectées par le tsunami résultant du grand tremblement de terre du Tohoku de Mars 2011, dans les préfectures de Fukushima ou d’Iwate. Dans ces propositions, les capsules sont déménagées et placées à l’horizontal sur un terrain, parfois recouvertes de dômes. Ce positionnement à l’horizontal est similaire à la maison Capsule House K (カプセルハウスK) également conçue par Kisho Kurokawa en 1973 pour être sa résidence secondaire. Elle est située à Karuizawa dans la préfecture de Nagano, construite sur un terrain en pente et entourée d’arbres. Elle est composée de quatre capsules posées en porte-à-faux sur un bloc central. On y trouve notamment un salon de thé avec tatami et toujours la fameuse ouverture arrondie caractéristique des capsules de Kurokawa. Capsule House K a été récemment réhabilitée en Mai 2021 par l’organisation Mirai Kurokawa Design Studio présidée par Mikio Kurokawa, le fils aîné de Kisho Kurokawa, pour la transformer en une résidence de vacances. Une autre idée pour Nakagin est de recouvrir les capsules de végétation ce qui constituerait un jardin sur plusieurs étages accessibles par des escaliers. L’idée est intéressante mais ne prend pas en compte le fait que la structure du Nakagin n’est pas viable et aurait donc beaucoup de mal à supporter une charge supplémentaire. Le point intéressant tout de même est que ce building atypique et novateur encore maintenant fait réfléchir. Le concept de capsules utilisées comme chambre d’hotel existe d’ailleurs toujours au Japan, avec notamment la chaîne d’hôtels Nine Hours. Les idées novatrices de Kisho Kurokawa n’ont pas disparu et se matérialisent encore maintenant sous des formes modernisées.

En note pour moi-même, je réalise que la composition du nom Nakagin 中銀 provient des noms de l’arrondissement et du quartier où il se trouve. Naka correspond au premier kanji du nom de l’arrondissement Chūō 中央 et Gin correspondant au premier kanji du quartier de Ginza 銀座.

パビリオン⑥

La deuxième installation Cloud Pavillon (雲のパビリオン) de Sou Fujimoto se trouve à l’intérieur de la nouvelle gare Takanawa Gateway (高輪ゲートウェイ) sur la ligne Yamanote. La structure est exactement la même que celle du parc de Yoyogi. En mettant une installation à l’intérieur d’un bâtiment et une autre à l’extérieur, je pense que l’architecte voulait réaffirmer cette idée d’omniprésence des nuages en tous lieux et donc une certaine idée d’universalité. Je partage cette fascination pour les nuages que j’aime prendre en photo. Ils me servent souvent de matière pour mes compositions photographiques. Je ne me suis jamais vraiment posé la question du pourquoi j’aimais tant mélanger et superposer ces images de nuages avec le paysage urbain tokyoïte. Peut-être que, comme Sou Fujimoto, je vois dans ces nuages une omniprésence qui me semble évidente.

La station de Takanawa Gateway ajoutée entre celles de Tamachi et Shinagawa est la première étape d’un projet beaucoup plus important mené par Japan Railways East. Ce projet de développement urbain appelé TokyoYard verra d’abord la construction de quatre hautes tours et une de taille moyenne. Ce nouveau complexe sera conçu par Kengo Kuma, déjà concepteur de la station, et par Pickard Chilton, et verra le jour en 2024. Il se composera de tours de bureaux dont une comprenant un hôtel, d’une tour résidentielle et d’un centre culturel. Ce complexe sera interconnecté à sa base par une bande piétonne continue et verte qui est censée être réminiscente de la zone côtière qui existait autrefois à cet endroit bien avant que les terrains soient gagnées sur l’océan. On nous dit aussi dans les documents explicatifs du projet que ces quatre hautes tours sont supposées nous rappeler l’archipel japonais où chaque tour serait une des grandes îles du pays. Je passerais sur les commentaires qui nous expliquent que cette nouvelle zone sera à la pointe des nouvelles technologies et des innovations vertes tout en étant une zone ouverte aux échanges.

La gare de Takanawa Gateway prend ce nom de « gateway » car ce lieu était autrefois une porte d’entrée vers la ville d’Edo. Le nom a été sélectionné suite à un appel public à suggestions. Mais à chaque fois que je vois le nom de cette station écrit en japonais 高輪ゲートウェイ, je pense à chaque au système d’écriture composé de kanji suivis de katakana utilisé par Sheena Ringo pour le nom de nombreux morceaux et albums (comme par exemple 丸の内サディスティック). Le comédien Akiyama du trio comique Robert avait d’ailleurs plaisanté, d’une manière très sérieuse comme il sait excellemment le faire, en annonçant dans une émission de télévision (Akiyama to Pan sur TV Asahi) que ce nom de station n’avait pu être imaginé que par Sheena Ringo. Elle lui avait répondu en ne le contredisant pas vraiment et l’échange en devenait même surréaliste. Il faut se rappeler que Akiyama et Sheena se connaissent car ils sont tous les deux originaires de Fukuoka dans le Kyushu. Il y avait d’ailleurs eu un autre chassé-croisé amusant quand Akiyama apparaissait en centaure pour une publicité pour des manga en ligne, d’une manière un peu similaire à l’image de couverture de l’album Sandokushi de Sheena Ringo. Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence ou si Akiyama avait eu vent de cette idée de couverture d’album et intentionnellement copié pour les besoins d’une publicité. J’en doute fortement mais ce genre de coïncidences m’intéressent beaucoup.

パビリオン⑤

J’aime beaucoup le pavillon nuage conçu par l’architecte Sou Fujimoto, à qui l’on doit des architectures très particulières à Tokyo comme House NA et Tokyo Apartments entre autres. Il y a deux Cloud Pavillons (雲のパビリオン) placés à Tokyo dont celui-ci à l’entrée du parc de Yoyogi. Sur le petit texte explicatif accompagnant ce pavillon, Sou Fujimoto évoque son admiration pour les nuages. Il nous dit que le nuage possède un extérieur mais n’a pas de murs. Pourtant, un espace interne tridimensionnel existe à l’intérieur d’un nuage. Sa composition est tellement complexe et dynamique qu’on ne peut pas la modéliser comme un objet architectural. Il y a cependant dans le nuage une impression d’architecture. Il va même plus loin en nous faisant part de sa croyance que les nuages sont une représentation de l’architecture ultime qui enveloppe toutes choses par sa taille immense. Les nuages sont en quelque sorte un toit gigantesque pour le monde et confère une sorte d’universalité. C’est cette image que Sou Fujimoto retient pour son pavillon en forme de nuages qui représente un espace offert à tous, au monde dans toute sa diversité. On pouvait marcher dessous le pavillon ce qui permet de voir la complexité des raccords entre les multiples sphères blanches formant ce nuage. On a l’impression qu’il s’agit d’un objet irréel, comme s’il était sorti d’un dessin animé. Pendant ma visite assez tôt le matin, une personne assurait le nettoyage du nuage avec un long balais. On a l’impression que la construction est fragile au point où un petit coup de vent pourrait faire divaguer ce nuage dans les airs, pour aller rejoindre les siens.

Plastic House par Kengo Kuma

La maison individuelle Plastic House par Kengo Kuma n’est pas récente car elle date de 2002. On ne remarque qu’à peine ses presque vingt années d’existence car elle a été complètement repeinte en blanc récemment avant sa mise en location. Son apparence est d’ailleurs assez différente de ce que l’on a pu voir dans les magazines d’architecture. Comme le nom de la maison l’indique, Kengo Kuma a utilisé de nombreuses matières plastiques pour les façades de cette maison. Cette matière plastique avait initialement une apparence jaunâtre ou verdâtre qu’elle a perdu suite au passage de peinture blanche. Seul un bloc sur le toit, qui doit contenir les airs conditionnés, a été maintenu dans sa matière et couleur d’origine. D’après une photographie prise par Jérémie Souteyrat en Octobre 2012 dans son livre Tokyo no ie, on peut voir que les propriétaires de la maison à l’époque possédaient même une voiture de couleur jaunâtre qui s’assortissait parfaitement avec la couleur d’origine de cette maison. A vrai dire, même si la peinture nouvellement appliquée a grandement dénaturé le concept plastique d’origine, ce blanc immaculé donne une allure élégante à cette maison. Ce mélange de grands vitrages légèrement teintés de vert et de murs blancs est assez commun dans les quartiers résidentiels de Tokyo. Pour exemple, la dernière photographie de ce billet montre un autre bâtiment proche dans le même quartier résidentiel de Meguro. Le souci avec ces couleurs blanches est qu’elles se salissent très rapidement avec le climat humide japonais à certains moments de d’années. Le projet initial de Kengo Kuma était beaucoup plus ouvert sur la rue. Les grandes baies vitrées au rez-de-chaussée et à l’étage n’étaient pas couvertes d’un filtre opacifiant comme maintenant. Le matériau plastique FRP (fiber-reinforced plastic) de 4mm d’épaisseur utilisé n’est pas complètement opaque et laissait traverser la lumière. On le remarque notamment sur les photographies prises de nuit où la totalité de la maison semble illuminée lorsqu’on la regarde de l’extérieur. J’imagine que la nouvelle couverture de peinture blanche a dû effacer cet effet de lumière. Ce plastique ressemblait un peu au bois ou au bambou, et l’idée de Kengo Kuma dans l’utilisation de ce matériau non traditionnel était d’évoquer les constructions de bois de l’époque Edo. La maison actuelle perd cette qualité particulière mais reste tout de même originale, notamment par l’utilisation de ce cadre sur-dimensionné autour de la grande ouverture à l’étage. Cette résidence privée est très différente du style actuel de Kengo Kuma utilisant très souvent le bois en lamelles.