ちょっとした夏休み (7)

Le Gamagori Classic Hotel sur la baie de Mikawa, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Nagoya, était notre étape suivante. Nous avons passé une nuit dans cet ancien hôtel datant de 1912. L’intérieur ne semble pas avoir été beaucoup modifié depuis cette époque, donc il mérite bien son appellation d’hôtel classique. Il est situé sur une petite colline de 40m de hauteur donnant une belle vue sur la baie et sur la petite île de Takeshima juste en face. Le jardin japonais, avec un étang contenant quelques carpes koi, est très bien entretenu, tout comme l’intérieur de l’hôtel d’ailleurs. L’hôtel ne contient que 27 chambres mais il a une apparence grandiose. Il ressemble à un château car les toitures en reprennent le design. Pendant sa centaine d’années d’existence, un certain nombre de personnalités ont séjourné dans cet hôtel, comme l’Empereur Showa en 1957 et l’Empereur Akihito en 1965 alors qu’il n’était encore que prince. Quelques écrivains reconnus appréciaient également cet hôtel comme Yasunari Kawabata (川端康成), Shōtarō Ikenami (池波正太郎) ou encore Yukio Mishima (三島由紀夫), entre autres. Cet hôtel de Gamagori me rappelle un autre très bel hôtel classique, le Fujiya de Hakone que nous avions visité il y a plusieurs années. Yukio Mishima y avait d’ailleurs séjourné mais le visiteur le plus prestigieux sans doute était John Lennon.

Lorsqu’on ouvre les rideaux au petit matin, on a une vue directe sur l’île de Takeshima reliée à la côte par une passerelle piétonne. Cette passerelle de 387 mètres démarre et se termine par des Torii qu’elle traverse même à proximité de l’île. Nous décidons d’y aller tôt le matin avant le petit déjeuner car la pluie guette. Cette île ressemble à une boule dense de verdure. Elle semble d’abord impénétrable, mais lorsque l’on monte les quelques marches après la passerelle et qu’on entre à l’intérieur de la forêt, on y découvre une série de sanctuaires shintō. L’un d’entre eux, le sanctuaire Yaotomi est dédié à la déesse de la musique Benten. On dit même de cette île qu’elle un « power spot ». La légende nous dit aussi que le futur shogun Tokugawa Ieyasu s’y est arrêté pour se recueillir avant de partir pour la bataille de Sekigahara en 1600. Nous traversons la petite île et on arrive assez rapidement à son extrémité donnant une très belle vue sur l’océan pacifique à travers les branches de pin. Un chemin nous fait descendre sur les rochers au bord de l’océan. On remarque assez rapidement un autre chemin semblant faire le tour de l’île. Nous tentons notre chance mais on n’est pas sûr que ce petit chemin soit praticable jusqu’à l’entrée de l’île. Lorsque que nos pas approchent, des dizaines et des dizaines d’insectes maritimes s’écartent soudainement du chemin. On pense immédiatement aux petites boules noires de poussière qui quittent la maison familiale lorsqu’on ouvre les portes dans Totoro. Le monde de Ghibli nous a accompagné pendant ces vacances. Nous avons eu une bonne intuition car le chemin nous ramène en effet au Torii à l’entrée de l’île. Pendant notre traversée de l’île, la mer s’est un peu retirée. On y revient un peu plus tard après le petit déjeuner pour constater qu’on peut pratiquement gagner l’île à pieds sans emprunter la passerelle car l’océan s’est en grande partie retiré. Il nous faut quand même enlever nos chaussures pour traverser le petit chenal qui nous sépare de l’île. On marche les pieds dans l’eau en évitant les coquillages, et dès qu’on arrête nos mouvements, la vie reprend dans le sable. L’atmosphère de ce lieu me plaît beaucoup. J’aimerais passer plusieurs heures les pieds dans l’eau du pacifique, mais la route du retour nous attend déjà. On s’arrêtera une nouvelle fois en chemin pour retarder le plus tard possible notre retour à Tokyo.

色々ウォーク❶❷

Je me remémore les dernières journées du mois d’Août avec ces quelques photos prises à Ginza, dans une petite rue devant le théâtre Kabukiza, et à Akasaka. Nous ne sommes qu’au début du mois de Septembre mais l’été semble déjà bien loin. Les températures plutôt fraîches et le ciel grisâtre nous le rappellent suffisamment. Ça me fait beaucoup de bien de voir les couleurs chaudes des photographies de ce billet, surtout le bois de la pâtisserie japonaise Toraya à Akasaka, conçue par l’architecte Hiroshi Naito. Nous y allons exprès pour les petites montagnes de glace pilée Kakigōri (かき氷) recouvertes de thé vert et cachant à l’intérieur des haricots rouges. Ce n’est pas la première fois que nous venons dans cette pâtisserie et j’aime prendre ce bâtiment en photo. Nous y allions déjà avant la reconstruction complète du bâtiment qui donne à cette pâtisserie sa forme actuelle. Au sous-sol de Toraya, une exposition photo montrait d’ailleurs les évolutions architecturales de l’enseigne à Tokyo. De l’autre côté de la rue, se trouve le temple Toyokawa Inari que nous visitons également très souvent. J’en parlais avec un peu plus de détails sur un billet précédent. Dans un prochain billet, je montrerais la “maison mère” de ce temple se trouvant comme son nom l’indique dans la ville de Toyokawa, dans la préfecture d’Aichi.

Ce billet conclut cette petite série de 12 billets parcourant divers endroits dans Tokyo. Je ne suis pas mécontent de terminer cette série même si, à vrai dire, elle ne se différencie pas beaucoup du reste des billets montrant des photos des rues de Tokyo. En fait, je crée souvent ce genre de séries en me disant que ce sera certainement la dernière. J’espère presque ne plus avoir aucune photo à montrer pour pouvoir passer à autre chose, pour me laisser un peu de temps pour réfléchir et écrire dans le vide et éventuellement trouver de nouvelles pistes et directions pour ce blog. J’ai un peu plus de mal à écrire en ce moment parce que l’inspiration se fait plus rare et l’envie même d’écrire un peu plus lointaine. J’ai pourtant en tête beaucoup de choses sur lesquels je voudrais écrire, des choses musicales notamment. Mais je me rends compte que je me répète beaucoup lorsque j’écris sur la musique que j’aime. Peut être que mon écriture n’est pas vraiment convaincante, même si on me fait remarquer de temps en temps que la mention d’un morceau ou d’un album a provoqué d’heureuses découvertes ou susciter des envies de découvrir un artiste ou un groupe. C’est une des raisons pour lesquelles j’écris à propos de la musique que j’aime sur ce blog. A part Sheena Ringo et Tokyo Jihen qui sont devenus un thème privilégié de ce blog, j’aime avant tout aborder les musiques indépendantes qui sont loin du mainstream. Je ne suis pourtant pas complètement allergique à la musique J-Pop mainstream qui passe régulièrement dans les émissions musicales à la télévision japonaise. J’ai une oreille plutôt curieuse et il y a parfois, de manière tout à fait improbable, des morceaux pourtant ultra commerciaux qui me plaisent énormément, comme celui intitulé ごめんね Fingers crossed de Nogizaka46 (乃木坂46), sorti en Juin 2021, dont un extrait de la vidéo sur YouTube illustre ce billet. La dynamique du morceau me plait beaucoup même s’il ne révolutionne en rien la J-Pop. J’écoute d’ailleurs régulièrement ce morceau en boucle car ça fait aussi beaucoup de bien de faire le grand écart de temps en temps.

ちょっとした夏休み (6)

Avant de partir vers d’autres horizons, nous passons la fin de l’après-midi de notre deuxième journée de congé dans la petite ville de Omihachiman. Le centre de la ville vaut le détour car plusieurs rues ont été préservées, témoignant de son passé de ville marchande. Omihachiman, autrefois appelé seulement Omi, se trouve sur la route Nakasendō (中山道), une des deux anciennes routes, avec la route Tōkaidō, reliant Kyoto et Edo. Tandis que la route Tōkaidō longe la côte pacifique, la route Nakasendō passe, elle, par les montagnes de Gunma, Nagano et Gifu pour ensuite déboucher sur la préfecture de Shiga où se trouve Omihachiman. Cet emplacement sur une des routes reliant l’ancienne et la nouvelle capitale explique sa forte activité marchande passée. Lorsque l’on marche dans les quartiers conservés de la ville, on a l’impression de changer soudainement d’époque. Le sanctuaire Himure Hachimangu placé en bordure de forêt est superbe, tout comme le canal Hachiman-bori autrefois utilisé pour le transport de marchandises. On peut également parcourir la rue Shin-Machi bordé d’anciennes maisons de marchands. Il n’y a pas ou peu de commerces dans ces rues, elles ne sont pas touristiques. J’aurais aimé y passer plus de temps pour pouvoir s’imprégner un peu plus longtemps des lieux. Mais il nous fallait déjà partir pour notre prochaine destination dans la préfecture d’Aichi.

ちょっとした夏休み (5)

Après avoir longer le lac Biwa sur plusieurs quelques kilomètres, nous quittons finalement sa rive pour rentrer dans les terres. Nous nous dirigeons maintenant vers un ensemble architectural fantastique dans la petite ville de Omihachiman. J’avais déjà vu l’ensemble de bâtiments que je montre en photos ci-dessus dans des magazines d’architecture ou en photo sur internet, mais le voir en réalité devant ses yeux donne une très forte impression. Cette architecture ressemblant à une colline végétale est bluffante et on croirait presque qu’elle est irréelle. Nous sommes ici à La Collina Omihachiman, ensemble conçu par l’architecte et historien de l’architecture japonaise, Terunobu Fujimori. Fujimori, originaire de Chino dans les montagnes de la préfecture de Nagano, a conçu plusieurs bâtiments au Japon faisant fusionner l’architecture et la nature, mais ce bâtiment là datant de 2015 semble être l’un des plus aboutis de son œuvre architecturale. Je suis loin d’être spécialiste de son architecture car je ne lui connais pas de bâtiments à Tokyo, à part la petite maison de thé temporaire Tea House Go-an (茶屋「五庵」), faisant office de pavillon à côté du stade olympique. Terunobu Fujimori est d’ailleurs spécialiste des maisons de thé aux structures improbables comme celle appelée Takasugi-an accrochée sur un arbre comme une cabane. L’architecture de La Collina n’est pas conventionnelle et nous évoque immédiatement l’univers fantastique et bucolique de Ghibli. On pourra chercher Totoro dans les recoins de La Collina mais il s’y était certainement très bien caché. Ce complexe caché dans la campagne est en fait un atelier de confiserie du groupe Taneya, dont j’avais déjà parlé. La spécialité de l’endroit est le Baumkuchen de la branche Club Harie du groupe. On peut bien sûr y acheter toutes sortes de pâtisseries et les manger sur place, mais on a préféré admirer les bâtiments depuis l’extérieur. Fujimori est connu pour son utilisation de techniques ancestrales comme je l’évoquais déjà pour la maison de thé Go-an et on les retrouve sur La Collina. Il utilise pour ce complexe des matériaux des forêts locales et construit un véritable écosystème avec des plantations de riz noyées dans l’eau au centre de l’espace du complexe.

色々ウォーク❶❶

Nos soirées dans la semaine et journées du week-end sont rythmées par les Jeux Paralympiques. Ils ne sont pratiquement diffusés que sur la NHK. Heureusement qu’il y a deux chaînes sur la NHK et les chaînes BS et BS4K qui sont agréablement laissées en libre accès. J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi les autres chaînes japonaises ne diffusent aucunes épreuves. Comme je le mentionnais auparavant, nous regardons un peu de tous les sports, mais en particulier le wheelchair rugby et le wheelchair basketball, que nous suivons avec beaucoup de passion. L’équipe japonaise est impressionnante de persévérance et s’achemine désormais vers la finale, ce qui est entièrement mérité vu le jeu d’équipe qu’ils nous montrent et l’aisance avec laquelle ils se déplacent sur le terrain. C’est du patinage artistique avec un ballon en mains. L’équipe est désormais assurée d’avoir une médaille mais on ne sait pas encore laquelle. Voir toutes ces épreuves des Jeux Para, les joies intenses que se manifestent lors des réussites ou les déceptions malgré les efforts, me donnent souvent les larmes aux yeux.

Les quelques photographies ci-dessus sont prises à Roppongi Hills et autour du parc de Yoyogi. Les personnages à tête de fleur entièrement dorés sont bien évidemment signés par Takashi Murakami. J’étais autrefois allergique à l’art enfantin de Takashi Murakami mais j’ai changé d’avis il y a quelques années après avoir vu la grande exposition intitulée The 500 Arhats qu’il nous proposait dans le musée de ce même Roppongi Hills. Cette statue est bien sûr excessive mais elle interpelle par sa taille et par l’apparente richesse du matériau. Ces photographies sont prises un jour de pluie alors que j’allais voir au cinéma le film d’animation de Mamoru Hosoda, Ryū to Sobakasu no Hime (竜とそばかすの姫) dont je parlais auparavant. Les photographies autour du parc de Yoyogi sont également prises un jour de pluie mais on la distingue à peine sur les photos. Je découvre au hasard des rues les nouvelles toilettes publiques dessinées par Toyo Ito et nommées Three Mushrooms pour la ressemblance avec des champignons poussant aux bords d’une forêt. Elles se trouvent à proximité du sanctuaire Yoyogi Hachiman. Ces toilettes font partie du même projet Tokyo Toilet qui voit des architectes et des artistes concevoir des toilettes publiques à différents endroits de l’arrondissement de Shibuya. La dernière photographie montre une maison individuelle intéressante par l’utilisation de cette couleur orange vive et par la petite ouverture de verre dans un des coins supérieurs lui donnant des airs futuristes. Et on peut apercevoir furtivement le photographe à vélo en reflet sur le miroir devant cette maison. On m’aperçoit en fait à peine sur ce miroir. Je me suis souvent posé la question de me montrer ou pas sur ce blog ou sur l’icône des réseaux sociaux mais j’ai toujours conclu qu’il était préférable de ne pas trop se montrer sur internet.

Avec Spool et Yonige, je suis également avec une attention certaine la musique rock indé de Hitsuji Bungaku (羊文学). Je me suis fait une petite playlist de morceaux de ces trois groupes et je l’écoute souvent. Chacun des trois groupes a ses propres spécificités mais je trouve qu’ils vont assez bien ensemble et représentent bien une ligne musicale rock alliant une certaine mélancolie et une énergie rock qui n’a pas peur de faire intervenir les guitares. C’est ce que j’aime beaucoup sur le morceau Sabaku no Kimi he (砂漠のきみへ) de Hitsuji Bunkaku. Le final laisse place à un solo de guitare au son cristallin montant en puissance jusqu’à la saturation. Ce son là de guitare nous traverse le cerveau jusqu’aux omoplates. La voix de Moeka Shiotsuka (également appelée Heidi) a un petit quelque chose de spécial, un accent peut-être, qui la rend particulièrement intéressante à écouter. Ce morceau est le huitième du deuxième album du trio, intitulé POWERS et sorti en Décembre 2020. Hitsuji Bungaku évolue souvent vers la pop rock, sur des morceaux comme Aimai de ii yo (あいまいでいいよ) qui s’écoule dans une fluidité parfaite. Mais, j’aime aussi les morceaux un peu plus lents et sombres comme le dernier morceau de l’album POWERS, Ghost ou le premier intitulé mother. L’intensité rock y est omniprésente et parfois brute mais adoucie par le chant de Moeka et les chœurs combinés de la bassiste Yurika Kasai et du batteur Fukuda Hiroa. Ce mélange de force émotionnelle et d’intensité sonore me rappelle le groupe Kinoko Teikoku, mené par Chiaki Sato. Les deux groupes sont en fait suivis par le même management. Hitsuji Bungaku a sorti plus récemment un EP intitulé you love sur lequel je n’ai pour l’instant écouté que le premier morceau et single Mayoiga (マヨイガ) utilisé comme thème d’un film d’animation intitulé Misaki no Mayoiga (岬のマヨイガ) réalisé par Shinya Kawatsura à partir d’un roman de Sachiko Kashiwaba. J’avais déjà parlé plusieurs fois de Hitsuji Bungaku dans des billets précédents, et je me rends compte que j’avais déjà évoqué cette ressemblance avec Kinoko Teikoku. J’ai le sentiment que le groupe gagne petit à petit en notoriété car il était sur l’affiche principale du festival Fuji Rock cet été (avec Yonige d’ailleurs). Et à ce propos, Fuji Rock avait également sur son affiche, dans la section Rookie a Go-Go, le jeune groupe Ms.Machine dont j’ai également plusieurs fois parlé ici. Ça fait plaisir de voir des groupes qu’on aime accéder à une certaine reconnaissance.